Bernarde Soubirous (en religion sœur Marie-Bernard), plus connue comme sainte Bernadette Soubirous, née le à Lourdes et morte le à Nevers, est une française affirmant avoir été témoin de dix-huit apparitions mariales (l'apparition s'y serait présentée comme l'Immaculée Conception, confirmant le dogme défini en 1854, mais que Bernadette ignorait) à la grotte de Massabielle entre le et le . Devenue religieuse, elle est canonisée en 1933.
Bernadette restait prudente pour désigner l'objet de sa vision, employant surtout, dans sa langue qui était le gascon de Bigorre, les pronoms démonstratifs prononcé [akeˈrɔ] (c'est-à-dire )Interrogatoire du dimanche par commissaire de police Jacomet. Voir ; voir aussi . ou prononcé [aˈkɛra] (c'est-à-dire ). Dans les entretiens en occitan gascon, Bernadette ne désigne ce qu'elle a vu que par ces démonstratifs neutre () ou féminin (), et ce, jusqu'au 25 mars, c'est-à-dire jusqu'au jour où l'apparition décline son identité. René Laurentin assure qu'il ne faut rien voir de désobligeant dans ces expressions. Le démonstratif qu'emploie Bernadette . .. Elle ne dira pas qu'elle avait vu la Vierge avant d'affirmer qu'elle l'avait entendue dire , c'est-à-dire .. Au cours d'une de ses apparitions, Bernadette a creusé le sol pour y prendre de l'eau. L'eau de cette source est rapidement réputée miraculeuse et il commence à être question de guérisons. S'en tenant à ce qu'elle avait vu et entendu, Bernadette niera avoir été témoin de guérisons ou y avoir contribué : ., déclare-t-elle en .
Dans un contexte post-révolutionnaire de vives polémiques sur les questions religieuses, et quelques années après les apparitions mariales de la rue du Bac et de La Salette, celles de Lourdes suscitent un engouement populaire important et croissant. La presse nationale commence à s'y intéresser, durant l'été 1858, notamment avec la publication, par Louis Veuillot, d'un article très remarqué dans L'Univers du samedi .. Le préfet des Hautes-Pyrénées, suivant les consignes du ministère des Cultes, maintient une interdiction d'accès à la grotte jusqu'en , tandis qu'une commission d'enquête, mise en place par l'évêque de Tarbes, en , se prononce en faveur de ces apparitions en 1862. L'aménagement de la grotte et la construction d'une basilique sur le rocher qui la surplombe commencent alors.
vignette|redresse|Statue de Notre-Dame de Lourdes au-dessus de la grotte de Massabielle.
En l'espace de quelques mois, Bernadette Soubirous, alors âgée de , est devenue une célébrité internationale, tandis que la vie dans cette bourgade des Pyrénées commence à être transformée par l'affluence de pèlerins, de curieux et de journalistes. Entre 1858 et 1866, Bernadette continue de vivre à Lourdes, où sa situation devient, cependant, de moins en moins tenable. Sans cesse sollicitée, tout en refusant de percevoir quoi que ce soit en rapport avec les apparitions ou sa célébrité, elle se pose la question d'une vie religieuse. En 1864, suivant la recommandation de l'évêque de Nevers, elle se décide à entrer chez les sœurs de la Charité. Deux ans plus tard, alors que la construction de la basilique est en cours, Bernadette a et quitte Lourdes pour entrer au couvent Saint-Gildard, à Nevers. Elle y mène treize années d'une vie de « religieuse ordinaire », ayant néanmoins la particularité de recevoir la visite de nombreux évêques, parmi ceux qui souhaitent se faire une opinion sur elle et sur les apparitions. Souvent malade et de santé fragile, elle est employée à l'infirmerie quand elle n'y est pas soignée. Elle fait ses vœux perpétuels en 1878, puis meurt d'une pneumonie aigüe le , à l'âge de .
En 1868, paraît le livre de Henri Lasserre, intitulé Notre-Dame de LourdesHenri de Monzie de Lasserre, Notre Dame de Lourdes, 1868, Adamant Media Corporation, 2001 ., qui connaît un grand succès et est traduit en . En 1869, le pape écrit une lettre à l'auteur pour l'en féliciter, reconnaissant ainsi implicitement ces apparitions, Lettre du à Henri Lasserre.. À la fin du , la foule qui afflue à Lourdes attire l'attention de plusieurs intellectuels.. Parmi eux, Émile Zola (Lourdes), Joris-Karl Huysmans (Les Foules de Lourdes), François Mauriac (Les Pèlerins de Lourdes) ou encore Paul Claudel. Article rédigé en 1937. Voir aussi l'article .. L'ensemble des archives et des témoignages sur Bernadette Soubirous fait l'objet d'un travail de recensement et d'édition critique par le père René Laurentin, dans les années 1960-1970.
Bernadette Soubirous est béatifiée le , et canonisée le en la fête de l'Immaculée Conception par le pape . Sa fête est commémorée le (jour de la apparition, une semaine après Notre-Dame de Lourdes), et le . selon le Martyrologe romain.
Le sanctuaire de Lourdes accueille environ six millions de personnes chaque année.
Biographie Le contexte historique Contexte politique et religieux Au milieu du , Tarbes, préfecture et évêché des Hautes-Pyrénées, compte un peu plus de . Lourdes, bourgade de environ, est dotée d'un tribunal, d'un juge, d'avocats, d'un procureur impérial, d'un commissaire de police, de gendarmes, d'un curé, de deux vicaires En raison de leurs fonctions, ils sont amenés à jouer un rôle dans l'affaire des apparitions, pour devenir ensuite, avec les membres de la famille Soubirous, d'autres habitants de Lourdes, le préfet, l'évêque, les personnages clés des récits sur Bernadette Soubirous et les apparitions de Lourdes. À une époque où se développent les , ces personnages sont dépeints de façon plus ou moins réaliste ou caricaturale dans des émaillées de miracles et de merveilleux. Encore aujourd'hui, le seul nom de Bernadette Soubirous évoque des clichés sur la grotte, l'eau, la Vierge et les miracles de Lourdes au service desquels ont été développées des considérations souvent légendaires sur la petite bergère des Pyrénées..
Les légendes et rumeurs sur Bernadette Soubirous et les apparitions ont commencé à se développer de son vivant, au moment même où avaient lieu les apparitions. De ce fait, l'entreprise qui consiste à établir aujourd'hui une biographie historique qui ferait la part de la légende et des faits court toujours le risque de . Néanmoins, grâce au travail de recensement des archives d'époque et à leur publication en édition critique par René Laurentin dans les années 1960 en 7 vol. Les tomes I et II sont de Laurentin, les tomes III à VII ont été réalisés avec Bernard Billet et Paul Galland pour le tome V., un consensus a pu s'établir sur la chronologie des faits, et les descriptions par des historiens de la vie et de la personnalité de Bernadette se sont considérablement renouvelées. Cette vie de Bernadette n'est pas seulement l'histoire des apparitions, elle se prolonge par sa vie de religieuse à Nevers et elle peut être distinguée de l'histoire du pèlerinage de Lourdes qui, dès la fin du temps des apparitions, s'est développé de façon de plus en plus indépendante du devenir de Bernadette.
Lourdes au milieu du vignette|redresse|Vue de Lourdes vers 1860, Charles Mercereau.
En 1844, date de la naissance de Bernadette Soubirous, Lourdes compte un peu plus de . Cette bourgade se trouve dans la région historique de Bigorre, au pied des Pyrénées. Le site est en cuvette, dominé par un piton rocheux sur lequel se trouve un ancien château fort. Ce château qui avait servi de prison d'État jusqu'au début du était désormais sans usage. Le gave de Pau coule à l'ouest du château tandis que la ville est blottie à l'est.
Lourdes est un point de passage pour accéder aux vallées du Lavedan lorsque l'on vient de Tarbes ou de Pau. Au , cette route est appelée , des stations thermales s'étant développées dans les villages en amont de LourdesVoir par exemple .. Ces stations sont réputées pour leurs eaux ferrugineuses ou sulfureuses. Elles attirent une clientèle aisée qui vient de toute la France pour s'y reposer ou s'y soigner. Cependant, en 1858, Lourdes est encore . et n'est pas directement concernée par le développement de ces stations thermales. Elle reste principalement un bourg agricole avec des carrières de pierre et quelques moulins sur les cours d'eau, notamment sur le ruisseau du Lapacca.
La langue la plus parlée à Lourdes est l'occitan gascon, dans sa variante pyrénéenne. Bernadette Soubirous comme d'autres Lourdais de son temps ne parle et ne comprend qu'avec difficultés le français.
La mortalité infantile est extrêmement élevée. Louise Castérot-Soubirous, la mère de Bernadette, met au monde neuf enfants, dont quatre meurent en bas âge, un à l'âge de dix ans, quatre parviennent à l'âge adulte.
vignette|redresse|gauche|Anselme Lacadé (1804-1866), maire de Lourdes de 1848 à 1866.
Anselme Lacadé, selon René Laurentin, a été maire de Lourdes de 1848 à 1866. Il ne s'est jamais prononcé sur le fond de l'affaire des apparitions mais il a progressivement pris la mesure des changements et des opportunités que ces événements ont apportés à Lourdes. Sous sa magistrature, la municipalité a lancé des travaux de modernisation de la ville avant que ceux-ci n'aient à être révisés à cause de l'affluence des pèlerins et de la création du sanctuaire. C'est aussi la municipalité Lacadé qui a mis en projet, dès 1854, la construction d'une ligne de train reliant Lourdes à Pierrefitte. Elle est inaugurée, en 1865, avec des trains de pèlerinage.
vignette|redresse|L'ancienne église paroissiale de Lourdes.
À Lourdes, sur un plan religieux, la diversité est principalement de l'ordre de la différence entre ceux qui, parmi les catholiques, sont pieux et fervents et ceux qui le sont moins. Il existe aussi un cercle de libres-penseurs, quelques-uns se disent athées et, comme partout dans la France post-révolutionnaire, il y a une tension entre républicains et catholiques. Une feuille hebdomadaire d'informations locales, Le Lavedan, est rédigée et imprimée à Lourdes. Ce journal de tendance républicaine fut le premier à mentionner les apparitions.
À cette époque, l'école n'est pas encore obligatoire. La loi Guizot de 1833 préconisait, sans obligation, que chaque commune de plus de ait une école de garçons. En 1850, la loi Falloux complète ce dispositif en prévoyant une école de filles pour les communes des plus de . La commune de Lourdes tente de suivre ces recommandations. Elle emploie depuis 1819, un instituteur qui fait la classe en divers lieux, notamment à la Mairie puis au tribunal. En 1849, en plus de la classe de primaire, une école supérieure est mise en place pour les garçons, tandis qu'en 1854, le maire Anselme Lacadé appelle les Frères de l'instruction chrétienne pour s'en occuper. Dans le même temps il fait financer par la commune l'ouverture d'une école de filles dans l'hospice que les Sœurs de la Charité de Nevers tiennent à Lourdes sur la route de Bartrès. Elle comporte deux classes dont une pour les indigents. Bernadette y sera admise en 1858, âgée de .
vignette|centré|redresse=2|Lourdes en 1858.
La famille et l'enfance de Bernadette Bernadette est la fille aînée de François Soubirous (-), et de Louise Castérot (-). Bernadette a eu une sœur : Marie Antoinette, dite Toinette (1846-1892), et trois frères : Jean-Marie (1851-1919), Justin qui a vécu dix ans (1855-1865) et Bernard-Pierre (1859-1931), son filleul. Quatre autres enfants sont mortsLes enfants Soubirous morts en bas âge ont eu des prénoms qui furent redonnés aux enfants nés ensuite : Jean ( - ) ; Jean-Marie ( - ) ; Jean ( - ) et une petite fille mort-née en janvier 1866. en bas âge..
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