Jean-Jacques Dessalines, également connu sous le nom de , né le sur l'Habitation Vye Kay (à Grande-Rivière-du-Nord, colonie française de Saint-Domingue) et mort assassiné le à Pont-Rouge (Haïti), est un esclave affranchi, puis insurgé, devenu empereur et premier chef d'État d'Haïti.

Sous la Révolution française, affranchi lors de l'abolition de 1794 obtenue grâce aux révoltes d'esclaves, il est officier de l'armée française et participe aux affrontements contre les Espagnols et les Britanniques.

Lieutenant-général au service de Toussaint Louverture, il se retourne contre les Français lors de l'expédition Leclerc, envoyée à Saint-Domingue par Bonaparte pour y rétablir l'autorité coloniale et l'esclavage. Dessalines mène alors de nombreux combats, dont la bataille de la Crête-à-Pierrot en , lors de laquelle il galvanise ses soldats avec sa fameuse déclaration : « Que ceux qui veulent rester esclaves des Français sortent du fort, que ceux, au contraire, qui veulent mourir en hommes libres se rangent autour de moi ».

Dessalines devient meneur de la révolution en , à la suite de la capture par trahison de Toussaint Louverture, à laquelle il prend part. Après s’être allié quelques mois avec elles, Dessalines abandonne les forces françaises en et met en place une résistance farouche au général Leclerc, qui meurt des suites de la fièvre jaune. Le général de Rochambeau lui succède et est battu par Dessalines à la bataille de Vertières en .

Il proclame l’indépendance d'Haïti le , et s'autoproclame par la suite « gouverneur général à vie ». Craignant une nouvelle expédition militaire française et l’annihilation de la population noire, il ordonne le massacre des derniers colons français, entraînant la mort de , entre février et . Une population blanche perdure à Haïti avec les ressortissants étrangers, les soldats déserteurs polonais et des colons allemands à qui la Constitution promulguée par Dessalines octroie la nationalité haïtienneL'héritage polonais d'Haïti, Joseph Bernard Jr, le 9 août 2011.

En , il est proclamé empereur d'Haïti par les généraux de l'armée, sous le nom de . Il établit alors un empire autoritaire, héréditaire et de confesssion catholique, avec le français comme langue officielle. Il distribue les meilleures terres des planteurs français émigrés ou tués à ses officiers, créant ainsi une noblesse haïtienne, tandis que la Constitution du interdit la propriété privée aux personnes blanches sauf à celles naturalisées par le gouvernement.. Pour remettre en marche l’économie, il édicte les travaux forcés pour les cultivateurs, avec un règlement plus dur que celui de Louverture.

Contesté par certains officiers de l'armée, Dessalines est assassiné en 1806 à la suite d'une conspiration, laissant ainsi le pouvoir à ses assassins, qui abolissent l'empire et chassent du pays la famille Dessalines.

Considéré comme le , il voit son nom donné en 1903 à l'hymne national haïtien, La Dessalinienne, écrite par Justin Lhérisson.

Premières années gauche|vignette|Esclaves au travail dans une habitation. Créole d'origine africaine (afro-caribéen), il naît esclave le , sur l'habitation d'Henri Duclos, au Cormier (Grande-Rivière-du-Nord), dans la colonie française de Saint-DomingueTimoléon Brutus assure, quant à lui, que Dessalines serait né en Afrique, « mondongue ou arada ». Comme argument, il avance que le futur empereur portait la marque au fer rouge qu'on n'appliquait qu'aux esclaves déportés dans l'île. Voir Timoléon Brutus, L’homme d’airain, étude monographique sur Jean-Jacques Dessalines, Port-au-Prince, 1946, p. 59. . Nommé Jean-Jacques, il est élevé sous le regard de sa tante, la future guerrière Victoria Montou, esclave comme lui et astreinte quotidiennement au rude labeur des champs"Jean Jacques Dessalines", Educando, March 2007.. Cette dernière, femme énergique, lui enseigne comment se battre dans un combat au corps à corps et la façon de lancer un couteau. Surnommée affectueusement Gran Toya, elle guide et conseille Dessalines dans sa jeunesse. Il est fort attaché à cette tante, seul membre vivant de sa famille.

Selon l'historien Jacques de Cauna, un lien particulier a existé entre Dessalines et le futur Toussaint Louverture. En effet, en 1779, Toussaint Bréda loue une habitation produisant du café au Petit-Cormier, appartenant à son gendre Janvier Dessalines, et comportant 13 esclaves, parmi lesquels figure un certain Jean-Jacques, qui n'est autre que son futur successeur et empereur d'HaïtiJacques de Cauna, Toussaint Louverture : le grand précurseur, éd. Sud Ouest, coll. « Référence », 2012.. Cette plantation appartient à sa fille Martine et à son gendre Janvier Dessalines, noir libre et vétéran de la bataille de Savanah, qui donnera son nom à l'esclave Jean-Jacques. Lors de l'établissement du bail de la plantation, la valeur de ce dernier, alors âgé de 21 ans, est estimée à (équivalant à en 2024).

Jean-Jacques Dessalines avait deux frères, Louis et Joseph, qui plus tard prirent le nom de Dessalines. Le premier fut le père du maréchal de camp Raymond Dessalines, et fut titré premier baron Dessalines le par le roi Henri, dont il fut l'aide de camp et le conseiller privé entre 1811 et 1820, mais également membre de la Chambre Royale d'Instruction Publique avant de recevoir le grade de Chevalier de l'Ordre de Saint-Henri. Il fut tué par les révolutionnaires à Cap-Henri le . Le second, Joseph, fut également créé baron en 1816 et fut chambellan du roi Henri II.

Travaillant dans les champs de canne à sucre comme ouvrier, le jeune Jean-Jacques se hisse au rang de « commandeur » ou contremaître. Il travaille dans la plantation jusqu'à l'âge de 30 ans. Affranchi, il prend le nom de Dessalines et s'installe dans la Plaine du Nord.

La Révolution

La révolte des esclaves vignette|Vue des plantations de Cap-Français, incendiées par les esclaves révoltés en août 1791.|222x222px Le , à Bois-Caïman, dans la plaine du Nord, de nombreux esclaves décident la révolte, sous l'autorité de Boukman Dutty, assisté de Jean-François et Biassou. Ce premier acte de la révolution des esclaves aurait pris la forme d'une cérémonie vaudoue, où en présence de la mambo Cécile Fatiman, un pacte de sang est signé dans le sacrifice d'un cochon noir créole. En quelques jours, toutes les plantations du Nord sont en flammes, et un millier de colons blancs massacrés. Malgré la répression où Boukman est tué, des bandes d'esclaves armés résistent dans les campagnes et les montagnes. Dans d'autres parties du pays, des révoltes plus spontanées s'ensuivent. Dès le début de la révolution, les participants au grand soulèvement des esclaves, qui commence en 1791 à Saint-Domingue, proclament leur loyauté au roi et à la religionJeremy D. Popkin, « Colonies françaises », dans Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la Contre-Révolution, Perrin, 2011, .. La nuit du 22 au , les esclaves prennent les armes. Les insurgés comptent de valeureux guerriers mais qui n'ont aucune expérience de l'exercice du pouvoir.

Dessalines rejoint la rébellion des esclaves des plaines du nord dirigée par Boukman Dutty puis Biassou. Cette révolte est la première action de ce qui allait devenir la Révolution haïtienne. Dessalines devient lieutenant dans l'armée de Papillon et suit celui-ci à Santo Domingo, où il s'engage pour servir les forces militaires espagnoles contre la colonie française de Saint-Domingue.

C'est alors que Dessalines rencontre le commandant militaire naissant Toussaint de Bréda (plus tard connu sous le nom de Toussaint Louverture), un homme mûr, également né en esclavage, qui combat avec les forces espagnoles sur Hispaniola. Ces hommes veulent avant tout vaincre l'esclavage. En 1794, après que les Français ont déclaré la fin de l'esclavage (décret du 4 février 1794, 16 pluviôse an II), Louverture change de camp et fait allégeance aux Français. Il se bat pour la République française contre les Espagnols et les Britanniques. Dessalines suit, devenant lieutenant en chef de Toussaint Louverture et s'élevant au grade de brigadier général en 1799, lâchant Biassou, qui était, entre-temps, devenu vice-roi au service de l'Espagne.

L'insurrection de Louverture vignette|Toussaint Louverture, chef de la Révolution. À mesure de ses victoires, Toussaint Louverture confirme l'émancipation des esclaves. Grâce aux renforts arrivés de métropole en , il reprend la lutte contre les Anglais qui tiennent de nombreux ports. Lassés d'un combat sans espoir, ceux-ci finissent par négocier directement avec lui et abandonnent Saint-Domingue le . Toussaint a, en effet, éloigné les représentants de l'autorité métropolitaine, y compris Lavaux en , et Sonthonax en , pourtant revenu comme commissaire civil. Il a habilement fait élire ces derniers députés de Saint-Domingue à Paris. Le dernier commissaire envoyé par le Directoire, le général Hédouville, embarque en , après avoir constaté que l'armée n'obéit qu'à Toussaint. À Paris, en , était créée une deuxième société des amis des Noirs, la Société des Amis des Noirs et des Colonies, chargée de consolider le décret de Pluviôse an II : Garran-Coulon, Lanthenas et l'abbé Grégoire en sont les principaux fondateurs.

Les mulâtres, menés par le général André Rigaud, sont les derniers à discuter son autorité. Ils tiennent le Sud du pays. Avec l'aide de ses lieutenants Christophe et Dessalines, Toussaint les bat en après une guerre civile sanglante d'un an. Rigaud embarque pour la France.

Enfin, après avoir envahi en un mois la partie espagnole de Saint-Domingue (que le traité de Bâle avait en principe donné à la France en 1795), en , et il abolit l'esclavage, Toussaint établit son autorité sur toute l'île. Il organise la remise en marche de l'économie en invitant les colons à revenir, y compris ceux qui ont choisi le parti contre-révolutionnaire. Il publie, le , un règlement de culture obligeant les Noirs à reprendre le travail dans les plantations. Ce travail forcé est mal perçu par la population. En , une révolte éclate dans les ateliers du Nord. Il la mate et fait fusiller treize meneurs, dont son neveu adoptif, le général Moyse. Le , il promulgue une constitution autonomiste (Constitution de Saint-Domingue de 1801) qui lui donne les pleins pouvoirs à vie.

La marche vers l'indépendance

Représailles françaises Durant les troubles qui mènent à l'indépendance de l'île, Dessalines, s'étant insurgé, devient lieutenant de Louverture, devenu gouverneur à vie, et combat à ses côtés lors de la Guerre des couteaux (1799-1800).

Puis, sous l’influence des planteurs et des négociants, le Premier Consul Napoléon Bonaparte décide d'envoyer un corps expéditionnaire de afin de rétablir l'autorité de la métropole ainsi que l'esclavage. Le commandement de celui-ci est confié à son beau-frère le général Leclerc. Toutes les mesures sont prises pour vaincre Louverture qui ne dispose tout au plus que de dans le nord, dans l'ouest, le même nombre dans le sud, et dans la province espagnole - Histoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte, page 33.. Leclerc reçoit quant à lui le commandement de , provenant d’à peu près toutes les armées françaises, assistés sur place par .

Face à cette armée, Toussaint arrête une stratégie de défense de marronnage. Lorsque Leclerc arrive au port du Cap en février 1802, il donne un ultimatum de vingt-quatre heures au général Henri Christophe pour lui rendre la ville. Christophe lui répond alors ainsi : . Les villes sont incendiées et les troupes locales se retirent sur les hauteurs pour pratiquer une guerre d'usure. Les Français investissent le plus souvent des villes en ruines, comme au Cap. Les Noirs résistent, mais reculent devant la puissance de l'armée de Leclerc. À la fin avril, au prix de et autant de malades ou blessés, les Français tiennent toute la côte. vignette|Siège de la Crête à Pierrot, 4 - 24 mars 1802.