Lernen durch Lehren (LdL) (, ) est une technique d'enseignement mutuel pratiquée en Allemagne depuis les années 1980. Cette méthode a été fondée et répandue en Allemagne par Jean-Pol Martin, professeur de didactique du français langue étrangère à l'Université d'Eichstätt-Ingolstadt (Bavière).
Histoire À la fin du , Andrew BellAndrew Bell, Expériences sur l'éducation faite à l'école des garçons à Madras, 1798. observe à Madras que le manque de professeurs conduit à faire enseigner aux élèves les plus jeunes par les plus âgés. Rentré en Angleterre, Bell publie un livre dont les idées sont aussitôt reprises par Joseph Lancaster, qui fonde des écoles fonctionnant d'après ce système, les Bell-Lancaster Schools. En Suisse, le franciscain Grégoire Girard instaure des « cours gradués » basés sur le monitorat systématique en petits groupes. À partir de 1815 apparaissent en France des écoles de ce type, rebaptisées écoles mutuelles, qui, après la révolution de 1830, verront leur effectif monter jusqu'à écoles. Il s'agissait toutefois de concepts très traditionnels (imiter et mémoriser) destinés uniquement à pallier le manque d'enseignants. À partir du début du , ces techniques sont utilisées pour des motifs pédagogiques pour arracher les élèves à leur passivité (pédagogie active). On note sur ce sujet les publications de Gartner (1971) pour les États-UnisAlan Gartner et al. : Children teach children. Learning by teaching. Harper & Row, New York 1971, et de Krüger (1974) pour l'AllemagneRudolf Krüger : Projekt „Lernen durch Lehren“. Schüler als Tutoren von Mitschülern'.' Klinkhardt, Bad Heilbronn 1975. Cette méthode se répandit en Allemagne sous le nom de Lernen durch Lehren à partir de 1980, lorsque Jean-Pol Martin établit une base théorique moderne (neurosciences) et développa un réseau de plus de mille collègues qui utilisent la méthode dans toutes les matières Jean-Pol Martin (1989) : Kontaktnetz: ein Fortbildungskonzept, Eberhard Kleinschmidt, E. (Hrsg.), Fremdsprachenunterricht zwischen Fremdsprachenpolitik und Praxis: Festschrift für Herbert Christ zum 60. Geburtstag, Tübingen. 389-400, (PDF 62 KB). Ces enseignants documentent leurs résultats et les présentent dans de nombreux stages de formation. Aujourd'hui, cette méthode est traitée dans tous les programmes d'enseignement des centres de formation pédagogique et recommandée par les ministères de l'éducation des Länder.
La méthode LdL Concepts de base: Central pour l’ensemble de la théorie de Martin, tant pour LdL que pour les Nouveaux Droits de l’Homme, sont les notions suivantes qui agissent en interaction Jean-Pol Martin (2018) : Enseigner pour apprendre: la conceptualisation comme source de bonheur. Traduction du texte allemand: "Lernen durch Lehren: Konzeptualisierung als Glücksquelle. : pensée (traitement de l’information et conceptualisation) – contrôle – antinomies – pensée dialectique – comportement exploratoire – carte cognitive – effet de flow] – top-down/bottom-up – forces centripètes/centrifuges – comportement des neurones – linéarité/non-linéarité – homéostasie – intégration/différenciation – centralisation/décentralisation – autoréférentialité – cohérence.
Le principe est le suivant: dans le cadre de Lernen durch Lehren (LdL), les élèves s'enseignent mutuellement tous les contenus des manuels dès le début de l'apprentissage. La méthode LdL ne doit en aucun cas être confondue avec un exposé. En effet, les élèves concernés doivent non seulement introduire les nouveaux contenus, mais ils doivent également : utiliser une didactique adéquate pour chaque sujet (travail en tandem ou en groupe, interpretation de documents), tester si le savoir a été assimilé par leurs camarades, relancer la motivation si celle-ci tend à s'affaiblir. Faut-il donner des notes ? Si Martin, promoteur de la méthode, se prononce contre la notation des performances des élèves, ce point reste controversé parmi ses collègues.
Arrière-plan théorique LdL comporte deux volets : une composante anthropologique ; une composante purement didactique (théorie de l'apprentissage).
La composante anthropologique Elle s'appuie largement sur la pyramide des besoins fondamentaux selon Abraham Maslow. La tâche d'enseigner aux autres élèves les contenus des manuels peut favoriser la satisfaction du besoin de sécurité (présenter des contenus renforce la confiance en soi), la satisfaction de besoins de contacts sociaux et de reconnaissance sociale, la satisfaction du besoin de réaliser ses potentialités et enfin d'un besoin de « transcendance » compris comme besoin de donner un sens à ses actions. Ce dernier besoin doit être considéré dans la logique suivante : pour aborder avec succès les problèmes qui se présentent à l'humanité il est urgent de mobiliser toutes les ressources intellectuelles dont celle-ci dispose — ce qui constitue la base de la méthode LdL.
La composante didactique En ce qui concerne la composante didactique (du moins pour l'apprentissage des langues étrangères), LdL propose une solution au sujet de la contradiction apparente entre les trois approches différentes qui se sont opposées au cours de l'histoire de l'enseignement des langues : l'approche behavioriste (automatisation des structures linguistiques), l'approche cognitiviste (internalisation des contenus intellectuels) et l'approche communicative (l'apprenant réalise des intentions de parole authentiques).
Réalisation concrète de la méthode LdL Les nouveaux contenus de la leçon sont répartis en petites unités sur plusieurs groupes d'élèves (pas plus de trois élèves par groupe). Chaque groupe se familiarise avec son contenu avec pour mission, après la phase de préparation, de faire passer ce savoir à toute la classe. Il faut bien insister sur le fait que les élèves doivent impérativement réfléchir à une stratégie efficace et motivante pour faire passer ces contenus — pantomime, rébus, quiz, jeu de rôle (en aucun cas un exposé ou un cours magistral) et vérifier si tous les élèves les ont acquis (petit test, restitution des contenus par un élève).
Les différentes phases : utilisation des ressources humaines - la classe en tant que réseau de neurones Jean-Pol Martin a tenté d'appliquer le modèle du cerveau - en particulier le fonctionnement des réseaux de neurones - à la structure du coursJean-Pol Martin (2004), Treibhäuser der Zukunft - Wie in Deutschland Schulen gelingen. Eine Dokumentation von Reinhard Kahl und der Deutschen Kinder- und Jugendstiftung. (BELTZ), DVD 3. Le tableau suivant décrit les phases du cours lorsqu'on prend pour modèle la structure du cerveau, ainsi que les différences par rapport aux méthodes actuellement utilisées dans le système scolaire et universitaireEine reduzierte Form der folgenden Übersicht ist zu finden, Jean-Pol Martin, Guido Oebel (2007) : Lernen durch Lehren: Paradigmenwechsel in der Didaktik?, Deutschunterricht in Japan, 12, 2007, 4-21 (Zeitschrift des Japanischen Lehrerverbandes, ) :