L'idée de sympathie est celle de participation, lien, concordance, communication. D'où différents sens, selon qu'on parle de la sympathie entre choses ou de la sympathie entre personnes. Comme le marque le Larousse : « Sympathie. 1) Faculté de participer aux peines et aux joies des autres. 2) Sentiment instinctif d'attraction à l'égard de quelqu'un. 3) Rapport de concordance de certaines choses entre elles ». Sympathie psychologique, sympathie morale et sociale, sympathie universelle (cosmique).

Le mot est dérivé de la langue grecque (sumpatheia)3Atext%%% 3A1999.04.0057 3Aentry% 3D% 2398480 sympatheia, Henry George Liddell, Robert Scott, Un grec-anglais Lexique, à Persée, du grec ancien (sýn) qui signifie ensemble et de (pathos) passion, en l'occurrence la souffrance (de - pascho, « être affecté par, à souffrir »), d'où le sens originel de « compassion » ou « condoléance » que le mot a encore de nos jours en anglais par exemple.

La sympathie universelle : conception relevant du stoïcisme La sympathie universelle concerne les choses, elle suppose une concordance entre diverses réalités physiques. Chez les stoïciensA.-J. Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, t. II : Le Dieu cosmique, 1949, p. 418-419., le monde est pénétré partout d'un même Feu-Logos qui en est le principe de cohésion, de mouvement, de vie. C'est un grand Vivant, de sorte que les parties du monde communient dans un même sentiment et un même souffle. Ce qui affecte une partie affecte les autres : sym-pathie. Mais les anciens stoïciens (Zénon de Cition, Chrysippe de Soles) ne parlent que des relations entre les choses du ciel (ourania) et les choses de la terre (epigeia) :

Posidonios d'Apamée (131-51 ), qui relève du moyen-stoïcisme, étend la sympathie au rapport entre les choses terrestres:

Pour Plotin (205 - 270 ), la sympathie est IV, 4, 41. Le mot grec « sympathie » pouvait également s'appliquer, par animisme, à des correspondances entre objets inanimés et/ou des êtres vivants, comme chez l’occultiste Bolos de Mendès (). Cicéron parle de l'antipathie entre la vigne et les chouxDe Natura Deorum, II, 47, § 120. À la Renaissance, de nombreux auteurs parlent des sympathies et antipathies : Paracelse, Cardan, Tommaso Campanella, Giambattista della Porta, etc.

La sympathie morale et sociale Hume édifie sa théorie du jugement moral autour de la sympathie, définie comme notre propension à recevoir Traité de la nature humaine, 1739-1740 (II, 1, 11). ; ensuite, la sympathie désigne le désir de vivre en communauté avec les autres hommes ; ensuite, la sympathie c'est faire comme si j'éprouvais des sentiments que je n'éprouve pas, me mettre fictivement à la place d'autrui, parce que j'imagine que je devrais être à cette place. Adam Smith, ami de Hume, tient la sympathie (sympathy) pour la Théorie des sentiments moraux, 1759 ; I, 1, 3. Il fait de la sympathie le mobile premier des actes et le fondement des jugements moraux. Pour Max Scheler, la sympathie (Mitgefühl) est un acte intentionnel de communication entre personnesNature et Formes de la sympathie (1923, trad., Payot, 1951).

La sympathie psychologique Le mot "sympathie" peut également signifier être touché par des sentiments ou des émotions. Ainsi, l'essence de la sympathie est la préoccupation forte qu'on ressent pour autrui. La sympathie existe lorsque les sentiments ou émotions d'une personne sont profondément compris et appréciés par une autre personne. L'état psychologique de la sympathie est étroitement lié à celui de la compassion, de l'empathie et de préoccupation empathique. Bien que l'empathie et la sympathie soient souvent utilisés indifféremment, une variation subtile dans l'usage courant peut être détectée. Faire preuve d'empathie, c'est répondre à l'état émotionnel d'un autre en renvoyant des sentiments d'un genre similaire Chismar, D. (1988). L'empathie et la sympathie: la différence est importante. The Journal of Value Inquiry, 22, 257-266.. La sympathie comprend non seulement l'empathie (mais pas toujours car l'erreur de jugement sur l'émotion de l'autre est aussi possible), mais implique aussi d'avoir un regard positif ou une préoccupation non éphémère pour l'autre personneDecety, J., & Batson, CD (2007). Neuroscience sociale des approches de la sensibilité aux relations interpersonnelles. Social Neuroscience, 2 (3-4), 151-157.

Dans l'usage courant, la sympathie est prise généralement comme la compréhension qu'on a d'un autre, de son malheur ou de sa souffrance, son chagrin.

La sympathie peut également se référer à être conscient des émotions positives éprouvées par les autres.

Dans un sens plus large, il peut se référer à l'appartenance à une idéologie particulière, par exemple politique. On parle alors d'une personne sympathisante.

De façon pratique l'empathie est de se mettre dans un mode "mise en compréhension" du sentiment d'autrui tandis que la sympathie est de se mettre à la place de l'autre. Dans le deuxième cas, la compréhension est jumelée à un investissement de soi. Par le fait de l'imagination, voir « Théorie des sentiments moraux, Adam Smith » la personne s'imagine et tente de ressentir ce que l'autre ressent, il souffre ou jouit avec lui, d'où l'investissement. La différence est énorme lorsqu'on accompagne quelqu'un dans la mort.

La sympathie physiologique La sympathie physiologique est une espèce de contagion par laquelle quelqu'un reproduit par imitation ou influence les comportements d'un autre. Ainsi du bâillement, du rire.

Voir aussi

Bibliographies Bibliographie sur la sympathie universelle Reinhardt, Poseidonios, 1921 Reinhardt, Kosmos und Sympathie, 1931. A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, Paris, Les Belles Lettres, 1944-1954 (4 volumes) : vol. I : L'astrologie et les sciences occultes, 441 p. ; vol. II : Le dieu cosmique, 610 p. ; vol. III : Les doctrines de l'âme, 314 p. ; vol. IV : Le dieu inconnu, 319 p. Réimpr. en 1 vol., Paris, Les Belles Lettres, 2006, 1700 p. Émile Bréhier, Chrysippe et l'ancien Stoïcisme, PUF, 1910, éd. revue 1951.

Jean-Pierre Cléro, Thierry Belleguic, Eric Van Der Schueren, Sabrina Vervacke, Les discours de la sympathie, Enquête sur une notion de l'âge classique à la modernité Volume 1 (2014), Hermann. Jean-Pierre Cléro, Thierry Belleguic, Les discours de la sympathie, Enjeux philosophiques et migrations conceptuelles Volume 2, (2014), Hermann.

Bibliographie sur la sympathie morale et sociale David Hume, Traité de la nature humaine (1739-1740) Adam Smith, La théorie des sentiments moraux (1759), trad. marquise de Condorcet (1798), Aujourd'hui Max Scheler, Nature et Formes de la sympathie. Contribution à l'étude des lois de la vie affective (1923), Payot, 1971. Monique Canto-Sperber, Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale (1996), PUF, t. II, p. 1904-1910.

Bibliographie sur la sympathie psychologique Decety, J. and Ickes, W. (Eds.) (2009). The Social Neuroscience of Empathy. Cambridge: MIT Press, Cambridge. Decety, J. and Batson, C.D. (Eds.). Interpersonal Sensitivity: Entering Others' Worlds. Hove: Psychology Press. Eisenberg, N., & Strayer, J. (1987). Empathy and its Development. Cambridge: Cambridge University Press. Lamm, C., Batson, C.D., & Decety, J. (2007). "The neural substrate of human empathy: effects of perspective-taking and cognitive appraisal". Journal of Cognitive Neuroscience, 19, 42-58.

Liens externes

Notes et références

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