Michel Debré, né le dans le arrondissement de Paris et mort le à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire), est un résistant, académicien et homme d'État français. Il est le premier à exercer la fonction de Premier ministre de la , du au .
Haut fonctionnaire sous le régime de Vichy, puis résistant et gaulliste, il est sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958. Avec le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, il devient garde des Sceaux. Il dirige en parallèle le groupe de travail chargé de la rédaction de la Constitution de la . Nommé Premier ministre à la suite de l’élection du général de Gaulle à la présidence de la République, il démissionne trois ans plus tard après un désaccord avec celui-ci sur son projet d’élection du président de la République au suffrage universel direct.
Il occupe par la suite les fonctions de ministre de l'Économie et des Finances de 1966 à 1968, puis des Affaires étrangères de 1968 à 1969, et enfin de la Défense nationale de 1969 à 1973. Député de La Réunion jusqu’en 1988, il participe au transfert forcé de plus de dans l'affaire des « Enfants de la Creuse » et s'illustre également par sa farouche opposition à la loi Veil.
Candidat divers droite n’étant soutenu par aucun parti à l’élection présidentielle de 1981, il réunit 1,66 % des suffrages, soit le plus mauvais score pour un ancien Premier ministre à un tel scrutin.
Maire d’Amboise jusqu’en 1989, il est considéré comme l’un des « barons du gaullisme ».
Il est élu membre de l'Académie française en 1988.
Situation personnelle Famille
Michel Debré est le fils du professeur Robert Debré (1882-1978), considéré comme le fondateur de la pédiatrie moderne en France, et de Jeanne Debat-Ponsan, agrégée de médecine. Il est le petit-fils du rabbin Simon Debré (1854-1939) et du peintre Édouard Debat-Ponsan. Michel Debré a un frère, le peintre Olivier Debré, et une sœur, Claude Monod-Broca.
La famille Debré a donné à la France plusieurs grandes personnalités, notamment des médecins.
Il épouse Anne-Marie Lemaresquier (1912-2001), fille de l'architecte Charles Lemaresquier (1870-1972) et sœur de Noël Le Maresquier (1903-1982) également architecte, avec laquelle il a quatre fils : Vincent Debré, né en 1939, directeur de sociétés ; François Debré (1942-2020), journaliste ; Bernard Debré (1944-2020), médecin agrégé des hôpitaux urologue et homme politique, député de 1986 à 1994 et de 2004 à 2017, maire d’Amboise de 1992 à 2001, ancien ministre de la Coopération ; Jean-Louis Debré (1944-2025), faux jumeau de Bernard, également homme politique, ministre de l’Intérieur de 1995 à 1997, président de l'Assemblée nationale de 2002 à 2007, président du Conseil constitutionnel de 2007 à 2016.
Études Michel Debré effectue ses études secondaires au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand. Il est alors un lecteur des Libres propos de Michel Alexandre et d'Alain. Après l'obtention de son baccalauréat, il suit des études de droit à l'université de Paris et étudie en parallèle à l'École libre des sciences politiques (Sciences Po), dont il est diplômé en 1931 dans la section . Classé sur 32, il est qualifié d' par un enseignant.
Il devient docteur en droit à la faculté de droit de Paris, et intègre également l'École des officiers de réserve de la cavalerie à Saumur. Il prépare le concours d'entrée au Conseil d'État à Sciences Po sous la férule de Pierre Laroque et y est reçu, à 22 ans, en 1934. Il devient à son tour chargé d'enseignement au sein de la classe préparation aux concours de la haute fonction publique de l'école.
Parcours politique Débuts et ascension Michel Debré est chargé de mission au cabinet de Paul Reynaud en , au ministère des Finances.
Seconde Guerre mondiale Mobilisé en 1939 comme officier de cavalerie, il est fait prisonnier à Artenay en , mais parvient à s'évader en septembre suivant. Il rentre alors au Conseil d'État et se montre favorable au général Maxime Weygand. D'avril à , il est directeur de cabinet d'Emmanuel Monick, secrétaire général du Protectorat français du Maroc, qui prépare déjà l'opération Torch. Michel Debré retourne de nouveau au Conseil, prête serment au maréchal Philippe Pétain, et est nommé maître des requêtes au Conseil d'État par Joseph Barthélemy en 1942« Michel Debré - chronologie » sur le site de l'Assemblée nationale..
En , quatre mois après l'invasion de la zone libre, il s'engage dans la Résistance sous le nom de Fontevrault puis de François Jacquier, adhérant au réseau Ceux de la Résistance (CDLR). Pendant l'été 1943, il est chargé par le général de Gaulle d'établir la liste des préfets qui remplaceront ceux du régime de Vichy pour le jour de la Libération. Il séjourne à Montauban, où passe aussi son père et où est abritée sa grand-mère grâce au réseau de Mgr Théas. Il y fabrique des fausses cartes à la mairie et organise des abris sûrs dans les maisons religieuses, avec l’appui de Mgr Bourdeau, coadjuteur de l’évêqueMémoires du Debré sur le site Les Amitiés de la Résistance, ..
Il devient lui-même commissaire de la République à Angers en .
Gouvernement provisoire de la République En 1945, de Gaulle le charge auprès du Gouvernement provisoire d'une mission de réforme de la fonction publique, dans le cadre de laquelle il crée et rédige les statuts de l'École nationale d'administration, dont l'idée avait été formulée par Jean Zay avant-guerre. Il en devient directeur par intérim et occupe ces fonctions quelques mois, afin d'organiser lui-même le concours de recrutement de la première promotion, la promotion France Combattante. Il fait ensuite élire Henri Bourdeau de Fontenay comme directeur.
Sous la Quatrième République Activités partisanes et mandat de sénateur Sous la , Michel Debré adhère tout d'abord à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), puis au Parti radical-socialiste sur les conseils du général de Gaulle (). Battu aux élections législatives de 1946 en Indre-et-Loire, il rejoint ensuite le Rassemblement du peuple français (RPF).
Sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958, il dénonce à la haute assemblée les méfaits du système politique instauré par la Constitution du 27 octobre 1946. Il s'oppose également à la Communauté européenne de défense (CED), accusant le gouvernement de trahison.
Garde des Sceaux du gouvernement de Gaulle Le , refusant le portefeuille des Affaires étrangères, il devient garde des Sceaux dans le gouvernement de Gaulle III. Il y joue un rôle essentiel dans la rédaction de la Constitution de la Cinquième République et dans la réforme de l'organisation juridictionnelle.
Souhaitant mettre en place un authentique régime parlementaire inspiré du modèle britannique dans lequel le système majoritaire à un tour serait constitutionnalisé, il doit s'incliner devant les réticences du Comité consultatif constitutionnel. Cependant, dans des domaines tels que la légifération par ordonnances et la primauté du gouvernement dans l'élaboration des lois, Michel Debré parvient à imposer ses vues.
Premier ministre sous la présidence de Gaulle
vignette|redresse|left|Michel Debré avec le chancelier ouest-allemand, Konrad Adenauer, en 1960 à Bonn. vignette|redresse|left|Michel Debré et le Premier ministre d'Israël, David Ben Gourion, en 1960 à Paris.
Formation de son gouvernement La Constitution de la Cinquième République ayant été largement adoptée par référendum et les gaullistes ayant remporté les élections législatives, il est nommé Premier ministre le , devenant le premier titulaire de cette fonction (le chef du gouvernement était précédemment appelé « président du Conseil »). Il forme alors un nouveau gouvernement composé de 27 membres, majoritairement des hauts fonctionnaires et membres de l'UNR.
Politique économique Lors de son passage à Matignon, l'investissement a augmenté d'environ 10 % par an, la production industrielle de 6 % et la dette intérieure et extérieure a diminué.
Démission Quelques jours après le référendum du approuvant les accords d'Évian, le général de Gaulle accepte sa démission et le remplace par Georges Pompidou. Partisan de l'Algérie française,Debré était en effet opposé à la politique du Général menant à l'indépendance de celle-ci. Le Premier ministre désapprouvait également le projet du chef de l'Etat visant à modifier le mode d'élection du président de la République pour le faire passer au suffrage universel.
Après Matignon Député de La Réunion En , à l'occasion des élections législatives qui suivent la dissolution de l'Assemblée nationale, il tente de se faire élire député en Indre-et-Loire. Battu, il décide en , à la suite de l'invalidation de l'élection de Gabriel Macé, de se présenter à La Réunion, une île qu'il a découverte avec le président de la République lors d'un voyage le . Ce choix s'explique par sa crainte de voir ce qui reste de l'empire colonial français suivre la voie empruntée par l'Algérie, une indépendance à laquelle il n'était pas favorable à titre personnel. Il sera dit qu'il avait envisagé la démission fin 1960 quand De Gaulle renonce à la solution de l'association concernant l'Algérie et s'oriente de plus en plus pour une indépendance pure et simple. Michel Debré prend acte de la fondation par Paul Vergès quelques années auparavant du Parti communiste réunionnais, un mouvement qui réclame activement l'autonomie de l'île et la suppression du statut de DOM.
Arrivé dans l'île en avril, Michel Debré est élu député dans la première circonscription de La Réunion le , avec 80,75 % des suffrages face à Paul Vergès, malgré l'opposition que suscite localement la mesure frappant les fonctionnaires d'outre-mer qu'il a prise en 1960 : l'ordonnance Debré. Cette victoire s’inscrit dans un contexte de fraude électorale enraciné au sein de la droite locale. Pour Gilles Gauvin, docteur en histoire et auteur d'une thèse sur Michel Debré et l'île de La Réunion, l'ancien Premier ministre est prêt à couvrir la fraude pour préserver la République, ici face à un communisme qui pour lui prône un . En même temps, les deux camps politiques, communistes et nationaux, sont ancrés dans la violence et l'utilisation de moyens de pression.
Cette victoire très nette ouvre la « double vie » électorale de Michel Debré, qui cumule mandats locaux à Amboise et mandat parlementaire obtenu à La Réunion. Soutenu par les socialistes que l'autonomie rebute, il devient immédiatement le meneur de la droite réunionnaise. Cet état de fait ne sera contesté par Pierre Lagourgue que durant la décennie suivante, bien que Michel Debré soit élu au conseil régional de La Réunion pendant cette période « Catalogue », Région Réunion, 2003..
Développement socio-économique de l’île Pour justifier la départementalisation de l'île survenue en 1946 et préserver ses habitants de la tentation indépendantiste, il met en œuvre une politique de développement axée sur la gestion de l'urgence démographique et de la misère qu'elle engendre dans laquelle les observateurs ont reconnu l'attention accordée par son père Robert aux questions sociales. Il fait ouvrir dans l'île le premier centre d'orientation familiale.. Il procède par ailleurs à la création de nombreuses cantines scolaires où il fait distribuer gratuitement du lait en poudre aux enfants, le « lait Debré ».. Il lutte personnellement pour obtenir de Paris la création d'un second lycée dans le sud de l'île, au Tampon : il n'y en alors qu'un seul à Saint-Denis pour plusieurs centaines de milliers d'habitants, le lycée Leconte-de-Lisle. Il développe également le service militaire adapté créé par Pierre Messmer.
Enfants réunionnais placés en métropole