vignette|Affiche du site DHMO.org chargé de la « recherche » sur le DHMO. vignette|Les risques liés au DHMO sont associés à ses différents états physiques. À l'état solide il peut causer des nécroses, sous forme de vapeur des brûlures graves, et à l'état liquide la suffocation. La mystification du monoxyde de dihydrogène est un canular consistant à présenter l’eau () sous une dénomination chimique inhabituelle, en employant un discours scientifiquement exact, mais destiné à induire une perception erronée de sa nocivité.
Origines de la mystification Une version populaire de cette mystification a été créée par Eric Lechner, Lars Norpchen et Matthew Kaufman, colocataires alors qu'ils étudiaient à l'université de Californie à Santa Cruz en 1990., revisitée par Craig Jackson en 1994 et portée à la connaissance du public, en 1997, par Nathan Zohner, élève de . Dans le cadre de son projet scientifique intitulé « À quel point sommes-nous crédules ? » (« »), celui-ci a remis à cinquante de ses condisciples un rapport décrivant les méfaits du « DHMO » (pour , nom anglais du monoxyde de dihydrogène). 86 % des élèves interrogés se déclarèrent favorables à l'interdiction de la substance chimique sur , consulté le ... En France, le canular a connu un regain d'intérêt peu avant le avec sa mise en scène dans Le Magazine de la santé de par le journaliste scientifique Florian Gouthière., assorti d'une pétition.
Cette mystification peut être interprétée., au choix, comme étant : une démonstration de la crédulité du public par rapport aux informations formulées dans un jargon scientifique alarmiste. Diverses pétitions ont été signées par plusieurs centaines de personnes pour retirer le monoxyde de dihydrogène de l'environnement ; une dénonciation de certains politiques qui instaurent volontairement un climat de confusion et de panique dans la population ; une dénonciation de certains scientifiques qui, imbus de leurs connaissances, accumulent les termes techniques, rendant obscurs, pas toujours involontairement, les discours par lesquels ils sont censés informer leurs auditeurs ; une dénonciation de certains militants environnementaux qui cherchent à instaurer un climat de peur irrationnelle (chimiophobie) en adoptant un vocabulaire scientifique.
Explication du nom
L’eau pure est un composé chimique de formule . Un oxyde est un composé chimique obtenu par action de l’oxygène sur un corps (oxydation), par exemple un métal ; la formule brute d’un oxyde est de la forme . est un oxyde : le monoxyde de dihydrogène (mono- (un) et di- (deux) pour signaler qu'un seul atome d'oxygène est lié à deux atomes d’hydrogène). De la même manière, un hydroxyde a une formule du type R-OH ; on peut écrire celle de l’eau H-OH, et en conséquence l’appeler hydroxyde d’hydrogène, ce qui permet une variante du canular. Le même H-OH peut être vu comme un acide (formule commençant par H-) : l’acide hydroxyque (ou oxhydrique), d’où une troisième version du canular. Le même H-OH peut être vu comme un alcool (composé de formule générique , ici avec n=0) : l’hydrogénol (fonction alcool lié à un simple atome d'hydrogène). Par autoprotolyse ( ou ), l’eau peut se séparer en ions hydrogène ou hydronium et hydroxyde, ce qui peut permettre de nommer ce produit « hydroxyde d’hydrogène » ou « hydroxyde d’hydronium ». Enfin, selon la nomenclature de la chimie organique, on peut attribuer à l'eau le nom systématique d'« oxydane », à l'instar du méthane, de l'azane (ammoniac), du phosphane (phosphine) du silane et du borane.
La nomenclature IUPAC donne toutefois comme nom de l'eau « eau ».
Propriétés associées au produit
right|thumb|Du monoxyde de dihydrogène sous forme liquide. right|thumb|Liquide troublé par du monoxyde de dihydrogène liquide.
Les promoteurs et diffuseurs des « risques » de l'eau comme « monoxyde de dihydrogène » dans ce canular, pointent les caractéristiques suivantes.. : Sur la santé son inhalation, même en faible quantité, peut causer la mort par asphyxie ; sa forme gazeuse peut causer de graves brûlures ; le contact prolongé avec sa forme solide provoque des lésions des tissus ; on l'a détecté dans des biopsies de tumeurs et lésions pré-cancéreuses, ainsi que dans les tumeurs de malades du cancer en phase terminale ; il serait le principal agent à l'origine d'œdèmes. parmi les symptômes résultant de l'ingestion de monoxyde de dihydrogène, on peut observer une sudation et une miction excessives, et éventuellement une sensation de ballonnement, des nausées et vomissements, ainsi qu'un déséquilibre électrolytique corporel ; une ingestion excessive peut causer des effets néfastes pouvant entraîner la mort ; toutes les personnes étant entrées en contact avec lui sont mortes ou vont mourir ; il sert d'adjuvant dans les vaccins. ; , il provoque l’éclatement des cellules humaines ;
vignette|Accumulation très importante de DHMO dans les nuages, pouvant se retrouver dans les pluies. Sur l'environnement est souvent associé aux cyclones mortels survenant notamment dans le centre des États-Unis ; des variations de température du monoxyde de dihydrogène sont soupçonnées de contribuer au phénomène climatique ; il est un élément principal des pluies acides ; il contribue à l’érosion des sols ; il est relâché en grande quantité par les centrales nucléaires, directement dans les rivières et les mers, ou bien dans l'atmosphère ; il est le principal composant des trainées chimiques apparaissant à l'arrière des avions volant à haute altitude ; il peut être à l’origine de catastrophes écologiques diverses et variées lors d’intempéries ; sous sa forme gazeuse, c'est un puissant gaz à effet de serre ; on le trouve en très fortes concentrations dans les océans, mais il pollue aussi de nombreux fleuves et rivières ; on en retrouve en grande quantité dans les cours d'eau, les lacs, les mers et les océans ; on en retrouve jusqu'aux pôles Nord et Sud :
Sur les constructions sa forme solide peut provoquer de graves incidents, voire des accidents irrémédiables dans les transports maritime, automobile et ferroviaires; sa forme poudreuse, en particulier concentrée en plaques instables, peut être un obstacle au développement harmonieux des loisirs de montagne ; il provoque la corrosion et la destruction des métaux et des appareils électriques ; il augmente considérablement les risques en présence de conducteurs électriques sous tension ; il est utilisé dans des cas de torture ou lors d'interventions policières contre des manifestants ; son exposition diminue l'efficacité des freins automobiles ; il serait le composant principal entrant dans la fabrication d'une certaine catégorie de bombes artisanales ;
Autres propriétés chimiques il présente à la fois un caractère acide et basique ; il présente un pH de 7, plus élevé que tous les acides même à très fortes concentrations ; c'est un puissant solvant, largement utilisé dans l'industrie chimique ;
Corrélations sociales il est présent dans une grande quantité de produits alimentaires, y compris des produits labellisés bio ; on en trouve des traces dans le sang et les cheveux des enfants (alors qu'une surdose peut les tuer) ; tous les jeunes délinquants en consomment ; certains alcooliques le mélangent avec leur boisson pour prétendument en atténuer les effets (alors même qu'il trouble le pastis) ; pour les sujets dépendants, le sevrage de monoxyde de dihydrogène signifie une mort certaine.
Contexte d'utilisation On recourt parfois à ce canular dans les débats sociétaux portant sur des problématiques scientifiques, souvent en réponse à des arguments pseudo-scientifiques ou pour déconstruire un argument par l'absurde. Il est par exemple employé par les défenseurs des vaccins pour critiquer certains arguments de leurs opposants..
Chronologie de canulars passés
En 1989-1990, plusieurs étudiants de l'université de Californie à Santa Cruz distribuent des tracts dénonçant la contamination au monoxyde de dihydrogène. , matthew.at.. En 1994, Craig Jackson crée un site web pour l’association prônant le bannissement du DHMO.. Le site web de la « défense de l'hydroxyde d'oxygène » fut ensuite créé par en réponse au précédent, prétendant en dénoncer ses « visées subversives ». Le site indique que l'hydroxyde d'hydrogène « ne nuit pas à l'environnement », et « améliore la santé et la croissance de nombreuses formes de vie. ». En 1997, Nathan Zohner, alors âgé de et scolarisé à , collecta sur sa pétition visant à bannir ce produit, sur les à qui elle fut proposée. Zohner reçut pour cet exploit le premier prix d'Exposcience de la région de . En référence à cette enquête, le journaliste introduit même le néologisme « zohnerisme », pour désigner « l'utilisation de faits véridiques pour conduire un public mathématiquement et scientifiquement ignare à des conclusions fausses ».. En 1998, inspiré par les pages web de Jackson et le sondage de Zohner, Tom Way ouvrit un site web DHMO.org proposant des liens vers d'autres sites authentiques du gouvernement fédéral des États-Unis, tels que l' (agence de protection de l’environnement) et le (agence nationale pour la santé). Le premier , au titre du traditionnel poisson d'avril, un membre du Parlement d'Australie annonça le lancement d'une campagne pour l'éradication du monoxyde de dihydrogène.. En 2001, une responsable du Parti vert d'Aotearoa Nouvelle-Zélande et membre du parlement de Nouvelle-Zélande, se fit piéger lors d'une campagne de bannissement du monoxyde de dihydrogène en déclarant apporter « un soutien total à cette campagne visant à éliminer cette substance toxique ». Cette bourde fut tournée en dérision dans un communiqué de presse du Parti national d'Australie., dont un représentant parlementaire fut victime du même canular six ans plus tard.. En 2002, l'animateur radio déclara à l'antenne que le système de distribution d'eau de la ville d'Atlanta avait été examiné et s'était révélé contaminé par du monoxyde de dihydrogène, en énumérant les « dangers » que présente ce « dangereux » produit chimique. Une station TV locale reprit l'information et se fit l'écho de ce « scandale ». En réponse, un porte-parole du service de distribution d'eau assura au journaliste que la concentration en monoxyde de dihydrogène ne dépassait en aucun point la limite autorisée par la loi.. L'idée a été reprise dans un passage d'un épisode de l'émission de Penn et Teller, (n'importe quoi), dans lequel l'actrice et l'équipe de tournage sollicitèrent des personnes se déclarant « concernées par l'environnement » pour signer une pétition demandant l'interdiction de DHMO.. En , la municipalité d'Aliso Viejo (Californie) a failli délibérer sur l'interdiction du en plastique pour tout évènement sponsorisé par la commune, parce que la fabrication de ce matériau utilise du monoxyde de dihydrogène : un assistant juridique de la municipalité l'avait inscrit de ce fait à l'ordre du jour. Il plaida ensuite, pour sa défense, une recherche insuffisante sur ces données , sur MSNBC, mis en ligne le , consulté le .. La motion fut retirée de l'ordre du jour avant de faire l'objet d'un vote, mais entre-temps la municipalité fut la risée d'une mauvaise publicité. vignette|redresse|Avertissement humoristique sur le danger de l'eau à Louisville (Kentucky). En 2006 à Louisville (Kentucky), David Karem, directeur du , souhaitait dissuader le public d'utiliser un plan d'eau public pour la baignade. Misant sur l'inculture scientifique du public, il fit poser (voir image) des panneaux indiquant « Danger - cette eau contient une haute teneur en hydrogène - ne pas s'approcher » , , .. En 2007, , membre et député du Parti national de Nouvelle-Zélande, reprit le canular et posa une question écrite au ministre délégué pour la santé, Jim Anderton, demandant « si les experts du comité consultatif sur les substances toxiques envisagent d'interdire ce produit »...