La rue de Tournon est une voie publique du de Paris. Au sud, elle ouvre une perspective sur la façade du Sénat. À son autre extrémité, elle se poursuit avec la rue de Seine, qui donne sur le fleuve. Elle est toute proche du jardin du Luxembourg.

Situation et accès La rue de Tournon commence à hauteur des 19 et 21 de la rue Saint-Sulpice et finit à hauteur des 22 bis et 24 de la rue de Vaugirard. Orientée pratiquement nord-sud, dans l'axe du palais du Luxembourg, elle constitue l'une des rues les plus prestigieuses de Paris. Elle possède également une physionomie très particulière ; elle s'évase en effet vers le sud à proximité de la rue de Vaugirard, ce qui ouvre le cône de vision sur le Sénat. Au nord, elle se prolonge par la rue de Seine, débouchant sur le quai Malaquais.

Traditionnellement, elle était bordée de nombreuses librairies de livres anciens. Il en subsiste toujours aujourd'hui, mais elles sont progressivement remplacées par des enseignes liées à l'habillement ou à la coiffure.

Elle est localisée non loin du musée du Luxembourg, situé dans un bâtiment annexe du Sénat.

Les stations de métro desservant la rue de Tournon sont : Saint-Sulpice sur la ligne 4 ; Mabillon sur la ligne 10 ; Odéon sur les lignes 4 et 10 ; Gare du Luxembourg sur la ligne B du RER.

Origine du nom Elle doit son nom au cardinal François de Tournon (1489-1562), né dans la ville éponyme, abbé de Saint-Germain-des-Prés, un des principaux conseillers de François .

Historique vignette|redresse|gauche|La rue de Tournon sur le plan de Turgot, en 1736. Les terrains marécageux sur lesquels se trouve cette voie appartenaient à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, ce qui ressort des titres de cette communauté religieuse. Elle en vendra, à charge pour les acquéreurs d'élever des constructions en bordure de cette voie, qui portait autrefois le nom de « ruelle de Saint-Sulpice » en 1517, puis ultérieurement de « ruelle du Champ de Foire », à cause de la foire de Saint-Germain et également la « rue du Marché aux chevauxJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Éditions de Minuit, . ».

Elle devient en 1541. Le rôle des taxes de 1549 ne mentionne que très peu de maisons. Elle est citée sous le nom de « rue de Tournon » dans un manuscrit de 1636.

Elle apparaît également en tant que telle sur le Plan routier de Paris de 1789, où figure le jardin arboré de l'arrière du numéro 4BNF, Gallica, .

Elle fut nommée par arrêté préfectoral du parce que la petite place que forme la rue en arrivant à hauteur de la rue de Vaugirard, s'écarte en éventail, face au Sénat. On l'appelait aussi à cause des ordures et autres immondices qu'on y jetait quotidiennement. Par la suite, il y fut fait un marché aux chevaux, elle fut « baillée » par le cardinal de Tournon à son valet de chambre Jean Gautier . Cette très petite place existe toujours.

Au début de messidor an IV de la République, la section de Mucius Scœvola (quartier du Luxembourg), lança la mode des « repas civiques » (les 11, 12 et ), dans les rues et devant les portes des maisons. Cette idée fit son chemin et se répandit bientôt aux quatre coins de la capitale. Les habitants de la rue de Tournon se distinguaient dans l'ordonnance des repas. Un rapport du Comité de Salut Public du 18 messidor an II (1794) porte sur ces repas civiquesBNF, Gallica . La Commune fit arrêter cette conviviale manifestation, par suite des abus de libations qui entraînaient de grands désordres sur la voie publique.

Un arrêté des consuls du XVIII vendémiaire an XI ordonne le prolongement de cette voie publique jusqu'à la rue de Buci (rue de Seine), dans l'axe de celle-ci.

Une décision ministérielle du III nivôse an X, signée de Chaptal et un arrêté du président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, le , fixe la moindre largeur à et la plus grande à . Les propriétés aux 11 et 33 et toutes celles du côté pair ne sont pas soumises à retranchement.

En , à l'occasion de sa visite en France, le tsar russe Nicolas II se rend au palais du Luxembourg. Située sur le trajet, il emprunte la rue de Tournon, page 2..

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire : emplacement où Chalgrin avait fait le projet de déposer un mètre étalon gravé dans le marbre, parmi les quinze autres. Il fut finalement installé à quelques pas, au 36, rue de Vaugirard. : emplacement de l'hôtel du Petit-Bourbon, dit aussi hôtel de Châtillon, hôtel de France ou hôtel de Montmorency () au , avec une partie sur l'actuel 4, que Louis de Bourbon, duc de Montpensier, avait fait construire et qui donna son nom à une partie de l'actuelle rue Saint-Sulpice sur laquelle il donnait. Cet hôtel et celui élevé au 4 furent pris sur ce qui était l'hôtel de Savoie qui appartenait sous Charles IX , à Marguerite de France (1523-1574), tante du roi, épouse du duc de Savoie Emmanuel Philibert. C'est ici que la veuve du duc de Montpensier apprit l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, ses frères, en 1588. Au , il ne restait rien de cet hôtel, mais une écurie souterraine, rattachée à une autre, paraissait plus ancienne que les façades du . C'est aussi là que, sous Louis XV (1710-1774), était l'hôtel de Montmorency-Fosseux, qui appartiendra à François de Béthune (1600-1678), duc d'Orval, pair de France au début du règne de Louis XIV, beau-frère de Montmorency-Fosseux, puis à Jean de Donon, contrôleur général des Bâtiments du roi, qui était voisin d'un Châtillon, logé dans la même rue. Marie-Émilie Boucher, fille du peintre et épouse de Gabriel Cuvilier, premier commis des Bâtiments du roi, y mourut en 1784. Balzac y habita de 1827 à 1830, chez son ami Henri de Latouche. En 1860 y demeurait Laprade. Une plaque rappelle le souvenir d'Antoine Augustin Cournot, mathématicien et philosophe qui vécut et décéda à cette adresse en 1877. Il aurait été au début l'hôtel de Jean de Palaiseau. Immeuble classé aux monuments historiques. vignette|droite|. vignette|Plan de Jaillot sur lequel figure le jardin, partie commune et classé monument historique. : hôtel de Palaiseau sous Louis XIV. Claude de Harville, marquis de Palaiseau, et son épouse, Catherine Jouvenel des Ursins, le laissent à leur fils Antoine de Harville, qui le lègue à son fils François de Harville, et ses sœurs : Anne de Harville épouse François de Béthune, comte, puis duc d'Orval et Isabelle de Harville (1629-1712) épouse de François de Montmorency-Fosseux, marquis de Bois-Ruffin, Thury, Fosseux, Courtalain et baron de Neuilly. Ancien hôtel de Montmorency, vers 1750, (), classé aux monuments historiques, avec pour les parties communes : la porte monumentale sur rue avec ses vantaux, les façades sur cour et jardins, le vestibule (passage cocher), l'escalier d'honneur. Classement portant sur les parties privatives : les appartements du rez-de-chaussée sur le jardin, du premier étage sur le jardin, du deuxième étage sur rue et l'appartement du deuxième étage sur le jardin, ainsi que certaines pièces de l'appartement du premier étage sur cour et sur rue (les deux antichambres, l'entrée et la rotonde, la pièce entresol et le salon donnant sur la rotonde, ainsi que la chambre principale faisant suite à ce salon). Le député Audouin y loge en 1793. Lamartine et Ledru-Rollin habitent dans cette maison en 1848. En 1830 loge à cette adresse le comte de la Roche-Aimon. À la fin du y vivait Albert d'Herbelot, avocat général à la cour d'appel de Paris. Y logèrent aussi l'ambassadeur Charles-Joseph Tissot (1828-1884), et Joseph Bertrand, célèbre mathématicien, sociétaire de l'Académie des sciences, qui y meurt en 1900. Un appartement au rez-de-chaussée, propriété de François Pinault, est mis à disposition de Jacques Chirac, qui y finit ses jours et y meurt en 2019« Au 4 rue de Tournon, les Parisiens se recueillent devant le dernier domicile de Chirac », Paris-Match, 26 septembre 2019.. À droite du porche, en haut, plaque MACL. Le sigle signifie « Maison Assurée Contre L’incendie ». Les premières sociétés d’assurances ne couvraient que les risques maritimes. Elles furent autorisées à étendre leur protection à l’incendie des maisons. Pour se faire connaître, elles apposaient ces plaques aux façades des immeubles. Pendant la Révolution, l’abréviation fut détournée : « Marie-Antoinette Cocufie Louis » et sous la Restauration : « Mes Amis Chassons Louis ». Jacques Chirac (1932-2019), maire de Paris de 1977 à 1995, président de la République française de 1995 à 2007, est mort dans cette maison, le 2023 DAC 332 Apposition d’une plaque commémorative en hommage à Jacques Chirac au 4 rue de Tournon à Paris .. : domicile de Marie-Anne Lenormand . Elle prédit l'avenir à de nombreuses personnalités de l'Empire, après avoir fait des prédictions à l'impératrice Joséphine. Elle mourut dans cette maison en 1843. Cagliostro y aurait également séjourné, ainsi que madame Moreau, grande maîtresse de la maçonnerie des femmes et prophétesse sous le Second Empire. La famille de Jacques Prévert s'installe à cette adresse durant l'hiver de 1910 et y demeure une année. Leurs voisins de palier sont la famille Tiran, dont la mère aurait été une pétroleuse dans sa jeunesse. L'un des frères Tiran était un apache et l'autre, Henri Tiran, par une chanson de sa composition qu'il chantait continuellement, inspira l'idée du raton laveur que Prévert intégra dans son recueil de poèmes Paroles (1946). Au rez-de-chaussée, dans la cour, habite la famille Dienne comptant neuf orphelins placés sous la responsabilité de la fille aînée, Simone, la cadette de trois ans de Jacques Prévert, qui fut son premier amour et qui l'épousa le « Paris dans les pas des grands hommes », L'Express Thema, dernier trimestre 2015, p.203.. Le poète et savant Charles Cros y meurt en 1888 ; une plaque lui rend hommage. : hôtel de Montpensier, construit en 1540 par Louis de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon, époux de Catherine de Lorraine, sœur du duc de Guise et du cardinal de Guise. Elle y reçut la nouvelle de la mort de ses frères (la propriété allait du 2 au 6). Elle y logea la mère de Jacques Clément et y meurt en 1596. Ancien hôtel de Brancas, dit aussi hôtel de Terrat, construit sur les dessins et plans de Pierre Bullet (1639-1716), pour Jean-Baptiste Terrat, créé marquis de Chantosme en 1696, chancelier du duc d'Orléans, qui achète les lieux à Nicolas Renouard de Chanteclair. Il obtient de son protecteur une adduction d'eau provenant des jardins du Luxembourg. Les façades et toitures sur rue, cour et jardins, portail d'entrée, escalier, salon et boudoir garni de glaces sont inscrits et classés aux monuments historiques. L'hôtel, avant de revenir aux Brancas, fut affermé à l'Académie Royale d'équitation de 1733 à 1742. François Robichon de La Guérinière (1688-1751) écuyer de renom, enseignait ici l'art de l'équitation aux jeunes gens de la noblesse avec son associé François Nicolas Desprez. Il avait fermé son manège du 13, rue de Vaugirard à la suite de problèmes financiers.. Il fit aussi partie de l'hôtel de Montmorency-Laval, selon le Dictionnaire des rues de Jean de La Tynna en 1816.