Le roumain (roumain : limba română ) également appelé moldave (roumain : limba moldovenească, cyrillique moldave : лимба молдовеняскэ ) dans les sources soviétiques et les pays issus de la dislocation de l'URSS, et anciennement désigné dans la littérature française comme valaque ou moldo-valaqueCes glottonymes font référence aux anciennes principautés de Valachie et de Moldavie., est une langue indo-européenne appartenant au groupe des langues romanes orientales et, plus précisément, au diasystème roman de l'Est. Il est couramment parlé par environ de locuteurs (, appelés roumanophones par les linguistes, en tant que langue maternelle et en tant que langue seconde), principalement en Roumanie et en Moldavie.

Sur le plan linguistique, l'étendue de la notion de « langue roumaine » peut varier. Certains linguistes, comme George Giuglea ou Alexandru GraurMarius Sala, Vocabularul reprezentativ al limbilor romanice [« Le vocabulaire représentatif des langues romanes »], Bucarest, Editura Științifică și Enciclopedică, 1988, ). considèrent que les quatre idiomes connus sous les noms de : aroumain (également appelé « aromoune », « valaque » ou « zinzare ») ; mégléno-roumain (également appelé « mégléniote » ou « moglénite ») ; istro-roumain (également appelé « istrien » ou « tchitche ») ; et daco-roumain (également appelé « roumain », « moldave »« Moldave » est employé dans les États ex-soviétiques (dont la République de Moldavie où cette langue a officiellement deux noms : « moldave » (limba moldovenească ), selon l’art. 13(1) de la Constitution de la République de Moldavie, mais aussi limba română « langue roumaine », aux termes de la Déclaration d’indépendance de 1991 et de l’Arrêt de la Cour constitutionnelle moldave du 5 décembre 2013, , et même лимба молдовеняскэ (limba moldovenească en alphabet cyrillique) en Transnistrie (Constitution de la Transnistrie, article 12) (consulté le 3 mars 2017) ; ces dénominations concernent la même langue ausbau, « moderne » ou « savante ». ou « valaque »Le terme « valaque » pour la langue roumaine est utilisé en Serbie ou en Bulgarie)… … sont quatre langues romanes orientales indépendantes, car elles ne sont que très partiellement intercompréhensibles.

Mais d'autres linguistes, tels , Ovid Densușianu, Sextil Pușcariu, Theodor Capidan, Alexandru Rosetti et Emil PetroviciSala 1989, ., considèrent ces quatre langues comme des dialectes du « roumain », mot qui, dans leur interprétation, désigne le diasystème roman de l'Est, soit une macro-langue dont la structure grammaticale est issue essentiellement du roman oriental, lui-même issu du latin vulgaire.

Certains linguistes revendiquent également le dalmate comme appartenant à ce groupeP. Skok, B. E. Vidos, G. Solta (cf. Sala 1989, )..

Une grande partie (71,66 %) du lexique roumain total provient du latin, directement (30,33 %) ou à travers des emprunts au latin savant et à des langues romanes occidentales. Il existe également un substrat thrace/dace (0,96 %) antérieur à la conquête romaine (voir origine des roumanophones) et un superstrat slave ancien (9,18 %). Jusqu'au milieu du , le roumain a bénéficié d'un apport de mots slaves, grecs, hongrois et turcs.. Dans la période suivante, les emprunts les plus nombreux sont venus du français (22,12 % du lexique actuel) et ont été naturalisés selon les règles orthographiques du roumain qui sont presque phonémiques et assez similaires à celles de l'italien, comme abajur, toaletă ou parbrizPourcentages donnés par Sala 1988.. Des mots anglais ont également été naturalisés par le passé, comme feribot, meci (« match ») ou tramvai, mais dans les années 1990, en raison du retard technologique accumulé par la Roumanie durant la période communiste, une masse d'anglicismes a subitement pénétré dans la langue sans être naturalisés, et conservant donc l'orthographe anglaise, comme browser, download, mall, link ou printer.

Classification et langues apparentées

thumb|Place du roumain (rouge) dans la famille des langues romanes. thumb|Carte linguistique de l'Europe centrale et du Sud-Est : les langues romanes orientales en bleu clair.

Le roumain a des traits communs avec l'italien, le sarde, le français, l'occitan, le catalan, l'espagnol et le portugais. thumb|Le roumain comme langue officielle, seul ou avec d'autres langues, en Roumanie et en Moldavie. thumb|right|Territoire des langues romanes orientales au , avec les aires linguistiques (daco-)roumaine, aroumaine, istro-roumaine et mégléno-roumaine. right|thumb|Évolution des langues romanes orientales parmi les autres langues d'Europe du Sud-Est, avec les trois phases de la formation, de la cohabitation et de la séparation.

Répartition géographique et statut

+Pays et régions où le roumain est langue officiellePaysLocuteurs% de la populationRoumanie85,36 (2011)Résultats du recensement de 2011, tableau 10 (consulté le 2 mars 2017).MoldavieDonnées excluant la Transnistrie.68,6 (2014).Transnistrie31,7 (2015)Annuaire statistique de 2016Voïvodine1,25 (2011)Recensement de 2011.

Le nombre total de locuteurs du roumain est estimé à dont c'est la langue maternelle, plus qui le parlent en tant que langue seconde. Il y a des roumanophones dans de nombreux pays, mais le statut de la langue est divers de l'un à l'autre.

Le roumain est la seule langue officielle en Roumanie, où il est en même temps la langue maternelle de (85,36 % de la population) et en MoldavieArrêt de la Cour constitutionnelle moldave du 5 décembre 2013, , où 80 % de la population déclarait en 2004 (année du dernier recensement) l'avoir comme langue maternelle, appelée « moldave » par et « roumain » par Résultats du recensement de 2004, tableau 8 (consulté le 2 mars 2017).. En Transnistrie, c'est la langue maternelle de 31,7 % de la population (environ enregistrées comme d'ethnie moldave)Annuaire statistique de 2016, (consulté le 2 mars 2017)., étant officielle à côté du russe et de l'ukrainienArt. 22 de la Constitution de la Transnistrie .. En Serbie, le roumain, langue maternelle d’environ Recensement de 2011 (consulté le 2 mars 2017)., est « d’usage officiel » en Voïvodine, à côté du serbe, dans les localités où la population roumanophone atteint 15 % de la population totaleCf. Loi sur l’usage officiel des langues et graphies (consulté le 2 mars 2017).. Le roumain est également l'une des langues officielles de l'Union européenne et de l'Union latine.

Dans les autres pays voisins de la Roumanie, le roumain a un statut de langue minoritaire, qui lui confère une situation plus ou moins favorable selon les pays et les régions : enseignement, édition, presse écrite, médias audiovisuels plus ou moins favorisés. L'Ukraine a la plus forte minorité roumaine (environ ).. Il y a encore des minorités roumanophones relativement notables en Russie ()Recensement de 2010 (consulté le 2 mars 2017)., en Hongrie ()Recensement de 2011 (consulté le 2 mars 2017)., en Bulgarie ()Recensement de 2011 (consulté le 2 mars 2017). et en Serbie (où les de Voïvodine font l'objet d'accords bilatéraux avec la Roumanie et sont reconnus comme minorité, tandis que les des Portes de Fer sont considérés comme « Serbes de langue valaque ») Dejan Dimitrijevic : Les Valaques et la serbité, CNRS-IDEMEC, Aix-en-Provence 2003..

Sans avoir de statut, le roumain est parlé dans la diaspora lointaine (Europe de l'Ouest, Amérique, Australie) par des centaines de milliers de personnes expatriées, qu'elles fussent originaires de Roumanie, de Moldavie ou des pays voisins. Les données les concernant ne sont pas précises, puisque, en fonction des pays, ils sont pris en compte avec des statuts divers. Ils sont plus de dans les pays suivants : citoyens de Roumanie et de la république de Moldavie en ItalieDonnée de 2015 (consulté le 2 mars 2017). ; citoyens de Roumanie en EspagneDonnée de 2011 (consulté le 2 mars 2017). ; citoyens d'Israël parlant roumainEstimation de 1993 cité par Ethnologue, page Romanian (consulté le 2 mars 2017). ; parlant roumain à la maison aux États-UnisDonnée de 2013 (consulté le 2 mars 2017). ; citoyens de Roumanie et de la république de Moldavie en Allemagne.; 116 520 personnes pouvant converser en roumain au Canada.

En outre, le roumain est la langue maternelle d'un nombre difficile à estimer, peut-être quelques dizaines de milliers, de Băiași, une branche des Roms vivant en Roumanie et dans des pays qui lui sont voisins ou prochesPour les sources, voir celles des articles en lien..

Le roumain est enseigné en tant que langue minoritaire dans les pays voisins de la Roumanie et en tant que langue étrangère dans plusieurs autres pays. Il y a des cours de roumain dans d'enseignement supérieur de Enseignements du roumain pour l'année académique 2015–2016., où l'enseignement de la langue est assuré par l'Institut de la langue roumaine.. L'Institut culturel roumain s'occupe aussi de l'enseignement du roumain langue étrangère par son réseau présent en Roumanie et dans d'autres pays..

La présence du roumain sur Internet était illustrée par le coefficient 0,6 en 2007, ce qui est peu par rapport à l'anglais (4,44), au français (2,24) ou à l'italien (2,93), mais parmi les langues romanes, seul le roumain a présenté une augmentation entre 2005 et 2007Cf. Trandabăț 2011, ..

Histoire linguistique

Les linguistes s'accordent en général pour considérer que les idiomes romans orientaux ont été précédés par une langue appelée « proto-roumain », mais le territoire où il s’est formé est controversé, faute de sources et en raison d’intérêts politiques contrairesSection d'après Sala 1989, , sauf les informations de sources indiquées à part.. Trois théories ont été élaborées au cours de l'histoire.

L'hypothèse de Bogdan Petriceicu Hasdeu, longtemps la seule acceptée en Roumanie, Serbie et Bulgarie, mais rejetée en Autriche-Hongrie et en Russie, ainsi que dans leurs états-héritiers (Hongrie, URSS), affirmait que le roumain s'était formé au nord du Danube, en Dacie, après la conquête de ce pays par les Romains, et que la présence de minorités roumanophones au sud du Danube, dans les Balkans, serait due à des migrations au depuis l’ancienne DacieCollectif, Istoriya na Balgariya, tome 3, Sofia 1973, à 272..

L'hypothèse inverse, diffusée par Eduard Robert Rösler, et Alexandru Philippide, affirme que le roumain est la conséquence de la romanisation des populations que les Romains avaient soumises en Mésie et Dacie aurélienne au sud du bas-Danube à partir du et se serait répandu au nord du Danube du au , par des migrations liées à la transhumance à travers la « Bulgarie au-delà du Danube », et accélérées par les campagnes de reconquête des Balkans par Basile II le Macédonien. Ces migrations auraient dispersé des communautés valaques vers le nord-ouest jusqu'en Moravie, vers le nord-est jusqu'en Podolie (les Volochovènes), vers l'ouest jusqu'en Istrie, vers le sud-ouest jusqu'à la côte dalmate (parmi les Dalmates, qui ne sont pas des Valaques) et au sud jusqu'en Grèce (Épire, Macédoine occidentale, Thessalie, Acarnanie, ArcadieAsterios Koukoudis, The Vlachs : Metropolis and Diaspora, éd. Zitros, Thessalonique 2003, .Théophane le Confesseur, Georges Cédrène, Jean Apocauce et Anne Comnène cités par Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, ed. de l’Académie Roumaine, plusieurs rééd.). Cette théorie, souvent occultée en Roumanie, était et continue d'être dominante en Hongrie, dans les pays germaniques et ex-soviétiques, à ceci près que, dans les sources de ces pays, la « Bulgarie au-delà du Danube » n'existe pas, et jusqu'au le Danube et les Carpates sont considérés comme d'infranchissables frontières pour les Valaques balkaniques et pour eux seuls, donc la diffusion du roumain au nord du Danube est forcément tardive et en tout cas très postérieure à l'arrivée des Slaves en Moldavie et à l'arrivée des Magyars dans le bassin du moyen Danube.