Le roi du Cambodge (en ) est le monarque et chef de l'État du Cambodge. L'actuel royaume est le lointain héritier des royaumes pré-Angkoriens comme le Fou-nan et le Chenla. Il a connu sa plus grande expansion à l'époque de l'Empire khmer, constitué autour de sa capitale Angkor avant d'entrer au dans une période de déclin et d'être progressivement amputé de ses dépendances extérieures puis de nombreuses provinces par ses puissants voisins du nord, le Lan Xang, et de l'ouest, le Siam, et enfin de l'est, l'Annam. Abolie en 1970, la monarchie est restaurée en 1993.
Rôle
Avec l'indianisation de la péninsule Indochinoise à partir du , le monarque, jusqu'alors considéré comme l'incarnation sur terre des génies du sol, devient l'intermédiaire entre ses divinités et ces sujets. À ce titre, c’est lui qui affecte les terrains vacants et gère en dernier recours les conflits fonciers. Il en va de même dans les domaines juridiques où il représente la plus haute instance et législatif où ses déclarations ne font pas seulement office de lois mais aussi de textes sacrés consignés dans des Véda. Toutefois ce pouvoir absolu ne s’applique aux royaumes périphériques inclus dans l’empire khmer que de manière épisodique en fonction du charisme et de la puissance du souverain.
L'avènement du bouddhisme theravāda au introduira un volet moral aux prérogatives royales. Mais contrairement à la doctrine prêchée par Siddhartha Gautama qui veut que les erreurs commises par un mortel soient expiées dans ses vies ultérieures, les actes d’immoralité des souverains déclenchent des cataclysmes dans le royaume. Les monarques doivent alors procéder à des cérémonies de contrition pour calmer la colère des dieux et faire revenir la prospérité sur les territoires où ils règnent s’ils ne veulent pas être déposés.
Le roi occupe de ce fait une place prééminente pour garantir l’harmonie entre les divinités et ses sujets qui en retour lui vouaient, il y’a encore moins d’un siècle, une totale obéissance. Toutefois, si le souverain s'avère incapable de protéger son royaume contre les fléaux de toutes sortes, la dévotion s’estompe rapidement et des prétendants au trône affirmant avoir l'oreille des dieux ne tardent pas à s’affirmer. L'histoire du Cambodge est ainsi émaillée de dépositions de souverains que des observateurs occidentaux pourraient assimiler à des périodes de troubles alors que pour les Cambodgiens il ne s'agissait que de changer un monarque qui, en ne pouvant plus intercéder en leur faveur auprès des dieux, ne remplissait plus son rôle. Pour eux les désordres étaient plus liés aux périodes de vacance du trône qu'à celles où ses titulaires étaient remplacés.
Même si de nos jours la Constitution de 1993 fait du Cambodge une monarchie constitutionnelle élective où le roi , ce dernier continue de jouer un rôle prépondérant dans ces croyances populaires héritées des époques anciennes qui avec le temps se sont superposées sans vraiment s'annihiler et qui sont encore bien vivaces, notamment dans les campagnes.
Toutefois, si le roi conserve une totale immunité, aussi bien sur le plan civil que pénal, il se doit de remplir son rôle dans le respect de la constitution, article 150.
Ainsi, s'il doit être informé de la conduite des affaires publiques et convoque en audience deux fois par mois le gouvernement, article 20, la composition de ce dernier incombe au Premier ministre et doit être approuvée par au moins la moitié des membres de l’Assemblée nationale. Le chef de l’exécutif est bien pour sa part désigné par le souverain, mais la Constitution impose qu'il soit choisi parmi les députés du parti ayant remporté les élections, article 119. Le roi doit également signer tous les , mais ils doivent émaner du Conseil des ministres, de même que la nomination des hauts fonctionnaires.
Concernant l'Assemblée, c'est lui qui la convoque au début de chaque législature, article 82 et il est le seul mandaté à prononcer sa dissolution sur proposition du Premier ministre et après accord de son président, article 78. Il signe également les votés et peut adresser des messages au Parlement qui ne peut faire l’objet d’un débat, article 18.
Il peut aussi saisir le Conseil constitutionnel pour vérifier la conformité d’une loi en projet, article 140 ou déjà adoptée, article 141 ou consulter cet organe – dont il nomme trois des neuf membres, article 137 – pour tout projet de réforme des institutions, article 143, qu’elle soit initiée par le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale ou de son propre chef, article 151.
En tant que commandant suprême des forces armées, article 23, il préside le haut conseil de la défense nationale. À ce titre, il est le seul habilité à déclarer la guerre – après toutefois approbation des deux chambres du Parlement, article 24 – ou l'état d'urgence, après avis du Premier ministre et des présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, article 22.
En politique étrangère, c'est lui qui a la charge de recevoir les lettres de créance des ambassadeurs, article 25 et de signer les traités internationaux une fois ceux-ci ratifiés par les deux chambres, article 26.
Sur le plan judiciaire, en tant que président du Conseil supérieur de la magistrature, article 134, il signe tous les actes des juges et procureurs. Il bénéficie également du droit de grâce ou de commutation des peines prononcées par les tribunaux, article 27.
Le roi décerne également les titres honorifiques (Samdech), article 29 et préside le congrès national qui se réunit une fois par an à l’invitation du premier ministre, article 148, permettant , article 147.
Parmi ses rôles de monarque constitutionnel figure aussi celui d'être l'arbitre , article 9. C’est à ce titre qu’il intervient par exemple après chaque élection législative, lorsque la contestation des résultats crée une crise qui bloque les institutions.
La couronne cambodgienne quant à elle n'est pas héréditaire mais élective. Le nouveau roi est désigné par le Conseil du Trône, de nos jours constitué du Premier ministre, des chefs des ordres Maha Nikaya et Dhammayuttika Nikaya ainsi que des président et vice-présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Conseil se réunit dans la semaine suivant la mort ou l’abdication du roi pour en désigner un nouveau parmi des candidats d’ascendance royale. Durant ce laps de temps, ou en cas de maladie grave du roi attestée par des médecins nommés par le Premier ministre et le président de l'Assemblée nationale, la régence est assurée par le président du Sénat ou, si celui-ci est également dans l’impossibilité d'exercer cette mission, par le président de l'Assemblée nationale, articles 11 à 13.
Royaume du Fou-nan
Dynastie founanaise, dynastie (Vayadhapura)
Ordre Roi Nom personnel Règne 01 Soma Liǔyè 柳葉(Neang Neak) Tôt au 02 Kaundinya I Hùntián 混塡(Preah Tong) 68- fin du 03 Inconnu Hùnpánkuàng 混盤況 04 Inconnu 05 Inconnu 盤盤 début du 06 Srei Meara Fàn Shīmàn 范師蔓 205–225 07 Inconnu 范金生 225 08 Inconnu 范旃 225-240 09 Inconnu 范尋 240-287 10 Inconnu Inconnu après 287 11 Inconnu Tiānzhú Zhāntán 旃檀 12 Inconnu Inconnu 13 Qiáochénrú 僑陳如 -434 14 Chílítuóbámó 持梨陀跋摩 434–435 15 Inconnu Inconnu Inconnu 16 Inconnu Inconnu Inconnu 17 Jayavarman Kaundinya Shéyébámó 僑陳如闍耶跋摩 484–514 18 Rudravarman Liútuóbámó 留陁跋摩 514–550 Guerre Fou-nan-Chenla: 550–627 19 Sarvabhauma Inconnu 550-? 20 Inconnu Inconnu 550–627
Ses successeurs deviennent vassaux du royaume du Chenla. Ils fuient vers l'Indonésie où ils établirent la dynastie Sailendra. À Java : la famille issue des Sailendra, les Sanjaya régna sur Java en fondant le royaume de Mataram au , après avoir renversé la famille régnante à Kalingga pour régner, de 674 jusqu'à sa chute. S'ensuit la fuite de la famille pour fonder Mataram en 732. À Sumatra : Balaputra, prince héritier du royaume de Mataram accède au pouvoir du royaume de Sriwijaya. La dynastie Sailendra de Sriwijaya va subsister jusqu'en 1025, date à laquelle les Chola d'Inde méridionale capturent Sriwijayapura. À Bali : de 914 à 947, menacés par la famille Isyana, les Sanjaya partent pour Bali et fondent la dynastie Warmadewa où ils instaurent l'Hindouisme religion d'état. En 914, Sri Kesari Warmadewa proclame le royaume à Bali. Les Warmadewa deviennent les Jaya en 1133, nom dynastique conservé jusqu'à la mort de Sri Astasura Ratna Bumi Banten en 1337, et la conquête par l'empire de Majapahit en 1343.
Royaume du Chenla Dynastie du Chenla, dynastie (Sambor Prei Kuk)
550-555 : Shruta Varman 555-560 : Shreshtha Varman II 560-575 : Vira Varman 575-580 : Kambuja-raja Lakshmi (reine) 580-598 : Bhava Varman 598-610 : Mahendra Varman 611-635 : Içanavarman 635-657 : Bhava Varman II 657-681 : Jayavarman ជ័យវរ្ម័នទី១ 681-713 : Jayadevî (reine) 602-802, guerre des deux Chenla. 716-730 : Pushkaraksha 730-760 : Shambhuvarman 760-780 : Rajendravarman រាជិន្ទ្រាវរ្ម័ន១ 780-781 : Mahipativarman 781-800 : (Inconnu) En 800, le Cambodge est occupé par les Malais de Java.
Empire khmer
Dynastie du Chenla de Terre, continuité de la dynastie précédente (Vat Phou) 802-834 : Jayavarman II ជ័យវរ្ម័នទី២ 834-877 : Jayavarman III ជ័យវរ្ម័នទី៣ 877-889 : Indravarman ឥន្ទ្រវរ្ម័នទី១ 889-910 : Yaçovarman យសោវរ្ម័នទី១ 910-922 : Harshavarman ហស៌វរ្ម័នទី១ 922-928 : Içanavarman II ឦសានវរ្ម័នទី២ 928-941 : Jayavarman IV ជ័យវរ្ម័នទី៤ 941-944 : Harshavarman II ហស៌វរ្ម័នទី២ 944-968 : Rajendravarman II រាជិន្ទ្រាវរ្ម័ន២ 968-1001 : Jayavarman V ជ័យវរ្ម័នទី៥ 1001-1002 : Udayādityavarman ឧទយាទិត្យវរ្ម័នទី១ 1002-1011 : Jayaviravarman ជយវីរវម៌្ម à Yaçodhapura 1002-1050 : Suryavarman Ier សូរ្យវរ្ម័នទី១ (usurpateur) 1050-1066 : Udayādityavarman II ឧទយាទិត្យវរ្ម័នទី២ 1066-1080 : Harshavarman III ហស៌វរ្ម័នទី៣ 1080-1113 : Nripatindravarman à Angkor 1080-1107 : Jayavarman VI ជ័យវរ្ម័នទី៦ à Mahîdharapura (usurpateur)
Dynastie de Mahidharapurâ, dynastie (Phnom Rung) 1107-1112 : Dharanindra Varman 1113-1150 : Suryavarman II សូរ្យវរ្ម័នទី២ 1150-1160 : Dharanindra Varman II 1160-1166 : Yaçovarman II យសោវរ្ម័នទី២ 1166-1177 : Tribhuvanâditya-Varman mandarin usurpateur 1177-1181 : Occupation par le Champā 1181-1218 : Jayavarman VII ជ័យវរ្ម័នទី៧ 1218-1243 : Indravarman II ឥន្ទ្រវរ្ម័នទី៣ 1243-1295 : Jayavarman VIII ជ័យវរ្ម័នទី៨ 1295-1308 : Indravarman III ឥន្ទ្រវរ្ម័នទី៣ 1308-1327 : Indrajayavarman 1327-1336 : Jayavarman IX ជ័យវរ្ម័នទី៩ Parameçvara 1336-1340 : Neay Trasac Paem Chay (usurpateur) 1340-1346 : Nippean Bat (Nirvana Pada) 1346-1347 : Sithean Reachea (Sidhanta Raja) 1347-1352/1353 : Lampong Reachea (Sri Lampang Raja) 1352-1357 : d'Angkor et occupation par le royaume d'Ayutthaya 1353-1355 : Chau Bassat fils de Ramathibodi roi du royaume d'Ayutthaya 1355-1355 : Chau Baat fils de Ramathibodi roi du royaume d'Ayutthaya (3 mois) 1355-1357 : Chau Kampang Pisey fils de Ramathibodi roi du royaume d'Ayutthaya 1352/1353-1357/1359: Soriyoteï (Sri Suriya Daya) 1357/1359-1366 : Soriyovong ou Sri Suriya Varman 1366-1373 : Barom Reamea ou Paramarama I 1373-1394 : Dhammâsoka Reachea ou Dhammasokaraja 1394-1401 : d'Angkor et seconde occupation par le royaume d'Ayutthaya 1394-1401 : Chau Indraburi Radjadhiraja ou Ento Reachea, fils de Preah Chau Ramaraja Ramaratcha roi du royaume d'Ayutthaya 1401-1417 : Soriyovong II ou Sri Suriyavamsa ou Sri Suriya Varman II 1417-1421 : Barom Soka Reachea ou Parama Sokaraja.
Angkor est officiellement abandonnée comme résidence royale en 1431.
Royaume du Cambodge La liste des souverains du royaume du Cambodge ci-après a été établie à partir des « Chroniques Royales » souvent compilées tardivement jusqu’au . Si les versions des événements qu’elles rapportent sont globalement cohérentes les chronologies enregistrent des différences parfois notables d'une dizaine d'années.