Jean Robic, né le à Condé-lès-Vouziers dans les Ardennes et mort dans un accident de la route le à Claye-Souilly en Seine-et-Marne, est un coureur cycliste français.
Professionnel de 1943 à 1961, il a notamment remporté le premier Tour de France de l'après-guerre en 1947, exploit accompli sans jamais porter le maillot jaune au cours de l'épreuve. Jusqu'au terme de sa carrière en 1959, à trente-huit ans, il remporte six étapes, et porte une journée le maillot jaune lors du tour de 1953.
Il a également remporté le premier championnat du monde de cyclo-cross en 1950. Auparavant, il avait gagné en 1947 le critérium international de cyclo-cross, à l'époque championnat du monde officieux. À son palmarès figurent également un titre de champion de France de cyclo-cross et une Polymultipliée.
Très bon rouleur et excellent grimpeur, il s'avère moins à l'aise dans les épreuves contre-la-montre et les descentes de col, sans doute en raison de sa corpulence relativement chétive. Il a été l'un des coureurs français les plus populaires de l'après-guerre et est parfois considéré comme l'incarnation de « l'anti-Bobet ».
Jeunes années
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Les parents de Jean Robic sont originaires du Morbihan.. Son père qui se prénomme Jean et est charpentier, s'est installé à Radenac en 1927. ; il a atteint un niveau régional honorable de coureur cycliste. La mère de Jean Robic, née Rose Le Lay (1899 - 1983), est originaire de Pleugriffet, où son père (le grand-père maternel de Jean Robic) était sabotier.
vignette|Plaque sur la maison natale de Jean Robic à Condé-lès-Vouziers.
Démobilisé en 1917, Jean Robic (père) décide de rester dans les Ardennes pour exercer sa profession. Entouré de sa femme Rose et de ses trois filles, Bernadette et les jumelles Marthe et Marie, il est à nouveau père le , avec la naissance de Jean à Condé-lès-Vouziers. Par la suite Jean et Rose ont eu deux autres enfants : Pierre (né en 1923Pierre décèdera à 29 ans, dans un accident de la route, en 1952 à Orly.) et Janine (1931 - 1935). En 1924, la famille Robic s'installe en Bretagne, après une transition de quelques mois à Paris.. Toutefois Jean Robic (père) est régulièrement envoyé sur des chantiers relativement éloignés, comme pour celui de la gare d'Avranches. En 1927, il arrête sa profession de charpentier pour ouvrir un magasin de cycles à Radenac.
Jean Robic est plutôt bon élève ce qui lui permet d'obtenir son certificat d'études primaires. Ce diplôme en poche, il commence un apprentissage à La Bottine (un hameau de Radenac, situé à environ du bourgCoordonnées géographiques de La Bottine : .), pour devenir charron.. Il s'inscrit alors à ses premières courses cyclistes, dont certaines sur lesquelles court également son père. À partir de 1937, il récolte ses premiers résultats sur des courses locales..
Course en junior puis en indépendant En 1939, Robic intègre le club cycliste de l'Union Cycliste Auray. Il court alors au niveau junior et obtient son premier résultat d'envergure : la victoire à l'éliminatoire régional du Premier pas Dunlop.. L'épreuve se déroule le à Lorient. et est donc finalement remportée par Jean Robic, devant son coéquipier de l'UC Auray, André Bernard.. Néanmoins, sa corpulence plutôt chétive laisse sceptiques certains observateurs quant à la consistance de son avenir dans le cyclisme. Ainsi Le Nouvelliste du Morbihan titre, sous la plume de Pierre Audiau, . Il décide alors de donner un autre tour à sa carrière naissante en « montant à Paris ». Il s'y installe à partir de où il est hébergé par une tante habitant le . Il signe une licence au Club Vélocipédique des Moulineaux. Il est alors embauché par un marchand de cycles de Boulogne-Billancourt, surnommé « Bibi Sausin » (un ancien coureur sur route reconverti dans le demi-fond) dont les vélos équipent le club cycliste de Saint-Cloud, le Club Sportif Clodoaldien..
En juin, à la suite de la « débâcle », Jean Robic est de retour à Radenac (où il reprend une activité de charron).. Il est néanmoins rapidement de retour à Paris, où il reprend son emploi chez Sausin. Il devient également membre du club cycliste de Saint-Cloud (sponsorisé par son employeur). En 1941, il obtient un premier résultat d'envergure en cyclo-cross, en obtenant la quatrième place au critérium international de cyclo-cross. Il obtient cette même année la troisième place de Paris-Rouen ainsi que la huitième place de Paris-AlençonParis-Alençon, est une course cycliste courue de 1941 à 1945.. En 1942, il intègre un club plus prestigieux, le Club Sportif International ; il obtient la troisième place (après avoir été huitième en 1941) de Paris-Alençon.
En 1943, Jean Robic a 22 ans et vit sous la menace du service du travail obligatoire. Par précaution, il change régulièrement le lieu où il dort.. Son emploi est alors de creuser des tranchées autour d'un terrain d'aviation à Cormeilles-en-Vexin. Ce travail est à de Paris et il effectue chaque jour l'aller-retour à bicyclette. D'un point de vue sportif, son bon résultat sur Paris-Alençon lui permet d'être remarqué puis recruté par Maurice Evrard, alors patron de l'équipe Génial Lucifer. Il intègre donc Génial Lucifer et obtient dès 1943 des premiers résultats comme une troisième place à Paris-NantesParis-Nantes est une ancienne course cycliste, courue de 1924 à 1948.. Il obtient également une cinquième place au Circuit du plateau (à Angoulême), une sixième place à la Flèche française (contre-la-montre par équipes), une septième place au Critérium des As et une à la Polymultipliée. C'est seulement lors de la saison 1944 que Jean Robic acquiert le statut professionnel.
Carrière cycliste professionnelle Premières saisons thumb|alt=Photo noir et blanc de deux hommes accoudés sur le pare-brise d'une automobile suivant une course cycliste.|Robert Oubron (au premier plan), sur une étape du Tour de France en 1960. Il fut cinq fois champion de France de cyclo-cross, entre 1941 et 1946. Le titre de 1945, qui lui échappa, fut remporté par Jean Robic.
Le , Robic se blesse gravement en courant Paris-Roubaix ; en effet, il chute sur les rails du tramway à la gare d'Amiens et se fracture le crâne.. Sa saison compte toutefois quelques résultats, comme sa victoire à l'Omnium des routiers à Vaugirard, une troisième place au Rallye des champions (le tour de Paris en contre-la-montre) et une cinquième au Grand Prix du pneumatique ; en cyclo-cross, il décroche la seconde place de Versailles-Paris.
Lors de la saison 1945, l'équipe Génial Lucifer, comprend quelques coureurs de renom : Louis Caput, Maurice Quentin ou encore Robert Chapatte... Comme les saisons précédentes, l'avant-saison sur route est, pour Jean Robic, largement occupée par le cyclo-cross. Au niveau national, la discipline est dominée par Robert Oubron. Le ., lors du championnat de France de cyclo-cross, Oubron se trouve échappé dès le premier tour en compagnie de Robic, de Kléber Piot et de Roger RondeauxEn 1945, Roger Rondeaux est le futur champion de la discipline : sept fois champion de France à partir de 1948 ; triple champion du monde en 1951, 1952 et 1953 (second en 1950, derrière Robic).. Bien que lâché par Oubron, puis victime d'une chute au dernier tour, Robic parvient à revenir pour remporter la course et devenir champion de France de cyclo-cross.. Il boucle le parcours en , Piot finissant à 19 secondes et Rondeaux à 44 secondes. Cette même année, Jean Robic remporte le cyclo-cross de Montreuil et finit second du Championnat de Paris. Sur la route, associé à son coéquipier Lucien Le Guével de chez Génial Lucifer, il remporte l'Omnium de la route. En , il retourne en Bretagne : d'une part, pour retrouver sa famille à Radenac ; d'autre part, pour participer à plusieurs courses cyclistes organisées dans la région. Il gagne plusieurs courses dont le Grand Prix de Jugon, le . Le lendemain, le , le père de Jean Robic, occupé à abattre des arbres, est grièvement blessé par la chute de l'un d'entre eux. Il meurt peu de temps après, avant même son admission à l'hôpital de Ploërmel. Alors qu'il envisageait de s'installer à Radenac, Jean Robic décide alors d'installer sa mère, là où il loge, à Clamart.
Lors de la saison 1946, Robic remporte plusieurs épreuves de cyclo-cross : le cyclo-cross des Nations, le cyclo-cross de Montreuil (pour la seconde fois) et la première épreuve du Championnat de Paris ; surtout il participe à sa première grande course à étapes, la Ronde de France, mais est contraint à l'abandon lors de la cinquième et dernière étape, à cause de maux de tête chroniques, consécutifs à sa chute sur Paris-Roubaix 1944.. En juillet, il participe à Monaco-Paris, épreuve surnommée « Le petit tour de France » en raison de certaines similarités dans l'organisation comme le fonctionnement en équipes nationales et régionales. Jean Robic n'est pas membre de l'équipe de France (dans laquelle on peut trouver René Vietto ou encore Apo Lazaridès) ; en effet, Robic fait partie de l'équipe régionale de l'Ouest. avec notamment Sylvère Jezo, Amand Audaire ou encore Albert Goutal. Durant cette épreuve, Jean Robic remporte la troisième étape, entre Briançon et Aix-les-Bains en reprenant dix-sept minutes à Vietto, leader au classement général (il le reste à l'issue de cette troisième étape) ; cela permet à Robic de prendre la seconde place au général. Selon Jean Robic lui-même, Vietto . ; il interprète alors l'échappée de Leoni et de Lazaridès comme une entre les équipes de France et d'Italie. Le fait est que Robic n'a et qu'il en gardera une profonde amertume. Néanmoins, outre, sa victoire d'étape et sa troisième place finale au général, Robic obtient la cinquième place de la seconde étape de Monaco-Paris et quatrième de la quatrième étape. Ces bonnes performances en 1946, sont complétées par une cinquième place à la Ronde des champions, une sixième place à Manche-Océan et une au Circuit de l'Ouest.
Saison 1947, la victoire dans le Tour thumb|upright=0.75|alt=René Vietto, avec son vélo, au GP Wolber 1934.|René Vietto, ici au GP Wolber 1934. Il fut maillot jaune durant quinze des vingt-et-une étapes du Tour de France 1947, finalement gagné par Jean Robic.
La saison 1947 de Jean Robic débute par le cyclo-cross : outre celui de Montreuil qu'il gagne pour la troisième fois consécutive., il remporte le critérium international de cyclo-crossLe critérium international de cyclo-cross 1947 est organisé au Luxembourg : il consiste en un circuit de , à faire six fois. devant Rondeaux deuxième (qui lui, s'adjuge le titre de champion de France en février.), ainsi que le cyclo-cross de la Butte-Montmartre qui emprunte les escaliers de la basilique du Sacré-Cœur. Il remporte également la Revanche de L'International et le Cyclo-cross de Montreuil. Son début de saison sur la route est moins flamboyant : comme il le reconnaîtra par la suite dans un entretien paru dans Miroir des Sports, .. Il reconnaîtra également que cette manière de se préparer lui a coûté une place en équipe de France pour le Tour 1947 : Léo Véron, directeur technique de l'équipe de France lui aurait asséné : . Jean Robic est alors retenu dans l'équipe de l'Ouest.. En juin, il obtient toutefois quelques résultats sur la première édition du Critérium du Dauphiné libéré : il remporte une étape et prend la cinquième place du général. Toujours au mois de juin et quelques jours avant le départ du Tour de France, il se marie le à la mairie du avec Raymonde Cornic (fille des patrons du bar « Au Rendez-vous des bretons » situé près de la gare Montparnasse).
thumb|left|upright=0.75|alt=Portrait de Jean-Marie Goasmat.|Jean-Marie Goasmat, coéquipier de Robic sur le Tour 1947 ; il termine à la neuvième place au classement général.