L'insuffisance rénale chronique (IRC) est une maladie non transmissible (MNT), qui se caractérise par une altération progressive, lente et irréversible du rein, avec pertes de néphrons, qui empêche le rein de correctement éliminer du sang certains déchets métaboliques toxiques, dont l'urée et la créatinine (ce qui induit une auto-intoxication dite « urémique », se traduisant par un « syndrome urémique ». Cette maladie chronique représente un problème majeur de santé publique dans un nombre croissant de pays ; selon l'Académie de médecine, en France en 2002, . Selon Xiangdong Fang et ses collègues de l'université de Nanchang, en 2024, l'IRC, à divers stades, touche .

D'abord « silencieuse », c'est-à-dire sans symptômes visibles, elle évolue très lentement avec, au moment de l'apparition des symptômes, le constat d'une destruction rénale déjà souvent importante ; on parle alors de la forme « sévère » de l'IRC, qui conduit à la mort.

Trois types de traitement existent : 1) l'hémodialyse, 2) la dialyse péritonéale et 3) la transplantation rénale. Ils sont en 2024 disponibles dans de nombreux pays, mais sont très coûteux. En outre, certains dégradent considérablement la qualité de vie du malade. Enfin, une étude récente a montré que les enfants atteints d'insuffisance rénale n'avaient pas accès à ces thérapies dans 6 à 19 % des pays.

Les néphrologues constatent une flambée épidémique de cette maladie, qui, pour des raisons au moins en partie mal comprises, s'étend dans le monde, y compris dans les pays pauvres et à revenu faible et intermédiaire, où la population est, de manière générale, plus jeune. Elle est devenue . Cette tendance est d'autant plus préoccupante que l'IRC est l'une des pathologies les plus onéreuses pour les systèmes de santé (coût estimé à d'euros par an rien qu'en Europe), et les soigner épuise les fonds de santé publique ( de dollars/an, rien qu'aux États-Unis). En 2024, les habitants des pays pauvres et le taux d'IRC devrait augmenter avec le vieillissement à venir de cette population.

Selon la revue Nature () En 2019, .

La maladie On parle d'insuffisance rénale chronique quand, dans le rein, le système de filtration glomérulaire, la fonction tubulaire et la fonction endocrine se dégradentM. Kessler, « Insuffisance rénale chronique », La revue du praticien 1998;48 :1457-63.. Une sclérose glomérulaire, une fibrose interstitielle et une atrophie tubulaire combinent leurs effets délétères...

Le degré d'insuffisance rénale chronique est évalué via le calcul de la clairance de la créatinine (par les formules de Cockcroft & Gault, MDRD ou CKD-EPI pour l'adulte et la formule de Schwartz chez l'enfant).

L'insuffisance rénale chronique est d'abord peu symptomatique voire silencieuse, puis elle évolue très lentement avec d'abord une destruction du parenchyme rénal, puis des anomalies métaboliques, hormonales et cliniques définissant le « syndrome urémique ». Souvent, elle ne devient symptomatique qu'au stade terminal dit IRT (Insuffisance Rénale Terminale) ou IRCT (Insuffisance Rénale Chronique Terminale), ce qui rend difficile la mesure de sa prévalence. L'âge moyen de découverte d'une IRT est ; quand les symptômes apparaissent, la destruction rénale est déjà souvent importante ; et lorsqu'elle devient sévère, le retentissement viscéral et métabolique conduit, en l'absence de traitement, à la mort.

On distingue généralement, arbitrairement, cinq phases, chacune étant définie par le taux de clairance de la créatinine. La première phase est dite « néphropathie sans insuffisance rénale » (clairance > ) ; la est l'« insuffisance rénale au stade terminal » (clairance < ). En 2002, la prévalence des malades au était d'environ en France.

L'IRC est assurément sous-diagnostiquée dans de nombreux pays (pays pauvres ou en guerre notamment ; par exemple, en 2016, seuls sur ayant répondu à une enquête internationale (soit 18 %) disposaient de moyens d'analyse de la créatinine sérique avec estimation du débit de filtration glomérulaire ; et les mesures de protéinurie n'étaient signalées comme toujours disponibles que dans (8 %).. En 2004, on ignorait encore son incidence et sa prévalence dans une grande partie du monde, notamment aux stades précoces, dont en France (en 2004, l'Académie de médecine écrivait : .

On ignore aussi le nombre de patients qui en meurent faute d'avoir eu accès au diagnostic et à la dialyse ou à la transplantation (entre 2 et de patients d'après l'OMS). De 2016 à 2024, plusieurs rapports, construits sur la base d'enquêtes coordonnées par la Société internationale de néphrologie (ISN) ont alerté sur le fait que trop peu de données épidémiologiques (manque de « registres rénaux » et autres systèmes d'information sur les maladies rénales). et cliniques ont été récoltées dans le monde concernant l'IRC..

Histoire de l'insuffisance rénale chronique Inspiré par les travaux de Claude Bernard, le médecin hongrois (1866–1944) introduit le concept d'insuffisance rénale . Gabriel Richet et Jean Hamburger figurent également parmi ceux ayant écrit de nombreux articles sur cette pathologie.

Trois traitements ont été mis au point : l'hémodialyse, la dialyse péritonéale et la greffe (transplantation rénale). S'ils sont matériellement disponibles dans de nombreux pays, ils ne sont pas toujours accessibles pour tous (ainsi, au début des années 2020, les enfants atteints d'insuffisance rénale n'y avaient pas accès dans 6 à 19 % des pays. De plus, (28 %) étaient des « points chauds » pour l'IRC. Le coût élevé des soins fait que les populations ou pays pauvres sont souvent démunis face à cette maladie.

En 2024, l'IRC ne figure toujours pas sur la liste des maladies non transmissibles (MNT) prioritaires de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui causent des décès prématurés. En , A. Francis et al., dans la revue Nature Reviews Nephrology, au nom des trois plus grandes organisations professionnelles du domaine de la santé rénale (Société internationale de néphrologie, Société américaine de néphrologie et Association rénale européenne) réalertent sur le sujet et exhortent l'OMS à inclure les maladies rénales sur la liste des « maladies non transmissibles prioritaires ».

Vers 2021, selon une enquête ayant inclus ,

Prévention Alimentation saine, tout au long de la vie Il convient d'éviter, dès la prime enfance, les aliments très contaminés par des néphrotoxiques (cadmium typiquement) et consommés en grande quantité (en France, pour le cadmium, ce sont notamment les pommes de terre et les céréales de petit déjeuner à base de blé ou les biscuits sucrés, le pain et les viennoiserie à base de farine de blé issue de l'agriculture industrielle ; les produits bio contenant, eux, beaucoup moins de cadmium). De nombreux végétaux bioaccumulent le cadmium, mais dans l'intestin, un bol alimentaire riche en fibres contribue aussi à réduire l'absorption intestinale du cadmium en limitant sa biodisponibilité : certaines fibres végétales et plus encore la « cellulose bactérienne » (grâce à sa structure nanoporeuse, sa grande surface spécifique, sa forte charge négative et sa capacité d'échange cationique) adsorbent le cadmium lors de la digestion, diminuant ainsi son passage au travers de la barrière intestinale. L'augmentation de l'apport en fibres tend à accroître l'excrétion fécale du cadmium. Certaines fibres spécifiques protègent aussi le microbiote intestinal des effets des métaux lourds ; chez la souris, les fibres insolubles issues du son de riz atténuent la toxicité du cadmium en modulant le microbiote et en réduisant les atteintes hépatiques et rénales.

Une fois la maladie enclenchée Une fois la maladie enclenchée, la prévention consiste à limiter son développement, en sachant que parmi ses facteurs de progression, figurent : la perte de cellules parenchymateuses du rein ; l'inflammation chronique, la fibrose de certains tissus rénaux et une réduction de la capacité de régénération du rein. On recherche actuellement des stratégies néphroprotectrices permettant de les limiter (ou bloquer).

De nombreuses études ont montré des lacunes ou un manque de prévention contre ces facteurs (et plus en amont contre les causes de la maladie - et d'autres types d'insuffisances rénales) : avant son apparition (prévention primaire) ; dès les premiers stades de la maladie (prévention secondaire) ; pour mieux prendre en charge la maladie établie, afin de prévenir la dialyse tant que possible (prévention tertiaire)..

Concernant la réduction de la fibrose : au début des années 2020, des études précliniques et modèles expérimentaux cherchent à cibler les cytokines, certains facteurs de transcription, des voies de développement et de signalisation ou encore certains modulateurs épigénétiques, (microARN notamment). Des essais cliniques sont en cours, en tenant compte des retours d'expérience des études cliniques, qui précédemment ont tenté (sans succès) de bloquer le facteur de croissance transformant β1 (TGFβ1) ; échec qui encourage à trouver d'autres traitements de l'IRC..

On explore aussi le rôle éventuellement pathogène pour le rein d'un succinate (SUCNR1), une facteur critique qui s'est montré capable d'induire la fibrose rénale via le macrophage M2 (les personnes obèses et/ou diabétiques ont toujours un taux sérique de succinate anormalement élevé, or ce sont deux facteurs connus contribuant à l'IRC)..

D'autres pistes sont par exemple : la prévention des lésions des cellules tubulaires par une protéase (in vivo, et in vitro, la mitophagie, médiée par la protéase YME1L, empêche la sénescence des cellules tubulaires du rein en contexte diabétiques) le ciblage des myofibroblastes, car on les sait impliqués dans la fibrose, via une production excessive de collagène. Irazabal MV, Torres VE (2020) Espèces réactives de l'oxygène et signalisation redox dans l'insuffisance rénale chronique. Cellules.. les lésions mitochondriales et l'activation de la voie STING, car on a montré en 2019 qu'elles entraînent une inflammation rénale et une fibrose.. les espèces réactives de l'oxygène et la signalisation redox (2020). L'inhibition de la xanthine oxydase/NADPH oxydase par l'hydralazine, car elle atténue les lésions rénales aiguës ; elle freine et pourrai peut être bloquer la transition d'une insuffisance rénale aiguë vers une insuffisance rénale chronique. Ce sujet est par ex. étudié par Chih-Hung Chiang en 2023..

Mieux détecter la maladie Une détection plus précoce permet de prévenir une aggravation précoce. L'élastographie est un type d'imagerie médicale, non invasif, qui détecte les fibroses dans un organe. Utilisée seule dans l'évaluation de la fibrose rénale, elle était en 2022 encore controversée, en raison de résultats parfois contradictoires. Mais selon Chen et ses collègues (2024), si elle est associée à un modèle d'intelligence artificielle (modèle XGBoost), l'« élastographie d'onde de cisaillement » fournit une interprétation visuelle du diagnostic. Cette IA, conçue pour être a . Elle semble pouvoir permettre une une médecine personnalisée plus efficace, via des algorithmes d'apprentissage automatique basés sur des indices cliniques et élastosonographiques permettant de distinguer les fibrose modérée à sévère de la fibrose légère. Cette IA a été produite et testées en Chine (publication 2024)..

Épidémiologie

thumb|Appareil de dialyse.

En 2015, face au manque de données sur cette maladie, la Société internationale de néphrologie a lancé un Atlas mondial de la santé rénale exploitant les bases de données et registres là où ils sont disponibles. Et des études ont ensuite porté sur . Ces travaux ont mis en évidence une grande variabilité interrégionale et intrarégionale dans les soins rénaux, avec des lacunes substantielles. Ils ont aussi montré que le nombre de personnes atteintes par cette pathologie augmente fortement.