La présidence de Chester A. Arthur débuta le , date de l'investiture de Chester A. Arthur en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Élu comme vice-président de James A. Garfield en 1880, il lui succéda après son assassinat en 1881. Membre de la machine politique républicaine de New York, Arthur était un soutien important de la faction stalwart de son parti. Malade, il ne chercha pas vraiment à se représenter à l'élection présidentielle de 1884 et fut remplacé par le démocrate Grover Cleveland.
Arthur parvint à laver sa réputation de politicien corrompu en embrassant la cause de la réforme de la fonction publique. La défense et la mise en place du Pendleton Civil Service Reform Act fut le point d'orgue de son administration. Même si le clientélisme continua de jouer un rôle important en politique, le Pendleton Act jeta les bases d'une professionnalisation de la fonction publique qui se concrétisa dans les décennies suivantes. Comme le journaliste l'écrivit plus tard : .
Sous sa présidence, les droits de douane furent réduits avec l'entrée en vigueur du tarif de 1883. Il fut félicité pour son veto sur une loi qui aurait affecté des fonds fédéraux d'une manière qu'il jugeait excessive et présida à la renaissance de la marine américaine mais fut critiqué pour ne pas avoir réussi à réduire le surplus budgétaire qui s'était accumulé depuis la fin de la guerre de Sécession. Après l'abrogation de la loi sur les droits civiques de 1875 par la Cour suprême, Arthur plaida en faveur d'une nouvelle législation destinée à garantir les droits des Afro-Américains mais ses tentatives échouèrent. Sous la pression du Congrès, il fit adopter la loi d'exclusion des Chinois en 1882, qui interdit l'immigration chinoise pour 10 ans et proscrivit la naturalisation des Chinois présents aux États-Unis. En politique étrangère, Arthur renforça les liens économiques et politiques avec l'Amérique latine mais la plupart des accords commerciaux élaborés par son administration furent rejetés par le Sénat.
En dépit d'une santé fragile et d'un tempérament politique qui ne lui permirent pas d'inaugurer sous son mandat le style de la présidence moderne, Arthur reçut de nombreux éloges de la part de ses contemporains pour son bilan solide à la tête du pays. À sa mort en 1886, le New York World écrivit qu'. Depuis lors, l'héritage d'Arthur est en grande partie tombé dans l'oubli ; si certains spécialistes continuent de mettre en avant sa souplesse et sa volonté réformatrice, la plupart des historiens et des universitaires le considèrent aujourd'hui comme un président inférieur à la moyenne.
Accession au pouvoir
vignette|alt=Arthur avec ses rouflaquettes distinctives lève la main droite et tient un livre. En face de lui, un homme moustachu et plus petit fait de même. Plusieurs hommes moustachus et barbus assistent à la scène dans ce qui semble être un salon.|Le juge John R. Brady (à gauche) assermente Arthur dans sa résidence new-yorkaise le 20 septembre 1881.
La convention nationale républicaine de 1880 mit initialement aux prises les partisans de l'ancien président Ulysses S. Grant et ceux de James G. Blaine. Aucun des candidats ne rassemblant une majorité de délégués même après 36 tours de scrutin, la convention se tourna alors vers un outsider, James A. Garfield ; ; .. Souhaitant obtenir le soutien des stalwarts de New York dirigés par Roscoe Conkling, Garfield offrit la vice-présidence à Chester A. Arthur. Après la victoire du ticket républicain à l'élection présidentielle de 1880, Garfield et Conkling se disputèrent au sujet du processus de nominations. Arthur continua de se montrer loyal vis-à-vis de Conkling, ce qui contribua à le marginaliser au sein de l'administration ; .. Le Sénat étant en vacance en , Arthur n'avait aucun devoir à Washington et il retourna à New York ; .. Une fois sur place, il se rendit avec Conkling à Albany, où l'ancien sénateur avait espéré une rapide réélection au Sénat afin de désavouer l'administration Garfield. La majorité républicaine à la législature de l'État était cependant divisée sur la question et à la surprise de Conkling et de Platt, ils se retrouvèrent à devoir affronter leurs camarades politiques. Alors qu'il était à Albany le , Arthur apprit que Garfield avait été victime de plusieurs coups de feu. Le tireur, Charles J. Guiteau, était un avocat perturbé qui croyait qu'assassiner Garfield convaincrait Arthur de lui offrir un poste dans son administration ; il proclama aux témoins : . Malgré ses prétendus liens avec Arthur, le public apprit rapidement que Guiteau était mentalement instable et n'avait aucun lien avec le vice-président ; ..
Plus inquiétant était le manque de clarté du dispositif de succession présidentielle : avec Garfield à l'antichambre de la mort, personne ne savait si quelqu'un pouvait exercer l'autorité présidentielle ; .. De plus, après la démission de Conkling, le Sénat s'était séparé sans élire un président pro tempore, qui était la personne se trouvant normalement derrière Arthur dans l'ordre de succession. Arthur était réticent à agir en tant que président alors que Garfield était encore en vie et les deux mois suivants connurent une vacance du pouvoir avec Garfield trop faible pour mener ses devoirs et Arthur refusant de les assumer ; .. Au cours de l'été, Arthur refusa de se rendre à Washington et se trouvait à sa résidence de Lexington Avenue lorsqu'il apprit dans la nuit du que Garfield était mort. Le juge de la Cour suprême de New York administra le serment présidentiel dans la maison d'Arthur à le lendemain matin et Arthur monta dans un train pour la capitale fédérale deux jours plus tard.
Arrivé à Washington le , Arthur renouvela son serment présidentiel, cette fois avec le juge en chef de la Cour suprême Morrison R. Waite, car il n'était pas certain qu'un juge d'État possède l'autorité nécessaire pour administrer le serment présidentiel ; .. Il résida d'abord dans la résidence du sénateur John P. Jones dans l'attente d'importantes modifications qu'il avait ordonné à la Maison-Blanche, dont l'ajout d'une grande verrière réalisée par Louis Comfort Tiffany. Comme Arthur était veuf, sa sœur, Mary Arthur McElroy joua le rôle de première dame. En dépit de l'agitation provoquée par l'assassinat du président et les débats incessants sur la réforme de la fonction publique, Arthur prit ses fonctions dans un pays en pleine phase d'expansion (le nombre d'habitants était passé de 30 millions en 1860 à 50 millions en 1880), accumulant les excédents budgétaires et en paix avec les grandes puissances du moment.
Composition du gouvernement
Arthur rentra rapidement en conflit avec l'administration Garfield dont la plupart des membres étaient issus de factions républicaines rivales de celle d'Arthur. Il demanda à ses membres de rester en poste jusqu'en décembre et la réunion du Congrès mais le secrétaire au Trésor William Windom soumis sa démission en octobre pour se lancer dans la course à un poste de sénateur dans son État du Minnesota ; .. Arthur le remplaça par Charles J. Folger, son ami et compagnon au sein des stalwarts de New York. Le procureur général Wayne MacVeagh fut le suivant à démissionner car il considérait qu'en tant que réformateur, il n'avait aucune place dans l'administration Arthur ; .. Malgré l'intervention personnelle du président, MacVeigh démissionna en et il fut remplacé par Benjamin H. Brewster, un avocat de Philadelphie et un politicien possédant certaines idées réformatrices. Blaine, l'ennemi juré de la faction stalwart, accepta de rester secrétaire d'État jusqu'à la reprise de la session parlementaire mais il démissionna immédiatement après ; .. Conkling espérait qu'Arthur le nommerait à la place de Blaine mais le président choisit Frederick T. Frelinghuysen du New Jersey, un stalwart recommandé par l'ex-président Grant, à sa place. Frelinghuysen conseilla à Arthur de ne pas nommer de stalwarts à d'autres postes mais lorsque le Postmaster General Thomas L. James démissionna en , Arthur choisit Timothy O. Howe, un stalwart du Wisconsin pour le remplacer ; .. Le secrétaire à la Marine William H. Hunt démissionna en et Arthur tenta une approche plus équilibrée en nommant William E. Chandler sur les recommandations de Blaine. Finalement, lorsque le secrétaire à l'Intérieur Samuel J. Kirkwood démissionna le même mois, Arthur nomma Henry M. Teller, un stalwart du Colorado à ce poste. Sur les membres du cabinet qu'Arthur avait hérité de Garfield, seul le secrétaire à la Guerre Robert Todd Lincoln resta durant la totalité du mandat d'Arthur.
vignette|upright=1.5|alt=Dessin d'un groupe d'hommes observant Arthur qui vient d'entrer dans la pièce.|Dessin de 1881 publié dans le magazine Puck représentant Arthur faisant face au cabinet du défunt président Garfield.
Cabinet ArthurFonctionNomDatesPrésidentChester A. Arthur1881-1885Vice-présidentAucun1881-1885Secrétaire d'ÉtatJames G. Blaine1881 Frederick T. Frelinghuysen1881-1885Secrétaire au TrésorWilliam Windom1881 Charles J. Folger1881-1884 Walter Q. Gresham1884 Hugh McCulloch1884-1885Secrétaire à la GuerreRobert T. Lincoln1881-1885Procureur généralWayne MacVeagh1881 Benjamin H. Brewster1881-1885Postmaster GeneralThomas L. James1881 Timothy O. Howe1881-1883 Walter Q. Gresham1883-1884 Frank Hatton1884-1885Secrétaire à la MarineWilliam H. Hunt1881-1882 William E. Chandler1882-1885Secrétaire à l'IntérieurSamuel J. Kirkwood1881-1882 Henry M. Teller1882-1885
Nominations judiciaires
Arthur nomma deux juges à la Cour suprême des États-Unis. La première vacance eut lieu en avec la mort du juge assesseur Nathan Clifford, un démocrate qui y siégeait depuis la fin de la guerre de Sécession ; .. Arthur nomma Horace Gray, un éminent juriste de la Cour suprême du Massachusetts pour le remplacer et la nomination fut facilement confirmée. Gray servit jusqu'en 1902 et fut l'auteur de l'arrêt de la Cour qui annula la section de la loi d'exclusion des Chinois qui refusait la citoyenneté américaine aux immigrants chinois. La seconde vacance eut lieu lors de la retraite du juge assesseur en . Arthur nomma initialement son ancien boss politique, Roscoe Conkling ; il doutait que Conkling accepterait mais il se sentait obligé d'offrir un poste influent à son ancien patron. Le Sénat confirma la nomination mais comme prévu Conkling refusa. Le sénateur George Edmunds était le second choix d'Arthur mais il refusa également. ; ce fut la dernière fois qu'un candidat confirmé par le Sénat refusa sa nomination à la Cour suprême.. Finalement Arthur nomma , un juge de la Cour d'appel des États-Unis pour le deuxième circuit depuis 15 ans. Blatchford accepta et sa nomination fut approuvée en moins de deux semaines. Blatchford servit à la Cour jusqu'à sa mort en 1893.. En plus de la Cour suprême, Arthur nomma quatre juges à des cours de circuit et treize autres à des courts de districts.
Réforme de la fonction publique
Pendleton Civil Service Reform Act
vignette|Portrait de Chester A. Arthur réalisé par Ole Peter Hansen Balling en 1881.