vignette|Le "Sunset Lesbian Flag", créé par Emily Gwen en 2018
Le lesbianisme est une attirance pour des femmes, c'est-à-dire leur attirance sexuelle, émotionnelle et romantique entre elles, et possiblement faire apparaître une identification à l'identité lesbienne, à son histoire, sa culture et à son militantisme.
Celui-ci entretient des liens complexes avec le mouvement LGBT et le féminisme tout en ayant des courants spécifiques, tels que le lesbianisme politique et en particulier le séparatisme lesbien, issus de la deuxième vague féministe et du féminisme radical. La culture lesbienne, quant à elle, est caractérisée par un échappement au regard masculin, en particulier dans la littérature, à la lutte contre l'invisibilisation des lesbiennes et à des échanges avec la culture LGBT.
Le terme est souvent employé comme synonyme d'homosexualité féminine, c'est-à-dire d'attirance romantique, émotionelle et sexuelle exclusive envers les femmes, sans toutefois que toutes les personnes répondant à cette définition s'identifient comme lesbiennes.
La lesbophobie influe négativement les conditions de vie des lesbiennes, notamment leur capacité à vivre leur parentalité, leur santé mentale et leurs situations professionnelles.
Histoire
Identités lesbiennes Autonomination
vignette|In the Days of Sappho, peinture de John William Godward, 1904. Le nom de cette poétesse, Sappho, et l'île dont elle est originaire, Lesbos, sont à l'origine de l'emploi des termes « saphisme », pour parler de l'attirance entre femmes, et « lesbienne », pour désigner les femmes homosexuelles. L'autonomination, ou , correspond à la démarche où une jeune fille ou une femme « se dit et se révèle socialement lesbienne ». Si, en 1979, la chercheuse en psychologie Vivienne C. Cass propose un modèle en six étapes de l'acceptation de son identité homosexuelle : la confusion, la comparaison, la tolérance, l'acceptation, la fierté et la synthèse, la sociologue lesbienne Natacha Chetcuti-Osorovitz met en lumière en 2014 que, pour les lesbiennes, la première étape s'accompagne d'un changement de signification du mot « lesbienne » : d'une signification , le terme passe à une coloration qui valorise des associations concrètes et positives, riches d'une communauté et d'une culture partagée. De plus, elle relève que de nombreuses lesbiennes commencent par se dire bisexuelles car elles perçoivent cette identité comme plus consensuelle.
Parfois, d'autres termes sont préférés à lesbienne : ainsi, dans les années 2010 en France, le terme « gouine » peut être préféré, et ceci dans une perspective post-structuraliste inspirée de Judith Butler, où le retournement de l'insulte est une manière de remettre en cause la norme hétérosexuelle. En Espagne, le terme (« saphique »), adjectif issu de la poétesse Sappho, est utilisé pour le Cercle saphique de Madrid.
Le processus d'autonomination peut être plus complexe pour les lesbiennes trans : en effet, beaucoup d'entre elles n'arrivent pas à se projeter dans une relation avec une femme avant leur transition, se croyant alors à tort des hommes homosexuels avant de réaliser que ce qu'elles refusaient n'était pas d'être avec une femme, mais d'être un homme dans une relation hétérosexuelle.
Périmètre Si l'inclusion des hommes trans dans le lesbianisme divise fortement, d'autres identités sont compatibles avec l'identité lesbienne, même si elles ne rentrent pas stricto sensu dans la définition de « femmes qui ont des relations sexuelles et romantiques uniquement avec des femmes » : c'est le cas des lesbiennes non-binaires, asexuelles et aromantiques qui sont des personnes qui ne se considèrent pas comme des hommes et qui sont attirées par d'autres personnes qui ne se considèrent pas comme des hommes.
De nombreuses femmes trans définissent naturellement leur orientation sexuelle par rapport à leur identité de genre vécue et peuvent donc se définir comme homosexuelles. Une étude sur 2 608 femmes trans a montré que 23 % d'entre elles se déclaraient hétérosexuelles, 31 % bisexuelles, 29 % lesbiennes, 7 % asexuelles, 7 % queer, et 2 % « autre ». Cependant, leur intégration à la notion de lesbianisme demeure controversée, étant notamment critiquée par des personnalités TERF.
Identités
vignette|L'identité stud est spécifique aux lesbiennes noires et a émergé dans la communauté LGBT afro-américaine. Il existe de nombreuses identités lesbiennes, définies par des modes de vie ou positionnements de genre.
L'une des plus anciennes est la lesbienne masculine, dont la dénomination varie suivant les époques et les cultures : jules, virago, stud (excusivement pour une femme noire), stem ou butch, qui est le terme le plus utilisé au . Cette identité a plusieurs sous-identités, telles que la « jules-pas-touche » ou « stone butch blues ». D'autres identités sont basées sur le genre, telles que la garçonne / l'androgyne et aussi la lesbienne fem.
Symboles L'un des premiers drapeaux spécifiquement lesbiens, celui basé sur le labrys, est créé en 1999 par Sean Campbell et publié en 2000 dans le ... Il s'agit d'un labrys posé sur un triangle noir sur fond violet : le labrys est une référence aux Amazones et était déjà utilisé comme symbole du féminisme lesbien dans les années 1970. ; le triangle noir correspond, dans le code couleur des camps de concentration de l'Allemagne nazie, aux « asociales », qui correspondent notamment aux lesbiennes.. ; quant au violet, c'est la redécouverte des poèmes de Sappho qui associe cette couleur aux lesbiennes..
Deux drapeaux semblables, composés de sept bandes de couleur avec une bande centrale blanche, sont créés au ; le premier, comportant six nuances de rouge et rose, est peu utilisé. ; en 2018, Emily Gwen en propose une nouvelle version, en nuances de rose et orange : l'orange sombre correspond à la non-conformité de genre, l'orange à l'indépendance, l'orange clair à la communauté, le blanc aux relations uniques à la féminité, le rose clair à la sérénité et la paix, le rose à l'amour et la sexualité, et le rose foncé à la féminité. , une troisième version, à cinq bandes, dérive de celle d'Emily Gwen (video).
Démographie
L'évaluation du pourcentage de femmes étant lesbiennes varie fortement d'un pays à l'autre et, au sein des différentes classes d'âges dans un pays donné. En particulier, entre un tiers et la moitié des femmes ayant eu des désirs ou des relations envers d'autres femmes considèrent être lesbienne ou bisexuelle, avec une répartition autour de 40 % de lesbiennes et 60 % de bisexuelles, ce qui donne 1,5 % des femmes américaines ayant une identité lesbienne..
Identités de genre gauche|vignette|294x294px|L'artiste Carmen Tórtola Valencia et sa compagne Ángeles Magret Vilá, à Barcelone, en 1946. Dans une enquête réalisée en 2019 en Europe par l'International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA), les personnes s'identifiant lesbiennes sont à 89 % des femmes, à 7 % des personnes non binaires et à 0,5 % des hommes trans.. La question de savoir s'il est possible d'être à la fois lesbienne et homme trans, ou lesbienne et relationnant avec un homme trans, fait toutefois l'objet de vifs débats au sein des communautés lesbiennes : une très grande partie estime que « homme » et « lesbienne » sont mutuellement exclusifs, tandis que l'autre insiste sur la porosité et la complexité des identités entre « lesbienne butch », « personne transmaculine » et « homme trans » pour refuser de tracer une frontière étanche..
Les personnes non binaires, qu'elles aient été assignées femmes ou non à la naissance, peuvent s'identifier à la fois à une identité de genre non féminine ou non exclusivement féminine et au lesbianisme en tant qu'une attirance sexuelle ou sentimentale pour des femmes, dans certains cas d'autres personnes non binaires. Les personnes non binaires, y compris attirées par des personnes de sexe ou genre féminin (gynophilie, gynésexualité), peuvent aussi se définir hors de la sexualité, vie sentimentale ou identité dite lesbienne non binaire, notamment lorsque la société tend à leur assigner sur la base d'une sexuation une telle identité qu'elles peuvent juger normative et réductrice, et parce que la personne non binaire gynophile, assignée par la société à la féminité, peut considérer pour son cas personnel que l'identité de lesbienne la renverrait à une identité de femme. Pyramide des âges vignette|Couple de lesbiennes américaines L'enquête de 2019 en Europe révèle une sur-représentation de l'identité lesbienne parmi les personnes âgées de 34 à et une sous-représentation chez celles de moins de ou de plus de .
Adolescentes et jeunes adultes
Lesbiennes âgées Cette sous-représentation parmi les plus de est aussi liée à une différence sociologiques, où les anciennes générations ont plus tendance à cacher leur lesbianisme. Les difficultés que rencontrent les lesbiennes vieillissantes sont aggravées par rapport aux autres femmes âgées ; en particulier, la rupture familiale ou amicale liée à la lesbophobie les rendent plus susceptibles de subir de l'isolement social, mais aussi d'avoir des revenus plus faibles. Des études pointent au contraire la position ambivalente des lesbiennes âgées, avançant l'idée que subir des discriminations permet le développement de certaines compétences sociales qui les rendent mieux armées à vivre les nombreux deuils associés à la vieillesseVeilleux, D. (1998b). Vieillir en marge, les réseaux informels et formels des lesbiennes âgées.
Mémoire de maîtrise, Université d’Ottawa, Ottawa.. L'absence d'adhésion à des normes hétéronormatives rend aussi plus facile l'adaptation à la perte de leur conjointe, en particulier concernant la réalisation de tâches ménagères ou d'entretien de leur foyer.
L'un des éléments principaux de la socialité lesbienne âgée est que le système de support sur lequel elles peuvent s'appuyer est, au début du , essentiellement composé d'autres lesbiennes, et parfois d'autres femmes ; elles ne sont que peu aidées par leurs amis hommes ou leur famille.
Catégories socio-professionnelles Si les lesbiennes n'ont pas de profil socio-professionnel spécifique en Europe, celles qui sont le plus marginalisées, c'est-à-dire les lesbiennes handicapées, intersexes, trans, issue d’une minorité ethnique ou migrantes sont plus souvent précaires ou sans domicile. Toutefois, si le taux de salariat est le même chez les lesbiennes que dans le reste de la population, celles-ci sont plus souvent dans des emplois à temps partiel ou à durée déterminée.
Vie quotidienne Placard
Les lesbiennes vivent plus souvent ouvertement leur identité que les autres personnes LGBTQI, en particulier les bisexuelles.
Conjugalité La sociologue de la famille Céline Costechareire relève que le couple lesbien en tant que tel est peu l'objet d'études, les universitaires se focalisant sur la lesboparentalité, les conséquences de la lesbophobie juridique, ou plus rarement les violences conjugales.
Dans son enquête réalisée en 2008 en France, elle a mis en évidence deux profils de conjugalité lesbienne. Le premier, composé de lesbiennes de moins de 25 ans, fréquente assidûment le milieu lesbien, accorde une place centrale au lesbianisme dans leur identité personnelle, dans un contexte de rejet de leur homosexualité par leur entourage professionnel ou familial : celles-ci forment des couples qui durent peu de temps et avec un engagement faible. Le second correspond à des lesbiennes un peu plus âgées, mais dont l'entourage accepte mieux leur lesbianisme et pour qui il est un élément plus secondaire d'elles-mêmes : celles-ci ont des couples plus longs et à l'engagement plus prononcé.
En raison de l'invisibilisation des lesbiennes et de la contrainte à l'hétérosexualité, le lesbien est tardif et retarde aussi l'entrée dans une relation lesbienne stable, qui se situe en moyenne autour de 30-.