Jacques Bainville, né le à Vincennes (Seine) et mort le à Paris, est un journaliste, historien et académicien français.

Il est une figure majeure de l'Action française, mouvement politique nationaliste, antisémite et royaliste d'extrême droite.

Biographie Origines, jeunesse et formation de sa pensée vignette|gauche|Plaque à son lieu de naissance, rue de Fontenay, Vincennes. Il est membre de la famille Bainville, maison d’origine lorraine anoblie en 1618.

Né à Vincennes dans une famille attachée aux valeurs républicaines, Jacques Pierre Bainville est élève du lycée Henri-IV puis pendant une année de la faculté de droit de Paris.. Il est le neveu de l’écrivain du Camille Bainville.. Il commence son œuvre en 1900, à l'âge de , avec Louis II de Bavière.

En 1900, à l’issue de son séjour en Bavière et après avoir été « dreyfusard », Jacques Bainville devient monarchiste. C’est par réflexion et comparaison, que ce fils de famille républicaine, libre penseur et voltairien, peu sensible à tout sentiment nostalgique, s’est tourné vers le royalisme. Face au rayonnement d’une Allemagne unifiée par Bismarck, en pleine expansion économique et démographique, au pouvoir stable et fort, il juge que la République – « la fille de Bismarck », écrit-il dans son Bismarck et la France – est un régime malthusien, essoufflé, livré à des gens médiocres et aux querelles intestines, incapable de faire face à cette Allemagne qui le fascine autant qu’elle l’inquiète.

Carrière d’écrivain, journaliste et historien vignette|Le Café de Flore vers 1900, lieu de réunion habituel des fondateurs de l'Action française.

Maurras le fait entrer comme journaliste à La Gazette de France, ensuite à la Revue d'Action française puis, à sa fondation en 1908, au quotidien L’Action française., du mouvement d'extrême droite.., où il tient la rubrique de politique étrangère. Bainville écrit aussi pour La Liberté, Le Petit Parisien et La Nation belge.

Il assure la direction du journal La Revue universelle. En 1922, on lui proposera de prendre la direction du Figaro., qui vient d'être racheté par le millionnaire antisémite François Coty.

Il y décrit le nationalisme français comme l'inspirateur du nationalisme allemand, donc la cause profonde des catastrophes de 1870 et de 1914-1918. Il l’explique en 1915 dans son Histoire de deux peuples puis en 1918 dans son Histoire de trois générations, où il martèle cette idée que la plus grande erreur de la France, qui a abouti à la Première Guerre mondiale, est d’avoir contribué à l’unification allemande :

Bainville publie en 1920 un ouvrage commentant le traité de Versailles, Les Conséquences politiques de la paixLes Conséquences politiques de la paix, ouvrage de Jacques Bainville., en contrepoint au livre à succès de Keynes Les Conséquences économiques de la paix.. Jacques Bainville y critique le « laisser aller » pacifiste de Clemenceau et d'autres sur la question allemande. Selon lui, le pacifisme a conduit la France à ne pas demander de lourdes sanctions à l'Allemagne ne respectant pas le traité de Versailles, à ne pas la démanteler et faire venir les troupes françaises en Allemagne pour montrer la victoire française. Il écrit notamment : ..

Déplorant surtout que l'Allemagne ait pu garder son unité politique, il affirme que rien ne sera réglé tant que celle-ci « conservera cette puissance politique qui engendre toute autre puissance et qui lui rendra tôt ou tard sa puissance militaire », rendue indispensable par sa situation géographique. « Il ne manquera que l'occasion et l'homme qui mettront ce militarisme en mouvement », écrit-il même dans cet ouvrage. Il voit également que la Petite Entente ne sera pas assez solide pour contenir l'expansionnisme germanique, en Autriche et dans la région des Sudètes, où vivent trois millions d'Allemands (« Une guerre avec l'Allemagne serait le suicide de la Tchécoslovaquie »), et que la Pologne ne dispose pas d'un État assez fort pour résister à ces deux puissants voisins. « Le traité de Versailles a noué l'alliance de l'Allemagne et de la Russie », ce qui impose, selon lui, que la France s'allie à la Pologne comme elle est venue à son secours en 1920, pour le cas où la Pologne serait un jour « attaquée par les Allemands, la Russie étant prête à profiter de son désastre et à la poignarder par-derrière ».

vignette|redresse|Plaque apposée au de la rue de Bellechasse, dans le , où mourut Jacques Bainville en 1936.

Grande figure du monarchisme nationaliste et de l'Action française, nationaliste, il exalte la politique de la monarchie française (Histoire de France, 1924) et s’inquiète de la faiblesse de la démocratie face à la puissance allemande (La Troisième République, ). Il est élu le membre de l'Académie française, en même temps qu'André Bellessort et Claude Farrère. Il obtient vingt voix sur vingt-sept votants pour succéder à Raymond Poincaré au .

Bainville affiche des sympathies envers le fascisme et plusieurs dictatures. Dans l'avant-propos qu'il rédige pour l'édition française d'un ouvrage de Pietro Gorgolini sur le fascisme, il rédige un éloge de Benito Mussolini et épanche son admiration pour les Chemises noires. Il tient des propos élogieux sur le dictateur portugais Salazar, qualifiant son régime de .

Vie personnelle, incident lors de ses funérailles En 1912, à Marigny, Bainville épouse Jeanne Niobey. (1889-1970) avec laquelle il aura un fils, Hervé (1921-2014)..

En 1920, Bainville est nommé au grade de chevalier de la Légion d'honneur..

Il meurt le , jour de son , des suites d'un ulcère dont il souffrait depuis près d'un an.

Lors de ses funérailles, le , le cortège funèbre provoque un embouteillage dû à la vitesse peu élevée à laquelle il avançait. Malgré lui, Léon Blum, dans une voiture à cocarde, se trouve à proximité du cortège funèbre. Reconnu par des militants d'extrême droite, Blum — alors âgé de — est violemment frappé par nombre d'entre eux : d'anciens camelots, séparés officiellement de l'Action française, cassent la vitre arrière de la voiture de Blum, ce qui le blesse au cou et à la tempe d'où une effusion importante de sangCédric Gruat, « 1936 : l’agression filmée de Léon Blum ».. L'intervention d'ouvriers travaillant sur un chantier voisin évite que le chef socialiste ne soit lynché. Voir les références dans l'article Action française.. L'enquête montre ensuite que « la plupart des agresseurs portaient des brassards et insignes d’Action française », et le chapeau de Blum est ensuite retrouvé dans ses locaux.. Cette violente agression suscite une importante émotion. En signe de protestation, une manifestation se déroule du Panthéon à la BastilleDominique Borne & Henri Dubief, La Crise des années 30 (1929-1938), éditions du Seuil, collection « Points histoire », 1989, ..

thumb|285px|Le tombeau de Jacques Bainville à Marigny (Manche).

Son corps est finalement inhumé sous un monument vertical et imposant, érigé dans le square Jacques-Bainville à Marigny dans la Manche, dont le relief allégorique évoque le deuil et la transmission de l’Histoire..

Antisémitisme La question de savoir si Jacques Bainville était antisémite a été posée par plusieurs historiens, dont le docteur en histoire et spécialiste de l’antisémitisme au XXème siècle Laurent Joly. Celui-ci écrit dans un article académique sur les débuts de l’Action Française que l’antisémitisme de Jacques Bainville et d’autres auteurs de la revue monarchiste « n’a rien à envier à celui de leur directeur » Charles Maurras. Pour Joly, ainsi que pour le docteur en histoire William Blanc, plusieurs écrits de Bainville accréditent son antisémitisme. Joly et Blanc citent un extrait du livre « Le vieil utopiste », paru en 1927 dans lequel Jacques Bainville écrit à propos de l’écrivain allemand et juif Heinrich Heine que son style est teinté par « la grande impureté de son sang, c’est la névrose juive qui fait de Henri Heine un poète malsain, un poète à déconseiller et à éviter ». Laurent Joly cite un autre passage à teneur antisémite écrit par Bainville, en 1907 dans la revue d'Action Française : « à sa seule impudeur le Juif se révèle étranger parmi nous ».

Dans une note publiée en 2021, la Fondation Jean Jaurès signale que la mise en avant récente, après 2010, de Bainville par des journalistes et hommes politiques de droite nationaliste ou d’extrême droite passe sous silence cette question de son antisémitisme.

Postérité Dans Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, l'historien Marc Bloch cite Bainville parmi les exemples d'Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, Armand Colin, 1949, chapitre III, partie 1 : Esquisse d’une histoire de la méthode critique..

François Mauriac, louant les talents d'analyste de Bainville, écrit en 1956 : « D'une science conjecturale, Bainville a fait une science exacteLa Revue des Deux Mondes, janvier-, .. »

En 1977, un « cercle Jacques-Bainville » (CJB), regroupe les étudiants de l'Action française à l'université d'Assas. Tombé progressivement en désuétude, il est reformé à la rentrée 2010 par des étudiants d'extrême droite.

vignette|Vue de la station Solférino depuis la place Jacques-Bainville, dans le .

Pour le de sa mort, une « journée Jacques Bainville » est organisée le à Paris, avec diverses conférences (« Jacques Bainville et l'Europe » par Christophe Dickès, docteur en histoire, journaliste à Canal Académie, radio des cinq Académies (Institut de France), « Jacques Bainville, un modèle pour comprendre l'avenir » par Pierre Hillard, militant antisémite , « Jacques Bainville et l'Action française » par Pierre Pujo, directeur du journal Action française 2000.)

Des artères ont été nommées en son honneur dans quelques villes de France comme à Paris (place Jacques-Bainville dans le ), Marseille (avenue Jacques-Bainville dans le ), Marigny (rue Jacques-Bainville), Vincennes et Tourcoing (allée Jacques-Bainville).

Un buste de lui a été exécuté par le statuaire Philippe BesnardL'Atelier, Bulletin de l'association Le temps d'Albert Besnard, - 2008, ..

Au début des années 2020, Éric Zemmour se revendique régulièrement de lui.

Le , le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin introduit son projet de réforme de l'immigration à l'Assemblée nationale en citant les premières lignes de l'Histoire de France de Bainville.

Publications

Une histoire d'amour

1933 : Histoire de deux peuples, continuée jusqu'à Hitler : , illustré par Alain Saint-Ogan

Autres textes

Œuvres posthumes

Traduction de ses œuvres

Distinctions ()

50px Commandeur de l'ordre de la Couronne (Roumanie) (Belgique)

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

Bibliographies actualisées de & sur Jacques Bainville (livres, reprints, éditions numériques). Site consacré à l'œuvre de Jacques Bainville Site consacré à la petite histoire de France de Jacques Bainville

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