vignette|Épandage d'une solution molluscicide de sulfate de cuivre et d'acide citrique pour éliminer des escargots porteurs de parasites dans un étang d'aquaculture expérimentale aux États-Unis.

Un produit est une substance active ou une préparation ayant la propriété de tuer les mollusques (limaces, ou escargots, y compris aquatiques). Les hélicides sont les produits qui en théorie ne ciblent que les escargots.

Description En protection des cultures, les molluscicides sont employés principalement pour tuer les limaces et les escargots. Ils sont aussi utilisés pour des raisons sanitaires en zone tropicale, pour lutter contre certaines parasitoses telles que les schistosomiase pour lesquelles l'escargot est un hôte intermédiaire obligatoire.

Le plus utilisé, en agriculture, est le métaldéhyde présenté sous forme de poudre blanche qui est hautement inflammable.

Il existe également en agriculture des anti-limaces à base de phosphate de fer commercialisés le plus souvent sous forme de granulés bleus. Il semblerait que les granulés colorés en bleu limitent l’attirance des oiseaux. Le phosphate de fer est une substance naturelle d’origine minérale classé selon l’article L. 253-6 du code rural et de la pêche maritime comme produit de biocontrôle et ses caractéristiques propres les rendent utilisables en agriculture biologiqueB. Speiser, C. Kistler, Field tests with a molluscicide containing iron phosphate, Crop Protection, vol. 21, n° 5, juin 2002, p. 389-394 (Résumé). En France ces produits sont éligibles au Certificat d’Economie des Produits Phyto (CEPP).

Certains anti-limaces utilisés en agriculture peuvent également combiner les deux matières actives (métaldéhyde et phosphate de fer). Ces formulations ne peuvent pas prétendre au classement biocontrôle et utilisable en agriculture biologique à cause de la présence de métaldéhyde.

Il existe aussi d’autres types de molluscicides tels que la bière, les cendres ou encore des plantes naturellement molluscicides, mais l’efficacité de ces produits n’a pas été prouvée par une homologation.

Principes d'action et toxicité

Produits les plus courants en agriculture

Les molluscicides à base de métaldéhyde Il y a autant de modes d’action qu’il y a de substances actives molluscicides. De même, les modes d’utilisation peuvent différer entre les molluscicides. Les molluscicides constitués de métaldéhyde sont un déshydratant qui provoque chez les mollusques l'émission d'une bave très abondante. L'animal épuise ses réserves hydriques et meurt déshydraté. Il est d’usage de visualiser l’efficacité d’un molluscicide à base de métaldéhyde grâce aux trainées de baves laissées par les limaces / escargots ainsi que par les cadavres de mollusques morts dans le champ. Ces molluscicides sont connus pour leur efficacité et leur rapidité d’action (qui s’étend de quelques heures à quelques jours).

Les métaldéhydes ont aussi été testés et utilisés contre les infestations de gros escargots aquatiques (jusqu'à deux mille escargots par mètre carré mesurés aux Philippines dans des étangs de pisciculturesR. M. Coloso, I. G. Borlongan, R. A. Blum, Use of metaldehyde as a molluscicide in semi-commercial and commercial milkfish ponds, Crop Protection, vol. 17, n° 8, novembre 1998, p. 669-674 (résumé)), mais en nécessitant de fortes doses ( d'une formulation à 10 % de métaldéhyde en saison humide en zone tropicale), car il se dégrade plus rapidement dans l'eau. Il s'est montré plus efficace qu'une formulation à 25 % de niclosamide

Les molluscicides à base de phosphate de fer Les produits à base de phosphate de fer tels que l'orthophosphate de fer, agissent uniquement par ingestion. Ils perturbent le système digestif du mollusque, stoppent assez rapidement l’alimentation et provoquent la mort quelques heures à quelques jours plus tard. Le phosphate de fer agit également sur le métabolisme du calcium et bloque la sécrétion de bave des mollusques. Alors, pour se protéger de la déshydratation, les limaces s’enterrent et finissent par mourir dans le sol (impossible pour les escargots à cause de leur coquille).

Ainsi, la mesure de l’efficacité des molluscicides à base de phosphate de fer est visible par la réduction des dégâts sur les cultures puisqu’on ne trouve pas ou peu de traînée de bave et de cadavre.

Autres substances Ces substances ne sont pas homologuées, ainsi leur efficacité et toxicité n’ont pas été officiellement prouvées, bien qu’ils sembleraient qu’elles aient des propriétés molluscicides avérées.

Les inhibiteurs de l'acétylcholinestérase, hautement toxiques pour les animaux à sang chaud (homme y compris), qui agit immédiatement sur les invertébrés comme un poison de contact. Le molluscicide N-trityl morpholine (Frescon) a un effet inhabituel sur le système nerveux central des limnées. L'animal intoxiqué produit des impulsions nerveuses regroupées en explosions spontanées et synchrones, qui semblent pouvoir résulter d'interférence du produit avec les processus de contrôle de l'influx nerveuxR. B. Moreton et D. R. Gardner, Frescon: Neurophysiological action of a molluscicide, Cellular and Molecular Life Sciences, vol. 32, n° 5, 611-612, (Résumé). Le Frescon se lie irréversiblement, au niveau de deux sites d'action dans les cellules nerveuses et musculaires de la Limnée et interfère avec les canaux ioniques qui dans la membrane cellulaire contrôlent la régulation des échanges chlorure/bicarbonate entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule, ce qui pourrait en faire un outil pharmacologique pour l'homme et l'animalFiche Inist/CNRS intitulée Frescon: a possible new pharmacological tool, 1989, vol. 93, n° 1, p. 69-75 (33 réf.) (consulté le 13 février 2011)B. L. Brezden, D. R. Gardner ; Calcium entry blockers inhibit contractures induced by the molluscicide Frescon in Lymnaea stagnalis smooth and cross-striated muscles ; Pesticide Biochemistry and Physiology, vol. 20, n° 3, décembre 1983, p. 269-277 (Résumé).

un fond de bière dans un pot enterré au niveau du sol, est souvent utilisé dans les jardins. Il attire les limaces à plusieurs mètres à la ronde. Elles s'y noient ; le latex non filtré d'une euphorbe (Euphorbia splendens ) est un puissant molluscicide (testé au Brésil pour contrôler les escargots du genre Biomphalaria, hôtes intermédiaires d'un schistosome (Schistosoma mansoni). Il s'est montré efficace durant 14 moisVirgínia T. Schall, Maurício C. Vasconcellos, Roberto S. Rocha, Cecília P. Souza, Nelymar M. Mendes ; The control of the schistosome-transmitting snail Biomphalaria glabrata by the plant Molluscicide Euphorbia splendens var. hislopii (syn milli Des. Moul): a longitudinal field study in an endemic area in Brazil, Acta Tropica, vol. 79, n° 2, 25 mai 2001, p. 165-170, résumé. Il semble faiblement toxique pour les autres animaux aquatiques et photobiodegradable, et facile à appliquer. (De nombreux latex étant allergènes, avec sensibilisation possible, une évaluation toxicologique plus complète est utile) ; Dimidiata Apodytes (Icacinaceae) est une autre plante « molluscicide » étudiée dans le cadre de la lutte contre la schistosomiase en Afrique du Sud. Sa toxicité (aiguë et subaiguë) a été étudiée sur certains mammifères conformément aux critères de l'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE). L'extrait en a été classé comme non toxique et non irritant. La matière sèche des feuilles et les extraits aqueux en sont considérés comme sûrs depuis 1997 (pour des essais préliminaires sur le terrain)Therese D. Brackenbury, C. C. Appleton, G. Thurman ;Mammal toxicity assessment of the plant molluscicide, Apodytes dimidiata (Icacinaceae), in South Africa, Acta Tropica, vol. 65, n° 3, 30 mai 1997, p. 155-162 (Résumé) ; Ambrosia maritima est une autre plante molluscicide testée en Afrique. Au Sénégal, de feuilles sèches de la plante, dans les criques de la rivière Lampsar ont tué de 54 à 56 % des escargots Bulinus en . Deux essais de traitement ( et ) dans un canal d'irrigation fermé a tué en jusqu'à 77 % des Biomphalaria pfeifferi, mais avec une recolonisation rapide ensuite. Ces essais ont montré que la quantité de feuilles nécessaire pour faire chuter de 80 % le nombre d'escargots aquatiques était trop importante pour que A maritima soit une solution intéressante pour les programmes de lutte contre la schistosomiaseJ. Belot, S. Geerts, S. Sarr, A. M. Polderman, Field trials to control schistosome intermediate hosts by the plant molluscicide Ambrosia maritima L. in the Senegal River Basin, Acta Tropica, vol. 52, , janvier 1993, p. 275-282 ; certaines molécules naturellement produits par les plantes, sont molluscicides et font l'objet de recherchesAsafu Maradufu, John H. Ouma ; A new chalcone as a natural molluscicide from Polygonum senegalense ; Phytochemistry, vol. 17, n° 4, 1978, p. 823-824 ; d'autres molécules végétales, les saponines sont étudiées, et ont été très efficacement testées contre Pomacea canaliculata (Golden apple snail, ou GAS pour les anglophones), avec des saponines (saponines bidesmosidiques) extraites de l'enveloppe amère du grain du quinoa (Chenopodium quinoa) qui est aujourd'hui un sous-produit sans valeur commerciale. L'extrait pur est inactif jusqu'à 121 ppm (soit environ de saponines), mais le traitement des balles par l'alcali augmente l'effet molluscicide en convertissant les saponines de type bidesmosidique à plus de monodesmosides actives (En laboratoire, le produit a tué 100 % des escargots en pour une exposition à de produit. Étonnamment aucune toxicité pour les poissons (poisson rouge ou tilapia) n'a été relevée, même à la concentration maximale testée (), alors que les autres molluscicides commerciaux disponibles (niclosamide par exemple) tuent les poissons à des doses inférieures à celles qui tuent les escargots Pomacea canaliculata. Sur le terrain dans le nord de l'Argentine les résultats ont été similaires. L'enveloppe du grain contient un mélange de saponines connues et nouvelles (de type bidesmosidiques et monodesmosidiques). On ne sait pas encore pourquoi le produit devient plus efficace après alcaninisation et avec une teneur plus élevée en saponines monodesmosidiques. Les données disponibles suggèrent l'implication de plusieurs composés hydrophobes qui se forment après traitement alcalin et qui ont une plus grande affinité avec le cholestérol présent dans les branchies des escargotsRicardo San Martín, Karine Ndjoko, Kurt Hostettmann ; Novel molluscicide against Pomacea canaliculata based on quinoa (Chenopodium quinoa) saponins, Crop Protection, vol. 27, n° 3-5, mars-mai 2008, p. 310-319 (Résumé).

Utilisation et efficacité Les dégâts de limaces peuvent être extrêmement rapides et les granulés existants sur le marché ont un délai d’action intrinsèque à leur formulation et leur matière active. Il est recommandé d’anticiper les risques d’avoir des limaces / escargots sur la parcelle agricole avant que les dégâts ne soient irrémédiables. Il existe aujourd’hui des outils d’anticipation du risque (Outils d'Aides à la Décision, grilles de risque…).

Bien que leur rapidité et modes d’actions soient différents, l’efficacité des deux principales familles de molluscicides homologuées (métaldéhydes et phosphate ferrique) sont équivalentes à moyen termes. En revanche dans des conditions froides et humides, les molluscicides à base de métaldéhydes ont une efficacité limitée. En revanche celle-ci est excellente en conditions chaudes et sèches.

L’efficacité des produits molluscicides varie donc selon la formulation, la matière active, les conditions météorologiques, et le respect des consignes d'utilisation (les granulés doivent être répartis de manière homogène sur le sol et en quantité suffisante en fonction de l’infestation. Selon la cible, les granulés doivent être posés en surface ou non enterrés).