La Deûle (//) est une rivière du nord de la France dont l'essentiel du cours est aujourd'hui canalisé (de Douai à Deûlémont). C'est un affluent de la Lys, donc un sous-affluent de l'Escaut. thumb|Au , Lille est une île (insula) défendue par des fortifications et le château dit de Courtrai (situé près de la porte de Courtrai), qui avait la même vocation défensive que la future citadelle de Lille construite par Vauban et des fossés remplis de l'eau de la Deûle. Dans sa partie amont, elle est encore en partie à l'état naturel et connue sous le nom de Souchez.
Toponymie Le nom de la rivière est mentionné sous la forme Dupla en 1276, évolution phonétique d'un probable *Dubulā, basé sur le celtique (gaulois) dubu-, noir ( breton du, noir, irlandais dubh, noir), c'est-à-dire : « la noiraude »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance..
La Deûle se nomme Deule en néerlandais.
Selon le géologue M. Meugy (1852), autrefois, une partie de la Deûle était nommée « Arbonnoise » ; Essai de géologie pratique sur la Flandre française, par M Meugy, Membre résident, in Mémoires de la Société royale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille ; imprimerie L. Danel, 1852 (Livre numérique Google : ).
Tracé et embranchements thumb|right|Les canaux de la Deûle, de Lens, de la Lys, d'Aire.
La longueur de son cours d'eau est de .
La Deûle prend sa source dans le Pas-de-Calais, un peu au nord de Carency à Ablain-Saint-Nazaire dans le lieu dit Cloquesart, entre dans le département du Nord près de Bauvin (cote 23) pour se jeter dans la Lys à Deûlémont (cote 11,25).
Un important port fluvial y a été construit.
La Deûle sépare le plateau crayeux, qui domine sa rive droite, des sables tertiaires déposés sur sa rive gauche.
On distingue plusieurs tronçons d'amont en aval.
L'amont La rivière prend sa source à Carency et se réunit dans ce village à la rivière Souchez formée de deux ruisseaux, le Carency et le Saint-Nazaire. Cette rivière est canalisée à partir de la limite des communes de Lens et de Noyelles-sous-Lens sous le nom de canal de la Souchez ou de canal de Lens d'une longueur de jusqu'au confluent à Courrières avec le canal de la Haute-Deûle.
La Haute-Deûle La partie du canal de la Haute-Deûle de Courrières jusqu'au confluent avec le canal d'Aire à Bauvin correspond au cours historique de la rivière.
Ce canal qui est un élément du canal Dunkerque-Escaut se prolonge, par ailleurs, à l'est de Courrières jusqu'à Douai en assurant la liaison avec la Scarpe et la Sensée.
En aval immédiat de Lens, le canal présente la particularité d'être aujourd'hui en surélévation par rapport aux terrains voisins, conséquence d'affaissements miniers. Il a dû être rehaussé pour éviter qu'il inonde la zone d'affaissement. Des pompes y rejettent les eaux qui menaceraient d'inonder ces mêmes zones. De Bauvin au port de Lille, la Deûle canalisée est également nommée canal de la Haute-Deûle. Le cours de cette partie a été fortement modifié par d'importants travaux hydrauliques échelonnés sur plusieurs siècles.
La Deûle à Lille
La liaison entre la Haute-Deûle et la Basse-Deûle était assurée depuis 1751 par un canal autrefois dénommé canal de la Moyenne-Deûle, lequel passait devant la Façade de l'Esplanade dans l'actuel « Vieux-Lille ». Ce canal, trop étroit et trop peu profond pour les péniches modernes, a été fermé à la navigation en 1978 et remplacé par une liaison à grand gabarit qui contourne la citadelle de Lille par l'ouest. L'écluse du Grand-Carré a été construite pour cette liaison.
La Basse Deûle vignette|upright|Garder contact en toutes circonstances, entre Lille et la frontière belge. La Basse-Deûle est la partie du canal en aval de Lille jusqu'à la Lys mitoyenne (avec confluence à Deûlémont). Le nom Deûlémont, (d'origine néerlandaise Deulemonde) signifie embouchure de la Deûle. Ce canal reçoit, à Marquette-lez-Lille, la Marque canalisée qui est un élément de la liaison entre la Deûle et l'Escaut par le canal de Roubaix et le canal de l'Espierres.
Historique de la canalisation Premiers aménagements Par les témoignages archéologiquesRévillion S & Hannois P (2003) Vers une archéologie de la vallée de la Deûle (Nord). Revue du Nord, (5), 13-22.Deschodt L, Boulen M, Cercy C & Dessaux N.(2006) Nouvelles données archéologiques sur la Deûle lilloise: d'une crise érosive du IIe s. ap. J.-C. à l'urbanisation du lit mineur. Revue du Nord, (5), 8-31., on sait qu'au néolithiqueWyremblewski E, Masse A & Lehoërff A (2009). Histoire et étude technique d'une collection «perdue». Les bronzes protohistoriques de la vallée de la Deûle (Nord/Pas-de-Calais). Revue du Nord, (5), 39-61. puis à la fin de l'Antiquité, la Haute-Deûle (au sud de Lille) est déjà exploitée par l'Homme, avec un paléopaysage qui laisse supposer des ressources naturelles abondantes, comme en témoignent les études archéopaléontologiques des gisements du Luyot, du Haut de Clauwiers et de l'Épinette qui éclairent la présence humaine de la fin de la période gallo-romaine et du début de l'époque mérovingienneRevillon S & Bouche K (2003) Architecture de terre et de bois dans la vallée de la haute Deûle, de la fin de l'Antiquité au début de l'époque mérovingienne. Apports des gisements du «Luyot», du «Haut de Clauwiers» et de «l'Epinette» à Seclin (Nord). Revue du Nord, 85(353) (résumé Inist-CNRS). Pour diverses raisons pour partie encore mal expliquées, la vallée subit ce que les archéologues ont appelé une crise érosive du apr. J.-C. qui s'est prolongée jusqu'à l'urbanisation du lit mineur Deschodt L, Boulen M, Cercy C, Dessaux N, Gardais C, Oueslati T, ... & Delepierre G (2006) Archéologie de la Métropole de Lille. Revue du Nord, 88(368), 7-125 ([résumé Inist-CNRS]).
La Deûle, encore capricieuse et pleine de méandres a été naviguée au moins dès l'époque gallo-romaine entre Lille et la Lys.
En 1244, Marguerite, comtesse de Flandre, concède l'usage des marais de la Haute-Deûle aux riverains et habitants des paroisses locales. Le lacis de chenaux et tourbières est peu à peu drainé par un canal navigable. La jeune ville de Lille achète alors la Haute-Deûle, et le châtelain fait creuser un canal de Lille à DonPLU de Lille Métropole (version 2004). En 1271 le châtelain Jean III de Lille (mort en 1272 ou 1276), seigneur de Fresnes-Lez-Condé, Blaringhem, Haubourdin et Meulebeeke, et châtelain de Lille, gagne en dot de la comtesse Jeanne de Flandre cette portion de rivière, qu'il achève de faire canaliser de Don à La Bassée, en drainant au passage les marais d'Haubourdin. La Deûle sera ensuite (1693) définitivement connectée à la Scarpe, connectant entre eux plusieurs bassins versants et commençant à devenir un nouveau facteur de fragmentation écopaysagère pour la migration de la faune terrestre. Les eaux de la Deûle alimentent du à la fin du les fossés entourant le château dit de Courtrai construit à Lille par Philippe le Bel dans le contexte des cinq ans de guerre de Flandre (guerre menée par ce roi à partir du pour contrôler le comté de Flandre après avoir en , ). Ce château démantelé en 1577 était la plus grande forteresse construite sous Philippe le Bel
Au début du , la navigation est encore étendue au sud par la canalisation de la Souchez jusqu'à Courrières et la cité drapière de Lens, aux frais des bourgeois de la ville de Lille.
Les projets de Vauban thumb|right|La Deûle à Courrières en 1920. thumb|right|La moyenne Deûle longeant l'Esplanade de Lille aux abords de la citadelle Vauban (2012).
Après que les armées de Louis XIV se furent emparées de Lille (1667), Vauban médita un vaste projet de canalisation inter-bassins afin, non seulement de disposer d'eau pour inonder les fossés de la nouvelle citadelle de Lille, mais aussi de retarder la marche des troupes ennemies en cas de contre-invasion depuis les Pays-Bas. Ce projet comportait : un canal de jonction entre la Scarpe depuis Corbehem et la Sensée à Arleux (terminé en 1690), un canal à bief de partage (aujourd'hui canal de la Haute-Deûle), entre la Scarpe (depuis le Fort de Scarpe) jusqu'à Courrières (terminé en 1693). Le bief de partage étant alimenté par l'Escrébieux, une déviation des eaux de la Deûle à la traversée de Lille depuis l'île Rihour jusqu'à la nouvelle citadelle, créant le « bras de la Barre ». Le canal de la Moyenne Deûle ouvert en 1750 qui supprima le transbordement des marchandises par voie de terre à Lille de la Haute-Deûle à la Basse-Deûle.
La ville de Lille assuma toute la charge de l'entretien de la voie d'eau depuis le fort de Scarpe jusqu'à Deûlémont, et perçut les péages jusqu'en 1798, date à laquelle le Consulat reprit en charge l'exploitation.
Le temps de la tourbe Au cours des derniers millénaires, les marais ont produit dans la vallée alluviale de la Deûle de grandes quantités de tourbe, qui ont été exploitées du Moyen Âge jusqu'à l'avènement du charbon, et même un peu plus tard pour la production de cendres de tourbe vendue comme engrais.
Selon le géologue A. Meugy, vers 1852, il y a peu de tourbe en aval de Lille : , mais la tourbe était abondante dans Lille même ( écrivait Meugy en 1852) et plus encore dans une grande partie du bassin.
Vers 1850 les marais de la Deûle couvraient encore , .
Toujours selon M Meugy (1852) Haubourdin et Emmerin ont intensément exploité la tourbe qui s'est lentement autrefois formée dans les vastes marais de l'ancienne vallée alluviale de la Deûle, En 1850, la tourbe n'est plus exploitée pour le chauffage dans le département du Nord, car l'industrie minière fournit en abondance un charbon vendu à moindre coût.
Le temps du charbon Au , pour améliorer l'approvisionnement en charbon de la ville de Lille depuis le bassin de l'Escaut, un groupe d'investisseurs obtient l'adjudication du canal de Roubaix entre l'Escaut et la Marque, affluent de la Deûle dont le confluent est à Marquette-lez-Lille. En 1880, le gouvernement décide d'homogénéiser les caractéristiques du réseau français au gabarit Freycinet, correspondant au transit des spits flamands, circulant déjà sur les canaux du Nord de la France.
L'aménagement à grand gabarit thumb|Le canal à grand gabarit à Wavrin : le pont du bac, en amont de Lille. thumb|left|Péniche transportant de la ferraille, sortant de l'écluse du Grand-Carré à Lambersart. thumb|left|Transport de charbon par une péniche à grand gabarit (novembre 2014). thumb|Travaux de confortement de berges (près du bois de la Citadelle de Lille, en 2012) avec pose d'une seconde rangée de palplanches.
Par suite des deux guerres mondiales, des dommages consécutifs et des moyens consacrés à la reconstruction, la situation du gabarit n'évolue plus sur la Deûle jusqu'en 1954 : cette année-là, la Conférence européenne de Paris envisage de promouvoir les voies navigables de l'Escaut, la Deûle et la Lys en vue de la navigation des chalands de plus de .
Sur la Deûle, après la reconstruction de l’écluse à grand gabarit de Don (1959), la mise à grand gabarit () de la section Bauvin-Marquette est déclarée d'utilité publique. Les travaux commencent en 1968 par la section les Ansereuilles-Haubourdin, et se terminent avec la construction de la nouvelle écluse du Grand Carré à Lille (1974-1977). Par suite de restrictions budgétaires, les travaux ne se poursuivent de Lille jusqu'à Marquette qu'avec un gabarit réduit de , et ce n'est que par un programme de financement régional (1978-1982) que le gabarit est porté de à entre Marquette et Deûlémont.
Les travaux d'élargissement ne reprennent qu'en 1993 avec la démolition de l’écluse de Deûlémont qui entraîne un abaissement de du plan d’eau à l’amont de la confluence avec la Lys. Après une décennie de travaux, la Deûle a été ouverte au gabarit de à l'aval de Lille en juin 2004.
Transit marchand et touristique