La campagne du Caucase est le théâtre d'opération du Caucase dans le cadre du front du Moyen-Orient durant la Première Guerre mondiale. Elle opposa l'Empire ottoman à l'Empire russe puis la République démocratique d'Azerbaïdjan, la République démocratique d'Arménie, la République de Caspienne centrale et le Royaume-Uni participèrent à ce conflit. La campagne du Caucase s'étendit du Caucase à l'Anatolie orientale jusqu'à Trabzon, Bitlis, Muş et Van. La flotte russe se déploya dans la région de la mer Noire contrôlée par l'Empire ottoman.
Le , l'avancée russe fut stoppée par la révolution russe et par la suite l'armée russe du Caucase en pleine désintégration fut remplacée par les forces armées de l'Arménie nouvellement créée comprenant les volontaires et les irréguliers arméniens. En 1918, la région vit également la création de la République de Caspienne centrale et de la République démocratique d'Arménie, ainsi que l'arrivée d'une armée alliée du nom de composée de troupes d'élite issues des fronts de Mésopotamie et de l'ouest. L'Empire ottoman et l'Allemagne s'affrontèrent à Batoumi lors de l'arrivée de l'expédition allemande dans le Caucase, dont la mission principale était de sécuriser les champs de pétrole.
Le , la signature du traité de Brest-Litovsk mit fin aux hostilités entre l'Empire ottoman et la Russie, et le , l'Empire ottoman signa le traité de Batoumi avec l'Arménie. Cependant, il resta en guerre avec la République de Caspienne centrale, l'Arménie orientale ayant fait sécession, et avec la Dunsterforce de l'Empire britannique jusqu'à l'armistice de Moudros signé le .
Contexte Le principal objectif de l'Empire ottoman était la reconquête de ses territoires d'Anatolie orientale. Ces régions avaient été annexées par l’Empire russe à la suite de la guerre de 1877-1878. Les objectifs stratégiques étaient la prise d'Artvin, d'Ardahan, de Kars et du port de Batoumi. Un succès dans cette région provoquerait une dispersion des forces de l'armée impériale russe, déjà engagées sur les front de Galicie et de Pologne. Le plan fut donc soutenu par l'Empire allemand qui fournit du matériel à la ottomane. Le ministre de la guerre Ismail Enver espérait qu'une victoire ouvrirait la route de Tbilissi et provoquerait le soulèvement des populations musulmanes. L'objectif ottoman, ou plutôt celui des Allemands, était de couper l'approvisionnement en pétrole issu de la mer Caspienne.
La Russie avait donné la priorité au front de l'est en matière d'armement et d'effectifs. Elle s'inquiétait d'une campagne ottomane dans le Caucase visant à reprendre Kars et Batoumi qu'elle avait obtenu après la guerre de 1877-1878. En , lors d'une rencontre avec le Français Maurice Paléologue et le Britannique , Sergueï Sazonov déclara que la Russie revendiquerait en cas de victoire le contrôle de la région de Marmara. La Russie tsariste prévoyait l'expulsion des musulmans de la région et leur remplacement par des cosaques jugés plus fiables.
Les Arméniens étaient sous domination ottomane depuis le et disposaient d'une relative autonomie dans les régions d'Arménie occidentale où ils étaient majoritaires. Les guerres entre les Russes et les Ottomans firent passer les territoires arméniens historiques sous domination russe. La Première Guerre mondiale et la Révolution russe permirent aux Arméniens de créer la République démocratique d'Arménie. La République de Caspienne centrale fut également une entité arménienne.
Forces Les Ottomans disposaient d'une armée basée dans la région, la . En 1916, ils envoyèrent des renforts pour former la . Ces forces qui comptaient entre et au début du conflit étaient mal équipées.
Avant la guerre, l'armée russe du Caucase disposait de sous le contrôle nominal du gouverneur général du Caucase, Illarion Ivanovitch Vorontsov-Dachkov. Le vrai commandant était cependant le général Nikolaï Ioudenitch. Au début de la guerre, les Russes durent redéployer une grande partie de leurs forces sur le front européen après les défaites de Tannenberg et des lacs de Mazurie. L'Armée du Caucase possédait des généraux arméniens comme Tovmas Nazarbekian ou Movsès Silikian. L'Armée du Caucase se désintégra lors de la Révolution russe en 1917 lorsque les soldats russes désertèrent la ligne de front. Les forces arméniennes se montèrent alors à Fridtjof Nansen, Armenia and the Near East (New York, 1976), ..
À l'été 1914, les unités de volontaires arméniens se trouvaient sous l'autorité des forces russes. Comme les conscrits russo-arméniens avaient déjà été envoyés sur le front de l'est, ces unités étaient uniquement composées d'Arméniens non russes ou de ceux qui n'étaient pas obligés de se battre. Ces troupes étaient dirigées par Andranik Toros Ozanian, Drastamat Kanayan, Archak Gafavian et Sarkis Mehrabian. Leurs effectifs se montaient initialement à mais ils s'étoffèrent par la suite. En 1916, Nikolaï Ioudenitch décida d'incorporer ces unités au sein de l'Armée du Caucase.
Le mouvement de libération nationale arménien organisa des forces paramilitaires sous le commandement de (). Ces groupes étaient généralement connus sous le nom d'irréguliers arméniens. Boghos Nubar Pacha, le président de l'Assemblée nationale arménienne, déclara à la conférence de paix de Paris en 1919 que ces unités avaient épaulé les unités régulières. La Fédération révolutionnaire arménienne mit également en place des forces militaires.
On trouvait également des milices kurdes dans la région qui se battaient à la fois contre les Ottomans et les Russes.
Lionel Dunsterville fut choisi en 1917 pour commander une force alliée de australiens, britanniques, canadiens et néo-zélandais, accompagnés d'automitrailleuses. Cette force avait pour mission de lutter contre l'influence allemande dans le Caucase.
Opérations militaires Préludes Durant le mois de , des négociations eurent lieu entre le Comité Union et Progrès (CUP) et les dirigeants arméniens du Congrès arménien d'Erzurum. L'Empire ottoman souhaitait obtenir le soutien, sinon la neutralité des Arméniens lors de la guerre avec la Russie en échange d'une plus large autonomie. Les représentants arméniens étaient tout a faits disposés à rester fidèles au gouvernement ottoman mais refusèrent d'inciter les Arméniens de Russie à la révolteRichard G. Hovannisian, The Armenian People from Ancient to Modern Times, 244. L'historien Erickson écrit qu'après cette rencontre, le CUP fut convaincu des forts liens entre les Arméniens et les Russes.
Le triumvirat militaire des trois Pachas (Enver Pacha, Talaat Pacha et Cemal Pacha), qui détient la réalité du pouvoir, décide de l'entrée en guerre sans consultation ni du sultan, ni du premier ministre en titre. Le 29 octobre, les deux croiseurs allemands, le et le , cédés aux Ottomans mais qui continuent à suivre les ordres de Berlin bombardent les installations russes d'Odessa, Sébastopol et Novorossiïsk, coulant une canonnière russe et un paquebot français, déclenchant ainsi le conflit.
1914
Le , lors de l'offensive Bergmann, les Russes franchirent la frontière et avaient pour objectif les villes de Doğubeyazıt et de Köprüköy. La déclaration de guerre officielle ne fut envoyée que le . Les Russes comprenant 25 bataillons d'infanterie, 37 de cavalerie et 120 canons se déployèrent en deux ailes et prirent Köprüköy dès le . Le commandant de la ottomane, Hasan Izzet, n'était pas favorable à une offensive dans le rude climat hivernal et privilégiait une tactique défensive jusqu'au printemps. Cependant, le ministre de la Guerre, Enver Pacha, ordonna une contre-offensive le . Le régiment tribal kurde qui devait renforcer l'armée ottomane se révéla peu fiable. L'offensive s'essouffla et les Russes réalisèrent une percée de vers Erzurum.
Durant le mois de décembre, Nicolas II de Russie visita le théâtre du Caucase. Le chef de l'Église arménienne et le président du bureau national arménien, Alexandre Khatissian, rencontrèrent l'empereur à Tbilissi :
Le , la ville d'Ardanuch fut capturée. L'opération était commandée par le général allemand Stange. Sa mission était de mener une opération de diversion pour fixer les unités russes et était soutenue par les rebelles Adjars qui avaient capturé les routes. Par la suite, ils durent soutenir la bataille de Sarikamish en coupant les routes de ravitaillement russes entre Sarikamish et KarsSpencer Tucker, The European Powers in the First World War page 174. Le , l'unité arriva à Ardahan.
Le à la bataille de Sarıkamış, la reçut l'ordre d'avancer sur Kars. Bien qu'il ait reçu des consignes pour reculer, Ioudenitch décida de défendre Sarikamish. Enver Pacha prit le commandement personnel de la et lança ses troupes dans la bataille. Cependant l'attaque est mal menée et les Ottomans souffrent du froid intense.
1915
Le , les Russes lancèrent une violente contre-attaque, le quartier-général de la Armée se trouva pris sous le feu ennemi. Hafız Hakkı Pacha ordonna une retraite totale. La bataille de Sarıkamış est un désastre. Seule 10 % de l'armée parvint à se replier sur ses positions initiales. Enver Pacha abandonna le commandement des opérations et accusa les Arméniens de la région d'être aux côtés des Russes après son retour à ConstantinopleBalakian. The Burning Tigris, . Le 18, le général Stange quitta la région d'Ardahan mais resta derrière les lignes ennemies jusqu'au . thumb|Réfugies musulmans de Hasankale, 1915
En février, le général Ioudenitch fut récompensé pour cette victoire et reçut le commandement de toutes les forces russes dans le Caucase. Les Alliés (France et Grande-Bretagne) demandèrent aux Russes d'alléger la pression sur le front de l'Ouest et la Russie demanda aux Alliés d'alléger la pression sur le front du Caucase par une attaque navale. Les opérations navales en mer Noire et la bataille des Dardanelles permirent aux Russes de se renforcer. Le , le commandant de la Armée, Hafız Hakkı mourut du typhus et fut remplacé par Mahmut Kamil Pacha. Il eut pour mission de remettre l'armée en ordre. La Armée anéantie reçut de faibles renforts de la et de la car la bataille de Gallipoli était prioritaire. Les Russes s'emparèrent d'Eleşkirt, Ağrı et Doğubeyazıt sans que les Ottomans épuisés ne puissent s'y opposer. vignette|gauche|Résistance de Van, troupes arméniennes occupant une ligne de défense contre les Turcs dans la ville en mai 1915.
À Van, le gouverneur ottoman ordonna des massacres d'Arméniens sous le prétexte d'intelligence avec l'ennemi et de désertion. Le , la résistance arménienne s'organisa dans la ville. Les défenseurs arméniens au nombre de avaient pour mission la protection des et des réfugiés avec 300 fusils, pistolets et des armes anciennes. Le général Ioudenitch commença son offensive le , une aile de son armée devait avancer vers le lac de Van pour secourir les Arméniens de Van. Le , l'armée libère la ville après trois semaines de siège qui ont fait près de . Aram Manoukian met en place un gouvernement provisoire. Une fois Van sécurisée, les combats se déplacèrent vers l'ouest.
Le , le ministre de l'Intérieur Talaat Pacha signa le décret du 24 avril (connu sous le nom de dimanche rouge par les Arméniens), prétendant que les Arméniens de cette région s'étaient soulevés avec le soutien des Russes. Ce décret est le point de départ du génocide arménien. Le , la loi Tehcir ordonna la déportation de tous les Arméniens de la région vers la Syrie.
vignette|Réfugies arméniens de Van fuyant l'avancée ottomane. Près de d'entre eux suivirent les Russes dans leur retraite au mois d'août 1915A.S. Safrastian « Narrative of Van 1915 » Journal Ararat, Londres, janvier 1916.