Labbaye du Thoronet est une abbaye cistercienne située sur la commune du Thoronet, dans le département français du Var et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840..

L’ensemble du site bénéficie d’une double protection juridique : d’une part au titre de l’environnement, de la préservation de la faune et de la floreSite de la Direction régionale de l’environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) et Inventaire et protections réglementaires de l'environnement de la commune., d’autre part au titre du périmètre des autour d'un monument historique en application des articles L.621-30-1 et L.621-31 du code du patrimoineSite du service territorial Architecture et Patrimoine du Var, Le patrimoine protégé : Vallon de l’abbaye du Thoronet (cartographie), protections au titre des abords et Site classé le 19/12/2001..

Histoire de la construction Contexte thumb|550px|center|Vue de la façade ouest depuis l'entrée actuelle jusqu’à l'abbatiale.

L’abbaye du Thoronet est une des « trois sœurs provençales », les deux autres étant Sénanque (Vaucluse) et Silvacane (Bouches-du-Rhône).

Elle doit probablement beaucoup à l’abbé Foulques, mort en 1231. D’abord troubadour, il est ensuite abbé du Thoronet avant d’être évêque de Toulouse. C'était un proche de Saint Louis, protecteur de l’Ordre.

Le Corbusier visite l’abbaye en 1953..

En 1964, l'architecte Fernand Pouillon imagine, dans son roman Les Pierres sauvages, un récit de la construction de l'abbaye au , sous la forme du journal du premier père prieur de l'abbaye. Son personnage, « le maître d'œuvre de l'abbaye », exprime de manière très vivante l'émotion que procure la vue des pierres utilisées dans la construction :

L’harmonie et la pureté de l'abbaye sont frappantes. Elle est construite à partir de la notion même de simplicité :

Dans le cadre de l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité gérée par l’UNESCO, la notice sur l’abbaye de Fontenay indique que « le plus parfait » exemple de l’architecture cistercienne est l’abbaye du Thoronet.

L’abbaye du Thoronet a connu beaucoup de restaurations à partir du , qui semblent être assez fidèles à la construction originelle. Elle se cache parmi les chênes dans un site sauvage et isolé qui s'accorde bien avec la règle stricte de l'ordre de Cîteaux.

De la fondation au déclin de l'abbaye L’abbaye du Thoronet a été fondée au en Provence, pour une communauté de vingt moines seulement, sans compter les convers, à une époque où celle-ci relevait du Saint-Empire romain germanique sous l’autorité de Frédéric Barberousse (1152-1190). L’empire s’étendait alors de la Bohême au Rhône. Le Thoronet constitue la première présence cistercienne dans cette région.. thumb|Entrée de l'abbaye du Thoronet.

L'abbaye Notre-Dame de Florièyes Mais avant de fonder l’abbaye du Thoronet, c'est de l'abbaye de Mazan (Ardèche) que Paulin, son premier abbé, et douze moines installent une communauté, le , sur la commune de Tourtour, qui prit le nom de l'abbaye de Florièyes, à une journée de marche au nord-ouest de l’actuel site du Thoronet. Selon le Service régional de l'inventaire, la première abbaye cistercienne aurait peut-être été fondée sur le territoire d'Arquinaut situé au sein du domaine des Treilles. Au , la chapelle Notre-Dame-de-Florièye était en effet parfois appelée "Notre Dame d'Arquinaut", peut-être en référence au site situé sur la colline de Calamantran. Bourg castral d'Arquinaut lieu-dit Calamantran. a lieu grâce au don d’une partie des terres de la famille de Castellane.

L'abbaye Notre-Dame du Thoronet, Thoronelum, Tonindum, Floresia C'est en 1146 que les moines de Florièyes arrivent au Thoronet. Malgré d’autres dons importants en terrain, la nouvelle communauté installée à Notre-Dame de Florièyes ne trouve pas les conditions idéales à son développement et décide alors de se déplacer sur une des terres qu’elle possédait déjà et qui lui avait été léguée par le catalan Raimond-Bérenger., comte de Provence. La charte de donation est datée du 18 des calendes d'.

Le premier acte de fondation de 1157 marque l’abandon définitif du site de Notre-Dame de Florièyes qui devient un simple prieuré, pour le massif de l’Urbac dans la forêt de la Darboussière au sein de la seigneurie de SéguemagneLe temporel de l'abbaye du Thoronet au Moyen Âge., lieu d’implantation de la nouvelle abbaye..

Les hommes du Temple cultivaient un grand nombre de terres, soit qu'elles aient été leur propriété, soit qu'elles aient appartenu aux moines cisterciens du Thoronet qui se posaient ainsi en suzerains des Templiers. Lors de la suppression de l'ordre en 1312, la quasi-totalité des biens du Temple à Lorgues revinrent aux cisterciens du Thoronet..

L'abbaye ne tarde pas à connaître la prospérité à la suite des nombreuses donations qui affluent, notamment de la part des seigneurs de Castellane. Jusqu'au milieu du , les donations permettent à l'abbaye d'organiser son économie autour de l'agriculture et de l'élevage.. Au , le Thoronet, comme bien d'autres abbayes cisterciennes, connaît peu à peu le déclin. Les révoltes internes puis plus tard les guerres de Religion entraînent la défection des moines de l'abbaye qui, en 1787, est rattachée à l'évêché de Digne-les-Bains. Pendant un siècle environ une vingtaine de moines y vécurent mais, à la Révolution, il ne restait plus que sept religieuxArchives départementales du Var Inventaire, Série H , Clergé régulier avant 1790 : 2 H 1 à 144 Abbaye du Thoronet : Cisterciens du Thoronet et leur première installation à Tourtour dans un état voisin de la misère, puisque l'un d'eux écrit que « la maison est plus propre à servir d'écurie qu'à y loger. »

En 1791, on assiste au départ des six derniers moines et l’abbaye est vendue comme bien national à des particuliers qui y installent des étables et des grangesL'abbaye du Thoronet, introduction à la visite, p.2. Vendue pour , puis à nouveau délaissée, elle est rachetée par l'État en 1854. Grâce à l'intervention de Mérimée, elle échappe à la ruine. Depuis, les travaux de consolidation et de restauration se sont succédé. Ils étaient devenus d'autant plus indispensables que l'abbaye souffrait de l'exploitation de la bauxite à proximité.

La vie à l'abbaye L’isolement prescrit par la règle de saint Benoît est relatif au Thoronet. En effet, l’abbaye se situe à une journée de marche de l’évêché de Fréjus () et on trouve dans un rayon de dix kilomètres de nombreux villages préexistants.

De plus, les ressources matérielles de l’abbaye lui assurent une place importante dans le marché commercial de la région. Ces ressources se situent parfois loin de l’abbaye et les frères convers ont la charge de leur exploitation. L’abbaye du Thoronet possède en effet les marais littoraux de Marignane, au bord de l’étang de Berre, ou encore ceux de Hyères qui permettent la production de sel. L’activité de pêche se fait à Martigues, Hyères et Sainte-Maxime. Le produit de cette activité représentant une part plus importante que la consommation propre de l’abbaye, une partie est vendue directement sur les marchés locaux..

La grande spécialité du Thoronet, c’est surtout l’élevage. Les animaux fournissent à la fois de la viande qui n’est pas consommée par les frères puisque ceux-ci ont un régime végétarien, et de la peau qui est utilisée pour la confection des parchemins, faits essentiellement en peau de mouton. Ceci est très important pour l’abbaye puisqu'elle possède un scriptorium.

Liste des abbés

Source : Gallia Christiana

Le site, ses atouts, ses contraintes vignette|redresse|gauche|L'église abbatiale.

Sur le lieu même d’implantation de l’abbaye, les moines trouvèrent tout ce dont ils avaient besoin pour assurer leur subsistance : un couvert forestier généreux, de nombreuses sources d’eau. et une roche abondante.

Le premier bâtiment à être construit au Thoronet a été le cellier ainsi qu’un bâtiment près de la porterie, qui n’existe plus dans son état originel et qui servait sûrement d’hostellerie. Ces choix de constructions sont tout à fait traditionnels pour une abbaye cistercienne et répondent aux préceptes de la règle de saint Benoît.

Puis arrive la construction du bâtiment le plus important de la vie du moine, l’abbatiale. Celle du Thoronet est parfaitement orientée à l’est, mais ne forme pas un angle droit avec le cellier, expliquant peut-être la forme trapézoïdale du cloître construit par la suite, qui suit la disposition des bâtiments.

La question de l'eau L’eau dans chacune des abbayes cisterciennes est un élément indispensable de la vie quotidienne. Elle sert à la fois pour le travail manuel et/ou l’alimentation , mais aussi à la cuisine et lors de cérémonies religieuses comme le mandatum qui se déroulait une fois par semaine. Pour toutes ces tâches, une importante quantité d’eau, potable ou non, était nécessaire. L’abbaye n’en manquait pas et l’aridité actuelle du vallon n’est pas significative de la situation à l’époque, bien que l’on sache que le débit d’eau n’était pas suffisant pour l’alimentation en eau d’un moulin, d’où son absence au Thoronet.

L’aridité actuelle des lieux résulte de l’extraction, après la Seconde Guerre mondiale, de la bauxite, ce qui provoqua la disparition des ruisseaux et l’assèchement du sous-sol. Cela eut également pour effet de provoquer des glissements de terrain qui ont emporté avec eux la partie nord de l’aile des moines ainsi que le réfectoire et ont dérivé le cours de la Tombarèu. Les ruisseaux de la Tombarèu et de la Darboussière délimitaient à l’origine l’emplacement du site. Les extrémités nord de l’aile des convers et de celle des moines enjambaient la Tombarèu, permettant un système d’évacuation naturelle des latrines.

L’alimentation en eau pour les besoins alimentaires, sanitaires et liturgiques se faisait par la source située au sud-ouest de l’enclos. Un débit constant du liquide arrivait jusqu’au monastère par un réseau de canalisations fait d’une maçonnerie de moellons soigneusement appareillés. Sa redistribution se faisait en différents lieux, dont certains restent hypothétiques. C’est le cas par exemple des cuisines dont on ignore s’il y eut effectivement un débit constant d'eau potable. Toutefois, il est certain que l’alimentation arrivait au moins jusqu’au lavabo du cloître avant la déviation de son cours au .

Conséquences des glissements de terrain vignette|droite|Le glissement de terrain et les solutions techniques.

En 1906, les intempéries et les brèches ouvertes dans les murs ont provoqué l’effondrement de la voûte du dortoir des moines. Jules Formigé, architecte en chef des monuments historiques, a alors fait murer les trouées pratiquées anciennement dans le mur oriental du cloître puis, après avoir remonté la voûte, a installé des tirants métalliques. Pourtant, en 1919, la poussée des voûtes a provoqué la rupture de trois tirants… Les derniers travaux ont été rendus nécessaires non seulement en raison des désordres dus à un glissement de terrain, mais également du fait des problèmes constatés dans les maçonneries : le diagnostic avait montré que le mortier de blocage était décomposé dans le mur de l’aile des moines de l’abbaye.

Le glissement de terrain qui a affecté cette abbaye du (fig. IV-2, 3) située sur la commune du Thoronet (Var), a été occasionné par une exploitation de bauxite à ciel ouvert et souterraine, l’extraction souterraine concernant 80 % de la surface du gisement.Le Thoronet - Mine de bauxite, Les Codouls. La morphologie et le contexte hydrologique de la colline s’en sont trouvés modifiés et les poches d’eau résiduelles de l’ancienne mine ont accentué ce phénomène, ainsi que les effondrements des galeries provoqués après exploitation.