Le classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai ou classement de Shanghai (appellation commune de l’ en anglais, ou ARWU) est un classement des principales universités mondiales. Établi par des chercheurs de l'entreprise ShanghaïRanking, issus de l'université Jiao-tong de Shanghai il a été créé pour accélérer la modernisation des universités chinoises en y calquant les caractéristiques des grandes universités nord-américaines de l’Ivy League.

Les institutions y sont classées selon un indice unique basé sur six critères quantitatifs, notamment le nombre de publications dans les revues scientifiques et , le nombre de chercheurs parmi les plus cités, le nombre de prix Nobel scientifiques et de médailles Fields attribués aux anciens élèves et aux personnels de l'université, et un critère de productivité rapporté à la taille du corps enseignant, si elle est connue.

Ce classement est critiqué pour les nombreux biais dont il souffre, en particulier la diffusion d'une vision normative de ce qu'est une bonne université, pour n'évaluer que la recherche sans s'intéresser à l'enseignement qui y est dispensé et favoriser certaines disciplines au détriment d'autres.

Il a contribué à développer la concurrence entre les universités au niveau mondial. Ce classement est particulièrement médiatisé en France, où il a un impact majeur sur les politiques publiques : dans la mesure où le classement d’un établissement apparaissait fortement lié à sa taille, l'argument de la a motivé les stratégies de regroupement ou de fusion de nombreuses institutions universitaires à partir des années 2010.

En 2022, dix-neuf ans après avoir inventé le classement, la Chine, par la voix de Xi Jinping, annonce son intention de s'en détacher.

Histoire Au début des années 2000, la Chine fait face à une baisse de la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur parmi les jeunes, et à la difficulté à développer ses universités.

L'Université Jiao-tong de Shanghai cherche à élaborer un plan stratégique pour justifier les fonds publics versés pour qu'elle se hisse au niveau des meilleures universités internationales. Le professeur Nian Cai Liu, un chimiste travaillant pour cette université, établit un premier classement des universités en 2003., pour évaluer l’écart qui existait entre les universités chinoises et celles qui devaient servir de modèle. Ne disposant que de deux collaborateurs, il va alors au plus simple, ne prenant en compte que des données accessibles par Internet et jugées objectives : le nombre de prix Nobel et de médailles Fields (pour les mathématiques), le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline, le nombre de publications dans les revues scientifiques Nature et Science et le nombre d'articles répertoriés dans deux bases de données d'articles scientifiques, l'une sur les sciences humaines, l'autre sur les sciences pures. Après sa publication en 2003, le classement est tout d'abord ignoré, puis critiqué, mais il aura un important impact mondial.

À partir de 2009, un classement par disciplines est aussi publié. Depuis 2009, l’équipe de l’université Jiao-tong chargée du classement est devenue une société de consultants indépendante, ShanghaïRanking. Selon l'entreprise, cela lui permet d'être indépendante de l'université de Shanghaï, et fait suite à des plaintes de plusieurs gouvernements et chercheurs auprès du gouvernement chinois sur les résultats du classement.

Le classement a permis le développement d'un véritable marché mondial des universités, qui entrent en concurrence pour attirer les meilleurs étudiants, chercheurs, et partenaires économiques et financiers.

En 2023, Ying Cheng, l’un des fondateurs du classement, estime que celui-ci a , reconnaissant toutefois que .

Critères Les concepteurs du classement ont publié la méthode de calcul en 2005, qui selon eux , et , une série d'affirmations qui a fait l'objet de sérieuses critiques. Cette méthode inclut les critères pondérés suivants :

Critères Indicateurs Pondération Qualité de l'enseignement Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens élèvesY compris le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (« prix Nobel d'économie »). Sont pris en compte les élèves ayant obtenu leurs diplômes de bachelor, master et doctorat de l'institution. Un coefficient de 1 est attribué aux promotions postérieures à 2011, 0,9 aux promotions de 2001-2010 et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les diplômes remis entre 1921-1930. Les personnes ayant obtenu plus d'un diplôme dans la même institution ne sont comptabilisées qu'une seule fois. 10 % Qualité de l'institution Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les chercheursSont pris en compte les lauréats en poste dans l'institution lors de la remise du prix. Une pondération décroissante est appliquée : 1 pour les lauréats postérieurs à 2011, 0,9 pour les lauréats de 2001-2010, 0,8 pour 1991-2000, et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les lauréats de 1921-1930. Si un lauréat a plusieurs affiliations, chaque affiliation se voit attribuer une fraction du coefficient. Pour les prix Nobel qui sont partagés, les coefficients sont proportionnels à la part du prix Nobel qu'ils ont obtenu. Les prix Nobel de littérature et prix Nobel de la paix sont exclus du barème. 20 % Nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines pendant les dix dernières années 20 % Publications Nombre d'articles publiés dans Nature et Science pendant les cinq dernières annéesLes auteurs coécrivants sont comptabilisés ainsi : 1 pour l'affiliation de l'auteur correspondant, 0,5 pour l'affiliation du premier auteur (deuxième auteur si l'affiliation du premier auteur est la même que l'affiliation de l'auteur correspondant ), 0,25 pour l'affiliation de l'auteur suivant, et 0,1 pour les affiliations des autres auteurs. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte. Cet indicateur n'est pas pris en compte pour les institutions de sciences humaines et sciences sociales. 20 % Nombre d'articles indexés dans Science Citation Index, et Social Sciences Citation IndexNombre total d'articles indexés dans Science Citation Index (version de base et augmentée) et Social Sciences Citation Index dans l'année précédant la parution du classement. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte. 20 % Taille de l'institution Performance académique au regard de la taille de l'institutionLa somme pondérée des cinq indicateurs, divisée par le nombre d'enseignants-chercheurs (équivalent temps-plein). 10 %

Les données brutes utilisées par les auteurs du classement restent confidentielles. Les créateurs du classement soulignent eux-mêmes certaines de ses limites, notamment un biais en faveur des institutions de grande taille comme le sont celles des pays anglophones, ainsi que les difficultés à définir des indicateurs adéquats pour classer les universités spécialisées dans les sciences sociales (voir archive). Extrait du classement international thumb|Academic Ranking of World Universities, 2003–2018, top dix. +Academic Ranking of World Universities (500) – Top 50. Institution 2020 2015 2010 2005 Université Harvard1111 Université Stanford2233 Université de Cambridge3552 Massachusetts Institute of Technology4345 Université de Californie à Berkeley5424 Université de Princeton6678 Université Columbia7887 California Institute of Technology8766 Université d'Oxford9101010 University of Chicago10999 Université Yale11111111 Université Cornell12131212 Université de Californie à Los Angeles13121314 Université Paris-SaclayUniversité Paris-Sud jusqu'en 2019.14414561 Johns Hopkins University15161819

Allemagne L'université Humboldt et l’Université libre de Berlin n'ayant pas pu se mettre d'accord pour savoir à qui il fallait attribuer les prix Nobel décernés avant la Seconde guerre mondiale à l’ancienne université de Berlin, aucune des deux ne fait plus partie du classement depuis 2006.

Chine Le classement est ignoré des étudiants chinois, qui lui préfèrent les grands anglo-saxons, mais il a eu une influence importante sur l’enseignement supérieur chinois, l'objectif des dirigeants chinois depuis les années 1990 étant de hisser un système universitaire initialement inspiré par les Soviétiques à un autre calqué sur les campus américains. De fait, la Chine progresse chaque année dans son propre classement.

En 2022, la Chine prend elle-même ses distances par rapport à ce classement. Les universités de Nankin, de Lanzhou et l'université Renmin de Pékin décident de ne plus participer aux classements internationaux de l’enseignement supérieur. Xi Jinping affirme que la Chine doit . Ce retrait serait toutefois une « fake news » d'après le directeur général de l'entreprise qui publie le classement.

États-Unis Le classement, dont les universités américaines occupent le haut du classement, c'est devenu un élément du soft power américain.. Cependant, l’essayiste Ryan Craig estime que les classements détournent les universités américaines de leurs étudiants : .

France La France compte en 2016 une poignée d'universités dans le top 100 du classement, une vingtaine dans le top 500, et environ 35 dans le classement complet, étendu à 1000 universités à partir de 2018. En 2023, le top mondial compte quatre universités françaises (Université Paris-Saclay, Sorbonne Université, Université Paris sciences et lettres et Université Paris-Cité), Paris-Saclay étant plusieurs fois classée dans les 15 premières.

Particularités françaises au regard du classement Un prix Nobel obtenu par un professeur d'université français peut valoir deux fois moins qu'un Nobel obtenu par un professeur d'université américain ou britannique. En effet, la recherche française s'effectuant en général dans des unités mixtes de recherche qui associent des universitaires au CNRS, le classement Shanghai attribue 50 % du bénéfice à l'université et 50 % à l'organisme du CNRS. Mais puisque le CNRS et les autres organismes de recherche français n'apparaissent pas dans le classement Shanghai, cela veut dire que « la moitié du bénéfice du prix ne profite à personne et s'évapore complètement » écrit Albert Fert dans une tribune dans Le Monde. Pour ce qui concerne les 60 % de la note, qui dépendent du décompte d'articles et du nombre de citations, « le principe général est le même que pour les prix. (…) dans le cas de publications d'un laboratoire universitaire associant l'université et un organisme comme le CNRS, à peu près 50 % du bénéfice restera en général à l'université et 50 % s'évaporera en ne profitant à personne ». Ce dernier point concerne en particulier la liste des chercheurs les plus cités : c'est pourquoi en 2019, une instruction de la ministre de l'Enseignement supérieur demande aux chercheurs concernés de corriger cet effet, en mentionnant comme affiliation primaire le site universitaire qui héberge leur laboratoire.

L’influence réelle du classement de Shanghai sur les choix des étudiants fait l'objet de débats, alors qu'il pourrait s'agir d'un critère déterminant pour évaluer la pertinence d’un tel classement. Selon Philippe Mahrer, directeur du Collège des ingénieurs, ce classement n'a qu'une faible notoriété en Chine, même auprès des étudiants. Au contraire, selon l'ambassade de France en Chine : « [ce classement] trouve en effet un écho important chez les étudiants chinois, pour qui le prestige de l’université est déterminant car il fait partie des critères de recrutement professionnel en Chine ».