Léon Blum , né le à Paris . et mort le à Jouy-en-Josas, est un homme d'État et conseiller d'État français. Figure du socialisme, il est président du Conseil de à et de à , puis président du Gouvernement provisoire de la République française de à .
Juriste, membre du Conseil d'État ainsi que critique littéraire et écrivain, il devient un dirigeant de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) à l’approche des élections législatives de 1919 et refuse l’année suivante de voter l'adhésion à l'Internationale communiste lors du congrès de Tours en .
Après la victoire de la coalition du Front populaire aux élections législatives de 1936, il forme un premier gouvernement comprenant plusieurs femmes. Il conduit d'importantes réformes sociales (congés payés, réduction du temps de travail). Ce gouvernement est renversé au bout d'un an. Il redevient président du Conseil l’année suivante, mais pour seulement un mois.
Lors de l'occupation de la France par la Wehrmacht, il est emprisonné par le régime de Vichy, traduit en justice lors du procès de Riom en 1942, puis déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il préside ensuite le dernier gouvernement provisoire de la République française durant la période de mise en place des institutions de la Quatrième République.
Biographie Jeunesse Origines vignette|Acte de naissance de Léon Blum.|gauche vignette|Marie et Auguste Blum en 1897.|gauche|275x275px Léon Blum est le second fils d'Abraham, dit « Auguste » Blum, né le à Westhoffen, commune du Bas-Rhin.. Peu avant 1848, Abraham Blum s'installe à Paris, où il adopte le prénom francisé « Auguste ».., et y tient un commerce prospère de rubans et soieries avec ses frères Henri et Émile, la maison « Blum frères ». La mère de Léon est Marie Adèle Alice Picart, de religion juive tout comme Abraham. Mariés, le Registre d'état civil du de Paris, mariages, année 1869, Archives de Paris., dans le de Paris, Auguste et Marie habitent au-dessus du magasin au 243Aujourd’hui, le 151., rue Saint-Denis, où André Léon Blum naît le . Il a un frère aîné, Lucien, né en 1869, et aura trois cadets : Marcel (1875), Georges (1877) et René (1878)..
Formation À partir de 1876, aux côtés de Lucien, il fait une scolarité primaire comme interne dans différentes institutions : pension Roux, rue d'Aboukir ; pension Pignerol. En 1882, il entre en sixième au lycée Charlemagne situé dans le arrondissement de Paris. Interne à la pension Kahn de la rue des Francs-Bourgeois, il fait une brillante scolarité secondaire, en dépit de son insubordination notoire. Parti faire sa classe de philosophie au lycée Henri-IV en 1888, il y rencontre André Gide et Pierre Louÿs et publie, à l'âge de , ses premiers poèmes dans la Conque, une revue littéraire de leur création.. En 1889, il obtient le second prix du concours général de philosophie et il est reçu au baccalauréat, en dépit de sa faiblesse pour les langues vivantes (anglais, allemand).
En , il est reçu sur 25 à l’École normale supérieure, où il va faire la connaissance du futur bibliothécaire Lucien Herr, mais il se désintéresse rapidement des cours. Ayant échoué aux examens de licence de première année, il est exclu de l'école, en , et poursuit ensuite des études de Lettres à l'université de ParisJean Lacouture n'indique pas de résultats concernant une licence de lettres., mais commence aussi des études de droit ; il obtient sa licence en droit en 1894..
Famille Après la mort de sa première femme, Lise BlochSœur de Maurice Bloch et grand-tante de François Bloch-Lainé. Lise dont la santé est fragile va régulièrement en cure thermale avec leur fils Robert. Parfois Léon Blum les accompagne : par exemple, durant l'été 1929 à Divonne., épousée en 1896, morte en 1931 et dont il a eu son unique enfant, Robert BlumNé en 1902, Robert Blum est polytechnicien. Il est mobilisé comme officier en 1939, fait prisonnier, il est interné à l'Oflag X-C pendant toute la guerre. Il fait ensuite carrière chez Hispano-Suiza dont il devient le PDG en 1965. Il meurt en 1975., Léon Blum se remarie en 1932 avec Thérèse Pereyra, dont il était l'amant depuis 1911. (rencontrée pour la première fois à l'été 1906 au château des Vives-Eaux). En , Thérèse engage une femme de chambre, Émilienne Horanfe-Rigaud, qui restera au service de Léon jusqu'à sa mort. Thérèse meurt en 1938 à Paris, dans une clinique de la rue Georges-Bizet, où elle se trouvait pour subir une opération de la vésicule biliaire.
Léon Blum vit ensuite à partir de 1940 avec Jeanne Levylier (ancienne épouse d'Henry Torrès et d'Henri Reichenbach), qu'il épouse en troisièmes noces en 1943 au camp de Buchenwald, où elle avait demandé et réussi à le rejoindre.
Conseiller d'État Léon Blum se présente au concours du Conseil d'État et il est finalement reçu à sa deuxième tentative. Âgé de , il est nommé auditeur en .
Il va y faire une carrière de près de , interrompue seulement par ses fonctions de chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat, ministre des Travaux publics, de 1914 à 1916.
Il est commissaire du gouvernement dans des affaires célèbres jugées par le Conseil, comme l'arrêt « Granits porphyroïdes des Vosges » de 1912., « Époux Lemonnier » de 1918. ou encore « Compagnie générale française de tramways » de 1910., qui ont contribué à forger la jurisprudence administrative. Écrivain et critique littéraire vignette|gauche|Léon Blum vu par Félix Vallotton, portrait paru dans La Revue blanche, 1900.|203x203px Durant la première partie de sa vie, c'est comme écrivain que Léon Blum souhaite être reconnu. Aussi, parallèlement à sa profession de magistrat au Conseil d’État, il consacre l'essentiel de son activité professionnelle à l'écriture..
Léon Blum, au début du , écrit des critiques de livres et de pièces de théâtre. Il participe à la revue Le Banquet, dirigée par Fernand Gregh, où il côtoie notamment Marcel Proust et où il donne ses premières chroniques. À partir de , il collabore durant près de neuf années à La Revue blanche, où ses chroniques établissent sa réputation dans le milieu littéraire parisien. L'acteur, metteur en scène et professeur Jean-Laurent Cochet estime, pour sa part, qu'il est « le critique le plus intelligent de son époque ». Il côtoie les auteurs de l'époque (Sacha Guitry, Anna de Noailles, par exemple) et fait partie de la vie parisienne. Il se bat même en duel à l'épée au vélodrome du Parc des Princes le à la suite d'une violente altercation, avec Pierre Veber, l’auteur de Une Loge pour Faust, celui-ci protestait que Blum soit présent lors de la couturière de sa pièce au théâtre des arts ; le duel a été filmé.. Très loin des conventions bourgeoises, il se prononce pour la liberté amoureuse avant le mariage dans son ouvrage Du mariage (1907) qui fait scandale. Il est, à partir de 1911, l'amant de Thérèse Pereyra, qu'il épousera en 1932En 1911, lors de la création du Veilleur de nuit par Sacha Guitry, Léon Blum écrit ..vignette|Léon Blum vers 1910.|gauche|245x245px
Ses inclinations politiques ne sont pas sans effets sur ses critiques littéraires. Ainsi, selon Serge Berstein, . Pour cette raison, bien qu'apprécié du public et des lecteurs de périodiques, Léon Blum est également un critique contesté en raison de ses critères de choix.
Le , Blum vend sa collection de manuscrits et autographes à l'hôtel Drouot : Édouard Giard adjuge ainsi une poésie de Leconte de Lisle pour francs, une page autographe de Paganini pour francs, un manuscrit de 7 pages de Flaubert pour , le manuscrit de 20 pages des Nouvelles conversations avec Eckermann écrit par Blum pour ..
En , le théâtre des Ambassadeurs invite Blum pour une série de conférences bien payées sur Stendhal, Jaurès et l'actualité permettant de se remettre à flot financièrement.
Le , Blum inaugure une rétrospective de l'art français au musée d'art moderne : à sa demande, maîtresses des Primitifs de la fin du siècle ont été réunies pour la première fois. Il soutient par ailleurs le projet d'pavillon des Temps Nouveaux de Le Corbusier et celui du couple Delaunay de décorer le pavillon de l'Air pour l'exposition universelle de 1937.
Débuts en politique
Affaire Dreyfus vignette|Lucien Herr.|gauche|233x233px C'est à l'occasion de l'affaire Dreyfus que Léon Blum se lance réellement en politique. D'abord convaincu de la culpabilité d'Alfred Dreyfus, il est sceptique devant les plaidoyers de Bernard Lazare ou de Michel Bréal dont il pense qu'ils cherchent avant tout à défendre sans preuve un coreligionnaire. Finalement, le socialiste Lucien Herr réussit à le convaincre que Dreyfus a été injustement condamné. Son rôle dans le déroulement de l'affaire est limité. Le devoir de réserve qui le lie en tant que membre du Conseil d’État ne lui permet d'agir qu'en coulisse, en donnant aux avocats de Dreyfus et de Zola des conseils juridiques. Cet engagement provoque sa rupture avec Maurice Barrès (qu'il considérait jusqu'alors comme son maître en littérature) et, surtout, sa rencontre en 1897 avec Jean Jaurès, avec qui il se lie d'amitié.
Militant socialiste vignette|Jean Jaurès lisant L'Humanité.|gauche|257x257px Il participe aux côtés de Jaurès à la fondation de L'Humanité en 1904, journal dans lequel il tient la rubrique littéraire.. En 1905, au moment de sa création, il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). vignette|Plaque sur l'immeuble du 38 rue Guynemer ( arrondissement de Paris), où Léon Blum vécut de 1897 à 1908.
Cependant, dès l'été 1905, il quitte L'Humanité, devenu le journal du parti, et ne milite plus guère. Ses activités littéraires reprennent le pas sur ses activités politiques. L'historien Serge Berstein avance que ce retrait est peut-être lié à la déception de voir que la SFIO s’organise autour du marxisme dogmatique et révolutionnaire de Jules Guesde, plutôt qu’autour du socialisme réformiste de Jaurès.
À l'été 1909, le couple Blum déménage du 38 rue du Luxembourg au 126 boulevard du Montparnasse dans un immeuble construit par un ami directeur chez Larousse.
Première Guerre mondiale Il entre en politique au début de la Première Guerre mondiale : en , réformé pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d'Union sacrée. Le conseiller d'État y apprend le quotidien de l'action gouvernementale. Lorsque Sembat démissionne le , Léon Blum reprend ses fonctions au Conseil d'État.
Il a toujours soutenu l'effort de guerre et la politique de l'Union sacrée. Malgré les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est resté convaincu qu'il s'agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s'opposant aux pacifistes, il ne s'identifiait pas pour autant à l'aile droite du parti.
Dirigeant de la SFIO Élections législatives de 1919 vignette|droite|160px|Léon Blum, élu député de la Seine lors des législatives de 1919. Ce n'est qu'un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO. Lors du congrès de la Bellevilloise d', Blum tente de préserver les acquis démocratiques et républicains de Jaurès et d'insuffler aux Socialistes une approche progressive de la révolution dans les domaines sociaux, économiques et politiques.. C'est grâce à lui que le parti socialiste conserve une apparence d'unité lors de ces élections. La droite l'emporte néanmoins. Blum est élu pour la première fois député de la Seine ; il démissionne alors du Conseil d'État.
Il devient ensuite secrétaire, puis président du groupe parlementaire socialiste. Député de la Seine de 1919 à 1928 — dans la circonscription Charonne - Père Lachaise de Paris — et de l'Aude de 1929 à 1940, circonscription de Narbonne...
Scission du congrès de Tours Lors du Congrès de Tours de 1920, Blum refusa de suivre la majorité en faveur de l'adhésion à la Troisième Internationale. Il prononça à cette occasion un discours resté célèbre, qu'il conclut par ces mots :