L'abbaye du Relec, ou abbaye du RelecqSuivant les sources., est une abbaye fondée probablement en 1132. dans la vallée du Queffleut, au pied des monts d'Arrée, sur le territoire de la commune de Plounéour-Ménez dans le Finistère en Bretagne. L'église est classée depuis 1914 au titre des monuments historiques..
Depuis le , cinq domaines patrimoniaux du Finistère sont réunis au sein de l’établissement public de coopération culturelle « Chemins du patrimoine en Finistère ». Pour l’année 2009, ces cinq équipements ont accueilli , soit un peu de 10 % de la fréquentation totale des structures du Finistère.
Historique vignette|redresse|L'abbaye au fond du vallon du Queffleut.
Origines
L'abbaye aurait été fondée par des moines venus de l’abbaye de Bégard à l’emplacement d’une abbaye antérieure probablement bénédictine, qui aurait porté le nom de Gerber, fondée par saint Paul Aurélien au , dont le premier abbé aurait été saint Tanguy, mort en 572, et située à proximité de l’endroit supposé, nommé Brank-Alek. (branche de saule), de la bataille ayant opposé en 555 les armées de Conomor, comte de Poher et Tudal, prince de Domnonée (appuyé par le roi des Francs, Childebert ). Cela expliquerait le nom de l’abbaye qui proviendrait des reliques des combattants tués lors de cette bataille (l'abbaye est dénommée en latin Abbatia de reliquiis dans des Chartes anciennes). Jusqu'au , on voyait encore au village du Mengleuz une pierre plate schisteuse appelée Men Be Conomore : la pierre tombale de Conomor (aujourd'hui cette dernière serait enfouie à proximité de l'abbaye).. Traditionnellement, les cisterciens s'installaient dans des lieux à l'écart de la fréquentation des hommes.
Ces moines défricheurs s’adonnent à la prière, à l’étude, mais accordent aussi une grande importance au travail manuel et agricole comme dans tous les monastères qui suivent la règle de saint Benoît restaurée par Bernard de Clairvaux. La règle de l'abbaye, édictée en 1134, précise, conformément à la tradition cistercienne : . On y prie aussi au .
La quévaise L’abbaye est prospère du (pillée toutefois en 1375H. Denifle, Désolation des églises et monastères pendant la guerre de Cent ans, 1899. par les troupes du duc de Lancastre dans le cadre de la guerre de Cent Ans.), possédant des terres réparties dans les trois évêchés de Léon, de Trégor et de Cornouaille. Elle a contribué également de façon significative au développement économique des monts d'Arrée en utilisant un système probablement hérité du droit britannique du Haut Moyen Âge, appelé la quévaiseJeanne Laurent, Un monde rural en Bretagne au , la quevaise, SEVPEN, 1972. , mode original de mise en valeur des terres qui rappelle le système des bastides dans le sud-ouest de la France. Les ruines du village médiéval du Goënidou. en Berrien, abandonné vers 1350, illustrent les principes égalitaires de cette organisation avec des maisons identiques à cheminées centrales réparties symétriquement.
vignette|redresse|Trédudon-L'Hôpital, hameau de La Feuillée, dépendait des Hospitaliers et Trédudon-le-Moine, hameau de Berrien, de l'Abbaye du Relec. Système créé pour attirer des paysans et favoriser les défrichements sur des terres souvent ingrates, la quévaise désigne à la fois une exploitation agricole et un mode de rapport qui unit le tenancier à son seigneurPhilippe Jarnoux, « La quévaise : puissance seigneuriale et contestation paysanne dans la Bretagne d'Ancien Régime », Kreiz Breizh, , 2004.. La sujétion seigneuriale est forte : le quevaisier ne peut abandonner sa tenure, ni la louer ; il doit (les « terres chaudes » sont les terres cultivables, par opposition aux « terres froides », non cultivables), il ne peut qu'émonder les arbres de sa terre, mais en aucun cas abattre les troncs (droit réservé au seigneur). L'héritage repose sur un droit particulier: c'est le plus jeune des fils (système de la juveigneurie) qui hérite de ses parents, à défaut la plus jeune des filles ; si le quevaisier n'a pas d'enfant, la tenure retourne au seigneur. Ces règles visent à empêcher la division des tenures. Le seigneur dispose d'un droit de gerbe, prélevant en moyenne une gerbe sur huit (le paysan doit attendre le passage du collecteur seigneurial avant de pouvoir rentrer sa récolte au risque de la perdre, ce qui provoque des révoltes parfois comme à La FeuilléeFrancine Labeyrie, Les gerbes soufflées, Coëtquen éditions, 2008 .). Une parcelle de terre, dénommée Parc an Ed, située à Trédudon-le-Moine en Berrien, proche de l'abbaye, servait à regrouper les gerbes reçues par le seigneur ecclésiastique. Le quevaisier doit aussi verser à son seigneur une redevance pour l'occupation et le pacage des landes et lui livrer quelques « gélines » (volailles) ; il est soumis à un certain nombre d'autres obligations assez lourdes (corvées, charrois) pour le compte de son seigneur. En retour, le quevaisier qui respecte toutes ces dispositions est assuré de jouir à perpétuité, lui et son enfant le plus jeune, de sa terre, dont il est donc un « quasi-propriétaire. » C'est un système à la fois favorable au paysan et pourtant très contraignant, comparé au domaine congéable.
La quévaise est une hostise« Les nouveaux “Bonnets Rouges” de Basse-Bretagne », Études rurales, 171-172, juillet-décembre 2004, pp. 93-101., institution qui, pour le défrichement, attire des hôtes nés sur d'autres terres. Ce sont souvent des personnes en rupture de ban avec la société, y compris des repris de justice, car les terres des Templiers et des Hospitaliers détiennent le privilège du droit d'asile : ce sont des minic'hi, ce qui explique que ces terres aient été rapidement peuplées. À son arrivée, chaque hôte reçoit un lopin de terre dont il a la jouissance illimitée sans jamais en être propriétaire. En échange, il doit payer une rente annuelle. Les lopins sont tous exactement de même taille et il est interdit de bâtir des clôtures sur les terres communes. Enfin, la quévaise se caractérise par une véritable vie communautaire dans un habitat groupé, rare en Bretagne. Ce mode de vie singulier, qui a fonctionné pendant sept siècles, est susceptible d'avoir façonné les représentations de générations qui l'ont vécu, mais également des générations ultérieures en favorisant une attitude positive à l'égard du collectivisme et de l'égalitarismeRonan Le Coadic, "Les Campagnes Rouges de Bretagne", éditions Skol Vreizh, 1991, n°22. En effet, la coïncidence entre la carte des communes et des paroisses à quévaises, situées dans les monts d'Arrée ou dans le Trégor intérieur (région de Bégard et Guingamp) et la carte actuelle de la partie septentrionale du territoire de l'actuel bastion communiste ne laisse pas d'être source d'interrogations. Toutefois, les particularités de la quévaise, parfaitement adaptées au cadre originel du défrichement et de la vie communautaire, deviennent insupportables à mesure de l'évolution des sociétés bretonnes."..
La guerre de succession de Bretagne (1341-1381) entraîne une désertion des campagnes et dans des villages aux trois-quarts abandonnés, ceux qui restent s'entendent pour réserver les abords de chaque quévaise à leurs tenanciers. Les moines refusent aux quevaisiers le droit de construire des talus, arguant d'un droit oral qui s'est progressivement figé en droit écrit. Les tenanciers engagent donc de nombreux procès contre leurs seigneurs, qu'ils perdent régulièrement. La situation devient explosive et génère des siècles de haine à l'encontre des moines ainsi que de nombreuses révoltes et violences.
La quévaise ne concerne qu'une très petite minorité des terres de Bretagne occidentale (1500 à 2000 quevaisiers disséminés dans environ 70 paroisses à l'apogée vers le milieu du selon Philippe Jarnoux), mais est majoritaire dans quelques paroisses des monts d'Arrée (Plounéour-Ménez, La Feuillée, Berrien, Le Cloître-Saint-Thégonnec) ainsi que plus à l'est, dans les Côtes-d'Armor actuels, à Pont-Melvez, Mael-Pestivien, Bégard, Louargat et Pédernec.
Les relations avec les paysans quévaisiers étaient souvent difficiles : en 1727, un début de révolte survient, ceux-ci se plaignant d'un champart excessif. Un compromis maintient le droit de champart sur les grains, mais le supprime pour la filasse et les légumes. La quévaise, assimilée aux droits féodaux, est supprimée par l'Assemblée constituante lors de l'abolition des privilèges la nuit du 4 août 1789. La loi du organise le partage des terres des quevaises entre les paysans et l'assimilation des quevaisiers au régime commun lors des successions. Il en subsiste une prédominance de la petite propriété et surtout un esprit libre, "rebelle", qui s'est transmis au fil des générations jusqu'à aujourd'hui. Dans le cahier de doléances qu'ils ont rédigé, les habitants de Plounéour-Ménez écriven t: "N'est-il pas juste d'accorder à l'homme le fruit de ses soins et de ses travaux ? Paraît-il équitable que le domanier élève des plants et arbres dans ses droits et que le seigneur foncier s'en approprie sans en avoir eu soin ? » remettant ainsi en cause l'une des règles principales de fonctionnement de la quévaise. vignette|redresse|La chaussée (digue) et l'un des étangs.
La propriété communautaire des « terres froides », des « terres vaines et vagues » ainsi que des « issues », « garennes » et « placîtres » (champ commun au cœur d'un village) a subsisté après la Révolution française, ces terrains étant reconnu propriété collective soit d'une commune, soit d'un hameau (village) et ce n'est qu'après la loi du que leur vente à des propriétaires privés est devenue possible. En 1908, Camille Vallaux écrit : .
Selon le sociologue Ronan Le Coadic, la quévaise était une sorte de communisme agraire et est un des éléments qui ont favorisé la pénétration des idées socialistes dans la région.
L'hydraulique vignette|redresse|Ancienne canalisation des moines cisterciens. vignette|redresse|La fontaine de la place de l'abbaye. Cette abbaye cistercienne avait développé un système hydraulique innovant utilisé pour l’irrigation des jardins et la distribution en eau dans les bâtiments. L'eau coule suivant un axe approximatif sud-nord et s'accumule à l'abri d'une chaussée (digue) pour former deux étangs qui drainent le fond de la vallée. L'eau qui dicte l'emplacement des bâtiments et des jardins. Trois fontaines existaient.: la fontaine Notre-Dame, fontaine de dévotion, était au bord de la route traditionnelle reliant Plounéour-Ménez à Le Cloître-Saint-Thégonnec et était réputée guérir les hernies, les coliques et les rhumatismes ; elle a disparu. La fontaine de la place, en granit, circulaire a environ cinq mètres de diamètre, datée du ou , et en son centre se dresse un obélisque de sept mètres de haut datant du . Une troisième fontaine dédiée à saint Bernard se trouve dans le bois du Relec. Les jardins étaient entourés de douves larges et profondes qui, outre leur rôle d'irrigation, protégeaient les jardins des moines des animaux et des maraudeurs..
Le rôle des moines dans l'essor de l'activité toilière Selon P. Hémon, dans un article publié en 1913, . Le régime de la quévaise sur lequel reposait les locations, assimilé à la féodalité, est aboli en 1789.
Les abbés vignette|redresse|Le portail ouest de l'église abbatiale.