L’abbaye Saint-Sauveur de Villeloin est une ancienne abbaye bénédictine située à Villeloin-Coulangé, près de Loches, en Indre-et-Loire. Elle a été fondée au par deux chevaliers : Mainard et Mainerius. l'abbaye bénédictine Saint-Sauveur de Villeloin est dévastée par les troupes anglaises en 1360 puis en 1412.

Le monastère devient prospère grâce à de nombreux dons. On sait que l'Abbaye de Villeloin était importante par son nombre de moines et les terres possédées. Le , lors de son voyage à Loches Philippe le Bel séjourna dans l'abbaye.

Laissée en ruines par la Révolution, l'abbaye est classée en 1927. Par ailleurs, en 1921, lors de fouilles, deux crosses épiscopales furent découvertes. La présence de ces deux crosses dans l'environnement de l'Abbaye de Villeloin donne une indication sur la place réelle de cet établissement, fondé dès le , à la période médiévale. Ces deux objets, surtout la crosse émaillée, étaient précieux, très coûteux et semblent indiquer que leurs possesseurs étaient des abbés d'un certain renom.

Par quatre arrêtés, l'abbaye Saint-Sauveur de Villeloin fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis 1927. L'église date du . L'ancien prieuré, le pavillon Renaissance et les tours sont du . L'ancien couvent est du . Ancienne église : inscription par arrêté du ; façade et portail de l'ancien couvent ; porte de l'ancienne chapelle : inscription par arrêté du ; ancien prieuré avec pavillon et tourelle Renaissance ; grand portail d'entrée ; les deux tours du pont-levis et la tour à l'Est du pont-levis : inscription par arrêté du ; pavillon Renaissance et grande tour carrée : inscription par arrêté du .

Histoire de l'abbaye Fondation

Le chevalier Mainard se proposait de fonder un monastère, « . » (phrase en latin issue du Cartulaire de Cormery dont voici une traduction : « à savoir, en Touraine dans le village, près de la rivière, dont le nom est Andrisco au lieu que l'on dit, dont le nom rustique était Villalupa. »). On voit par un diplôme de l'empereur Louis que, du temps de et du sien, les frères Mainard et Mainerius donnèrent à Audacher, abbé de Cormery, un lieu nommé Villeloin afin qu'il y fît construire un nouveau monastère en l'honneur du Saint Sauveur. Mais ce ne fut pas Louis le Pieux qui le fit, puisque Charles le Chauve lui survécut. Cette charte peut donc être considérée comme apocryphe. Mainard et Mainerius néanmoins furent bien réellement les fondateurs de Villeloin, et ce fut bien l'abbé Audacher qui présida à sa construction. Elle eut lieu sous le règne de , roi des Francs qui, en 850, lui donna son approbation et la plaça sous l'autorité de l'abbaye de Cormery (tenue par des bénédictins là aussi). La basilique, une fois achevée, fut consacrée par l'archevêque Hérard, en 859, lequel décida, du consentement d'Audacher, qu'il y aurait au moins vingt moines dans ce monastère. De même que Cormery dépendait de Saint-Martin, Villeloin fut dans la dépendance de Cormery, et ce furent les abbés de Cormery qui le dirigèrent d'abord.

Dates importantes En 965, les moines de Villeloin supplièrent Guy d'Anjou, abbé de Cormery, de leur permettre d'élire eux-mêmes leur abbé, ce qu'il leur accorda, et ils élurent Huncbertus qui reçut la consécration de l'archevêque Hardouin..

Après 1060. Foulques, comte d'Anjou, donne à Villeloin des coutumes « in villa Hispaniacus, etc. » Son chef de guerre Lisois d'Amboise est inhumé dans l'église de l'abbaye. (Jacques-Xavier Carré de Busserolle, , ). En 1156, le pape confirme leurs possessions ; en 1253.

En 1301, le roi Philippe, approuva le diplôme de Charles le Chauve. Le , lors de son voyage à Loches Philippe le Bel séjourna dans l'abbaye : « Plus tard, entre à Villeloin un cortège brillant et nombreux, qui en part le lendemain, et traverse la forêt pour se rendre à Loches ; c'est le roi Philippe le Bel, accompagné de sa royale épouse, Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, de Bric et de Bigorre, fille d'Henri , roi de Navarre. Le prince et la princesse restent huit jours à Loches et s'en retournent par Villeloin. ».

On connaît également les importantes donations qui servirent de base économique à la vie de la communauté, notamment celle du domaine de La Béraudière faite en 1335 par Ingelger d'Amboise. Une belle grange aux dîmes existe encore, hors des limites de l'abbaye représentée sur la gravure du .

Pendant la guerre de Cent Ans, Villeloin, comme de nombreuses abbayes, souffrit de la guerre. Les Anglais s'en emparent en 1360 et y installent une importante garnison qui rayonne dans tout le pays. En 1361, les moines réussissent à racheter leur couvent aux occupants contre l'importante somme de florins d'or. La majeure partie de cette rançon a été versée par Gautier de Châteauchallons, proche du comte d'Auxerre. Il s'agit donc d'une intervention politique royale. Cette pratique de rachat de bâtiment et de prisonniers était courante à l'époque.

Les bâtiments du monastère furent dévastées en 1412 par les troupes anglaisesLa source ne fournit pas de détail précis des dégâts.. La même année, les religieux obtiennent du roi que le guet et la garde de l'abbaye soient assurés par les habitants qui remplissaient jusqu'alors ces charges au profit de Loches.

Au début du , les édifices sont en très mauvais état. Des reconstructions commencent à partir de 1417, mais c'est surtout après la guerre de Cent ans, en 1464, que sont reprises les fortifications qui vont servir pendant les guerres de Religion.

En 1664, Michel de Marolles, abbé de Villeloin, réunit dans sa bibliothèque de véritables merveilles. Il fit peindre 150 blasons des principales villes et sommités d'Europe. Il recueillit (dont plus de 200 Rembrandt) et plus de volumes.

En 1667, du consentement de l'abbé de Marolles, des religieux de la congrégation de Saint-Maur entrèrent dans ce couvent pour y établir la réforme, qui ne s'effectua réellement qu'au .

Le départ en 1790 des quatre derniers bénédictins de l'abbaye (Emmanuel Charpentier, le prieur, Maurice Vallère, François Lecoq et Jean-Louis de Maussabré, les moines) laissa le champ libre aux divers acquéreurs de biens nationaux. Chacun d'entre eux, pour se clore des voisins, éleva des murs avec des matériaux de bâtiments en démolition. L'église fut détruite peu de temps après la révolution.

Les annales de l'abbaye de 1464 à 1629 thumb|alt=Plan de l'ancienne abbaye de Villeloin au - plan provenant du Monasticon Gallicanum|Plan de l'ancienne abbaye au - plan Monasticon Gallicanum.

Les annales de l'abbaye de Villeloin, de 1464 à 1629, sont connus précisément par un manuscrit rédigé dans ce même couvent.

La bibliothèque de Tours, conserve un manuscrit d'écriture du qui ne porte pas de nom ; il a été transcrit par un copiste, sous les yeux mêmes de son auteur. Il s'agit de Pierre Brunet, dont la personnalité revient à maintes reprises au cours du manuscrit et dont le monogramme, d'ailleurs, figure en tête de son œuvre.

Pierre Brunet, bénédictin de Villeloin, occupa successivement, diverses dignités en l'abbaye. Après quelque temps passé au prieuré de Grandmont Villiers, Brunet fut reçu novice à Villeloin, le ; et, comme on lui reconnût de solides qualités intellectuelles, il fut chargé d'enseigner « la grammaire », ce qu'il fit durant quatre ans. Le de l'année suivante, il fut admis à faire sa profession, qui le constituait définitivement dans l'ordre de Saint-Benoît. Pierre Brunet célébra sa première messe le . L'activité de son esprit et la droiture de son jugement firent qu'on le chargea à plusieurs reprises de missions difficiles pour défendre les droits du couvent, en particulier à Paris, et à Tours. Le , on le nomma à « l'office de prevosté » et, un peu plus tard, de « scribe du chapitre », charge qu'il occupa jusqu'en 1612.

En cette qualité, sous la direction de l'abbé, Pierre Brunet classa et copia les divers titres du couvent qu'il recueillit en plusieurs volumes soigneusement reliés, travail qu'il dut interrompre par suite de maladie. Le , il fut choisi comme sacristain, ce qui le porta à dresser le terrier des biens dépendant de la sacristie, puis de ceux relevant du sous-prieuré, non sans éclaircir les différents droits. Entre-temps, au cours de l'année 1617, sa dévotion lui fit copier le livre de la doctrine spirituelle ; de saint Étienne de Muret, fondateur de l'ordre de Grandmont, et le manuscrit paraît être celui qui est conservé à la bibliothèque de Tours. Les abbés, qu'il accompagna souvent dans leurs voyages, lui confièrent successivement le soin d'accommoder les affaires délicates, ou de se concilier les bonnes grâces des personnages les plus considérables. Ces témoignages de confiance furent couronnés par sa nomination au mois de , à la dignité de prieur, qui l'établissait à la direction monastique du couvent, les abbés, commendataires prenant soin particulièrement de ce qui regardait le côté temporel.

Dans cette charge Brunet apporta l'esprit de piété et de régularité qui avait marqué toute sa carrière. Il se montra en tout le parfait exemple du religieux. Plus d'une fois, il n'hésita pas à faire entendre à qui de droit la voix de la conscience, quand les intérêts des religieux ou la dignité de la vie monastique ne trouvaient pas suffisamment respect et protection. Âme noble, désintéressée et vraiment éprise de la beauté de la vie ascétique au-sens le plus élevé, Brunet a bien mérité tout à la fois de son couvent et de l'ordre bénédictin en général.

Dom Brunet, d'une intelligence distinguée et soigneusement ornée, joignait à ses goûts pour les recherches historiques la culture de l'antiquité, et les classiques lui étaient familiers. Ses premiers travaux l'engagèrent à écrire simplement, sans prétention littéraire, une histoire sommaire de l'abbaye, à l'aide des documents conservés au chartrier et de ses souvenirs personnels ; il la rédigea sous le titre de « Mémoire ». Le premier événement se réfère à l'année 1464, et la chronique se termine avec l'année 1629. Non content de relater les faits qui se rapportent à la vie Conventuelle, Brunet a pris soin de noter tout spécialement ce qui regarde les arts et les travaux exécutés à l'abbaye et dans ses dépendances ; il y a là une contribution précieuse pour l'histoire artistique de la région. Les fêtes, les visites de gens de qualité, l'existence somptueuse des abbés, le tableau de la vie féodale et rurale, les incidents curieux, les mille détails de chaque jour, donnent à ce récit un intérêt tout spécial. En outre, on y voit fréquemment s'y refléter les événements publics et les actes de plusieurs princes et grands seigneurs, surtout dans leurs rapports avec l'abbaye.

La trempe d'esprit et la culture de Dom Brunet fixèrent l'attention de l'abbé de Marolles. Le docte abbé appréciait fort son prieur et, suivant ses remarques, il lui sut gré de ses excellentes dispositions et remploya notamment à des « écrits laborieux, et principalement dans le grand Inventaire de tous les titres de la maison de Nevers ». Aussi bien, la chronique de Dom Brunet est une mine de renseignements précieux, qui peuvent la faire considérer comme une introduction aux Mémoires de l'abbé de Marolles.

Voici le titre de ce mémoire : « Mémoire de plusieurs bastiments, reparations, dons et actes mémorables faictz tant par les Reverends abbés de ceste abbaye de Villeloing que religieux d'icelle depuis deus cents ans. 1629. ».

Nous ignorons à quelle époque arriva le décès de Dom Brunet. Pour quel motif ne poussa-t-il pas plus avant la rédaction de sa chronique. Peut-être faut-il rechercher la cause dans le voisinage de l'abbé de Marolles. Le bénédictin, sachant l'intention dé l'abbé d'écrire une histoire générale de la Touraine, n'aura pas jugé à propos de continuer.

Possessions de l'abbaye

1207. Geoffroil de la Lande, archevêque de Tours, reconnaît le don fait par Sulpice, seigneur d'Amboise, de l'île d'Amboise, aux moines de Villeloin. « De Insula Ambasioe. »