L'Effraie des clochers (Tyto alba) est une espèce de chouettes aussi appelée chouette effraie ou dame blanche. L'espèce peuple tous les continents, à l'exception de l'Antarctique et certaines îles. C'est l'espèce de Strigiformes la plus répandue au monde.

Étymologie Le nom vernaculaire de cette chouette vient d'orfraie (du latin ossifraga « [oiseau] briseur d'os ») qui désignait certaines espèces de rapaces pêcheurs diurnes. Depuis le et en particulier chez Ronsard, le terme orfraie existe, mais pour désigner un rapace nocturne. Sous l'influence du verbe effrayer, il s'est déformé en Effraie, donnant le nom à cette chouette.. Le terme « des clochers » indique simplement sa préférence pour les lieux isolés. En anglais, on l'appelle Barn Owl, soit la chouette des granges.

Le nom scientifique de cette chouette, Tyto Alba, vient du latin tuto, signifiant chouette ; et du latin alba signifiant blanc.

Description vignette|Chouette effraie en vol dans les Pyrénées (France). La femelle est légèrement plus grande que le mâle, elle mesure de long pour un poids de en moyenne. Le mâle mesure entre pour un poids de . L'envergure est de pour les deux sexes. L'Effraie des clochers possède un masque facial blanc en forme de cœur. Le dessus du corps est gris cendré à brun jaune, richement pointillé et perlé de fines taches blanchâtres ourlées de noir. Le poitrail est blanchâtre à blanc roussâtre plus ou moins piqueté de brun foncé. Ses pattes sont longues, couvertes de plumes blanches et munies de doigts puissants aux serres bien développées. Ses ailes sont longues et plutôt étroites. L'iris de l'œil est noir. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel (quoique le mâle soit un peu plus clair). Il est possible d'en voir une pendant la journée quoique rarement.

Son espérance de vie dépasse rarement (en moyenne ) avec cependant des records de .

Cri vignette| Son cri est un «khrûh» ou «khraikh» rauque, strident et répétitif qu'on compare souvent au ronflement d'un dormeur, ponctué de sonorités aiguës. Il y a aussi un deuxième cri, le chant territorial du mâle, durant environ 2 secondes, qui fait un «chhhhhh»André Bossus et François Charron, Guide des chants d'oiseaux d'Europe occidentale, Éditions Delachaux et Niestlé, 2010.. Elle chuinte. Elle peut également pousser des sonorités plus discrètes ressemblant à des soupirs humains.

Elle claque également très fort du bec lorsqu'elle se sent menacée.

Plumage Bordées d'une frange souple, couvertes d'un moelleux duvet, les plumes de l'effraie absorbent très bien les frottements de l'air et réduisent les turbulences. Son vol silencieux permet à la chasseresse de surprendre ses proies avant qu'elles ne s'enfuient ou se cachent.

Dormant le jour, elle est protégée par son plumage « camouflé ».

Vol Son vol est le plus silencieux de tous les oiseaux de la planète. En effet, les Effraies des clochers possèdent un « peigne » présent sur les premières plumes de leurs ailes. Ce « peigne » se dessine comme une série de fines pointes rigides au bout des plumes qui modifient le flux d'air pour limiter les frottements. De plus, les plumes des Effraies des clochers possèdent un dessus duveteux ainsi que de fines dentelles. Ces paramètres morphologiques combinés donnent à la chouette effraie un vol quasi-inaudible. Ces formes ont inspiré des modèles d'éoliennes silencieuses et de ventilateurs pour l’informatique .

Comportement

Alimentation

Son régime alimentaire se compose essentiellement de petits rongeurs (campagnols, mulots, souris) et musaraignes. Plus rarement elle capture des belettes ou des lapins, ainsi que des petits oiseaux, des amphibiens, de gros insectes, voire des chauves-souris capturées de manière opportunisteLes prises de chauves-souris constituent moins de 1 % des proies consommées mais cette prédation et le dérangement des colonies dans les sites d'hibernation et de maternité des chiroptères pose la question du conflit entre des espèces protégées. Cf .. L'ornithologue Uttendoerfer a étudié le régime alimentaire de l'effraie, par l'analyse des pelotes de réjection. Il a ainsi constaté que, sur recensés, on trouvait , dont rongeurs (rats, souris, mulots et campagnols), , , , , et , , dont domestiques, friquets, de fenêtre, de cheminée et noirs, , , , et au moins et une Jean-Claude Chantelat, Les Oiseaux de France, Guide vert, Éditions Solar, 2000.

Chaque individu mange environ trois ou quatre proies par nuit. Cela représente plus de 4 000 proies par an pour chaque couple et leur progéniture.

Les pelotes de réjection mesurent environ de longueur et de largeur. Elles sont caractérisées par leur aspect sombre, brillant, arrondies aux deux extrémités et lisse quand elles sont fraîches.

Chasse vignette|redresse=1.5|Le plumage des chouettes blanches aide celles-ci à chasser plus efficacement que celles au ventre roux à la pleine lune. La lumière de l'astre se reflète davantage sur leurs plumes et, tel un flash, éblouit les campagnols, ce qui fige leurs proies qui se laissent plus facilement capturer... L'Effraie des clochers chasse la nuit dans des étendues cultivées ou des prairies, elle est d'ailleurs connue en anglais sous le nom de « Barn Owl » soit « chouette des granges » en français. La forme de ses yeux permet de concentrer un maximum de lumière sur la rétine. Ainsi, l'Effraie des clochers a besoin de cinquante fois moins d'éclairage que l'homme pour voir distinctement. Pendant longtemps, on a débattu de savoir si, dans le noir complet, les chouettes effraies repéraient leurs proies, par l'odeur, la captation de rayons infrarouges ou par les sons. Des recherches menées par le zoologiste Roger S. Payne dans les années 1950 ont clos ce débat grâce à une expérience astucieuse. Dans une grange complètement noire, observée avec des lunettes infrarouges, ils ont fait courir une souris silencieusement sur un tapis en mousse avec un morceau de papier émettant un bruissement attaché derrière sa queue. Une chouette, descendue de son perchoir, a alors capturé le morceau de papier et non la souris, démontrant par là que la chouette effraie réagissait aux sons et non aux odeurs ou aux rayons infrarouges. vignette|Chouette effraie, Fernelmont (Belgique) 04-07-2023. Les chouettes, comparées aux autres oiseaux, ont de plus grandes ouvertures auditives, de plus grands tympans et des mécanismes plus sophistiqués pour transmettre les sons aux tympans, leur permettant de détecter des sons de très faible intensité. Toutes les chouettes bénéficient de disques faciaux couverts de plumes transmettant particulièrement bien les vibrations sonores jusque dans l'orifice auditif. Les chouettes, comme les hommes, peuvent bénéficier de l'audition stéréophonique afin de déterminer la direction horizontale de la provenance d'un son. Un son provenant de la droite arrivant plus tôt dans l'oreille droite que dans la gauche, il suffit à la chouette de tourner la tête jusqu'à ce que le son arrive de manière identique dans les deux oreilles pour savoir qu'elle fait maintenant face à sa proie. Mais elle bénéficie en plus d'un avantage tout à fait particulier dans la dissymétrie existant entre les dispositifs auditifs gauche et droite, le gauche étant plus haut, qui lui permet en analysant de faibles variations d'intensités sonores de s'orienter dans le plan vertical. Ainsi, grâce aux sons, la chouette peut identifier la localisation d'un rongeur, même par une nuit sans lune.

Reproduction thumb|Oisillon de chouette effraie dans une main d’humain. thumb|Œuf de Tyto alba guttata - Muséum de Toulouse. thumb|Œuf de Tyto alba affinis - Muséum de Toulouse.

Cette espèce est généralement monogame, bien que des cas de polygamie aient été observés. La femelle pond de en moyenne, qui mesurent de par . Elle pond par année, au printemps et en été. Lorsque la nourriture est très abondante, elle peut pondre jusqu'à 15 œufs, et une deuxième nichée peut se produire au cours de la même saison si les conditions météorologiques sont optimales (et jusqu'à trois dans de rares cas ; Johnsgard, 1988 et Konig, 1999).

Les œufs sont pondus à même le sol et la femelle les couve de 30 à 32 jours pendant que le mâle chasse pour la nourrir. Les éclosions étant étalées sur une à deux semaines, la taille et le plumage des petits varient énormément. Les jeunes quittent le nid à 2 mois environ ; ils sont nourris par les deux parents. . À la naissance les petits pèsent environ . La femelle les protège et les nourrit pendant presque un mois.

Répartition et habitat Répartition L'Effraie des clochers est l'oiseau terrestre le plus répandu dans le monde, présente dans toute l'Europe (sauf la Scandinavie, Malte et les régions de steppe), presque toute l'Afrique en dehors du Sahara, le sous-continent indien, l'Asie du sud-est, l'Australie, certaines îles du Pacifique et presque tout le continent américain, A Guide to the Owls of the World, 1999..

Elle est habituellement sédentaire, c’est-à-dire qu'elle demeure dans son aire de nidification (ou dans les alentours) toute l'année. On la trouve principalement dans les zones habitées, plus rarement dans les forêts. Elle reste en général fidèle à sa patrie durant l'hiver, mais lorsque la nourriture vient à manquer (effondrement de la population de rongeurs), on a déjà observé des migrations de petits groupes d'adultes qui peuvent alors entreprendre des déplacements importants.

Cette particularité qu'ont les effraies de se disperser dans toutes les directions après la nidification ou lors d'une longue période de disette fait que leurs mouvements migratoires ont lieu dans toutes les directions et se font parfois en altitude. Malheureusement, une Effraie qui a élu domicile au-dessus de son aire de distribution habituelle ne tentera pas de redescendre en plaine ou en vallée à la saison froide, car une fois installée dans son nid, son habitus est sédentaire.

Ces Effraies installées en altitude, ou celles situées en limite nord de leur aire de répartition, sont susceptibles de mourir en hiver. Une étude de 1997 a montré que, contrairement à la Chouette hulotte ou au Hibou moyen-duc, l'Effraie des clochers a des dépenses énergétiques très élevées en hiver, du fait de la piètre isolation thermique conférée par ses plumes (notamment celles des pattes) et de ses habitudes alimentaires davantage axées sur la recherche de rongeurs, proies moins accessibles par forte couverture neigeuse.

La sous-espèce gracilirostris en voie d'extinction imminente aux Canaries est encore signalée à Fuerteventura, Lanzarote, Alegranza, Lobos, La Graciosa et Montaña Clara.

Habitat

L'Effraie des clochers habite les grands milieux ouverts comme les prairies, les bandes herbeuses le long des champs et des haies ou des vergers. Elle peut utiliser des bâtiments tels que de vieilles granges ou des clochers d'église pour y élever sa progéniture, mais elle chasse au-dessus des vastes champs avoisinants. Comme son nom l'indique, elle habite les clochers, mais aussi les combles des grands édifices, les greniers des fermes, les granges et les pigeonniers.

Après la saison de nidification, la majorité des jeunes se dispersent à moins de de leur lieu de naissance. Une fois que les jeunes Effraies des clochers ont trouvé un site propice pour nicher, elles pourront y passer le reste de leur vie si la nourriture s'y trouve en quantité suffisante (Johnsgard, 1988, Konig, 1999 et Maslow, 1983).

Statut de conservation L'Effraie des clochers a décliné depuis le , mais plus spécialement ces trente dernières années. Le déclin est estimé à plus de 50 % en Angleterre et en Irlande. En France, la population d'effraies est en régression, notamment dans l'est. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux, il resterait en France entre L' Effraie des clochers, fiche technique des refuges LPO, 2004.

Menaces