Alexandre de Lincoln, dit le Magnifique († 20David M. Smith, « Alexander (d. 1148) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.Son obit était célébré tous les 20 février à Lincoln. Il est donc probable qu'il soit mort ce jour-là. Il est inhumé le 25 février. ), issu d'une influente lignée de hauts-officiers et de prélats, est évêque de Lincoln à partir de 1123.
Il est le neveu de l’évêque Roger de Salisbury, chancelier d'Angleterre sous le règne d’Henri . Alexandre est aussi apparenté à Néel d'Ely, trésorier puis évêque d'Ely, qui est dit être un neveu de Roger, et qui est peut-être son frère. Formé au chapitre de Laon, il entre au service de son oncle en tant qu'archidiacre en 1121. Contrairement à ses parents, Alexandre n'exerce aucune charge administrative avant d'avoir été consacré évêque de Lincoln en 1123.
Alexandre est resté dans l'histoire pour sa magnificence et son goût de l’ostentation. Il fonde plusieurs institutions religieuses, est un grand bâtisseur et un mécène réputé. Il est particulièrement actif dans l'organisation de son diocèse, où il étend le principe des prébendes pour subvenir aux besoins de ses auxiliaires religieux. Sous le règne du roi Étienne, Alexandre subit les conséquences de la disgrâce de son oncle Roger. Il est arrêté et jeté en prison. Réconcilié avec le roi, il se consacre uniquement à la gestion de son diocèse. Il change régulièrement d'allégeance dans la guerre civile qui agite le royaume pendant presque tout le règne d'Étienne. Au cours de son apostolat, il entreprend la reconstruction de la cathédrale de Lincoln, qui avait été incendiée, pensionne plusieurs poètes et chroniqueurs dont les plus connus sont Henri de Huntingdon et Geoffroy de Monmouth, et soutient l'action de Gilbert de Sempringham, fondateur de l’Ordre de Saint-Gilbert, et de l’ermite Christina de Markyate.
Biographie Années de jeunesse thumb|left|upright=1.8|Arbre généalogique simplifié d'Alexandre de Lincoln. Alexandre est le neveu de l’évêque Roger de Salisbury, et sans doute le fils d'Humphrey, dont on sait qu'il est le frère de Roger. Il a parfois été écrit qu'Alexandre et Néel sont en fait les fils illégitimes de Roger de Salisbury, mais cela est peu probable : dans une donation pour la fondation du prieuré d'Haverholme (Lincolnshire), Alexandre fait mention de ses père et mère (prénommée AdaKealey, Roger of Salisbury, 272-276.) ainsi que celui de son oncle (Roger). Il est d'ailleurs probable que Néel soit son frère, mais cela ne peut être prouvé. David, archidiacre de Buckingham dans le diocèse de Lincoln, est certainement un frère. Parmi les autres parents de l'évêque Alexandre, on connaît encore Adelelm, trésorier d'Angleterre au début du règne d'Étienne, mentionné comme neveu de Roger, mais qui était peut-être son fils. Roger le Poer (le Pauvre), qui est chancelier d'Angleterre, était fils de Roger de Salisbury. Néel d'Ely eut un fils, Richard FitzNeal, qui est trésorier d'Angleterre et évêque de Londres. Parmi les neveux d'Alexandre non issus de Roger, on connaît un certain Guillaume, archidiacre de Northampton, et Robert de Alvers.
La date de naissance d'Alexandre n'est pas connue, mais on sait qu'il est originaire du diocèse d'Avranches, et qu'il est formé, en même temps que Néel d'Ely, dans les écoles de Laon par Anselme de LaonChibnall, Anglo-Norman England, 128.. On ignore même sa date de retour en AngleterreKealey, Roger of Salisbury, 49 et note 74. ; l'historien Martin Brett estime, sans preuve, qu'Alexandre a servi comme chapelain royalBrett, English Church, 107, note 5., avant de devenir archidiacre du diocèse de Salisbury vers 1121, sous l'autorité de son oncle. C'est à cette époque qu'il aurait composé un glossaire anglo-normand des termes juridiques anglo-saxons, intitulé Expositiones VocabulorumKealey, Roger of Salisbury, 24.. Contrairement à son cousin Néel d'Ely, Alexandre paraît s'être abstenu d'exercer des missions administratives avant sa consécration en tant qu'évêque, et il ne paraphe un décret royal, en tant que témoin, qu'une seule fois avant 1123Green, Government of England, 263 et note 309..
L'évêque vignette|Façade ouest de la cathédrale de Lincoln, commencée sous le règne d'Alexandre Après la mort de Robert Bloet en , Alexandre est choisi par Henri d'Angleterre pour prendre sa succession à la tête de l'évêché de Lincoln en . Il est consacré à Canterbury le suivantFryde, et al. Handbook of British Chronology, 255.. Il doit cette promotion à l'influence de son oncle, chef de l'administration anglo-normande, auprès du roi Henri . La version de Peterborough de la Chronique anglo-saxonne affirme que le roi lui offre le siège épiscopal vacant « par amour pour l'évêque [de Salisbury] »Kealey, Roger of Salisbury, 135..
Devenu évêque, Alexandre fonde plusieurs monastères, dont probablement le prieuré gilbertin d'Haverholme, les monastères cisterciens de Louth Park (Lincolnshire) et Thame (Oxfordshire) et l'abbaye arrouaise de Dorchester on Thames (Oxfordshire)Burton, Monastic and Religious Orders, 229.. Louth est l'un des premiers monastères cisterciens d'AngleterreBrett, English Church, 137-138. ; le monastère de Dorchester est une re-fondation d'une ancienne collégialeBrett, English Church, 140.. Le nouvel évêque de Lincoln fait également édifier les châteaux de Newark, Sleaford et Banbury. Il confirme les privilèges de l'église de GodstowBrett, English Church, 126., et fait rattacher l'Abbaye de St Albans à son diocèseBrett, English Church, 132.. Sous son épiscopat, treize abbayes cisterciennes dont sept couvents voient le jour dans le diocèse. Alexandre crée aussi une léproserie à Newark-on-Trent, et consacre en personne l'église du prieuré de Markyate pour Christina de Markyate et ses religieuses.
Quoiqu’Alexandre apparaisse comme témoin dans la signature de nombreux actes et décrets, rien ne prouve qu’il exerce une charge gouvernementale, comme le font ses parents Roger et Néel. On pense qu’il a pu exercer les fonctions de juge royal pour la ville de Lincoln et le comté du Lincolnshire. Il est certainement présent au synode de Westminster de 1125 convoqué par le légat du pape, Jean de Crema, et on sait qu'il accompagne ce dernier à Rome pour son voyage de retour. Alexandre passe l'hiver 1125-1126 dans la cité papale pendant qu'est discutée, à la curie romaine, le conflit pour la primauté entre les archevêchés de Cantorbéry et York. En 1126, il est possible qu'il aide à obtenir du souverain pontife la confirmation des droits de son oncle sur les abbayes de Malmesbury, d’Abbotsbury, et de HortonKealey, Roger of Salisbury, 113.. Il crée une huitième charge d’archidiacre dans son diocèse, chargée du riding de l'ouest du Brett, English Church, 201.. Il développe le système des prébendes pour subvenir aux besoins des moines de son chapitre cathédral. Il en crée plusieurs et enrichit et réorganise la plupart de celles existantes.
Il prend certainement part au concile légatin de 1127, et est présent à celui de 1129, tous deux convoqués par l’archevêque de Canterbury Guillaume de Corbeil. En 1133 et 1134, il se querelle avec ce dernier, possiblement pour des problèmes de coutumes et de droits diocésains. Ces deux prélats se rendent finalement en Normandie en 1134 pour en appeler au jugement du roi Henri .
La prise de pouvoir du roi Étienne thumb|upright=1.2|Les ruines du château de Sleaford.
À la mort du roi Henri d'Angleterre, le , le trône doit passer à sa fille Mathilde, qui est connue sous le nom de « Mathilde l'Emperesse » du fait de son premier mariage avec l’empereur Henri V du Saint-Empire. En effet, le seul fils légitime d'Henri, Guillaume, est mort en 1120. Lorsque Mathilde devient veuve en 1125, elle retourne en Angleterre, où son père la remarie au comte Geoffroy V d'Anjou dit Plantagenêt. Mais Henri n'a jamais convaincu ses barons que Mathilde pourrait gouverner par elle-mêmeMarjorie Chibnall, « Matilda (1102–1167) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Alexandre a, comme tous les barons et grands ecclésiastiques, fait serment de reconnaître Mathilde comme son héritière et successeur. Prévenu de la mort du roi, Étienne de Blois en profite. Il traverse la Manche et rejoint au plus vite Londres. Là, les citoyens le reconnaissent pour roi. Il se rend ensuite à Winchester, siège du trésor et de l'administration royale, où son frère, Henri de Blois, est évêque. Grâce au soutien de ce dernier et de Roger de Salisbury, l'archevêque de Canterbury Guillaume de Corbeil accepte de le couronner.
Dans la foulée, les barons normands le reconnaissent comme leur duc. Roger de Salisbury poursuit ses fonctions de chef de gouvernement durant les premières années du règne, avec plusieurs membres de sa familleB. R. Kemp, « Salisbury, Roger of (d. 1139) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Il est probablement le régent du royaume pendant la visite d'Étienne en Angleterre en 1137. Son influence dans les affaires politiques et ecclésiastiques commence à décliner quand Étienne prend la mesure de son royaume et que son frère Henri devient légat papal (1139). Pendant ce temps, Mathilde réagit avec calme, et s'assure d'abord de l'appui du roi David d'Écosse, son oncle maternel. Puis en 1138, c'est Robert de Gloucester, bâtard d'Henri qui rejoint sa causeHuscroft, Ruling England, 71-73..
Au début de 1139, Étienne fait de Guillaume d'Aubigny un comte de LincolnKeats-Rohan, Domesday Descendants, 226-227., peut-être pour limiter l’autorité d'Alexandre sur le LincolnshireCrouch, The Reign of King Stephen 1135–1154, 93-94.. Plusieurs barons, probablement jaloux du train de vie et de la puissance de Roger de Salisbury, essaient de convaincre Étienne que celui-ci pourrait très bien rejoindre la cause de l'Emperesse. Le comte Galéran IV de Meulan arrive finalement à le persuader de se débarrasser de l'évêque Roger et de ses nombreux parents. Roger est convoqué le à la cour royale d'Oxford, avec Alexandre et Néel. Il est alors victime d'une machination organisée contre lui. Un incident armé, provoqué volontairement par les hommes d'Alain de Dinan, dégénère et se conclut par plusieurs morts et blessés.
Roger est accusé d'être responsable de l'incident et donc d'avoir brisé la paix dans le royaume. Il est alors sommé de rendre tous ses châteaux en garantie de sa bonne foi. À son refus, Alexandre est arrêté, et emprisonné à Oxford. Néel, quant à lui, réussit à s'échapper et se réfugie dans le château de son oncle à Devizes. Étienne l'assiège et menace de pendre Roger le Pauvre, le fils de Roger de Salisbury. Il obtient alors la reddition de l'évêque. Dans la foulée, les autres châteaux en possession de Roger sont confisqués. Ensuite, Alexandre doit accompagner le roi pour lui remettre la garde de tous ses châteaux épiscopaux (notamment ceux de Sleaford et Newark). Le roi les confie au comte Robert de Leicester. Ce dernier en profite pour s'emparer du même coup de terres que l'évêque de Lincoln possède près de LeicesterCrouch, The Reign of King Stephen 1135–1154, 96..
Selon une chronique de l'époque, la Gesta Stephani, cette arrestation est destinée à éviter que les forteresses du Lincolnshire ne tombent aux mains de sa rivale MathildeChibnall Empress Matilda, 79. Pour plusieurs historiens, ces arrestations marquent un tournant dans le règne d’ÉtienneMatthew, King Stephen, 2. : ce point de vue est déjà exprimé par Henri de Huntingdon, qui voit dans l'emprisonnement des prélats une trahison du prince envers le clergé, passible de la damnation. L’historien William Stubbs, qui écrit dans les années 1870, estime que l'administration royale s'en est trouvée désorganisée, mais les historiens ultérieurs expliquent l'anarchie qui suivit par d'autres facteursMatthew, King Stephen, 84-85..