L'abbaye de Balerne est une abbaye cistercienne du département français du Jura, disparue à la Révolution.

Fondée au début du , elle occupait le fond de la reculée de Balerne à une petite dizaine de kilomètres de Champagnole dans le département du Jura. Elle a constitué un des premiers établissements religieux d'importance dans la Comté de Bourgogne qui deviendra la Franche-Comté ; son importance et sa richesse se sont maintenues jusqu'à la fin du où elle est devenue une abbaye en commende. L'abbaye déclinera ensuite et n'aura plus que quelques moines au moment de la Révolution qui fera disparaître l'institution et les bâtiments, vendus comme bien national.

Problème de dénomination : presque toujours désigné sous le nom d'abbaye de Balerne, l'établissement religieux est parfois appelé « abbaye Saint-Pierre de Balerne » dans cartulR - Répertoire des cartulaires médiévaux et modernes http://www.cn-telma.fr/cartulR/producteur629/ mais on trouve aussi « abbaye Notre-Dame de Balerne » Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny, , ..

Situation géographique vignette|La reculée de Balerne. vignette|La Balerne près de l'ancienne abbaye.

La situation isolée du site correspondait au vœu d'érémitisme des moines bénédictins qui fondèrent l'abbaye. Le mot « Balerne » viendrait d'ailleurs de la déformation du latin eremus signifiant « isolé » qu'on retrouve dans le mot « ermite » qui a donné des formes comme « valerne » ou « balerne/balerme », ce que justifierait le site de la petite reculée qui entame le second plateau de Loulle et Mont-sur-Monnet, à une petite dizaine de kilomètres au sud-ouest de Champagnolewww.franche-comte.environnement.gouv.fr/direnFrancheComte191/plugins/fckeditor/UserFiles/donnees_generales%281%29.pdf. Le creux de la reculée située sur la commune de Mont-sur-Monnet) est traversée par une petite rivière, la Balerne, qui fournissait l'eau indispensable comme les terres et les bois environnants permettaient une agriculture de subsistance conforme à l'autarcie monastique recherchée.

Fondation

À la fin du , des moines venus de l'abbaye bénédictine de Molesme, désireux de retrouver une pratique plus pure du monachisme ont créé une fondation dans la vallée d'Aulps en Savoie en 1094.. Quelques années plus tard, dans la première décennie du , ils ont essaimé dans le Jura et fondé dans un « val sauvage » l'abbaye de Balerne, sans doute en 1107, à mi-chemin de MolesmeHistoire des diocèses de Besançon et Saint Claude rattaché d'abord au diocèse de Besançon puis de 1742 à 1790 au diocèse de Saint-Claude, province de Lyon.. L'établissement s'est fait sur des terres cédées par les seigneurs de Monnet, Guy, vicomte de Salins et son fils Roger, vicomte de Monnet.

Des sources tardives mais très discutées attribuent la fondation de Balerne à des bénédictins venus de Saint-Bénigne de Dijon comme le Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, tome I Gallica..

Développement vignette|Bernard de Clairvaux, manuscrit du .

L'abbaye de Balerne devient indépendante de toute autre abbaye en 1129, mais, à la mort de son abbé Aimon, elle rejoint l'ordre cistercien quelques années plus tard sous la houlette de son nouvel abbé Burcard (ou Bourcard) proche de saint Bernard fondateur de l'abbaye de Clairvaux : le : « les religieux de Balerne quittèrent le froc bénédictin (habit brun) pour se revêtir de la coule de Clairvaux (de couleur blanche)»Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny, , ..

L'abbaye obtient en 1130 la confirmation des revenus liés à l'église de Cognos (à l'emplacement du cimetière actuel du village de Ney) qui assure son indépendance économique, évite la concurrence d'un autre monastère et donne les bases de son développement par suite de donations. La règle cistercienne interdisant la dime sur des biens religieux n'appartenant pas à l'abbaye, l'institution abandonnera pendant un temps ces revenus de l'église de Cognos. vignette|gauche|Cisterciens travaillant aux champs. Le développement de l'abbaye a permis par essaimage la fondation de l'abbaye de Bonmont dans le diocèse de Genève vers 1120 (peut-être fille d'Aups mais rattachée ensuite à Balerne)Benoît hauvin, ouvrage collectif, Unanimité et diversité cisterciennes, et de « Buillon-le-Pauvre » (actuellement Chenecey-Buillon) dans la vallée de la Loue en 1147. C'est l'année où les bâtiments étant achevés, l'archevêque de Besançon, Humbert de Scey (1134-1161) vient consacrer solennellement l'église abbatiale.

Les voient son importance s'accroître. Ainsi en l'empereur Frédéric Barberousse prend Balerne sous sa protection et « interdit à ses prévôts de troubler les moines et de leur extorquer de l'argent comme ils avaient coutume de le faire ». L'abbaye de Balerne étend ses possessions au-delà des domaines de Chatelneuf et autour de Le Frasnois en obtenant des domaines viticoles à Poligny et près d'Arbois à Grozon (au hameau disparu de Glénon, au lieudit Vauxy). Elle y établit des « granges » et des prieurés. De même en 1198 le comte de Bourgogne accorde à l'abbaye l'exploitation du sel du « puits salé » de Lons-le-Saunier. qui s'ajoute à des droits sur les salines de Salins-les-Bains.

À la fin du , la puissante et riche abbaye doit cependant composer avec les grandes familles seigneuriales comme les Vienne et les Chalon en échange de leur protection. En 1285 l'abbaye de Balerne fait un acte d'association avec Jean de Chalon-Arlay qui fait bâtir, sur les terres de l'abbaye un château-fort qui est baptisé du nom de « Chatelneuf » : la seigneurie de Chatelneuf, dont le chef-lieu était l'abbaye, appartenait par moitié aux sires d'Arlay et aux abbés de BalerneBMSAHC, , janvier-février-mars 1968, http://poetes.charentais.free.fr/pdf/exideuil_joachim_chetardie01.pdf. vignette|Trace des aménagements des moines à Balerne (petit canal pour dériver une source).

Au , l'abbaye de Balerne reste cependant dynamique et joue un rôle notable dans la métallurgie jurassienne, travaillant le fer dans ses forges et ses martinets qu'elle installe sur les chutes d'eau de ses domainesJean-Luc Mordefond, « Moines et chanoines métallurgistes en Franche Comté du  » in De la mine à la forge en Franche-Comté de l'origine au , 1990, .

Comptant plus de trente religieux au début du , l'abbaye est aussi un centre de savoir avec des formations théologiques conformément à la règle de l'ordre de Cîteaux en 1432 et un peu plus tard l'abbé de Balerne fait figure de précurseur en installant dans son abbaye une des premières imprimeries de la région. Un exemple de son rôle est donné par la mission d'inspection des abbayes de Savoie et de Suisse dont fut chargé, en 1486 par le chapitre général de l'ordre, Simon, abbé de Balerne« La visite des abbayes cisterciennes de Savoie par l'abbé de Balerne (1486) » in Mélanges à la mémoire du Père Anselme Dimier, tome II : « Histoire cistercienne », vol. 3 : Ordre, moines . Plusieurs abbés de Balerne deviendront également abbés d'abbayes plus importantes.

Décadence et disparition Les guerres de Bourgogne au temps de Charles le Téméraire, dans le dernier quart du , nuisent à l'abbaye de Balerne qui s'appauvrit et dont le nombre de moines se réduit : elle doit « accenser » (donner en fermage) une grande partie de ses domaines agricoles et perd ainsi peu à peu son rôle de moteur dans l'activité économique de la région.

C'est à cette période du milieu du que Balerne devient une abbaye en commende : Jean Rolin (cardinal) (évêque de Chalon puis d'Autun et bientôt cardinal) a été un temps le premier abbé commendataire de l'abbaye. Jean de Cirey, abbé de Balerne avant d'être élu abbé général de Citeaux en 1476, a tenté de faire abolir la commende de l'abbaye de Balerne mais il n'a réussi que provisoirement : son successeur Simon de Faverney, abbé de Balerne de 1476 à 1499, a été le dernier abbé résident. La commende a été installée définitivement et le titre d'abbé de Balerne a échu à diverses personnalités comme dans la famille bisontine des Chifflet (Philippe et Jules Chifflet, abbés de 1639 à 1676) ou la famille charentaise des de la Chétardie pendant près d'un demi-siècle avec Jacques et ensuite son cousin Joachim de La Chétardie, « prieur de Saint-Cosme, abbé de Balerne et curé de Saint-Sulpice », mort en 1714Jacques Baudet, « Joachim de la Chétardie (1636-1714) Curé de Saint-Sulpice », Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente, , janvier-février-mars 1968 .. L'abbaye a connu 43 abbés jusqu'en 1755.

Cette année-là, un incendie accidentelCausé par un coup de canon tiré en signe de réjouissance. ravage la totalité de l'abbaye. Sa démolition est inéluctable et seuls quelques bâtiments (grange et porterie) seront reconstruits avec les pierres des bâtiments ruinés. Le nombre de moines diminue : ils ne sont que cinq ou six au moment de la Révolution qui fait disparaître l'institutionAnnexe II L'Abbaye de Balerne par Paul Mariotte Archiviste diocésain de Besançon in BMSAHC, N. 1, janvier-février-mars 1968. Les restes de l'abbaye et son contenu sont vendus aux enchères comme bien national et les bâtiments subsistants sont démantelés en 1791, ne laissant encore visibles aujourd'hui qu'un corps de bâtiment classique (daté de 1702) comprenant l'ancienne cuisine de l'ensemble claustral et une grange du XVIIIe siècle construite avec les débris des bâtiments abandonnés après l'incendie, juste au nord de l'ancien moulin.

vignette|Source aménagée en abreuvoir par les moines de Balerne.

Architecture et description vignette|Vue d'ensemble de l'abbaye fin , vue du nord. Proposition de restitution 3D. Nous présentons ci-contre et ci-dessous une tentative de reconstitution de l'abbaye dans son état à la fin du . L'élévation 3D s'est effectuée sur la base des relevés topographiques et restitutions 2D effectuées en 2006 par photographie aérienne, des plans réalisés au début du , et par analogie avec d'autres abbayes influencées par Balerne (Bonmont, Buillon), ou ayant pu l'influencer (Fontenay). Les limites nord-est et nord-ouest de l'enceinte sont incertaines car disparues et en partie absentes des plans du géomètre Moyne réalisés en 1718. Toutefois la topographie des lieux nous permet d'avancer l'hypothèse que cette dernière fermait l'accès à l'est de la porterie jusqu'à proximité du ruisseau de la Balerne, et rejoignait à l'ouest l'enceinte du verger et jardin. vignette|gauche|Tentative de restitution numérique : abbatiale et bâtiment des convers au vus du nord-ouest. Seule une partie des structures relevées par photo aérienne à l'est des bâtiments abbatiaux a été interprétée : « tour des archives » (ancien clocher ?), vivier ou lavoir (?), hôtellerie (?), colombier (?), et grange ou grenier.

Il est très vraisemblable que d'autres bâtiments annexes aient existé (forges, entrepôts agricoles, greniers...) et n'ont pas encore été repérés. Seule une campagne de fouilles permettrait de révéler plus en détail les édifices disparus et la compréhension de l'articulation complète de l'abbaye à son âge d'or. vignette|droite|Façade orientale de l'abbatiale au . Tentative de restitution numérique.

Filiation et dépendances Balerne est fille de l'abbaye de Clairvaux et mère de celle de Notre-Dame de Billon.

Liste des abbés

Compléments

L'abbaye de Balerne avait son sceau, formé d'éléments des armes de ses protecteurs : « écu tiercé en bandes, au premier d'azur, au lion d'or, billeté de même ; au deux de gueules à la bande d'or ; au troisième d'or à l'aigle éployé de sable »Mémoires historiques sur la ville et seigneurie de Poligny, . vignette|droite|Reconstitution du blason de Balerne.