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La Réforme protestante ou « la Réforme », amorcée au , est le mouvement de transformation du catholicisme romain qui s’étend de la fin du Moyen Âge jusqu’au début du et entend revenir aux sources et à la forme première du christianisme, ou purifier le catholicisme de ses abus. Elle a été représentée par des acteurs de nature diverse : théologiens, prédicateurs, rois, princes, bourgeois, paysans, intellectuels… La Réforme avait des motivations religieuses, politiques et économiques et elle a transformé en profondeur les sociétés européennes et les cultures soumises à l’influence de l’Europe, notamment en Amérique du Nord et dans une moindre mesure l'Amérique du Sud et l'Asie.

Née de débats autour du salut et du rôle de l'Église catholique, elle correspond en partie à l’expression d’une culture alors marquée par une profonde angoisse face à la vie éternelle. Elle renvoie aussi à la critique de l'Église romaine et de son commerce des indulgences. Encore assez proche du catholicisme à ses débuts, la Réforme tend à s’en éloigner de plus en plus et rejette de manière grandissante le culte des saints, le culte de la Vierge et participe à une activité iconoclaste importante.

Apparue dans un contexte de diffusion de l’écrit et d’alphabétisation grandissante, la Réforme renvoie à l’apparition d’une nouvelle culture venant des milieux bourgeois et instruits qui ont bénéficié d’une bonne formation à travers les universités fondées au Moyen Âge par les princes et l’Église catholique. Les réformateurs profitent de l'essor de l'imprimerie pour faire circuler la Bible en langues vernaculaires (notamment l'allemand après la première traduction réalisée par Luther). La volonté de revenir au texte de la Bible devient ainsi une des principales motivations des réformateurs, guidés par le principe du Sola scriptura (« par l’Écriture seule ») théorisé par les premiers réformateurs protestants autour de Martin Luther.

La Réforme a aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes allemands d'affirmer leur indépendance face au Saint-Empire romain germanique et de s'emparer des biens de l'Eglise. Pour les autres monarques, il s'agit de récuser l'autorité de la papauté ou pour les populations de pouvoir se révolter face à un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. La Réforme se traduit au par de nombreux conflits, entre l'empereur Habsbourg et les princes allemands, mais aussi par des guerres de Religion en France, en Angleterre et en Écosse.

En ce qui concerne ses origines, on peut considérer que le représente son point de départ, même si elle a connu des précédents dès la fin du Moyen Âge. Martin Luther, alors moine catholique, fait connaître ses à Wittemberg. Les idées de la foi réformée se répandent dans le Saint-Empire notamment en 1522 grâce à Ulrich Zwingli, curé à Zurich, et quasi simultanément grâce à Matthieu Zell et Martin Bucer à Strasbourg, puis, plus tard par Jean Calvin à Paris, Strasbourg et Genève. La Réforme touche alors la majeure partie de l'Europe du Nord-Ouest. Les tentatives de conciliation avec l'Église catholique ayant échoué, la situation aboutit à une scission. La Contre-Réforme catholique engagée à l'issue du concile de Trente ne permet qu'une reconquête partielle des populations passées au protestantisme. Comme date de fin de la Réforme au sens étroit, on peut proposer 1555 et la paix d'Augsbourg, 1563 qui marque la clôture du concile de Trente, ou 1648 qui constitue la fin de la guerre de Trente Ans et l'apparition de l'ordre politique et confessionnel de l'âge classique.

Définition et approches historiographiques Signification de « réforme » et « protestant » Le terme latin reformatio désigne tout au long du Moyen Âge un retour à un ordre passé idéalisé. Il s’agit au travers de ce processus de réforme de revenir à une époque passée vue comme un modèle. C’est tantôt l’Empire romain qui est vu comme un idéal politique auquel il faudrait revenir comme l'attestent les projets de restauration de l’Empire sous Charlemagne ou sous . Plus particulièrement, la reformatio a pour but de redonner sa « forme » ou son « aspect » d'origine à l'Église chrétienne (re-formare). Ceci implique des actions dans le domaine de la liturgie, de l’attribution des charges ecclésiastiques, du retour aux langues sacrées – notamment le latin, mais aussi le grec et l’hébreu. La réforme correspond ainsi de manière générale à un projet de restauration et de retour aux origines du christianisme.

La réforme grégorienne représente le premier grand mouvement de réforme des Églises occidentales. Il a été suivi d'autres tentatives de réforme à la fin du Moyen Âge notamment face au grand schisme d’Occident. La Réforme avec « R » majuscule désigne plus spécifiquement la Réforme protestante. Les paysans révoltés lors de la guerre des paysans reprenaient le terme traditionnel de reformatio. On le trouve en revanche rarement chez Luther, Zwingli ou Calvin. Depuis le milieu du , il est devenu courant de désigner comme réformateurs ces théologiens. La Paix de Westphalie a introduit en 1648 le terme , et réformé est devenu une auto-désignation confessionnelleWietse de Boer : Réforme(s) et Contre-Réforme(s) : Conceptualités controversées de l'historiographie. In : Alberto Melloni (éd.) : Martin Luther. Un chrétien entre réformes et modernité (1517-2017). De Gruyter, Berlin e. a. 2017, , ici et 49..

Concernant le terme « protestant », il désigne d'abord le fait de protester c'est-à-dire de témoigner de sa foi. Diarmaid MacCulloch écrit ainsi : Diarmaid MacCulloch: Reformation: a history, London, Penguin, 2003, .

Approches historiographiques Interprétations anciennes Les approches historiographiques ont évolué de manière sensible depuis le . Sous l'influence notamment de l'historien protestant Ranke, le Moyen Âge et en particulier le qui précède la Réforme représentait une période de déclin de la religion et de stagnation de l'Église que les Réformateurs auraient remis en cause.

La recherche historiographique sur la Réforme a été dominée en effet à partir du par une lecture confessionnelle, voire a été influencée par les idées nationalistes. Les pays soumis aux idées de la Réforme ont développé une historiographie souvent spécifique liée aux expériences collectives faites par les protestants et par leur perception du catholicisme. On peut distinguer deux grandes tendances. D'un côté, les pays où le protestantisme est majoritaire - Allemagne, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis - et dans lesquels a longtemps prédominé une vision triomphaliste de la Réforme comme un progrès sur le supposé obscurantisme médiéval, au risque de céder à des préjugés anticatholiques. D'un autre côté, dans les territoires où les protestants sont demeurés minoritaires et ont été persécutés - en France au premier chef et dans une moindre mesure en Italie - une historiographie insistant sur le caractère minoritaire, les persécutions et la volonté de se légitimer face à une culture majoritairement catholique a dominé.

Au Royaume-Uni notamment, la conception whig de l'histoire du passage du christianisme médiéval au protestantisme anglican moderne a été assimilé au passage vers une ère d'indépendance nationale pour l'Angleterre, de puissance et d'indépendance face aux puissances françaises dominantes aux Michael Bentle, (2005), .. Les caractéristiques de l'historiographie Whig telles que définies incluent une interprétation de l'histoire comme une progression vers l'état présent et tout spécialement vers le constitutionnalisme britannique 1965 31(1):39–61. L'accent mis sur un progrès tenu pour inévitable conduit à la croyance en une causalité téléologique qui ne conduit pas l'historien à étudier réellement les causes du changement historique, mais leur finalité et leur conséquenceHerbert Butterfield, The Whig Interpretation of History, (New York: W. W. Norton), 1965, ..

Les historiens allemands notamment ont défendu une vision héroïque de la Réforme comme un combat entre la foi protestante incarnant la modernité et l’Église catholique conservatrice, ce qui correspondait à une tendance anticatholique caractéristique de l'Allemagne et du Kulturkampf de cette époque. La Contre-Réforme catholique initiée par le Concile de Trente a été ainsi réduite à une simple réaction à la Réforme protestante.

En France, les historiens protestants du ont voulu montrer, quant à eux, que la Réforme n'était pas exclusivement d'origine germanique, mais qu'elle avait des antécédents en France. Cela a amené ces auteurs à étudier par exemple les Vaudois et les cathares et à chercher des prédécesseurs français à la Réforme calviniste afin de montrer que le protestantisme s'inscrivait dans une histoire nationale. De plus, l'historiographie de la Réforme française a souvent insisté sur le caractère minoritaire du protestantisme en France, sur les persécutions qu'il a subies et dont les symboles les plus connus sont la nuit de la Saint Barthélémy et les dragonnades alors que dans les pays majoritairement protestants, la Réforme incarne un tournant dans l'affirmation de l'identité nationale.

Réforme et modernité Un des débats majeurs autour de l'historiographie de la Réforme tient à son rôle dans l'apparition de la sécularisation de l'ordre social et politique. Selon Olivier Christin, les traités de paix entre catholiques et protestants dès le ont contribué à faire apparaître un ordre politique non plus fondé sur la religion, mais sur un droit et la volonté de créer une communauté permettant une première forme d'autonomisation du politique. Le Traité de Westphalie conclu en 1648 en particulier a été vu ainsi comme le symbole du basculement vers un ordre international post-religieux, car fondé sur la puissance pure, sur la reconnaissance de l'indépendance du politique par rapport au religieux et l'acceptation d'un système international pluraliste caractérisé par la co-existence de plusieurs confessions chrétiennes.

Cette idée de l'entrée dans un nouvel ordre indépendant de la religion fait écho à des débats structurants dans le domaine des sciences sociales. Le sociologue Max Weber a ainsi contribué à diffuser l'idée que la naissance du protestantisme a été à l'origine du développement de l'individualisme et du capitalisme moderne. Selon Olivier Christin et Yves Krumenacker, il est dangereux de postuler le caractère moderne du protestantisme car cela risque de mener à des analyses téléologiques. Des chercheurs ont cherché dans la Réforme ce qui annonce la laïcité, le capitalisme, l’émancipation des femmes ou la démocratie, mais au risque de l'anachronisme. Le risque selon ces chercheurs serait de croire que le protestantisme possédait déjà au les qualités qu’il a à notre époque. Christin et Krumenacker ajoutent ainsi : .

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