Sixto Diaz Rodriguez, connu sous son nom d'artiste Rodriguez, né le à Détroit dans le Michigan et mort le dans la même ville, est un auteur-compositeur-interprète, musicien de rock et de folk américain .

Sa carrière s'est limitée à la sortie de deux albums studio au début des années 1970, qui n'ont pas connu le succès, ainsi qu'à quelques brèves tournées. Ayant toujours mené une vie normale, il a souvent enchaîné les petits boulots pour faire vivre sa famille. Cependant, il est devenu très célèbre en Afrique du Sud à la fin des années 1970 où ses albums avaient été piratés puis diffusés en masse, au point de devenir l'un des artistes les plus appréciés des jeunes de la classe moyenne blanche. Censuré pour ses paroles contestataires évoquant les droits sociaux et la libération sexuelle, il a participé de fait à la montée du mouvement contre l'apartheid chez les Blancs.

Alors que le public sud-africain le croyait mort, deux fans originaires du Cap l'ont retrouvé grâce à Internet et ont organisé une série de concerts en Afrique du Sud en , devant des milliers de personnes. Le film Sugar Man, qui raconte leur histoire, a obtenu l'Oscar du meilleur film documentaire en 2013 et a permis à Rodriguez de connaître la célébrité aux États-Unis et en Europe, où il réalise des tournées à partir de 2013.

Biographie Jeunesse Sixto Rodriguez naît le à Détroit dans le Michigan. Son prénom vient du fait qu'il est le sixième enfant de sa fratrie. Il est issu d'une famille mexicaine de la classe moyenne originaire de Santa María del Río dans l'État de San Luis Potosí, qui a immigré aux États-Unis dans les années 1920. Si l'espagnol est sa langue maternelle, il n'a que trois ans lorsque sa mère meurt et n'a pas l'occasion de le pratiquer ; il le parle donc avec difficulté même s'il le comprend parfaitement. Il apprend rapidement l'anglais à l'école primaire. Il commence néanmoins à pratiquer la musique très tôt, initié par son père, joueur de blues, et arrête le lycée à l'âge de seize ans pour assouvir sa passion. Il joue ainsi tous les soirs dans des bars de la ville, reprenant les chansons des Beatles, des Rolling Stones, de Leonard Cohen, de Ray Charles ou encore de Bob Dylan. Le jeune Rodriguez est par ailleurs inspiré par le mouvement hippie, et admire notamment les pionniers de la folk que sont Richie Havens et Donovan.

1967-1971 : une brève carrière aux États-Unis

vignette|gauche|Le guitariste Chris Spedding, avec qui Rodriguez enregistre l'album Coming from Reality.

Il sort un premier single nommé I'll Slip Away (sous le nom de Rod Riguez pour masquer le fait qu'il est hispanique) sur un petit label en 1967, et donne quelques concerts dans des bars mal famés de DétroitDans les paroles de la chanson A Most Disgusting Song, il déclare : « J'ai joué dans toutes sortes d'endroits possibles/Bars de pédés, bars à putes, enterrements de motards/Dans des salles d'opéra, des salles de concert et des centres de réhabilitation/Et j'ai découvert que c'étaient les mêmes gens »., où il joue ses premières compositions avec l'habitude de se placer dos au public. Il y est remarqué par deux producteurs, et Mike Theodore, qui le font signer chez le label Sussex Records, récemment créé par le renommé producteur Clarence Avant, qui deviendra plus tard président de la Motown. Il adopte alors pour nom de scène son seul patronyme, bien que ses producteurs lui aient suggéré d'adopter un pseudonyme sonnant plus américain, et enregistre en 1969 l'album Cold Fact qui sort un an plus tard. En 1970, il se rend en Angleterre pour enregistrer l'album Coming from Reality, qui paraît en 1971. Produit par Steve Rowland, un influent producteur qui découvre The Cure quelques années plus tard, le disque est réalisé dans les meilleures conditions, avec le guitariste Chris Spedding. L'album est enregistré en moins d'un mois et au prix de longues séances d'enregistrement quotidiennes, selon les propos de Rodriguez. Une fois l'enregistrement achevé, il voyage en Europe, se rendant notamment à Paris, Amsterdam et Bruxelles.

Les producteurs n'hésitent pas à investir d'importants moyens dans la réalisation de ces disques : les arrangements sont très fouillés et les musiciens embauchés aux côtés de l'artiste sont d'excellent niveau ; certains ont joué avec Donovan ou encore Wings. Néanmoins, les deux albums sont des échecs commerciaux et le contrat de Rodriguez est ainsi rompu, alors qu'il prépare un troisième disque. Le label Sussex est en outre en difficulté ; il disparaît d'ailleurs en 1975Informations extraites de la biographie officielle du chanteur, publiée sur son site officiel. Consulté le 7 septembre 2013.. La personnalité de l'artiste ne facilite pas la promotion de ses albums : très réservé, il refuse d'accorder des interviews ou de se laisser prendre en photo. Un jour, lors d'une conférence de presse où il est censé jouer quelques morceaux et faire la promotion de son album, il fait intervenir au micro des représentants des pour évoquer les injustices qu'ils subissent dans la vie quotidienne.

Après avoir été remercié du label, Sixto Rodriguez arrête la musique en 1972 et exerce de très nombreux métiers. Il se fait embaucher comme manœuvre dans différents chantiers de sa ville natale, mais poursuit en parallèle des études de philosophie et obtient une licence de l'université d'État de Wayne en 1981. Par la suite, il travaille dans la démolition, la peinture en bâtiment, le ramassage d'ordures, dans une laverie, comme pompiste et enfin comme ouvrier agricole indépendant, gagnant de faibles sommes avec lesquelles il peine à élever sa famille. Pendant une vingtaine d'années, il est également éducateur de jeunes en difficulté. Il est par ailleurs marié à Konny Rodriguez, bien qu'ils vivent séparément, et a trois filles : Eva Rodriguez, Sandra Rodriguez et Regan Rodriguez-Kennedy.

Popularité inespérée post-carrière

Années 1970 : succès en Australie et Nouvelle-Zélande

vignette|Sixto Rodriguez (à droite) en concert à San Francisco, le 29 septembre 2012.

Un extrait de Coming from Reality, Silver Words, devient un succès en Jamaïque en 1974 après sa reprise par Ken Boothe en une version reggae. Lorsque les exemplaires de l'édition Sussex Records sont épuisés, un label australien, Blue Goose Music, rachète les droits de ses deux albums et réalise une compilation en 1977, At His Best. L'album comprend trois titres inédits : Can't Get Away, Street Boy et I'll Slip Away, un nouvel enregistrement de son premier single. Les excellents chiffres de ventes du disque font de Rodriguez une célébrité en Australie et en Nouvelle-ZélandeBiographie sommaire de Rodriguez sur le site de son label actuel, Light In The Attic Records.. Ayant connaissance de ce succès lointain, il part alors en tournée en Australie en 1979, accompagné du Mark Gillespie Band. Deux concerts sont enregistrés et commercialisés dans un album live intitulé Alive ; le nom étant une allusion aux rumeurs laissant croire que Rodriguez est mort en raison de son absence durant huit années. En 1981, avec Midnight Oil, il effectue une dernière tournée sur le continent australien. Il disparaît à nouveau à l'issue de ces deux tournées, et finit ses études en obtenant en 1981 sa licence de philosophie, vivant de petits boulotsDans la biographie publiée sur son site officiel, Rodriguez déclare : « Je lutte au quotidien comme tout un chacun. Je travaille dur et j'en suis fier. Je dévore de nombreux livres, j'aime m'exprimer en public ».. Engagé dans la vie de la cité et soucieux d'améliorer les conditions de vie des habitants de la classe ouvrière, Rodriguez se présente à plusieurs reprises aux élections municipales à DétroitDans le même texte, il déclare également : « J'ai travaillé à droite, à gauche. J'appartiens à la classe ouvrière. J'ai obtenu un master en philosophie à l'université Wayne. J'ai participé à des pow-wow avec des Indiens du Michigan. Je me suis battu pour les Indiens détenus en prison, pour plus de justice et c'est pourquoi je me suis présenté aux élections. Deux fois aux municipales, deux fois pour la Chambre des représentants et trois fois pour le conseil municipal. ».

Années 1980 : un statut d'icône en Afrique du Sud, à l'insu de l'artiste vignette|upright|Pieter Willem Botha, président de la République d'Afrique du Sud de 1984 à 1989.

C'est surtout l'album Cold Fact qui connaît un succès inattendu dès sa sortie en Afrique du Sud. Importé depuis les États-Unis par une personne inconnue, le disque est très rapidement piraté et diffusé à plusieurs milliers d'exemplaires sur cassette audio et vinyle, en Afrique du Sud mais aussi en Rhodésie. Immédiatement, des maisons de disques telles que Gallo Records ou A&M Records sortent ses albums, sous le pseudonyme de Jesus Rodriguez pour certaines éditions. Sans que Rodriguez l'apprenne, Cold Fact devient disque d'or en Afrique du Sud : il ne touche par conséquent aucune rémunération liée au droit d'auteur sur les ventes du disque . Les jeunes de la classe moyenne blanche, sous la présidence de Pieter Willem Botha, trouvent dans les paroles engagées, voire provocatrices, un écho à leur révolte ; l'album est rapidement censuré par le régime et les exemplaires en circulation confisqués, mais les disques sont piratés et diffusés en sous-main. Des radios pirates, telle Swazi Radio, diffusent ces chansons malgré l'interdiction officielle.

Toujours à l'insu de l'artiste, l'album At His Best devient disque de platine dans les années 1980. À la même époque, plusieurs de ses chansons, dont notamment The Anti-Establishment Blues, deviennent des hymnes pour l'opposition interne à l'apartheid : son œuvre influence de jeunes musiciens engagés. Parmi ses admirateurs se trouve le militant anti-apartheid Steve Biko. Selon le réalisateur du film Sugar Man, Rodriguez est le premier artiste dont les paroles des chansons vraiment contestataires trouvent une large audience en Afrique du Sud. L'effet produit par l'album Cold Fact sur les jeunes appelés au service militaire durant l'apartheid a parfois été comparé à celui qu'ont provoqué Jimi Hendrix ou The Doors sur les soldats américains engagés au Viêt Nam. En 1991, ses albums sont édités pour la première fois en CD, ce qui contribue à accroître encore sa notoriété. Toutefois, sa vie demeure toujours méconnue du public : la rumeur veut que l'artiste se soit immolé par le feu ou suicidé par balle sur scène, dans les années 1970. D'autres rumeurs laissent croire qu'il est vivant mais en hôpital psychiatrique, ou en prison pour avoir tué sa compagne. Enfin, une dernière rumeur voudrait qu'il soit mort d'une overdose d'héroïne. Comme l'affirme Malik Bendjelloul :

Malgré l'immense succès qu'il obtient en Afrique du Sud, au Botswana et au Zimbabwe, Rodriguez ne perçoit aucun bénéfice financier de la vente de ses disques, dans la mesure où il n'a même pas connaissance de sa célébrité. En 1996, sa fille aînée découvre un site Internet en son honneur réalisé par un disquaire du Cap, Stephen Segerman. Celui-ci invite les internautes à partager tout renseignement au sujet de ce mystérieux Rodriguez que l'on dit mort. Peu après, la fille de Rodriguez contacte Segerman et le met en communication avec son père. Apprenant sa notoriété, le musicien effectue une tournée à guichets fermés de six dates en Afrique du Sud en , devant plusieurs milliers de personnes. Un documentaire sur ce retour, intitulé Dead Men Don't Tour: Rodriguez in South Africa 1998, est diffusé en 2001 sur la télévision publique South African Broadcasting Corporation.

Années 1990-2000 : Rodriguez redécouvert par le public