Martial de Limoges ou saint Martial (), également appelé l’apôtre des Gaules ou l’apôtre d'Aquitaine, est selon la tradition le premier évêque de Limoges, originaire d'Orient.

Fondateur de l'Église d'Aquitaine, fêté le , il est le saint patron éponyme de multiples villes, villages et lieux de cultes catholiques, dont le plus renommé est l'abbaye Saint-Martial de Limoges. Son culte reste aussi très populaire en Limousin.

Si les traditions et les légendes le concernant convergent sur de nombreux points, la chronologie a donné lieu à deux versions nettement différentes. Selon la plus ancienne (vers 573-594) trace écrite directement conservée, Martial ferait partie des sept missionnaires qui, au temps de la persécution de Dèce autour de 250, auraient été envoyés évangéliser la Gaule par « les évêques de Rome ».

Mais, d'avant 586 au , plusieurs autres écrits d'origines diverses font remonter Martial au , envoyé en Gaule par le premier pape Pierre. Après la guérison du mal des ardents attribuée à son intercession en 994, le prédicateur de Saint-Martial de Limoges, Adémar de Chabannes, développe ce second récit. Longtemps défendue par l'Église catholique, cette thèse, mise en cause par des historiens, n'est abandonnée qu'au début du .

Conservées à l'église Saint-Michel-des-Lions de Limoges, les reliques de saint Martial donnent lieu à d'importantes ostensions septennales.

Premières versions de la légende thumb|220px|Châsse à fonds vermiculés avec des scènes de la vie de saint Martial, musée du Louvre.

Les mentions écrites les plus anciennes relatives à Martial de Limoges datent du début du Moyen Âge. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au , affirme qu’Augustoritum (ancien Limoges) reçut Martial comme évêque. Au , le martyrologe hiéronymien cite Martial au 30 juin comme évêque : .

Au , avant 586, il était écrit dans le manuscrit 5537 de la BnF dont il ne reste que la copie datant du (ou du selon des sources plus modernes), originaire du diocèse d'Arles, que Martial, ainsi que Gatien, Trophime, Paul, Saturnin, Valère de Trèves, Austremoine plusieurs autres ont été envoyés par l'apôtre Pierre sous le règne de l'empereur Claude (41-54) pour évangéliser les Gaules.

Selon Grégoire de Tours Selon Grégoire de Tours :

En réalité, l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours amalgame des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, pour raconter l'histoire légendaire de ces sept missionnaires : Martial de Limoges, Gatien de Tours, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Saturnin de Toulouse, Denis de Paris, Austremoine de Clermont.. De plus, Grégoire de Tours place Saturnin de Toulouse au dans un autre texte ; implique également une évangélisation locale au du fait de ce qu'il rapporte sur la matrone de Bazas ainsi qu'Eutrope de Saintes ; et Trophime est manifestement bien antérieur aux persécutions de Dèce.

Selon l'historien Jean Julg, la fondation des premiers évêchés n'est connue le plus souvent que par des traditions locales tardives et légendaires qui visent à prouver l'antériorité d'un siège par rapport à un autre.. La vita antiquior Une première vie de Martial, appelée (vie primitive), datant d'au moins avant 846 (date de décès du bibliothécaire Regimbertus de Reichenau en Allemagne), aurait été rédigée au (voire au selon Charles-Félix Bellet qui compare les récits de miracles et les phrasés) par un membre du clergé limousin.. . D'après elle, Martial aurait vécu au et aurait été envoyé en Gaule par saint Pierre. Un poème dédié à Martial, que plusieurs historiens de la fin du attribuent à Venance Fortunat (530-609), bien que cela soit contesté par d'autres historiens qui feront ensuite consensus, pourrait permettre de dater la vita antiquior (bien que le poème parle en plus de la tribu de Benjamin et mentionne Martial comme apôtre) d'au moins le . De plus, au début du , Eloi de Noyon fait reconstruire ou restaurer à Paris une église dédiée à Martial, témoignant d'une construction antérieure et d'une vita datant d'au moins le pour diffuser cette dévotion.

Plusieurs auteurs placent également Martial au , comme Florus (de Saint-Trond (Belgique) au , ou de Lyon au ), au Raban Maur (Allemagne), Hilduin de Saint-Denis et l'auteur de la vie de Sacerdos de Limoges, au Flodoard et Abbon de Fleury. Ces auteurs très divers auraient comme source la vita antiquior.

Selon cette vita, Martial, accompagné par deux prêtres, est envoyé à Limoges par l'apôtre Pierre. Là, il convertit tant de monde en quelques jours il n'en trouve plus à convertir. Il convertit aussi Valérie, née noble, qui choisit de ne pas se marier. Au décès de Martial, Valérie lui donne sa sépulture. Dix miracles produits grâce à la sépulture de Martial, principalement des guérisons, sont ensuite énumérés.

Traces archéologiques

Sépulture de Martial On sait que le premier évêque fut inhumé dans le cimetière situé près de la via Agrippa. Sur son tombeau fut construite au début du Moyen Âge une abbaye, étape sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-CompostelleVia Lemovicensis.

Dans les années 1960, des fouilles sont effectuées à Limoges sur l'emplacement de l'ancienne abbaye Saint-Martial, à l'occasion du creusement d'un parking souterrain sous la place de la République. Dans les restes d'une crypte, un tombeau attribué au saint est découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.

Baptistère paléochrétien du Douhet Au Douhet (Charente-Maritime), un baptistère paléo-chrétien découvert en 1993 comporte une chaire avec à son pied le M attribué à Martial à qui l'église du village est également dédiée.

Crypte de l'église Santa Maria in via Lata Dans la crypte de l'église Santa Maria in via Lata à Rome, Martial aurait notamment accueilli les apôtres Pierre, Paul et Luc. Un oratoire dédié à Martial y est présent. Des fouilles ont révélé la présence d'une diaconie paléo-chrétienne ainsi que des structures de l'époque romaine.

Ermitage de Mortagne-sur-Gironde

L'ermitage Saint-Martial de Mortagne-sur-Gironde (Charente-Maritime), aménagé dès les premiers temps de l'ère chrétienne, aurait été un lieu de retraite de Martial.

Eglise Saint-Martial de Paris

Au début du , Eloi de Noyon fait reconstruire ou restaurer à Paris une église dédiée à Martial, témoignant d'une construction antérieure et d'une vita d'au moins le pour le faire connaître. Eloi y transporte des reliques de Martial, qui auraient permis à l'édifice d'échapper à un incendie. En 1862, les fouilles de Théodore Vacquer à cet emplacement mettent au jour des éléments d'époque mérovingienne avec des colonnes antiques en remploi et deux chapiteaux du qui sont affectés, avec un bénitier, au musée de Cluny.

Saint Martial apôtre des Gaules

Du « miracle des ardents » à la vita prolixior

Lors d'une crise de mal des ardents en 994, les reliques de saint Martial font l'objet d'ostensions auxquelles les contemporains attribuent le reflux de l'épidémie. Selon la plupart des historiens modernes, quelques années après, au début du le prédicateur Adémar de Chabannes (selon l'historien Lasteyrie, il s'agirait plutôt d'un écrit d'autre moine vers 955 antérieurement à Chabannes du fait du ton employé qui n'est pas celui de Chabannes) développe une nouvelle vie de Martial de Limoges, connue sous le nom de (littéralement « vie plus développée »), appelée aussi Vie récente, ou vie aurélienne du nom de celui qui se présente comme auteur au début de la vita.

Cette vita prolixior est présentée lors des conciles de Limoges de 1029 et 1031, présidés par l'évêque de Limoges Jourdain de Laron, puis de celui de Bourges. Elle obtient une large diffusion et des éditions imprimés paraissent dès le .. Placé au rang des apôtres par Jean XIX (1024-1032), saint Martial draine un courant de pèlerinages fructueux pour l’abbaye Saint-Martial de Limoges et la ville.

Contenu de la vita prolixior Selon cette version largement répandue, Martial aurait été de la tribu de Benjamin et proche parent en ligne droite du premier martyr saint Étienne. Il serait né près de Ramah, dans un village ou l'on voyait encore au une église qui lui était dédiée. À peine âgé de quinze ans, il se serait mis à la suite de Jésus-Christ, qu'il n'aurait plus quitté, tout en s'attachant particulièrement à saint Pierre..

Ainsi Adémar de Chabannes écritSaint Martial, Centre de la Culture du Limousin Médiéval. : « Martial vécut au temps de Jésus et le suivit avec sa famille dès sa plus tendre enfance. Il reçut le baptême dans les eaux du Jourdain. (...) Jésus prit pour exemple le petit Martial en prononçant ces paroles : " Si vous ne vous rendez pas semblables à cet enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux " (Mt XVIII, 3). Martial est le petit garçon qui apporta les poissons lors de la multiplication des pains dans le désert ».

Dans le même but, Adémar de Chabanne rapporte le récit de multiples miracles.

« Il suivit le Christ jusqu’à Jérusalem où il servit lors de la Cène. Auparavant, Jésus aurait demandé à saint Pierre d’envoyer Martial en Gaule. Avec deux compagnons, Alpinien et Austriclinien, Martial, le bâton de saint Pierre à la main, partit évangéliser le peuple des Lémovices. Sur le chemin, Austriclinien mourut – on ne sait de quoi –, Martial prit son bâton et toucha son compagnon défunt qui ressuscita. Il entra sur la terre du Limousin par Toulx, il y guérit une possédée qui était la fille d’Arnulfus ainsi qu'un jeune garçon, le fils de Nerva, qui allait périr étouffé ; les habitants, devant les miracles accomplis, se convertirent ».

« Sur sa route, vers Augustoritum, il traversa Ahun où il rendit la vue à des prêtres païens qui l’avaient molesté, c’est alors que le démon sortit d’une statue de Jupiter qui se brisa. Martial guérit un paralytique qui lui avait demandé de l’aide. Le Christ apparut à Martial, lui ordonnant de quitter la ville d’Ahun pour continuer sa mission : “Ne crains pas de descendre à Limoges, où je te glorifierai et serai toujours avec toi.” Arrivant dans la capitale des Lémovices, Martial guérit un dément en présence de son hôtesse Suzanne et de sa fille Valérie. Mais deux prêtres païens, André et Aurélien, firent emprisonner les trois compagnons ; les deux gallo-romains furent frappés par la foudre qui les tua. Martial les ressuscita, puis aussitôt après les deux païens confessèrent tous leurs péchés. Après le miracle de sainte Valérie – voir ci-dessous –, Martial ressuscita son bourreau et Hildebert, fils du comte de Poitiers, qui s’était noyé dans la Vienne. Les trois évangélisateurs partirent convertir le reste de l’Aquitaine, ils arrivèrent à Bordeaux où Martial guérit Sigisbert, comte de la cité, qui était paralysé. La ville fut alors victime d’un incendie, mais Martial de son bâton éteignit le feu. Il partit alors pour Poitiers où le Christ lui apparut, annonçant les martyres de saint Pierre et saint Paul ; quelque temps plus tard, il lui réapparut, lui affirmant qu’il allait bientôt mourir. Martial retourna à Limoges et choisit comme successeur Aurélien de Limoges, l’ancien prêtre païen ; l’évangélisateur mourut lors d’une messe à laquelle assistaient de nombreux fidèles qui virent l’âme de l’apôtre s’élever vers le ciel. Le premier évêque de Limoges fut enterré hors de la ville ; sur le parcours du cortège funèbre un paralytique fut guéri, le premier d’un long cortège de malades qui viendraient demander leur guérison sur le tombeau de saint Martial ».

Affirmation et contestation de l'apostolicité et de l'époque de Martial