La présidence de Dwight D. Eisenhower débuta le , date de l'investiture de Dwight D. Eisenhower en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Membre du Parti républicain, Eisenhower entra en fonction après avoir battu le candidat démocrate Adlai Stevenson lors de l'élection présidentielle de 1952. Il fut réélu quatre ans plus tard à une large majorité face au même adversaire. À la suite de l'élection présidentielle de 1960, le démocrate John Fitzgerald Kennedy lui succéda à la Maison-Blanche.
La présidence d'Eisenhower, qui faisait suite à vingt ans de présence démocrate au pouvoir, coïncida avec la première phase de la guerre froide qui opposait les États-Unis à l'URSS. Eisenhower élabora une politique New Look qui mettait l'accent sur la dissuasion nucléaire afin de prévenir les conflits militaires et initia la constitution d'un important stock d'armes atomiques ― assorti du matériel de projection correspondant ― tout au long de ses deux mandats. Peu après son entrée en fonction, il négocia la fin de la guerre de Corée qui déboucha sur une partition de ce pays et promulgua en 1956 la doctrine Eisenhower qui visait à accroître l'implication américaine au Moyen-Orient à la suite de la crise de Suez. En réponse à la révolution cubaine, l'administration Eisenhower rompit les relations diplomatiques avec Cuba et échafauda un plan d'invasion de l'île par des exilés cubains qui se solda ultérieurement par le fiasco de la baie des Cochons. Eisenhower autorisa également la CIA à mener des « actions secrètes » pour renverser des gouvernements étrangers comme dans le cas de l'Iran en 1953 ou du Guatemala en 1954.
En politique intérieure, Eisenhower mit en œuvre une politique de « républicanisme moderne » qui se voulait à mi-chemin des démocrates progressistes et de l'aile conservatrice du Parti républicain. Partisan d'un budget en équilibre mais plutôt hostile aux baisses d'impôts, « Ike », comme il était surnommé communément, élargit le programme de sécurité sociale et maintint les programmes d'aides introduits lors du New Deal. Il développa le réseau des autoroutes inter-États, un projet d'infrastructure massif qui prévoyait la construction de dizaines de milliers de kilomètres de voies rapides. Après le lancement réussi du satellite Spoutnik 1 par les Soviétiques, il signa par ailleurs une loi qui donnait naissance à la NASA (l'Agence spatiale américaine) et fit de la course à l'espace une priorité face à l'URSS. Bien qu'opposé à l'arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Education qui mettait fin à la ségrégation raciale dans les écoles publiques, Eisenhower envoya l'armée en Arkansas afin d'imposer les décisions de justice prises en faveur de l'intégration et ratifia la première loi d'importance sur les droits civiques depuis la fin de la Reconstruction.
Triomphalement réélu en 1956, Eisenhower demeura populaire tout au long de sa présidence mais le lancement de Spoutnik 1 par les Soviétiques et un marasme économique contribuèrent à l'échec des républicains lors des élections de mi-mandat de 1958. En dépit de la courte défaite de son vice-président Richard Nixon face à Kennedy en 1960, Eisenhower était toujours admiré au moment de quitter ses fonctions mais la plupart des observateurs considéraient qu'il n'avait été qu'un président inactif ― une vision qui perdura et cessa lors de la publication de ses archives privées dans les années 1970. Il est aujourd'hui systématiquement évalué par les universitaires et les politologues comme l'un des dix plus grands présidents de l'histoire américaine.
Élection présidentielle de 1952
Nomination du Parti républicain
En vue de l'élection présidentielle de 1952, le Parti républicain se préparait à tenir, un peu plus tôt dans l'année, une convention qui devait lui permettre de désigner son candidat à ce scrutin. Le général Dwight D. Eisenhower et le sénateur de l'Ohio Robert Taft étaient considérés comme les mieux placés pour décrocher l'investiture mais le gouverneur de Californie Earl Warren et l'ancien gouverneur du Minnesota Harold Stassen étaient également candidats. Taft, en tant que chef de file des républicains conservateurs ― foncièrement hostiles au New Deal et partisans d'une politique étrangère non-interventionniste —, avait déjà brigué à deux reprises l'investiture du Grand Old Party mais avait dû s'incliner face à Wendell Willkie (en 1940) et Thomas Dewey (en 1948)..
Candidat républicain à la présidence en 1944 puis en 1948, Dewey était issu de l'aile modérée du parti ; ses membres, principalement originaires des États de l'est du pays, étaient plutôt favorables au New Deal et prônaient une forme d'interventionnisme dans le cadre de la guerre froide. Alors que l'échéance électorale de 1952 se rapprochait, Dewey refusa de concourir à nouveau mais lui et d'autres modérés s'activèrent pour favoriser l'émergence d'un « ticket » conforme à leurs idées. À cette fin, ils constituèrent, en , un mouvement baptisé Draft Eisenhower (« Recruter Eisenhower ») qui se proposait de convaincre le général de participer à l'élection présidentielle. Deux semaines plus tard, lors de la réunion de la National Governors' Conference, sept gouverneurs républicains soutinrent la candidature d'Eisenhower. Celui-ci, qui occupait alors le poste de commandant suprême des forces alliées de l'OTAN, était depuis longtemps pressenti pour succéder au président démocrate Harry S. Truman mais sa répugnance à l'égard de la politique partisane rendait la chose incertaine. Eisenhower était cependant troublé par les conceptions isolationnistes de Taft, en particulier son opposition à l'OTAN, qu'Eisenhower considérait au contraire comme un important moyen de dissuasion face à l'Union soviétique.. Il était également préoccupé par la corruption qui, selon lui, s'était répandue dans les plus hautes sphères du gouvernement fédéral au cours de la présidence de Truman.
À la fin de l'année 1951, Eisenhower laissa entendre qu'il ne s'opposerait pas aux efforts déployés pour inscrire son nom sur le ticket républicain même s'il refusait toujours de briguer activement l'investiture. En , le sénateur Henry Cabot Lodge, Jr. annonça qu'il serait possible de voter pour Eisenhower lors de la primaire du New Hampshire au mois de mars, alors que le général n'était pas encore officiellement candidat. Le résultat de ce scrutin fut nettement à l'avantage d'Eisenhower qui l'emporta avec voix contre pour Taft et pour Stassen. En avril, Eisenhower démissionna de son poste de commandant de l'OTAN et rentra aux États-Unis. Les partisans de Taft, loin d'être résignés, disputèrent âprement les primaires suivantes et, au moment de l'ouverture de la convention nationale républicaine en juillet, il était impossible de savoir qui, de Taft ou d'Eisenhower, décrocherait la nomination.
Lors de la convention qui se tint à Chicago, les représentants de la campagne d'Eisenhower accusèrent Taft de « voler » des votes de délégués dans les États du Sud, au prétexte que les partisans de Taft avaient, à la convention, refusé des places de délégués aux soutiens d'Eisenhower au profit de délégués pro-Taft. Lodge et Dewey avancèrent une solution, baptisée Fair Play, qui consistait à évincer les délégués pro-Taft dans ces États et à les remplacer par des délégués pro-Eisenhower. Taft et ses alliés nièrent farouchement les accusations mais la convention adopta le principe du Fair Play par 658 voix contre 548 et Taft perdit le soutien de nombreux délégués sudistes. À l'inverse, Eisenhower bénéficia du ralliement de plusieurs délégations d'États demeurées jusque-là en retrait, comme le Michigan et la Pennsylvanie, ainsi que de celui de Stassen qui appuya sa candidature, ce qui permit au général d'emporter la nomination au premier tour de scrutin. Le candidat à la vice-présidence, le sénateur de Californie Richard Nixon, fut ensuite désigné par acclamation. Le choix de Nixon avait été discuté dès avant la convention par l'équipe de campagne d'Eisenhower qui avait été séduite par sa jeunesse (39 ans) et par son anticommunisme viscéral.
Scrutin général
vignette|Eisenhower en campagne à Baltimore, dans le Maryland, en septembre 1952.
Le président démocrate en fonction, Harry S. Truman, était au plus bas dans les sondages et renonça à se représenter pour l'élection de 1952. Dans le cadre d'une compétition très ouverte et incertaine, le gouverneur de l'Illinois Adlai Stevenson décrocha la nomination de son parti à la convention démocrate de Chicago au troisième tour de scrutin. Le sénateur de l'Alabama John Sparkman fut choisi en tant que colistier. Les délégués de la convention se dispersèrent avec le sentiment de disposer, en la personne de Stevenson, d'un candidat sérieux et prêt à mener une campagne efficace. Stevenson ne tarda pas à prononcer plusieurs discours très soignés dans divers États dont le ton séduisit les intellectuels et les universitaires mais qui donna l'impression à certains commentateurs politiques qu'il s'exprimait dans un registre supérieur à celui de la plupart de ses auditeurs ; ceci, combiné à sa calvitie et son allure d'intellectuel, lui valurent le surnom de « crâne d'œuf ». Son principal handicap, cependant, résidait dans l'impopularité de Truman. Alors même que Stevenson n'avait pas fait partie de l'administration en place, son bilan en tant que gouverneur passa largement inaperçu aux yeux des électeurs qui le confondirent le plus souvent avec celui du président sortant. L'historien Herbert Parmet écrit à ce sujet que Stevenson « ne parvint pas à dissiper le sentiment général que, pour une Amérique divisée, déchirée par la paranoïa et incapable de comprendre ce qui avait perturbé la tranquillité anticipée du monde d'après-guerre, le temps du changement était vraiment arrivé. Ni Stevenson ni personne d'autre n'aurait pu dissuader l'électorat de son désir de répudier le "trumanisme" »..
De leur côté, les républicains s'efforcèrent de capitaliser sur l'incomparable popularité de leur champion. Eisenhower voyagea dans 45 des 48 États de l'Union, où son statut de héros de guerre et son franc-parler enthousiasmèrent les foules venues en nombre pour l'entendre discourir depuis la plateforme arrière de son train de campagne. Dans ses allocutions, Eisenhower ne mentionnait jamais directement le nom de son adversaire et critiqua sans relâche ce qu'il pensait être les principaux échecs de l'administration Truman : « Corée, communisme et corruption ».. En plus de ses discours, Ike s'adressa aux électeurs grâce à des spots télévisés ne dépassant pas les 30 secondes et l'élection de 1952 fut la première au cours de laquelle le petit écran joua un rôle majeur.. En politique intérieure, Eisenhower dénonça l'influence croissante du gouvernement fédéral sur l'économie mais plaida en faveur d'un rôle accru des États-Unis dans la lutte contre le communisme à l'échelle internationale. D'une manière générale, Eisenhower épousa une bonne partie de la rhétorique et des positions tenues à l'époque par le Parti républicain et la plupart de ses déclarations publiques avaient pour but de séduire les partisans de l'aile conservatrice de Taft.
vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1952.