Le musée des Beaux-Arts de Lyon est un musée municipal situé sur la place des Terreaux à Lyon (France) dans l'abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains, plus connu sous le nom de palais Saint-Pierre.

Voulu dès le par les élites lyonnaises, il est formalisé pendant la Révolution française, fondé officiellement en 1801 et ouvert en 1803. Durant le , il partage ses locaux avec l'École des beaux-arts de Lyon et ses collections contiennent de nombreuses pièces archéologiques ou historiques. Deux particularités donnent une orientation particulière au musée à cette époque : un salon des fleurs, destiné aux dessinateurs de l'industrie soyeuse locale et des salles vouées à l'accrochage de tableaux de peintres lyonnais. Cette priorité donnée à l'acquisition d'œuvres d'artistes locaux n'empêche pas le musée de s'enrichir d'œuvres prestigieuses, telle La Lapidation de saint Étienne, premier tableau connu de Rembrandt.

Sous la Troisième République, l'agrandissement du musée et une politique d'acquisition d'œuvres contemporaines plus ambitieuse donnent à la collection une vocation encyclopédique. Sous les auspices d'Édouard Aynard, le musée lyonnais est également un des premiers à oser se tourner vers les avant-gardes de l'époque, avec notamment Nave Nave Mahana de Paul Gauguin.

Durant le , cette politique se poursuit avec plus ou moins de difficultés. Avec René Jullian, le musée commence à organiser des expositions ambitieuses d'art moderne, qu'il poursuivra plus ou moins intensément en fonction des directeurs. Le musée s'agrandit et se spécialise à la fois par la cession d'une partie de ses collections au musée Gadagne et au Musée gallo-romain de Fourvière, et par la récupération des locaux après le départ de l'école des Beaux-Arts et de l'Académie de Lyon. À la fin du , le musée connaît une transformation importante avec le transfert des collections d'art contemporain au Musée d'Art contemporain et une rénovation très importante des salles. La directrice actuelle est Sylvie Ramond.

Le musée présente au public environ , choisies parmi une collection de , dans trente-cinq salles selon un ordre chronologique qui ne propose pas un découpage des écoles européennes de peinture. Les sections les plus riches sont la peinture vénitienne de la Renaissance, la peinture du , la peinture française du et la peinture de la première moitié du . Le département des sculptures dispose de exposées en trois endroits : au premier étage pour les œuvres anciennes, dans la chapelle pour les récentes et quelques-unes dans le jardin.

Le public peut également admirer une grande collection d'objets de l'Antiquité, avec des pièces égyptiennes, du Proche-Orient ancien, de la Grèce et de l'art étrusque. Il dispose d'une riche collection d'objets d'art, essentiellement du Moyen Âge, mais aussi d'objets islamiques, asiatiques, Art nouveau et Art déco. Le médaillier du musée des Beaux-Arts de Lyon possède une riche collection, tout comme le cabinet d'arts graphiques, avec des dessins et gravures de toutes époques.

vignette|La Liberté éclairant le monde, 1875. Bartholdi. RéductionLe musée offre un dispositif pédagogique détaillé sur les techniques de la sculpture. Voir aussi : . Et encore : ., terre cuite et bronze doré. H. 125,5 cm. Sur la plinthe : Union franco-américaine. Don de l'artiste en 1890. Construction à New York : 1886, H. 46,05 m de haut, sans le socle, 93 m socle compris.

Histoire

La Révolution et la création du musée vignette|Jean-Marie Jacomin, La Classe de peinture à l’école de dessin de Lyon (vers 1817), musée des Beaux-Arts de Lyon.

À Lyon, comme dans toute la France, les révolutionnaires entendent rassembler en un même lieu les œuvres d’art saisies ou confisquées au clergé et à la noblesse pour les montrer au public, afin d’éduquer le peuple et d’« encourager les arts ». Les saisies révolutionnaires locales sont réunies et un premier état des lieux est constitué en 1792 par le peintre Philippe-Auguste Hennequin et le père Joseph Janin qui fournissent au directoire de district une première liste d'œuvres conservées, dont . Plusieurs personnes s'associent à cette volonté générale de créer un lieu inspirant les artistes tel celui qui en devient le premier conservateur François Artaud et ses amis les peintres Pierre Révoil et Fleury Richard, qui ont à l'esprit comme modèle le musée des monuments français d'Alexandre Lenoir et le Musée du Louvre.

L’idée germe dans l’esprit des autorités de la ville de créer un muséum dans l'ancienne abbaye des Dames de Saint-Pierre. Cette volonté officielle est motivée avant tout par le besoin de relancer l’industrie soyeuse à Lyon, basée sur l’art du dessin, et qui a subi un brutal coup d'arrêt à cause des ravages du siège qu'a subi la ville en 1793. C’est pourquoi le député du Rhône au Conseil des Cinq-Cents, Étienne Mayeuvre de Champvieux, fait la demande au gouvernement d’envoyer à Lyon Tableaux des trois écoles traditionnelles — française, italienne, flamande et hollandaise. dont Rapport du 3 mars 1799, publié dans M.C. Chaudonneret, « Les origines du musée des Beaux-Arts de Lyon. 1791-1799 », Bulletin des musées et monuments lyonnais, vol. , , 1986, .. Il faut en effet que les dessinateurs des fabriques de soieries puissent se former . L’État témoigne de sa bonne volonté en envoyant, les mois qui suivent, six tableaux de fleurs et d’animaux. La décision de fonder ce muséum dans l'abbaye Saint-Pierre est actée par un arrêté du . La décision des autorités nationales tarde et le projet est relancé à plusieurs reprises, dont en 1799 par Étienne Mayeuvre de Champvieux, député au Conseil des Cinq-Cents.

Mais c’est le décret consulaire du , le fameux arrêté Chaptal, qui va accomplir le dessein des révolutionnaires lyonnais : des musées sont créés dans quinze villes de province, et celui de Lyon figure en tête de liste. Le musée lyonnais est par ailleurs celui qui obtient la plus importante dotation de l'État.

Un second décret du 13 avril 1802 acte son installation dans le palais Saint-Pierre, aux côtés d'une école de dessin et de la chambre de commerce, sous le nom de Conservatoire des arts. En effet, la municipalité a destiné le palais à accueillir des institutions d’utilité publique dans le domaine de l’instruction et du commerce. À cette époque, l'École des Beaux-Arts a une destination utilitariste avec une classe de la fleur pour former des dessinateurs pour l'industrie soyeuse de la ville.

Les débuts du musée vignette|upright|Ferdinand Bourjot, L'Entrée du cloître du palais Saint-Pierre de Lyon (vers 1820), plume et lavis d'encre de Chine sur papier, , Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Une première salle est ouverte au public le , au premier étage de l'aile sud, dans l'ancien chauffoir de l'abbaye. Elle accueille les visiteurs le mercredi, de dix heures à treize heuresLe musée au , site mba-lyon.fr.. Plusieurs envois de l'État, en 1803, 1805 et 1811, sont déterminants pour la constitution des collections du musée des Beaux-Arts : près de arrivent à Lyon. On y trouve des œuvres majeures, notamment de la main du Pérugin, de Véronèse, Le Tintoret, Guerchin, Rubens, Jordaens, Champaigne et Jouvenet.. Dès lors, le musée de Lyon se hisse au premier rang des musées de province. La plupart de ces œuvres proviennent des saisies révolutionnaires ainsi que des pillages d'œuvres d'art de et ses armées en Italie et en Europe du Nord. Au sein du musée on aménage le musée de peintures qu'inaugure le comte d'Artois le et le cabinet des Antiques. Après la chute du Premier Empire, seuls huit des tableaux saisis à l’étranger sont restitués.

Le premier véritable conservateur du nouveau musée est François Artaud (1767-1838), nommé en 1806, et qui reste à sa tête jusqu’en 1830, année où il démissionne, refusant de prêter serment à la monarchie de Juillet. Peu avant 1815, il crée le Salon des Fleurs du musée, qui présente notamment des œuvres de Jan van Dael et Jan van Huysum. Archéologue, Artaud est également à l’origine de la collection d'antiques de l'institution : sous les arcades du cloître, il rassemble des inscriptions lapidaires, des bronzes et des mosaïques qui illustrent le prestige et l'importance de Lyon à l'époque romaine, quand celle qui se nommait Lugdunum était la capitale des GaulesGeneviève Galliano, Antiquités, Guide des Collections, Paris, Musée des Beaux-Arts de Lyon et Réunion des musées nationaux, 1997, .. On y trouve notamment deux pièces de première importance : la table claudienne et la mosaïque des Jeux du cirque, aujourd’hui conservées au musée gallo-romain de Fourvière. Mais la collection antique dépasse rapidement le seul cadre gallo-romain : Artaud collectionne dans son cabinet des objets égyptiens que Champollion vient d'ailleurs étudier à plusieurs reprises. Huit stèles égyptiennes entrent notamment au musée en 1824 grâce à un don de Bernardino Drovetti, consul de France à Alexandrie.. Artaud est également à l’origine de l’acquisition de l’un des chefs-d’œuvre du musée, la Korê athénienne, achetée entre 1808 et 1810. Sous l'autorité d'Artaud, l'institution prend une véritable dimension muséale avec un accrochage cohérent et d'édition d'un catalogue en 1808, sortant du cadre étroit de lieu de formation des dessinateurs industriels locaux.

vignette|upright|Vue d'une salle de la collection de peintures du Musée des Beaux-Arts avant 1870, photographie d'époque.

Bientôt, la collection de peintures s'élargit aux artistes lyonnais contemporains qui, grâce à l'École des Beaux-Arts de la ville, s'appliquent désormais à d'autres genres que la seule peinture de fleurs. En effet, les artistes de l'École de Lyon sont acclamés par la critique et le public parisien au salon de 1819, ce qui consacre Lyon non plus seulement comme ville industrielle mais aussi comme ville d'artistes. Le musée n'a donc plus une raison d'être purement utilitaire et le salon des fleurs disparaît finalement vers 1840. À partir des années 1820, les crédits d'acquisition vont d'ailleurs être quasiment uniquement consacrés à la création d'une « galerie des Artistes lyonnais » qui, lors de son ouverture le , possède déjà pas moins de et Gérard Bruyère, « Brève histoire du musée des Beaux-Arts, 1830-1850 », Bulletin municipal de la Ville de Lyon, , ., alors que la faveur du public pour les peintres lyonnais s'est déjà essoufflée depuis longtemps.

Entretemps, à partir de 1834, le musée, qui n'a cessé de s'enrichir depuis son ouverture, est restructuré afin de devenir un écrin pour les collections qu'il abrite. L'architecte René Dardel (1796-1871) est chargé de créer des espaces nouveaux ainsi que des décors raffinés. Aujourd'hui, on peut avoir une idée de l'œuvre de Dardel dans la salle du médaillier (qui était la « salle des marbres modernes » à l'époque de sa conception), dont le somptueux décor est le seul exemple de la restructuration des années 1830 encore en place au musée.

Pour ce qui est d’élargir la collection de peinture moderne au-delà de l'horizon lyonnais, le musée s’en remet, jusque dans les années 1880, aux dépôts et envois de l'État. Ainsi, Lyon reçoit des peintures et des sculptures d'artistes français importants comme Eugène Delacroix (Dernières paroles de l’empereur Marc Aurèle), Antoine-Louis Barye (le Tigre), Antoine Étex (Caïn et sa race maudits de Dieu) ou James Pradier (Odalisque). L'État envoie néanmoins des œuvres d’artistes lyonnais reconnus comme Pierre Puvis de Chavannes (L'Automne) ou Hippolyte Flandrin (Dante et Virgile).

Si elle ne bénéficie plus des envois de l'État, la collection de peinture ancienne s'enrichit tout de même de quelques œuvres importantes grâce à des achats heureux comme La Lapidation de saint Étienne, première œuvre connue de Rembrandt, ou encore deux Hyacinthe Rigaud qui font ainsi leur entrée au musée.

L'âge d'or du musée (1878-1920) vignette|Pierre Puvis de Chavannes, Le Bois sacré cher aux Arts et aux Muses, escalier dit Puvis de Chavannes.