vignette|Véhicules de reconnaissance Standard Beaverette de la Home Guard dans les Highlands écossais en février 1941. La Home Guard est une formation paramilitaire britannique instituée au début de la Seconde Guerre mondiale, afin de protéger le territoire national contre un éventuel débarquement allemand () qui n'aura finalement jamais lieu. À l'issue de la campagne de mai 1940, qui vit la défaite de la British Expeditionnary Force, le Royaume-Uni se retrouva en effet sous la menace d'être à son tour envahi et se trouvait affaibli et désorganisé afin d'assurer une défense terrestre optimale de son territoire, d'où la création de cette force complémentaire à l'armée de terre.

La Home Guard compta jusqu'à un million et demi de membres, ses effectifs étant recrutés sur la base du volontariat. En raison de l'âge de beaucoup de ceux-ci, qui n'étaient plus aptes à servir dans l'armée régulière ou même dans la Territorial Army, elle reçut le sobriquet de Dad's Army - l'« Armée de Papa ». Elle fut chargée entre autres de la garde côtière et de la protection de sites sensibles ou essentiels tels que aérodromes, usines ou dépôts d'explosifs. Elle fut dissoute le .

La Home Guard peut être comparée au Volkssturm allemand, des Corps combattants des citoyens patriotiques du Japon ou à la National Guard américaine, mais à l'inverse du premier cité, elle ne prit aucune part directe aux combats.

Création et organisation La Home Guard - les Local Defence Volunteers ou LDV (litt. : Volontaires pour la défense locale), selon l'appellation d'origineCette appellation fut rapidement abandonnée, la gouaille populaire l'ayant traduite en un très irrévérencieux Look, Dig, Vanish qui pourrait se traduire par Regarde, planque-toi et disparais - voir David Carroll, Dads'Army .. et suivante in Bibliographie - a été fondée en 1940.

La genèse quelque peu chaotique et la part d'improvisation dans la constitution officielle et la mobilisation de la Home Guard sont à l'image des atermoiements du gouvernement britannique au fil des évènements sur le front occidental pendant le printemps de 1940. Bien que la constitution d'une telle milice ait été envisagée dès l'ouverture des hostilités en , ce projet resta sans suite réelle du fait des réserves des milieux officiels. Si, dans un premier temps, l'intervention des Fallschirmjäger (parachutistes) de l'armée allemande en Norvège puis aux Pays-Bas et en Belgique à un moment fait craindre la perspective d'une invasion aéroportée du Royaume-Uni ou l'infiltration d'une cinquième colonne, l'évolution de la situation sur le front belgo-français, après avoir brièvement tenu un moment la question de la mobilisation d'une telle milice en suspens, relança finalement le projet dans une certaine précipitation après le désastre de la campagne de France et le rapatriement en urgence du corps expéditionnaire britannique privé de tout son matériel, l'arrivée des troupes allemandes sur les côtes de la Manche faisant à nouveau resurgir le spectre d'une invasion - cette fois par voie amphibie.

Origines

L'idée d'instituer une Home Guard peut entre autres être attribuée au capitaine qui à son retour de la guerre civile espagnole écrivit un livre intitulé « How To Reform the Army ». Dans cet ouvrage, outre un grand nombre de réformes de l'armée régulière, Wintringham proposa la création de douze divisions similaires dans leur composition aux Brigades internationales qui avaient été constituées en Espagne pendant le conflit, ces divisions devant être levées par l'engagement volontaire de vétérans de l'armée et de jeunesWintringham, How to Reform the Army in Bibliographie. Malgré l'intérêt soulevé au sein du ministère de la Guerre, l'appel de Wintringham pour entraîner immédiatement ne fut pas suivi.

Quand le Royaume-Uni déclara la guerre au Troisième Reich le , des discussions s'ouvrirent dans les cercles officiels sur les moyens que pourrait mettre en œuvre l'Allemagne pour envahir les îles Britanniques, de nombreux rapports émanant de sources diplomatiques ou des services de renseignements semblant indiquer la possibilité d'un débarquement ennemi imminent dès la première semaine du conflitMacKenzie : The Home Guard: A Military and Political History, in Bibliographie. Plusieurs ministres du gouvernement et des hauts responsables de l'armée, y compris le commandant en chef des « Home Forces », le général , estimèrent que la menace d'invasion était grandement exagérée et se montrèrent dès lors sceptiques mais d'autres non, à l'instar de Winston Churchill, le tout nouveau « Premier Lord de l'Amirauté ». Churchill suggéra que des forces de défense locales devraient être levées parmi les membres de la population inaptes à servir dans les forces régulières mais tenant à servir leur pays. Dans une lettre qu'il écrivit le à Samuel Hoare, le Lord du Sceau privé, Churchill appela à la formation d'une « garde nationale » d'environ âgés de plus de quarante ansMacKenzie, .

Alors que les responsables gouvernementaux discutaient de la nécessité d'une force de défense du territoire, une telle formation était effectivement mise sur pied sans aucun encouragement officiel : dans le comté de l'Essex, des hommes ne pouvant pas être appelés sous les armes se portaient volontaires au sein d'une légion locale dans le style de la créée au début du siècle pour la défense de l'Empire. Les officiels furent rapidement avisés de cette initiative, l'Adjudant-général, Sir Robert Gordon-Finlayson, faisant valoir que le gouvernement devait encourager le développement d'autres organisations non officielles similaires. Toutefois, la crainte d'une invasion diminua rapidement lorsqu'il devint évident que l'armée allemande n'était pas en mesure de lancer une telle opération et l'enthousiasme officiel pour la constitution de forces de défense locales diminua, la défense locale semblant s'être auto-dissoute en même tempsMacKenzie, .

La création de la Home Guard L' et le « Plan Jaune » (avril-début )

vignette|Des parachutistes allemands à Oslo après l'invasion de la Norvège. Les spectaculaires opérations aéroportées allemandes en Norvège, aux Pays-Bas et à Eben-Emael (Belgique) firent craindre aux Britanniques la possibilité d'une invasion par la voie des airs. Les opérations combinées à grande échelle d'invasion mises en œuvre par lOKW - le commandement suprême allemand - lors de la conquête de la Norvège en () firent resurgir rapidement les craintes d'une invasion, craintes encore exacerbées par des rapports dans la presse et d'organismes officiels gouvernementaux faisant état d'une prétendue « cinquième colonne » opérant en Grande-Bretagne pour permettre celle-ci par les forces aéroportées allemandes. Le gouvernement se retrouva bientôt pressé de faire interner les étrangers suspects pour éviter la formation d'une cinquième colonne et de permettre à la population de prendre les armes pour se défendre contre une invasion. Des appels en faveur de la formation de quelque forme de « garde nationale » commencèrent à se faire entendre dans la presse et de la part de particuliers tandis que le gouvernement commençait à interner les ressortissants allemands et autrichiens résidant dans le paysMacKenzie, pour cette section.

La bataille de France débuta en , lorsque la Wehrmacht envahit la Belgique et les Pays-Bas en direction de la Manche et de la France.

Le magnat de la presse Lord Kemsley proposa à titre privé au War Office que les clubs de tir soient instruits pour former le noyau d'une force de défense du pays, et Josiah Wedgwood, un député travailliste, écrivit au Premier ministre pour demander que toute la population adulte soit formée au maniement des armes et reçoive des armes pour se défendre. Des appels similaires parurent dans les colonnes des journaux : dans le numéro du du Sunday Express, un brigadier appela le gouvernement à émettre librement des permis de détention d'armes et à autoriser la vente libre de munitions pour les détenteurs d'armes légères et le même jour le Sunday Pictorial demanda si le gouvernement avait examiné la possibilité de former les golfeurs au tir à la carabine pour éliminer les parachutistes isolés.

La mobilisation (mi-) thumb

Ces appels alarmèrent le gouvernement et les hauts responsables militaires qui s'inquiétaient à la perspective de voir la population former des milices privées de défense que l'armée ne serait pas en mesure de contrôler et à la mi-mai, le Home Office publia un communiqué de presse sur la question rappelant que c'était la tâche de celle-ci de faire face aux parachutistes ennemis, tout civil portant une arme et tirant sur les troupes allemandes étant susceptibles d'être exécuté s'il était capturé.

Ces milices de défense privées ne tardèrent cependant pas à se former dans tout le pays, plaçant le gouvernement dans une position inconfortable : ces formations que l'armée pourrait ne pas être en mesure de contrôler pouvaient fort bien gêner les opérations de celle-ci en cas d'invasion mais ignorer ces appels à la formation d'une force de défense nationale pouvait devenir politiquement problématique. Une force d'auto-défense officiellement parrainée donnerait au gouvernement un plus grand contrôle en permettant également de renforcer la sécurité autour des zones vulnérables telles que les usines de munitions et les terrains d'aviation mais il y avait une certaine confusion quant à savoir qui formerait et contrôlerait cette force, des plans distincts ayant été établis par le War Office et le quartier-général des Forces de l'Intérieur du général Kirke. thumb|Anthony Eden, le « père » de la Home Guard. Le gouvernement et les responsables militaires comparèrent rapidement leurs projets et le élaborèrent un plan improvisé en vue de la création d'une force de défense domestique, devant être appelée les Local Defence Volunteers. Mais la précipitation apportée à son élaboration et à son annonce au public souleva un certain nombre de problèmes administratifs et logistiques, relatifs par exemple à la façon dont les volontaires seraient armés, ce qui poserait d'autres soucis à mesure que la mobilisation progresserait. Cependant, au soir du , le secrétaire d'État à la Guerre, Anthony Eden, annonça lors d'une émission radiophonique la formation officielle des Local Defence Volunteers et appela les volontaires à rejoindre leurs rangs.

Dans son annonce radiodiffusée, Eden appela les hommes âgés de qui n'étaient pas sous les armes mais tenaient à défendre leur pays contre une invasion à s'engager dans les LDV à leur poste de police local. L'annonce fut accueillie avec beaucoup d'enthousiasme de la part de la population, tentant de s'inscrire dans les sept premiers jours. En juillet ce nombre était passé à un million et demiSummerfield & Peniston-Bird : Contesting Home Defence .., (cfr Bibliographie) pour cette section..