Carl Menger, né le à Neu Sandec, alors dans l'empire d'Autriche, et mort le à Vienne, est un économiste autrichien, fondateur de l'école autrichienne.
Il développe une conception subjective de la valeur, considérant que celle-ci n'est pas inhérente aux biens et fondée sur le travail comme l'avançaient l'école classique puis Karl Marx, mais repose sur l'utilité marginale du bien dépendant de son utilisateur et de ses conditions subjectives. Cette révolution marginaliste de l'école autrichienne a également été développée par l'école de Lausanne fondée par Léon Walras, puis par l'école de Cambridge, fondée par Alfred Marshall, qui, toutes trois, fondent l'école néoclassique.
Professeur titulaire de la chaire d'économie politique à l'université de Vienne et membre du Sénat, la pensée de Carl Menger est développée principalement dans ses Principes d'économie politique (1871), et se caractérise notamment par le refus de la mathématisation, considérée inapplicable au subjectivisme de l'action humaine.
Biographie Carl Menger est né à Nowy Sącz (Pologne). Il est le fils d'une famille aisée de la petite noblesse, dont le père était juriste. Après être allé au Gymnasium (lycée), il étudie le droit aux universités de Prague et de Vienne de 1859 à 1863 date à laquelle il devient journaliste. Le , il fonde le journal Wiener Tagblatt, qui sera nationalisé en mars de l'année suivante"Editing Economists and Economists as Editors: Papers Given at a Conference Held at the Centre D'études Interdisciplinaires Walras-Pareto, University of Lausanne", par Pascal Bridel Librairie Droz, 1992 page 97 .
Il étudie ensuite en Pologne. En 1867, il obtient un doctorat en droit (jurisprudence) à l'université Jagellonne de Cracovie. Il rejoint la section de la presse au cabinet du Premier ministre à Vienne. C'est à cette époque qu'il "tombe dans l'économie politique"Joseph T.Salerno, Biographie de Menger. En 1871, il publie son livre "Principles of Economics" qui fait de lui un des fondateurs de l'école néo-classique. En 1872, il entre à l'université de Vienne comme maître de conférences non payé puis devient professeur associé à plein temps en 1873. En 1876, il devient un des précepteurs du prince héritier Rodolphe (les textes des cours ont été publiés par [Streissler 1994]). À son retour à Vienne en 1879, il fut nommé par François-Joseph , grâce en partie à l'appui de Lorenz von SteinCampagnolo, 2004, professeur d'économie à l'université de Vienne. En 1883, il publie son livre "Investigations into the Method of the Social Science with Special Reference to Economics" qui provoqua un conflit avec l'école historique allemande connu sous le titre de Methodenstreit. Menger a eu des brillants étudiants tels que Eugen Böhm-Bawerk ou Friedrich von Wieser qui ont contribué à faire connaître assez rapidement l'école autrichienne. À la fin des années 1880, il est un membre important d'une commission chargée de réformer le système monétaire autrichien, ce qui l'amène à écrire en 1892 un article intitulé "On the Origins of Money". Il prend sa retraite en 1903. Menger et ses premiers disciples font alors partie des économistes et juristes qui . Lui-même est Campagnolo, 2004,
La pensée économique de Carl Menger thumb|Untersuchungen über die Methode der socialwissenschaften und der politischen Ökonomie insbesondere, 1933 Les traits caractéristiques de son approche de l'économie Depuis les travaux notamment de Streissler et de Jaffé , Menger n'est plus vu comme un auteur marginaliste dont la seule différence d'avec ses pairs serait la non-utilisation des mathématiques. Pour Sandye Gloria-PalermoSandy Gloria-Palermo, 1999, , l'originalité de Menger est triple : L'important pour lui est plus dans le processus économique que dans l'état d'équilibre. Aussi l'approche scientifique doit être analytique (Sandy Gloria-Palermo, 1999, ). Pour CampagnoloCampagnolo, 2004, ; Le subjectivisme mengérien est plus large que le subjectivisme marginaliste standard Sandy Gloria-Palermo, 1999, . Par ailleurs, ce subjectivisme est dynamique et n'est pas forcément déterminé par le passé ou le présent ; Menger veut comprendre la nature de la structure institutionnelle de l'économie car, c'est elle qui conditionne à la fois la structure de la consommation et la capacité du système à répondre aux besoinsSandy Gloria-Palermo, 1999, .
Travail, capital, monnaie et État chez Menger Menger ne veut pas fonder la valeur d'échange sur un quelconque concept de valeur mais insiste sur l'intensité des besoins par les individus. Il tient la valeur-travail comme l'erreur majeure des classiquesCampagnolo, 2004, ; Si pour Marx le capital n'est que du « travail mort »Campagnolo, 2004, , pour Menger le capital est constitué par l'ensemble des biens à disposition d'un individu qu'il peut utiliser soit dans l'échange soit pour produireCampagnolo, 2004, ; Pour Menger, la monnaie n'est pas un voile c'est-à-dire qu'il y a des liens entre monnaie et économie réelle dont l'économiste recherche les lois. Menger ne condamne pas le monopole d'État sur la monnaie même s'il croit fausse la croyance historiciste que le Prince crée la monnaie. Il perçoit très tôt qu'à travers l'émission monétaire il est possible de limiter les hausses des prix ; Pour Menger, il ne s'agit pas d'exclure l'État mais de mieux cerner son rôle et ses fonctions. CampagnoloCampagnolo, 2004, rappelle l'influence qu'il eut sur les économistes de la Ringstrasse et que lui-même et ses premiers disciples comptèrent parmi les économistes-bureaucrates de l'Autriche de la « Joyeuse Apocalypse ». L'école autrichienne ne deviendra très critique envers l'État qu'à compter des années vingt et de l'opposition de Ludwig von Mises et de Friedrich von Hayek aux planificateurs socialistes.
Menger et Aristote Une source philosophique de la pensée économique de Carl Menger fut l'Éthique à Nicomaque d'Aristote. Cette influence transparait notamment dans sa façon de concevoir son approche du marginalismeCampagnolo, 2002, et dans son épistémologie. Pour lui comme dans la philosophie aristotélicienne, la science décrit des rapports de causalité entre des essences et cherche à les comprendreCampagnolo, 2004, . Les théoriciens cherchent le vrai non dans un but pratique mais pour le contempler. La philosophie pratique (éthique, politique et économique) s'occupe des faits généraux c'est-à-dire qui sont souvent les mêmes. C'est donc au praticien de l'économie qu'il revient de s'occuper de l'action pratique dont le but n'est pas d'atteindre l'essence mais de mettre en pratique au mieux les connaissances acquisesCampagnolo, 2004, .
Le plus grand mérite de Carl Menger a été de redécouvrir et reprendre à son compte cette tradition européenne catholique de la pensée scolastique espagnole (particulièrement celle qui était enseignée depuis le à Salamanque). Elle avait été presque oubliée et éliminée en raison de la légende noire répandue au sujet de l'Espagne, et aussi de la très négative influence d'une histoire de la pensée économique principalement déterminée par Adam Smith et ses successeurs de l'école anglaiseJesus Huerta de Soto, "Juan de Mariana et la Seconde Scholastique espagnole", in Philippe Nemo et Jean Petitot, Histoire du libéralisme en Europe, PUF, 2006, .
Menger face aux autres fondateurs de l'école néoclassique Carl Menger ne se sentit que peu d'affinités avec Stanley Jevons (il lui reproche d'être resté trop utilitariste) ainsi qu'avec Léon Walras. Lorsque ce dernier lui écrivit en 1883 pour qu'ils fassent cause commune, il refusaCampagnolo, 2004, p. car : il y a un désaccord quant à l'objet de la science économique qui vise ; pour lui, l'approche totalisante de l'équilibre général ne peut prendre en compte la réalité fugace de l'échange.
Œuvre Principles of Economics, 1871. (Grundsätze der Volkswirtschaftslehre). Disponible en ligne en anglais Principes d'économie politique, trad.fr., première édition critique incluant les annotations inédites de l'auteur, établie et présentée par Gilles Campagnolo, préface de Bertram Schefold, Paris, Le Seuil, coll. « Économie humaine », 2020, Investigations into the Method of the Social Sciences: with special reference to economics, 1883. (the Untersuchungen - il a été aussi traduit sous le titre Problems of Economics and Sociology).
The Fallacies of Historicism in German Political Economy, 1884. (the Irrthümer). On the Origins of Money, 1892, EJ. Sur les Origines de la monnaie, Montpellier, Éditions Ephyra, 2026, 55 p. Gesammelte Werke, œuvres réunies et introduites par Friedrich Hayek (Londres, 1934-1936) en quatre volumes : Vol. I : Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, 1871 ; Vol. II : Untersuchungen über die Methode der Socialwissenschaften und der Politischen Oekonomie insbesondere, 1883 ; Vol. III : Kleinere Schriften zur Methode und Geschichte der Volkswirtschaftslehre ; Vol. IV : Schriften über Geld und Währungspolitik.
Documentation Les principaux fonds d'archives de Carl Menger sont répartis à l'université Duke, incluant la documentation de son fils et à l'université Hitotsubashi qui renferme aussi les de sa bibliothèque personnelle.
Notes et références
Bibliographie
Articles Gilles Campagnolo, « Carl Menger enfin traduit », Commentaire, section « Critiques de livre », , été 2021, . Gilles Campagnolo, « Vingt ans d’études sur le fondateur de l’école autrichienne d’économie : Carl Menger (1840-1921)» 2022, Austriaca, . Gilles Campagnolo “Was Carl Menger Aristotelian? A Rejoinder and Clarification” In Cosmos+Taxis, special issue on Menger, 2022, . Gilles Campagnolo et Gilbert Tosi « La conception organique des institutions de Carl Menger a-t-elle anticipé ce qu’est un système adaptatif complexe ? Étude sur l’exemple de la théorie de la monnaie » Revue d'Histoire de la Pensée Économique, , 2016, . Sandye Goria-Palermo, "Les fondements mengeriens des processus économiques par Hayek" Revue d'économie politique nov-déc, 1999.
Ouvrages Carl Menger, Principes d'économie politique (traduit de l'allemand par G. Campagnolo), édition de 1871, traduction des Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, Wien, 1871, Wilhelm Braumüller, 288 p). édition critique française incluant les annotations manuscrites inédites de l’auteur. Avec une présentation et un historique des éditions. Préface de Bertram Schefold, Seuil, « Économie humaine », 2020, 816 p .
Gilles Campagnolo “Was Carl Menger Aristotelian? A Rejoinder and Clarification” In Cosmos+Taxis, special issue on Menger, 2022, .
Littérature en anglais Gilles Campagnolo, Sandye Gloria, Heinz Kurz et Richard Sturn « On the modernity of Carl Menger: criss-cross views. Roundtable conversation» European Journal for the History of Economic Thought, special issue on “Carl Menger’s Modernity”, vol. 29, 2022, . (en) Gilles Campagnolo, « Carl Menger on Time and Entrepreneurship », The European Journal Of The History Of Economic Thought, vol. 29, 2022, https://doi.org/10.1080/09672567.2022.2111451 Gilles Campagnolo “Was Carl Menger Aristotelian? A Rejoinder and Clarification” In Cosmos+Taxis, special issue on Menger, 2022, . Gilles Campagnolo, « From Karl Menger to Charles Menger at Last ‒ The (very) long delayed Reception in France of the Works by Austrian School Founder Carl Menger », in Economic Theories in Space and Time. (dir. V.S. Avtonomov et A. Ya. Rubinstein). Moscou: Institut d’Économie de l’Académie des Sciences, 2020/ St Pétersbourg, Aletheia, 2021, . Gilles Campagnolo, « Menger, Carl », in G. Faccarello & H. D. Kurz (Eds.), Handbook of the History of Economic Analysis. Cheltenham: Edward Elgar, I/42, 2018, . Gilles Campagnolo, « The Identity of the economic Agent- a Mengerian point of view », Cosmos + Taxis, double n “Complex Methodological Individualism & the Explanation of Social Phenomena”, 2 & 3, 2016, .