, née le au palais de Placentia à Londres et morte le au palais de Richmond dans la même ville, est reine d'Angleterre et d'Irlande de 1558 à sa mort.
Élisabeth est la fille du roi , et la cinquième et dernière membre de la dynastie des Tudor sur le trône anglais. L'exécution de sa mère Anne Boleyn, trois ans après sa naissance, lui fit perdre son titre de princesse, reçu à sa naissance et entériné par le Second Acte de Succession. Son demi-frère nomme comme successeur, par moyen de lettre patente, sa cousine Jeanne Grey, ce qui écarte ses demi-sœurs Marie et Élisabeth de la succession au trône. Cependant, la lettre patente d' est interprétée comme acte de trahison et Jeanne Grey est exécutée. Marie — fille d' et de la catholique Catherine d'Aragon — devient reine en . Élisabeth lui succède cinq ans plus tard, après avoir passé près de deux mois en prison en raison de son soutien supposé aux rebelles protestants et plus de quatre ans en résidence surveillée, entre le palais de Woodstock et Hatfield Palace.
s'entoure d'un groupe de conseillers de confiance mené par William Cecil pour définir sa politique : comme reine, l'une de ses premières décisions est de restaurer l'autorité de l'Église protestante anglaise aux dépens de l'Église catholique promue par sa demi-sœur Marie, comme seule religion d'État, et elle devient le gouverneur suprême de l'Église anglicane. Ce règlement élisabéthain évolue par la suite pour devenir l'Église d'Angleterre.
Elle est politiquement plus modérée que l'a été son père, Henri VIII, son demi-frère Édouard VI, et sa demi-sœur Marie ; l'une de ses devises est (littéralement « je vois et je me tais »). fut relativement tolérante sur le plan religieux, ce qui ne l'empêcha point de mener une politique de persécution à l'égard des catholiques après 1570, quand le pape l'eut excommuniée, encourageant ses sujets catholiques à ne plus lui obéir. La reine, qui échappa à plusieurs complots, adopta une diplomatie prudente et ménagea les grandes puissances européennes que sont la France et l'Espagne. Elle ne soutint qu'à contrecœur plusieurs campagnes militaires dans les Pays-Bas, en France et en Irlande qui échouèrent en grande partie due au manque de ressources. Pendant son règne éclate la guerre anglo-espagnole qui voit l'Armada espagnole (Invincible Armada) tenter d'envahir le royaume d'Angleterre en 1588.
Le règne d', appelé ère élisabéthaine, est associé à l'épanouissement du théâtre anglais représenté par William Shakespeare et Christopher Marlowe, à l'émergence d'un style architectural, à l'installation permanente de colonies anglaises au Nouveau Monde ainsi qu'aux prouesses maritimes d'aventuriers comme Francis Drake et Walter Raleigh. Certains historiens ont cependant nuancé cet âge d'or supposé et qualifié de souveraine irascible, indécise, tyrannique et hérétique. Vers la fin de son règne, une série de problèmes économiques et militaires affectent sa popularité. est néanmoins connue pour son charisme et son caractère obstiné, ses réformes religieuses ainsi que pour l'anathème prononcé par le pape Pie V à son endroit, à une époque où les monarques des pays voisins affrontent des difficultés internes qui mettent leurs trônes en péril. C'est par exemple le cas de sa rivale d'Écosse, qu'elle fait emprisonner en 1568, puis exécuter en 1587. Après les brefs règnes de ses demi-frère et demi-sœur, ses 44 années sur le trône apportent une stabilité au royaume et aident à forger une identité nationale.
En vieillissant, elle est surnommée the Virgin Queen, la « Reine Vierge » bien que sa non virginité soit quasi-certaine et qu'elle eût sans doute plusieurs concubins au long de sa vie. Cependant, cet aspect de reine vierge reste célébré dans de nombreuses œuvres artistiques. ne se marie jamais et la lignée Tudor s'éteint avec elle, sur le trône des royaumes d'Angleterre et d'Irlande, ouvrant la voie à la dynastie des Stuart, à l'orée du naissant.
Jeunesse Famille thumb|left|Élisabeth fut la seule enfant d' et d'Anne Boleyn.
Son père était le roi . Ce dernier était marié en premières noces à Catherine d'Aragon avec qui il avait eu plusieurs enfants, dont seule Marie, née en 1516, parvint à l'âge adulte. En 1522, Anne Boleyn fait son entrée à la cour royale et attire tout de suite l'attention du roi. Désespérant d'avoir un héritier mâle, Henri entama une procédure de divorce en 1533 et se rapprocha d'Anne Boleyn (qui refusa de devenir une maîtresse et résista avec intelligence aux avances du roi). Ils se marièrent secrètement le et l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, prononça le divorce de Henri et Catherine le 1533.
Naissance et baptême Élisabeth Tudor naquit au palais de Greenwich le , et fut prénommée d'après ses grands-mères Élisabeth d'York et Élisabeth Howard. À sa naissance, Élisabeth devint donc l'héritière présomptive à la place de sa demi-sœur Marie, devenue illégitime et bâtarde. Elle fut baptisée le , et ses parrains et marraines furent Thomas Cranmer, Henri Courtenay, Elizabeth Howard, duchesse de Norfolk, et Marguerite Wotton, marquise de Dorset.
Mariages de son père Après plusieurs fausses couches, Anne Boleyn fut répudiée par le roi et exécutée le , alors qu'Élisabeth avait moins de trois ans. Après l'exécution de sa mère, Élisabeth est déclarée illégitime et, avec sa demi-sœur aînée Marie, exclue du trône, Henri souhaitant un fils pour lui succéder. Onze jours après la mort d'Anne, Henri épousa Jeanne Seymour, mais celle-ci mourut peu après avoir donné naissance à un fils, Édouard, en ; ce dernier devint donc le prince héritier. Élisabeth apporta en cadeau sa propre robe de baptême lors de la cérémonie de baptême de son demi-frère. Ensuite, Édouard et sa cour rejoignirent Élisabeth et Marie dans leur résidence de Hatfield Palace.
Enfance et éducation thumb|upright|alt=The Miroir or Glasse of the Synneful Soul|The Miroir or Glasse of the Synneful Soul (1544), brodé et traduit « en prose anglaise à partir de vers français » par Élisabeth alors âgée de onze ans, et offert à sa belle-mère Catherine Parr (KP) Ce n'est que sous l'influence de la sixième et dernière épouse de Henri, Catherine Parr, que les deux filles aînées d'Henri retrouvèrent leur place dans l'ordre de succession, et ce par une résolution parlementaire de 1544. Les précepteurs d'Élisabeth, Richard Cox, John Cheke, William Grindal et Roger Ascham lui donnèrent une éducation stricte et complète. Même à un jeune âge, elle maîtrisait parfaitement l'italien et le français et était également capable de communiquer en espagnol.
La première gouvernante d'Élisabeth, Margaret Bryan, écrivit qu'elle était . À l'automne 1537, Élisabeth fut confiée à , Lady Troy, qui resta sa tutrice jusqu'en 1546. Catherine Champernowne, plus connue sous son nom de mariage d'Ashley, fut nommée gouvernante en 1537, et elle resta l'amie d'Élisabeth jusqu'à sa mort en 1565 ; elle lui apprit le français, le flamand, l'italien et l'espagnol.. En plus de son propre cursus, elle bénéficia des tuteurs et de l'enseignement dispensé au futur roi, comme les arts libéraux qui comprennent entre autres, la géométrie, la rhétorique ou l'astronomie ; autant de nouvelles matières propres à satisfaire la curiosité d'une élève particulièrement douée. Lorsque devint son tuteur en 1544, Élisabeth pouvait écrire en anglais, en latin et en italien et, sous son enseignement, elle progressa en français et en grecLes connaissances sur l'éducation d'Élisabeth et sa précocité viennent essentiellement des mémoires de Roger Ascham qui fut également le tuteur du prince Édouard. .. Après la mort de Grindal en 1548, Élisabeth fut éduquée par Roger Ascham et, à la fin de son apprentissage en 1550, elle était l'une des femmes les plus cultivées de sa génération. À la fin de sa vie, elle parlait également le gallois, le cornique, le scots et l'irlandais en plus de l'anglais. L'ambassadeur vénitien avança en 1603 qu'elle ..
Début du règne d' thumb|Élisabeth vers 1546 par un artiste inconnu.
Élisabeth se trouve au manoir d'Enfield avec son demi-frère lorsqu'ils apprennent par Edward Seymour la mort d', leur père, le . Son fils devient roi à l'âge de neuf ans sous le nom d'. La veuve du souverain défunt, Catherine Parr, se remaria rapidement à Thomas Seymour, l'oncle d' et le frère d'Edward Seymour, devenu lord-protecteur. Le couple obtint la garde d'Élisabeth qui s'installa dans leur résidence de Chelsea. Certains historiens considèrent qu'elle y affronta une crise émotionnelle qui l'affecta jusqu'à la fin de sa vie. Seymour, qui approchait de la quarantaine mais conservait son charme, se lançait dans de nombreuses facéties avec Élisabeth, alors âgée de 14 ans.. À une occasion, il entra dans sa chambre en robe de chambre pour la chatouiller et la frapper sur les fesses. Parr ne s'opposa pas à ces activités inappropriées et y participa à plusieurs reprises ; elle immobilisa ainsi Élisabeth alors que Seymour déchirait sa robe noire .. Néanmoins, quand elle les trouva enlacés, elle mit un terme à ces activités, et Élisabeth fut renvoyée en .
Mort de Thomas Seymour Thomas Seymour continua toutefois à comploter pour contrôler la famille royale et essayer de se faire nommer gouverneur du souverain. Lorsque Parr mourut en couches le , il recommença à s'intéresser à Élisabeth et avait l'intention de l'épouser. Les détails de son comportement antérieur avec elle furent révélés, et cela fut trop pour son frère et le Conseil de Régence. En , il fut arrêté et accusé de vouloir épouser Élisabeth et de renverser le roi. Élisabeth, qui se trouvait à Hatfield PalaceCe palais, dans lequel elle passe une grande partie de son enfance, appartient à la couronne. Offert à John Dudley, comte de Warwick par , il revient rapidement à Elisabeth, par la grâce de lord Warwick, à qui elle donne d'autres terres en compensation. Elle y sera également en résidence surveillée durant le règne de Marie, après sa libération du palais de Woodstock ., fut interrogée mais ne dit rien, et son interrogateur, Robert Tyrwhitt, rapporta . Seymour fut décapité le .
Héritière du trône de vignette|Peinture de Byam Shaw représentant l'entrée de et d'Élisabeth dans Londres, 1910. Le roi mourut le à l'âge de 15 ans. La lettre patente qu'il écrivit avant son décès excluait Marie et Élisabeth de la succession et désignait comme successeur au trône Jeanne Grey, petite-fille de la duchesse de Suffolk Marie Tudor, la sœur d'. Jeanne Grey fut proclamée reine par le Conseil privé majoritairement protestant, mais ses soutiens s'affaiblirent au fur et à mesure que les lords rejoignaient Marie, la reine légitime.
La lettre patente d' fut reconnue comme trahison en vertu de l'Acte de Trahison de 1547 : celui-ci, adopté peu avant la mort d', rendait coupable de haute trahison toute personne interrompant l'ordre de succession tel qu'établi dans le Troisième Acte de Succession. Jeanne Grey fut renversée au bout de neuf jours et sera exécutée l'année suivante. Marie entra triomphalement dans Londres, à cheval, avec sa demi-sœur Élisabeth à ses côtésÉlisabeth avait rassemblé , ()..
Ce témoignage de solidarité entre les deux sœurs ne dura pas longtemps. , catholique fervente (de mère espagnole), était déterminée à écraser la foi protestante dans laquelle Élisabeth avait été éduquée et ordonna que tous ses sujets assistent à la messe catholique ; Élisabeth fut obligée de s'y conformer en apparence. La popularité initiale de s'effrita en 1554 quand elle épousa le prince Philippe d'Espagne, catholique et fils de l'empereur (et roi d'Espagne) Charles Quint. Le mécontentement se propagea rapidement dans tout le pays et beaucoup se tournèrent vers Élisabeth.