vignette|Artus Quellinus (1609-1668), Apollon et Python. Collection Fondation Roi Baudouin.

Apollon (en , ), ou Phébus (ou Phœbus), est, dans la religion grecque antique, le dieu des arts (dont le chant, la musique et la poésie), de la beauté masculine et de la lumière, et le conducteur des neuf muses. Apollon est également le dieu des purifications et de la guérison, mais peut apporter la peste par son arc. Enfin, c'est l'un des principaux dieux capables de divination, consulté, entre autres, à Delphes, où ses oracles étaient rendus par la Pythie. Il a aussi été honoré par les Romains, qui l'ont vénéré rapidement sans changer son nom. Dès le , ils l'adoptèrent pour ses pouvoirs guérisseurs et lui élevèrent des temples.

Il est fréquemment représenté avec son arc et ses flèches, ou encore avec une cithare, voire une lyre, deux instruments de musique : il est alors qualifié de « citharède »La cithare des Grecs et des Romains est une forme de lyre, et non une cithare moderne ; les deux mots sont employés indifféremment par les poètes pour parler de l'instrument d'Apollon.. Il est également appelé « musagète » (« celui qui conduit les muses »). Le surnom de « Loxias », « l'Oblique », lui est attribué à cause de l'ambiguïté de ses oracles. Il apparaît dans de nombreux mythes grecs.

Apollon devient au Moyen Âge puis à l'époque moderne un dieu solaire, patron de la musique et des arts. Au , et en particulier dans La Naissance de la tragédie de Friedrich NietzscheCette opposition entre « apollinien » et « dionysiaque » a d'abord été posée par Plutarque (46-) puis reprise par Michelet dans la Bible de l'humanité (1864). Voir à ce sujet ., il symbolise la raison, la clarté et l'ordre, considérés comme caractéristiques de l'« esprit grec », par opposition à la démesure et à l'enthousiasme dionysiaques. Ainsi, on a écrit de lui qu'il est « le plus grec de tous les dieux. » et qu'« aucun autre dieu n'a joué un rôle comparable dans le développement du mode de vie grec. ». Il reste l'un des dieux auxquels les croyants ont élevé le plus de temples et consacré le plus de cultes..

Étymologie L'étymologie du nom Apollon (grec attique, ionien et homérique : Ἀπόλλων, Apollōn, au génitif Ἀπόλλωνος, Apollōnos ; dorien : Ἀπέλλων, Apellōn ; arcadochypriote : Ἀπείλων, Apeilōn ; éolien : Ἄπλουν, Aploun ; latin : Apollō) est incertaine. L'orthographe Ἀπόλλων avait presque remplacé toutes les autres formes au début de l'ère commune, mais la forme dorienne, Apellon (Ἀπέλλων), est plus archaïque, car dérivée d'une précédente *Ἀπέλϳων.

Le nom d'Apollon est dérivé le plus plausiblement d'une racine indo-européenne *apelo-, *aplo- signifiant « force » ou « puissance ». Selon Daniel E. Gershenson, le nom Apollon est une simple épithète descriptive, les Grecs évitant de prononcer le vrai nom du dieu pour éviter de l'évoquer.

Nom alternatif Phébus ou Phœbus (du grec ancien ) est un autre nom qui est donné à Apollon, aussi bien dans la mythologie grecqueDans lIliade, Homère le désigne par le nom « Phoibos Apollon », voir par exemple ().</ref> que romaine. Signifiant « le brillant », il est le dieu du soleil personnifié, qui avait dirigé Sol étant enfant. Ce terme est utilisé comme épithète d'Apollon, qu'on peut d'ailleurs nommer « Phébus ». Fils de Léto et Jupiter, il est le frère jumeau de Diane.

Origines Une divinité anatolienne ? vignette|Apollon citharède versant une libation, médaillon d'une coupe attique à fond blanc attribuée au Peintre de Pistoxénos, musée archéologique de Delphes.

La thèse d'une origine « asiatique » (c'est-à-dire anatolienne) d'Apollon et d'Artémis a été développée par des grands noms de l'hellénisme tels que Wilamowitz en 1903. ou M. P. Nilsson en 1925. avant d'être remise en cause à partir des années 1960. Ces savants s'appuyaient sur différents éléments : le nom de Léto pourrait venir du lycien, un dialecte indo-européen parlé autrefois en Anatolie, et signifierait, sous la forme Lada, « femme » (étymologie aujourd'hui contestée). L'une des épiclèses d'Apollon, Apollon Lycien, conforte cette hypothèse. Cette épiclèse est cependant plus souvent interprétée à partir du nom du « loup » (Gernet, Jeanmaire). L'arme d'Apollon et de sa jumelle Artémis, l'arc, n'est pas grecque, elle est barbare (au sens grec : tous les peuples qui ne parlent pas le grec) ; il porte de plus, comme sa sœur, non pas des sandales, à l'instar des autres dieux, mais des bottines, type de chaussure considéré comme asiatique par les Anciens. En outre, il est, dans lIliade d'Homère, du côté des Troyens, peuple asiatique, et le rejet que subit Léto, que nulle terre grecque n'accepte, conforterait l'idée d'un dieu étranger. Enfin, le premier texte mentionnant Apollon est un texte hittite et non pas mycénien..

Fritz Graf souligne des ressemblances entre l'Apollon grec et le dieu hittite Télipinu. En effet, ils sont tous les deux de jeunes dieux, fils du dieu des tempêtes, et sont associés au maintien de l'ordre social. Il considère cependant qu'en dépit d'influences, une origine anatolienne ou orientale du dieu est peu plausible.

Un long passé grec Inversement, et comme l'ont fait remarquer de nombreux chercheurs Fritz Graf, « Apollo », Oxford Classical Dictionary, 2015, Apollon est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous et a une longue histoire en Grèce avant l'époque classique.

Il est aussi possible que ses origines remontent au peuple dorien du Péloponnèse, lequel honorait un dieu nommé , protecteur des troupeaux et des communautés humaines. Walter Burkert a ainsi proposé que l'Apollon primitif ait été lié à l'institution de l', mot dorien signifiant « assemblée ». Néanmoins, le passage de apélla à Apóllōn n'est pas unanimement accepté par les linguistes et plusieurs composantes du culte d'Apollon semblent plus anciennes que l'apparition des Doriens en Grèce Robert S. P. Beekes, « The Origin of Apollo », Journal of Ancient Near Eastern Religions, 3 (2003), p. 1-21..

Les origines d'Apollon doivent être recherchées dans la période de transition entre le monde mycénien et l'époque archaïque Jan N. Bremmer, Greek Religion, Oxford University Press, 2004. Lorsque son culte s’introduit en Grèce, il est déjà honoré par d'autres peuples pré-hellènes, ce que l’Hymne homérique qui lui est destiné indique en signalant que les Crétois étaient ses premiers prêtres. Son premier lieu de culte est Délos, capitale religieuse des Ioniens ; c'est sous Périclès, au , que l'île passe aux mains des Athéniens, qui confortent son caractère de sanctuaire inviolable en y faisant interdire toute naissance et toute mort. Le culte d'Apollon s'était entre-temps répandu partout dans le monde antique, de l'Asie Mineure (le sanctuaire de Didymes, près de Milet, en porte la trace flagrante : c'est l'un des plus grands temples jamais bâtis dans la zone méditerranéenne) à la Syrie, sans parler des innombrables temples qui lui sont dédiés en Grèce même. Selon Phanias, Gygès, roi de Lydie, fut le premier lui à lui consacrer des offrandes en or. Avant son règne, Apollon Pythien n'avait ni or, ni argent, ()..

Apollon, dieu de la nature sauvage et « loup du vent » Dans ., Daniel E. Gershenson voit en Apollon un dieu d'origine indo-européenne, dont les attributs principaux seraient rassemblés dans l’expression Apollon dieu-loup. Cet auteur s’inscrit dans la lignée des travaux de Louis Gernet (Dolon le loup) et d'Henri Jeanmaire (Couroï et Courètes).

Par le terme de « loup », il faut entendre non pas le culte de l'animal en lui-même, mais de son symbolisme, lequel n'est autre que le vent considéré tant par ses vertus bénéfiques que destructrices. Les vents, comme Zéphyr le vent-loup, peuvent être favorables aux semences, mais sont aussi tenus pour issus des cavernes et cette origine souterraine les met en relation avec les Enfers. Le vent est ainsi le passage entre le chaos et le cosmos.

Ceci explique le rôle de la divinité comme tuteur des éphèbes, de jeunes guerriers qui accomplissent leur initiation d’adultes, sa fonction de protecteur du grain semé et enfin sa qualité de dieu de la prophétie qui révèle les mystères et initie les musiciens et les poètes. Le Lycée (), rendu célèbre par Aristote, est placé dans un gymnase jouxtant le temple d'Apollon Lykeios. Apollon Lykeios, le dieu-loup, serait le maître des passages, dieu qui transforme les forces chaotiques des confréries de loups-garous de l'adolescence vers l'âge adulte, qui dévoile par la prophétie ou la Pythie le monde caché vers le découvert et le manifeste.

Gershenson présente de nombreux témoignages dans le monde européen qui pourraient montrer que ce dieu-loup et dieu-vent remonte à une période antérieure à la séparation des peuples européens qui ont pénétré en Europe centrale et méridionale. Ses déductions sont en accord avec celles d'autres spécialistes, qui ont notamment souligné le lien d'Apollon avec les loups et son rôle joué dans les initiations. Apollon est particulièrement associé à Borée, le Vent du Nord.

Dans la même optique, de nombreux chercheurs ont rapproché Apollon de Rudra.. Comme le dieu védique, Apollon est un dieu du vent et de la nature sauvage à l'origine : c'est en s'opposant à Dionysos qu'il a développé des caractères . Face à un Dionysos « feu sauvage », il est devenu, contrairement à sa nature première, dieu du foyer delphique. Au feu hivernal de Dionysos il s'est opposé comme dieu estival et comme dieu solaire. Il s'est ainsi affirmé comme dieu de la sagesse face à la folie dionysiaque. Et si Dionysos, dieu subversif, a pu être considéré comme indésirable dans la société aristocratique, Apollon est devenu le dieu civique et national par excellence..

Hypothèse d’origine gréco-celtique left|upright=0.8|vignette|Apollon de Lillebonne, bronze doré gallo-romain du , musée du Louvre.

Au rebours de la thèse traditionnelle, Bernard Sergent, spécialiste de mythologie comparée, s'attache à montrer dans Le livre des dieux. Celtes et Grecs, (Payot, 2004) l'identité d'Apollon et du dieu celtique Lug. Pour lui, le dieu n'est pas asiatique mais gréco-celtique, et par-delà, indo-européen. Il remonte au moins à la séparation des ancêtres des Celtes et des Grecs, au , et il est arrivé « tout d'un bloc » en Grèce : ce n'est pas une divinité composite. Il possède des homologues en domaine germanique (Wotan) ou indien (Varuna).

Apollon serait la « version divine du roi humain ». Les poèmes homériques lui donnent systématiquement l'épithète anax, qui remonte à la désignation mycénienne du roi, wanax. Or le roi indo-européen est rattaché aux trois fonctions définies par Georges Dumézil, d'où la complexité d’Apollon : il remplit toutes les fonctions que puisse avoir un dieu. La définition de Lug donnée par Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux peut aussi bien s'appliquer à lui : il est « tous les dieux résumés en un seul théonyme ».

vignette|Calètes (Pays de Caux). Hémistatère « au sanglier aurige ». Date : Description de l'avers : tête d’Apollon à droite, la chevelure ornementée en esses enchevêtrées ; la base du cou ornée et deux motifs de pomme de pin (?) devant le visage.

Bernard Sergent compare une à une toutes les caractéristiques connues de Lug et d'Apollon et relève de nombreux points et de nombreux attributs communs. C'est surtout à Delphes que le caractère complexe du dieu se révèle, dans son rôle d'inspirateur de la Pythie et des hommes, qu'il révèle à soi.

Le rapprochement proposé par Bernard Sergent entre Lug et Apollon n'a pas été repris par d'autres spécialistes. Pierre Sauzeau lui reproche de négliger la proximité Apollon-Rudra « reconnue explicitement » et les liens avec Artémis.. Les spécialistes actuels des études celtiques voient davantage en Lug un héritier du couple indo-européen des Dioscures, les Jumeaux divins, une des plus anciennes figures du panthéon indo-européen..

Un dieu solaire ?