Marx Dormoy, né le à Montluçon et mort assassiné le à Montélimar, est un résistant, et homme politique socialiste français.

Membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), il est notamment président du conseil général de l'Allier de 1931 à 1933, sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil de juin à et ministre de l'Intérieur de à , puis à nouveau en mars-.

Biographie Jeunesse Selon son acte de naissanceExtrait du registre d'état civil de Montluçon (1888) : , René Marx Dormoy est né rue de la Paix à Montluçon, un quartier populaire. Il est le cadet des enfants de Jean Dormoy, alors cordonnier, en outre militant socialiste, qui sera maire de Montluçon de 1892 à 1898, et de Marie Joséphine Gavignon. Son prénom est une référence à Karl MarxNotice DORMOY Marx par Justinien Raymond, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 15 juillet 2021, sur Le Maitron.. Lui et sa sœur aînée Jeanne, née le à Montluçon, connaissent une enfance défavorisée. René Marx a seulement onze ans lorsque son père meurt.

Pendant son service militaire, René Marx Dormoy est affecté en Algérie française, où il fonde un groupe de Jeunesses socialistes. À son retour, il est employé de mairie à Montluçon puis devient représentant de commerce. Il a 25 ans lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il s'illustre au combat. Rendu à la vie civile, il réintègre son poste de représentant de commerce, puis devient négociant en charbons.

Élu socialiste En , il mène la liste SFIO aux élections législatives, qui n'obtient aucun élu malgré un nombre élevé de voix ( sur exprimés). Un mois plus tard, il devient conseiller d'arrondissement. En 1920, il choisit le camp de Léon Blum, contre l'adhésion à la III Internationale.

Quatre ans plus tard, il devient secrétaire général de la fédération de l’Allier et parvient à maintenir une bonne implantation de celle-ci chez les ouvriers, malgré la concurrence du Parti communiste et la tentation de se tourner vers les ruraux, très majoritaires dans le département. Il entre ensuite à la Commission administrative permanente. En 1925, il est élu conseiller municipal et conseiller général du canton de Montluçon-Est, puis maire de la commune. En , il est élu président du conseil général de l'Allier, à la suite de la mort de Paul Constans, à qui il a succédé à la mairie six ans plus tôt, dont il récupère aussi le siège de député un mois plus tard. Georges Rougeron sera son secrétaire à partir d'.

Favorable à une participation de la SFIO dans un gouvernement à direction radicale, il refuse de suivre Marcel Déat, dont il juge les idées « aberrantes », et mène la manifestation du dans sa commune, où les communistes sont présents. Dans le journal Combat social, il écrira des lignes le posant comme un partisan des idées des néosocialistes, même s'il préférait se référer à Pierre Renaudel qu'à Adrien Marquet. Il écrit en effet, comme Renaudel, que, « face au capitalisme impuissant à contrôler les forces aveugles qu'il a déchaînées », doit se dresser un socialisme qui ne peut s'exercer que sur un plan national. Rejetant le fascisme et la « violence des dictateurs », il se place malgré tout du côté des néosocialistes qui « défendent l'ordre contre le désordre du capitalisme », qui sont « pour la démocratie organisée et le socialisme pour le salut de la nation », « pour la nation et la solidarité internationale et pour la paix ».

Il est dès lors partisan d'une solution de Front populaire et d'une unité de candidature avec les communistes dès le premier tour, sans oublier pour autant les critiques qu'il formule contre ce mouvement avant 1934.

Ministre du Front populaire vignette|gauche|Marx Dormoy, nouveau ministre de l'Intérieur (1936). vignette|gauche|Le ministre entouré de ses collaborateurs. De gauche à droite : Sansimon Graziani, chef de cabinet, chargé des services politiques ; Roger Verlomme (1890-1950), préfet hors classe, directeur du personnel et de l'administration générale au ministère de l'Intérieur, secrétaire général du ministère de l'Intérieur ; Dormoy ; Pierre Delcourt, chargé de mission ; Raoul Évrard, chef de cabinet, chargé des questions administratives. Réélu député lors des élections législatives de 1936, il est sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil au côté de François de Tessan et participe à la négociation des accords de Matignon. Après le suicide de Roger Salengro, il devient ministre de l’Intérieur, poste qu'il conserve dans le troisième cabinet de Camille Chautemps de à et dans le second cabinet de Léon Blum, de mars à .

Comme l'indique André Touret dans sa biographie : Cette politique de compréhension et de bienveillance à l'égard des réfugiés étrangers en France lui vaut des attaques virulentes.

Toutefois, le , il écrit aux préfets :

Il ordonne alors de . Il renouvelle cet ordre par une directive similaire le : Cette période coïncide aussi avec l'arrivée de réfugiés de la guerre d'Espagne. Dans une circulaire de ., il demande à la police de redoubler de vigilance en interdisant les franchissements de la frontière espagnole, et décide de mettre en demeure les Espagnols présents en France, de quitter le territoire...

Les immigrants espagnols, principalement des familles de républicains, sont toutefois parqués dans des camps du Midi de la France, parfois créés à cette intention : camp de concentration d'Argelès-sur-Mer, camp de Gurs, camp du Vernet. Après l'assassinat de Marx Dormoy, Hans Vogel, président du Parti social-démocrate d'Allemagne réfugié à Londres, écrira le :

gauche|vignette|Marx Dormoy à l'hôtel de Matignon après la fusillade de Clichy, mars 1937.|263x263px Lors de la fusillade de Clichy du (réunion privée d'un parti de droite issu des Croix-de-feu, le Parti social français, et contre-manifestation de socialistes et communistes locaux avec intervention des forces de l'ordre), il est personnellement incriminé par les communistes qui mettent en cause la réaction des forces de l'ordreSelon Philippe Bourdrel, la Cagoule aurait peut-être été impliquée dans le déclenchement de cette fusillade..

Il consacre principalement ses activités à la lutte contre la Cagoule, laquelle est démantelée à la fin de . Il n’a pas le temps de détruire complètement ses ramifications dans les milieux économiques, en particulier dans les grandes entreprises, comme L'Oréal, qui, selon les renseignements généraux et la police judiciaire, financent le mouvement terroriste.

vignette|gauche|Passation des pouvoirs entre Marx Dormoy et Albert Sarraut au ministère de l'Intérieur, . Il démet Jacques Doriot de ses fonctions de maire PPF de Saint-Denis à la suite d'irrégularités dans la gestion municipale. Le , lors d'une séance particulièrement houleuse qui dégénère en bagarre il rétorque à un député breton antisémite :

Après ses passages au gouvernement, il est élu au Sénat en 1939.

La guerre et assassinat En , Dormoy fait partie des 80 parlementaires refusant de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le , il est suspendu de ses fonctions de maire de Montluçon, puis emprisonné cinq jours plus tard. Il est déjà démis de son mandat de conseiller général le . Il est incarcéré à Pellevoisin, puis à Vals-les-Bains, avant d'être mis en résidence surveillée à Montélimar dans l'hôtel Le Relais de l'Empereur.

Dans la nuit du au , il est assassiné : une bombe à retardement avait été placée sous son lit par Maurice Marbach, Yves Moynier et Horace Vaillant, anciens cagoulards (extrême droite), avec la complicité d'une comédienne, Sous le pseudonyme de Anie Morène, elle a joué dans des pièces de Cocteau, de Coward, et fréquenté les milieux d'extrême droite nationalistes., qui sert d'« appât ». La mort de Vaillant à Nice avec deux complices, dans la nuit du au , par l'explosion d'une autre bombe destinée à un attentat antisémite, met les enquêteurs sur la pisteVoir l'article précis et circonstancié : Jean-Paul Perrin et Maurice Sarazin, « Destin d'actrice : Annie Mourraille, comédienne et complice de l'assassinat de Marx Dormoy », 11 juillet 2017..

vignette|Léon Blum et Marx Dormoy sortant du théâtre du Grand Casino de Vichy où siège l'Assemblée nationale en .|244x244px Ludovic Guichard, Yves Moynier et Annie Mourraille sont arrêtés et emprisonnés, mais le débat reste ouvert sur l'identité des commanditaires : les cagoulards pour se venger du démantèlement de leur organisation, Jacques Doriot qui voue une haine tenace à l'égard de Dormoy ou les Allemands pour faire pression sur le maréchal PétainTel est l’avis du magazine Valeurs actuelles.. Les prévenus ne seront jamais jugés et seront libérés de la prison de Largentière, le , par des militaires allemands.

Le peintre Lucien Pénat, dont il était un ami intime, a fait plusieurs portraits de lui.

Hommages et postérité vignette|Monument à Marx Dormoy à Montluçon.

Inhumé discrètement à Montélimar, Marx Dormoy aura droit à des funérailles solennelles à MontluçonJean-Paul Perrin, « Pages d'histoire : Marx Dormoy (1888-1941). III – Du temps de l'histoire au temps de la mémoire (de 1945 à nos jours) », Vu du Bourbonnais, 9 juillet 2021., le , sera cité à l'ordre de la Nation en 1946 et médaillé de la Résistance française avec rosette en 1947. Il est inhumé au cimetière Saint-Paul (cimetière de l'Ouest) de Montluçon dans la même tombe que son père.

De nombreux établissements scolaires et de nombreuses voies portent son nom en France (par exemple, une avenue à Montluçon, ainsi qu'une rue et une station de métro à Paris).

Décorations

à titre posthume (décret du ) à titre posthume (décret du )

Pour approfondir

Bibliographie

L’Histoire de France, Encyclopædia Universalis, Montparnasse Multimédia, 1998. . . . , . . . , . .

Liens externes

.

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Résistant français Catégorie:Parlementaire ayant voté contre les pleins pouvoirs à Philippe Pétain Catégorie:Personnalité politique française assassinée Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette Catégorie:Personnalité citée à l'ordre de la Nation Catégorie:Prisonnier politique français Catégorie:Prisonnier politique de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Ministre de la Troisième République Catégorie:Ministre français de l'Intérieur Catégorie:Sous-secrétaire d'État français Catégorie:Secrétaire d'État à la présidence du Conseil Catégorie:Sénateur de l'Allier Catégorie:Sénateur de la Troisième République française Catégorie:Sénateur membre de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Député de l'Allier (Troisième République) Catégorie:Député de la quatorzième législature de la Troisième République Catégorie:Député de la quinzième législature de la Troisième République Catégorie:Député de la seizième législature de la Troisième République Catégorie:Député membre de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Président du conseil général de l'Allier Catégorie:Conseiller général de l'Allier Catégorie:Maire de Montluçon Catégorie:Maire membre de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Personnalité politique liée à Montluçon Catégorie:Naissance en août 1888 Catégorie:Naissance à Montluçon Catégorie:Décès en juillet 1941 Catégorie:Décès à Montélimar Catégorie:Décès à 52 ans Catégorie:Mort assassiné en France Catégorie:Personnalité inhumée à Montluçon Catégorie:Nommé d'après Karl Marx Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur