Une école normale primaire était un établissement chargé de former les instituteurs et institutrices en France, de 1808 à 1991.
Le système des écoles normales primaires, longtemps élément essentiel dans la structuration de l'enseignement primaire public, a perduré en France jusqu'en 1990-1991. Elles portaient communément le nom d'école normale d'instituteurs ou d'institutrices. Elles ont alors été intégrées dans les IUFM, où étaient formés les enseignants du primaire et du secondaire.
Le Japon a suivi un moment le modèle français avec la création d'écoles normales en 1886http://www.jica.go.jp/english/publications/reports/study/topical/educational/pdf/educational_02.pdf.
Les écoles normales primaires en France
Sous le Empire (1804-1814), l'article 108 du décret du 17 mars 1808 portant organisation de l'Université prévoyait la constitution de « classes normales » au sein de lycées ou de collèges « destinées à former des maîtres pour les écoles primaires ». Après la première école normale créée à Paris en 1794 fut ainsi créée en 1810 la deuxième « école normale » de Strasbourg grâce notamment au préfet Adrien de Lezay-MarnésiaA. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, .. École normale de garçons qui ne fut d'abord qu'une annexe du lycée de garçons de Strasbourg avant d'être dotée d'une existence propre et indépendante à partir de 1820. Elle prévoyait une formation des instituteurs en quatre ans, en suivant le modèle allemand. Des écoles similaires seront ensuite créées en Meuse et en Moselle.
Avant 1879 Jusqu'en 1879, les écoles normales de garçons et celles de filles vont dispenser une formation avant tout morale et religieuse. Pendant la Restauration (1814-1830) puis la Monarchie de Juillet (1830-1848), le nombre des écoles normales de garçons atteint 13 en 1829 puis 47 en 1832A. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, . et 56 au d'après le tableauTableau dans la circulaire du ministre François Guizot aux préfets en date du et tel qu'il est présenté du Code de l'instruction primaire de édité par la Librairie normale de P. Dupont à Paris en 1834 dressé par le ministre François Guizot le dans sa lettre circulaire aux préfets. Ledit tableau fait état de et de pour ces normales primaires en activité, de normales primaires projetées et de sans projet sur un total de .
La loi Guizot (1833) Le , le ministre de l'instruction publique François Guizot présente son projet de loi concernant l'instruction primaire devant la Chambre des députés. Dans son discours introductif Discours introductif à son projet de loi reproduit à partir de la dans le de de l’Histoire parlementaire de France par François Guizot publié par Michel Lévy frères à Paris en 1863, celui-ci déclare notamment : « [...] Désormais, tout citoyen âgé de accomplis pourra fonder, entretenir, diriger tout établissement quelconque d'instruction primaire, soit du degré inférieur, soit du degré supérieur, normal ou autre, dans toute espèce de commune urbaine ou rurale, sans autres conditions qu'un certificat de bonne vie et mœurs, et un brevet de capacité obtenu après examen. [...] Nous ne redoutons pas la liberté de l'enseignement, nous la provoquons au contraire. »
Mais ensuite, déplorant le fait que des milliers de communes rurales soient encore dépourvues d'écoles primaires et que, dans les autres, une grande partie des enfants ne soient pas scolarisés, le ministre poursuit : « [...] De là, l'institution nécessaire des écoles publiques, c'est-à-dire d'écoles entretenues en tout ou en partie par les communes, par les départements ou par l'État, pour le service régulier de l'instruction du peuple. » thumb|upright=0.80|François Guizot - ministre de l'Instruction publique de 1832 à 1837.|alt= Et après avoir défini ce qu'est un bon maître d'école Définition d'un bon maître d'école par François Guizot. et avoir déploré le fait que très souvent ils ne le soient pas, le ministre poursuit : « [...] Mais il faut tâcher d'en former de bons ; et pour cela, messieurs, des écoles normales primaires sont indispensables. [...] Aussi nous vous proposons d'établir une école normale primaire par département. »
Ainsi, François Guizot veut obliger chaque département à créer une école normale primaire pour former les maîtres compétents dont la France a besoin selon lui. Ce projet, rapidement discuté et amendé, est voté par les deux chambres du parlement.
La loi Guizot Loi sur l'instruction primaire du 28 juin 1833 reproduite dans le Code de l'instruction primaire de 394 pages édité par la Librairie normale de P. Dupont à Paris en 1834 « sur l'instruction primaire » est promulguée le par Louis-Philippe - roi des Français. Contrairement au souhait de François Guizot, la nouvelle loi ne s'applique pas aux filles dont l'instruction continue donc à relever de la réglementation précédente quelque peu restrictive. Certains des articles de cette nouvelle loi concernent les écoles normales primaires et les instituteurs, la loi obligeant chaque département à avoir une école normale de garçonsA. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, . : Article 11. - Article 11 et suivants de la loi du 28 juin 1833 . Loi sur l’instruction primaire. À Paris, le 28 juin 1833, Bulletin des Lois 1833. (lois). Bull. 105, , texte .. Article 12. - . Article 25. - .
Cette loi aux concernant l'instruction primaire des seuls garçons fait l'objet, le , d'une très longue circulaire Circulaire du 24 juillet 1833, page 116 et suivantes du Code de l'instruction primaire de 394 pages édité par la Librairie normale de P. Dupont à Paris en 1834 du ministre aux préfets. Dans celle-ci, le ministre leur précise les modalités d'application de la loi et, notamment, celles concernant les écoles normales primaires : Les dépenses « doivent être acquittées, soit avec les pensions des élèves, soit avec le produit des bourses fondées par l'État, le département ou les communes. » « [...] Le conseil général aura donc à fixer le taux de la pension de chaque élève et à créer un certain nombre de bourses ou de portions de bourses en faveur des aspirants qui n'auraient pas le moyen de payer, soit en totalité, soit en partie, leur pension. [...] De mon côté (dit le ministre), je suis dans l'intention d'affecter une partie du crédit qui m'est ouvert [...] soit à concourir aux dépenses fixes, soit à créer des bourses dans chaque école normale. Je vous engage à inviter les conseils municipaux des villes riches à fonder de semblables bourses, et ceux des communes rurales à payer tout ou partie de la pension de l'élève qu'ils voudraient avoir pour instituteur. Il y a lieu d'espérer que les personnes et les associations charitables créeront aussi des bourses dans ces établissements. » thumb|upright=2|En 1865, une école normale de garçons avec son aumônier et ses autres enseignants assis et, debout, les aspirants instituteurs (élèves-maîtres) en uniforme.|alt= Les aspirants instituteurs (ou élèves-maîtres) doivent donc financer par eux-mêmes tout ou partie de leurs courtes études en école normale à moins de bénéficier, pour tout ou partie, d'une bourse communale, départementale ou d'État. Courtes études à l'issue desquelles ils doivent obtenir un brevet de capacité pour avoir le droit d'enseigner.
En effet, la réglementation de 1833 institue les « brevets de capacité ». exigés pour enseigner dans l'enseignement privé comme dans l'enseignement public. Ces brevets de capacité seront fixés au nombre de deux : un brevet « élémentaire » (BE) suivi d'un brevet « supérieur » (BS). Et c'est ainsi que tout individu de plus de voulant exercer la fonction d'instituteur et diriger tout établissement d'instruction primaire devra alors non seulement être pourvu du certificat de moralité mais être aussi titulaire, selon le degré de l'école, d'un brevet de capacité (BE ou BS) obtenu après examen organisé dans chaque département par les commissions désignées.
Première école normale de filles (1838) vignette|Les élèves-maîtresses du Vaucluse et des Basses-Alpes alors rassemblées à l'École normale de Digne (Basses-Alpes, France), en 1901-1902. C'est le que David Lévi Alvarès, en société avec M. Lourmand, ouvrit à l'Hôtel de Ville de Paris, un cours normal pour institutrices. Cinq cents institutrices vinrent tous les dimanches dans la salle Saint-Jean, à cette réunion de famille.
Cinq ans plus tard, en 1838, est créée la première école normale de filles en France. Cette création a été favorisée par l'esprit de l'ordonnance royale du étendant aux écoles de filles. une partie des articles de la loi du à l'exclusion, notamment, de ses concernant la création d'une école normale (de filles) dans chaque département. Dix ans après, en 1848, on compte pourtant déjà huit écoles normales d'institutrices ainsi qu'une trentaine de « Cours normaux » assurant à moindre coût pour les départements une petite formation pour celles se destinant à devenir institutrices d'écoles publiques. En 1863, pour les français, on ne recense que normales de filles seulement pour normaux pour filles.
Sous la (1848-1852) et le Second Empire (1852-1870), les autorités se méfient des écoles normales soupçonnées de favoriser les idées démocratiques voire socialistes. Dès le , Alfred de Falloux ministre de l'Instruction publique, présentant son projet de loi. favorable à la liberté de l'enseignement à l'Assemblée constituante, déclare notamment : « [...] À voir tous les gouvernements qui se succèdent porter la main sur l'enseignement public, il semble que tous se soient flattés d'improviser une société à leur image. La liberté d'enseignement, consacrée enfin par notre Constitution, doit mettre un terme à ces illusions et à ces tentatives. [...] La famille, pas plus que l'individu, ne doit se mettre en révolte contre l'État, mais l'État ne peut pas, ne doit pas se substituer arbitrairement à la famille. » « [...] Quelle est la valeur morale des écoles normales primaires ? Les instituteurs ne sont pas tous élevés dans les écoles normales. Toutefois, sur dix-sept cents places, environ, vacantes chaque année, ces écoles ne fournissent pas moins de sept cent cinquante à huit cents sujets, et ces sujets, qui devraient servir de modèle, servent en ce moment de point de mire aux critiques les plus sévères.. Des voix sérieuses, impartiales, politiques, se sont élevées pour demander la suppression absolue des écoles normales primaires. [...] l'institution a été attaquée en elle-même comme essentiellement vicieuse » « [...] Ces objections sont graves. Cependant nous avons cru que l'épreuve pouvait être continuée moyennant le contrepoids du stage fortement organisé : qu'en tout cas, ce stage devait avoir produit ses recrues avant qu'on se privât des ressources de l'école normale. Surtout nous avons voulu laisser les Conseils généraux juges des besoins ou des périls de chaque département; nous avons éveillé leur vigilance et armé leur sévérité. » « [...] On s'étonnera peut-être qu'aucun article du projet ne soit relatif à l'enseignement des filles [...] L'instruction est demeurée trop isolée de l'éducation, l'éducation est demeurée trop isolée de la religion. [...] C'est le but que nous avons tâché d'atteindre... en confiant au curé ou au pasteur la surveillance morale de l'école primaire »
Lors des débats à l'Assemblée, Victor Hugo — maintenant républicain — se déclare résolument hostile à ce projet qu'il juge par trop clérical et réactionnaire. Discuté et amendé, le projet d'Alfred Falloux est cependant voté. Et la loi[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5493813r.image.r.f18.langFR Loi du 15 mars 1850 sur l'enseignement primaire dite Falloux relative à l'enseignement primaire est promulguée le par Louis-Napoléon Bonaparte Président de la république. Loi dont l'article 35 ne concerne que les seules écoles normales de garçons dont l'existence est remise en cause par ses et : Article 35 - . .