thumb|upright=2|Contribution (en %) de la croissance des pays à celle mondiale (2011).

La croissance économique est la variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une longue période. En pratique, l'indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut (PIB). Il est mesuré « en volume » ou « à prix constants » pour corriger les effets de l'inflation. Le taux de croissance, lui, est le taux de variation du PIB. On utilise souvent la croissance du PIB par habitant comme indication de l'augmentation de la richesse individuelle, assimilée au niveau de vie (à distinguer de la qualité de vie).

La croissance est un processus fondamental des économies contemporaines, reposant sur le développement des facteurs de production, lié notamment à la révolution industrielle, à l'accès à de nouvelles ressources minérales (mines profondes) et énergétiques (charbon, pétrole, gaz, énergie nucléaire, etc.) ainsi qu'au progrès technique En 1957, Robert Solow publie un article devenu célèbre (Technical Change and the Aggregate Production Function) où il attribue 7/8 de la croissance américaine entre 1909 et 1949 au progrès technique.. Elle transforme la vie des populations dans la mesure où elle crée davantage de biens et de services. À long terme, la croissance a un impact important sur la démographie et le niveau de vie des sociétés qui en sont le cadre. De même, l'enrichissement qui résulte de la croissance économique peut permettre de faire reculer la pauvreté, à condition que les richesses créées soient redistribuées vers les plus bas revenus.

Certaines conséquences de la croissance économique comme la pollution et les atteintes à l'environnement, l'accentuation des inégalités sociales ou l'épuisement des ressources naturelles (pétrole, métaux notamment) sont souvent considérées comme des effets pervers qui obligent à distinguer croissance et progrès Jean-Pierre Paulet, Géographie urbaine, Armand Colin, 2009, p. 92..

Le rapport commandé en 1970 par le club de Rome à une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT), intitulé The Limits To Growth, met en évidence l'impossibilité d'une croissance illimitée dans un monde fini. La plupart des tenants de la décroissance estiment que la poursuite de la croissance pourrait amener à l'effondrement de sociétés.

Définition Les économistes utilisent le terme de croissance conventionnellement pour décrire une augmentation de la production sur le long terme (une durée supérieure à un an). Selon la définition de François Perroux, la croissance économique correspond à François Perroux, Dictionnaire économique et social, Hatier, 1990.. La définition de Simon Kuznets va au-delà et affirme qu'il y a croissance lorsque la croissance du PIB est supérieure à la croissance de la population.

À court terme, les économistes utilisent plutôt le terme d'« expansion », qui s'oppose à « récession », et qui indique une phase de croissance dans un cycle économique. La croissance potentielle est le niveau de croissance qui serait obtenu avec une pleine utilisation de tous les facteurs de production (travail, capital et savoir) ; l'écart entre la croissance effective (celle effectivement mesurée) et la croissance potentielle est minimal au plus fort d'une expansion.

Au sens strict, la croissance est un processus d'accroissement de la seule production économique. Elle ne renvoie donc pas directement à l'ensemble des mutations économiques et sociales propres à une économie en développement. Ces transformations au sens large sont, conventionnellement, désignées par le terme de développement économique. Selon François Perroux, . Le terme de « croissance » s'applique alors plus particulièrement aux économies déjà développées.

La du gouvernement britannique souligne. qu'il est important de distinguer trois notions qui : la croissance des flux biophysiques (énergie et matériaux) ; la croissance de la valeur monétaire de la production (PIB) ; la croissance du bien-être économique de la population.

Le croissantisme économique est considéré comme étant l'idéologie de la croissance par opposition à la philosophie décroissantiste.

Mesure de la croissance économique

La croissance économique est généralement mesurée par l'utilisation d'indicateurs économiques dont le plus courant est le produit intérieur brut (PIB). Il offre une certaine mesure quantitative du volume de la production. Afin d'effectuer des comparaisons internationales, on utilise également la parité de pouvoir d'achat, qui permet d'exprimer le pouvoir d'achat dans une monnaie de référence. Au niveau international, cette monnaie de référence est le dollar américain. Pour comparer la situation d'un pays à des époques différentes on peut également raisonner à monnaie constante en se référant aux prix d'une date antérieure appelée date de référence (afin d’éviter les effets de l'inflation).

La croissance du PIB se calcule simplement: soit g la croissance (growth) et Y le PIB (yield), .

L'indicateur du PIB reste cependant imparfait comme mesure de la croissance économique. Il est pour cela l'objet de plusieurs critiques : le PIB ne mesure que partiellement l'économie informelle. Une part importante des transactions, non déclarée, était perdue pour les statistiques comme pour l'administration fiscale. Mais en 2014, plusieurs pays (l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne et la Belgique) ont décidé d'intégrer dans leur PIB des estimations de l'économie souterraine (drogue, prostitution, trafics divers) en application des nouvelles normes comptables européennes publiées par Eurostat ; les États-Unis l'avaient déjà fait en 2013 ; la comptabilité nationale française, qui effectuait déjà des redressements pour prendre en compte les activités dissimulées (travail au noir, contrebande), a décidé d'intégrer des estimations du trafic de drogue, mais pas de la prostitution clandestine. ; le PIB ne mesure que de façon imparfaite les productions qui ne sont pas commercialisées : ainsi, la production des administrations est supposée égale aux salaires des fonctionnaires ; une évaluation des productions agricoles auto-consommées est intégrée au PIBNote méthodologique - La consommation des ménages en produits agricoles et agroalimentaires (voir pages 6-7), INSEE, septembre 2014.. D'autre part, même s'il prend en compte la production des activités non marchandes, le PIB ne mesure pas l'activité de production domestique (ménage, cuisine, bricolage, éducation des enfants, etc.), des activités majoritairement réalisées par des femmes, Jany-Catrice et Méda 2011. En 2009, la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi estime que la valeur du travail domestique équivaut à 35 % du PIB en France sur la période 1995-2006 ; le PIB ne mesure que les apports de valeur ajoutée dans l'immédiat (sur une année). Les effets de long terme, notamment dans des services tels que l'éducation ou la santé, ne sont pas ou mal comptabilisés à travers leur impact sur la production ; le PIB ne mesure que la valeur ajoutée produite par les agents économiques résidents. Il ne prend donc pas en compte les transferts de ressources internationaux (les sorties de fonds du pays par les résidents étrangers vers leurs pays d'origine et les entrées en provenance de l'étranger qui correspondent aux envois de fonds vers leur pays d'origine par les résidents nationaux à l'étranger), alors que ces derniers représentent souvent une part importante de leur richesse nationale. Il est possible d'utiliser un outil plus pertinent tel que le revenu national brut ; enfin, le PIB ne prend en compte que les valeurs ajoutées, et non la richesse possédée par un pays, sans distinguer les effets positifs ou négatifs sur le bien-être collectif. Une catastrophe naturelle (l'ouragan Katrina détruisant La Nouvelle-Orléans, par exemple), qui détruit de la richesse, va pourtant contribuer au PIB à travers l'activité de reconstruction qu'elle va générer. Cette contribution ne reflète pas la destruction antérieure, ni le coût du financement de la reconstruction. Cette contradiction était dénoncée dès 1850 par l'économiste français Frédéric Bastiat qui, dans son Sophisme de la vitre cassée, écrivait que « la société perd la valeur des objets inutilement détruits », ce qu'il résumait par : « destruction n'est pas profit »Frédéric Bastiat : Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, chapitre 1 : la vitre cassée, 1850, Texte intégral sur Wikisource..

Cette contradiction apparente provient probablement du fait que le PIB ne mesure pas réellement le développement, le progrès en lui-même ; il ne mesure pas non plus l'activité économique, pourvoyeuse d'emploi, car l'activité peut fort bien croître sans augmentation de valeur ajoutée, si l'on remplace du capital ou des matières premières par du travail. Dans ce cas, la croissance économique tiendrait compte aussi bien de la production formelle que celle informelle (cf. supra). Mais pour parvenir à cet objectif, tant la comptabilité des entreprises que la comptabilité nationale doivent complètement quitter le critère de mesure par la valeur ajoutée (i.e. production vendue moins consommations intermédiaires) et adopter celui du travail. La croissance ne mesure en fait que l'augmentation de la consommation de facteurs de production : travail, capital et ressources naturelles (matières premières, potentiel productif des terres agricoles, énergie…). La société peut sans croissance, en modifiant la répartition des facteurs.

Dans son acception classique, le développement économique ne se résume pas à la seule croissance économique et des indicateurs ont été proposés pour mesurer plus finement celui-ci, comme l'indice de développement humain, mis au point par l'économiste du développement Amartya Sen, prix Nobel d'économie.

Approximer le développement économique Dans un certain nombre de cas, les données de la comptabilité nationale ne sont pas disponibles ou sont de mauvaise qualité. C'est notamment un problème lorsqu'on s'intéresse à des périodes anciennes, à des pays en voie de développement avec une mauvaise comptabilité nationale ou encore lorsqu'on s'intéresse au développement économique à un niveau infra-national, par exemple au niveau d'une ville ou d'une région. Dans ce cas, plusieurs indicateurs ont été proposés.

Les économistes Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson utilisent des données sur l'urbanisation et sur la densité de population pour approximer le degré de développement en l'an 1500. Les économistes David Weil, Vernon Henderson et Adam Storeygard (2011) proposent d'utiliser des images satellites pour mesurer l'augmentation de l'intensité lumineuse de nuit et utiliser cette donnée pour estimer la croissance économique.

Histoire Croissance depuis l'Antiquité thumb|600px|center|Un millénaire de croissance mondiale, population et PIB, données Nations Unies et Michael Kremer, MIT. Grâce au développement des statistiques nationales, les économistes, les historiens et les démographes ont constaté qu'avant la Révolution industrielle, la croissance économique est essentiellement liée à celle de la population : on produit plus parce qu’il y a plus d'individus pour produire, mais le niveau de vie reste le même. Cela peut s'expliquer par le fait que la croissance démographique est strictement supérieure à la croissance économique (cf. graphe). Au sens du prix Nobel d'économie, l'américain Simon Kuznets, à ce stade il n'y a pas de croissance économique. Pour lui, la croissance n'est possible que lorsque le taux de ce dernier est strictement supérieur à celui de la croissance démographique.