La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) est un parti politique français d'extrême gauche, section française de la Internationale - Secrétariat unifié. Elle a d'abord été connue sous le nom de Ligue communiste (LC) de 1969 à 1973, puis de Front communiste révolutionnaire (FCR) en 1974, avant de devenir la LCR la même année. Le parti se dissout dans le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en 2009.
Activités La LCR participe à toutes les élections nationales à partir de 1997 et s'investit dans le mouvement social ; ses membres militent activement dans les organisations syndicales (en particulier les syndicats CGT, FSU et SUD), dans diverses associations du mouvement ouvrier, dans le mouvement altermondialiste et sont actifs dans maintes autres activités considérées comme liées à la lutte des classes (mouvement des sans-papiers, grèves, comités Palestine, mouvement féministe, luttes LGBT).
Histoire
Origines Jusqu'en mai 1968 : le PCI et la JCR
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) est issue du mouvement communiste trotskiste, anti-stalinien. Elle a succédé en 1974 à la Ligue communiste qui a rassemblé en 1969 des militants de deux entités déjà existantes : le Parti communiste internationaliste (PCI), créé en 1944, dirigé par Pierre Frank, et la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), également « frankiste », créée en 1966 à partir d'une scission, en 1965, de l'Union des étudiants communistes (UEC), à la suite du ralliement au PCI d'un certain nombre de ses militants de l'« opposition de gauche », en particulier Alain Krivine, Henri Weber, Charles Michaloux, Janette Habel. Elle est rattachée à la famille « frankiste » du trotskisme français, opposée à ce titre au lambertisme et au pablisme, tour à tour exclus de la Internationale, et à Lutte ouvrière (LO), qui s'était constituée, après la Seconde Guerre mondiale, en marge de la Internationale.
Section française de la Internationale, le Parti communiste internationaliste (PCI) s'était distingué par son soutien aux luttes de libération nationale en Indochine et en Algérie (soutien au Front de libération nationale organisé par Michel Pablo) ainsi que par son soutien critique à Tito lors de la rupture de la Yougoslavie avec l'URSSSerge Cosseron, Dictionnaire de l'extrême gauche, p. 221.
La Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), créée à l'instigation de Pierre Frank par Alain Krivine, Charles Michaloux, Daniel Bensaïd et Henri Weber, était une organisation de jeunesse trotskiste, qui agissait dans les « trois secteurs de la révolution mondiale » : révolutions anti-coloniales au Viêt Nam et en Amérique latine, mouvements étudiants et luttes ouvrières en Europe, luttes anti-bureaucratiques à l’Est (Tchécoslovaquie)Serge Cosseron, Dictionnaire de l'extrême gauche, p. 173.
La JCR a abordé Mai 68 dopée par ses activités dans la lutte contre la guerre du Viêt Nam — ayant fondé le Comité Vietnam national (auquel les maoïstes de l'UJC(ml) opposent les Comités Vietnam de base) — et son soutien aux mouvements anti-coloniaux.
L'activité de la JCR et du PCI pendant Mai 68 est arrêtée par le leur dissolution par décret gouvernemental, le , dont sont également victimes dix autres organisations d'extrême-gauche"Intellectuels et extrême-gauche : le cas du Secours rouge", par Bernard Brillant, dans " Les années 68 : événements, cultures politiques et modes de vie", le 18 mai 1998 coïncidant avec la création d'un Comité pour la liberté et contre la répression. C'est cette dissolution qui donnera indirectement naissance à la Ligue communiste, lors d'un congrès clandestin début à Mannheim. Une « commission très spéciale » (CTS) est par Henri Weber comme une . Henri Weber explique avoir mis au point un système d'organisation de manifestations clandestines basé sur les « rendez-vous secondaires ». Pour déjouer l'intervention de la police, le lieu de rassemblement n'était communiqué qu'à nos militants qui ensuite le divulguaient aux autres à des « rendez-vous secondaires » convergeant ensuite vers la manifestation. Dès le , deux lycéens de Mai 68, Romain Goupil et Michel Recanati sont associés, en compagnie de Daniel Bensaïd, à une opération-spectacle, asperger de peinture blanche le général Kye, vice-président du Sud-Vietnam en visite officielle à Paris, depuis le toit de l'école Polytechique.
1968-1973 : la ligne guévariste de la Quatrième Internationale thumb|upright|Livre de la ligue communiste, paru en 1972 aux éditions François Maspero / poche rouge.
Mai 1968 a modifié les données de l'ensemble de l'échiquier politique en France, comme ailleurs dans le monde. Charles de Gaulle se retire après le référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, tandis que la gauche cherche à définir une nouvelle politique : pendant les événements de Mai 68, elle est en effet soit débordée (Parti communiste français), soit disloquée (Parti socialiste) et doit donc se reconstruire.
Au congrès d'Épinay dit « de l'unification des socialistes » en juin 1971, François Mitterrand s'allie à Pierre Mauroy et au CERES de Jean-Pierre Chevènement pour proposer ce qu'ils appellent un « Front de classe », à savoir une alliance entre le Parti communiste français, le Parti socialiste et le Mouvement des radicaux de gauche à travers un Programme commun de gouvernement. Signé en 1972 et prônant la rupture avec le capitalisme, celui-ci inclut notamment les nationalisations de certains secteurs industriels et le droit de veto des comités d'entreprise.
Bien que très orienté à gauche, la Ligue communiste considère que ce programme est , le jugeant, certes, comme un programme radical, anticapitaliste, mais pas sur la question centrale qui détermine le reste : l'État. Elle considère également que c'est un programme de . Amenée de fait à se déterminer, la Ligue soutient cependant l'initiative sans soutenir le programme, dans le cadre d'une stratégie dite .
Une minorité se constitue progressivement autour de Gérard Filoche (alias Matti) et Daniel Gluckstein (alias Michael), puis Dominique Losay (alias Letourneau), pour porter l'orientation vers un « Front unique ouvrier ».
À l'élection présidentielle de 1969, la Ligue communiste décide de présenter Alain Krivine, qui, après avoir été libéré de prison après l'été 1969, est en train de terminer son service militaireHervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, II, 1988, 68 sq.. Soutenu par certains mouvements d'extrême-gauche dont Lutte ouvrière et les maoïstes de Vive le communisme, il obtient près de (1,06 %), Jacques Duclos (PCF) obtenant 21,3 % des suffrages. Georges Pompidou est élu président de la République.
Après sa fondation en , par fusion des militants du Parti communiste internationaliste et de la Jeunesse communiste révolutionnaire à la suite de la dissolution des deux organisations par le gouvernement, la Ligue communiste devient la section française de la Internationale. Le groupe « spontanéiste et mouvementiste » de Guy Hocquenghem, André Glucksmann et Françoise Renberg, compagne de Glucksmann et fille de Jeannette Colombel, s'y oppose et quitte la LigueChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 494-498.
Deux ans plus tard, en , le groupe Révolution ! (Isaac Johsua, Henri Maler et Christian Picquet) fait scission en contestant la ligne suivie par la LC au sein du Secours rouge (France), fondé à l'instigation de Jeannette Colombel. Le même mois, la LCR s'est jointe à la Gauche prolétarienne pour l'attaque violente du 9 mars 1971 contre un meeting d'Ordre nouveau au Palais de Sports de Paris, préparée par un tract affirmant n'avoir « pas oublié le massacre de nos frères algériens par les successeurs des nazis lors de la guerre pour l’indépendance de l’Algérie » ni le « mot d’ordre du poète de la Résistance : Par les armes et par le sang, délivrez-nous du fascisme »La violence politique et son deuil par Isabelle Sommier, Presses universitaires de Rennes
Une partie des médias estime que la violence a démasqué des "Anatomie de la violence « révolutionnaire » d’extrême droite, entre dynamique subversive et contre-révolution préventive (1962-1973)", par Nicolas Lebourg, dans la Revue des Sciences sociales, , décembre 2011 et réclame la dissolution tant de la Ligue communiste que d'Ordre nouveau, chez qui une tonne de barres de fer est ensuite saisie lors d'une perquisition. Le , une violente bagarre oppose trotskistes armés et casqués venus de Paris au syndicat patronal CFT de Citroën Rennes, bagarre à l'issue de laquelle trois militants de la Ligue Communiste sont interpellés par les forces de l'ordre"Banaliser un objet socio-historique. Les gauches alternatives dans les années 1968, et leurs devenirs" par Hugo Melchior . Ils seront en reconnus coupables de et condamnés à des peines de prison avec sursis. Après les combats très violents du 9 mars 1971 contre le meeting des néofascistes d'Ordre nouveau, menés sous la direction d'Henri Weber et à l'instigation de ses membres, parmi lesquels Romain Goupil, Olivier Martin, Xavier Langlade ou les faux jumeaux Cyroulnik, la « commission très spéciale » (CTS) créée en 1968 avait été et prenait dorénavant pour cibles les groupes d'extrême-droite et les syndicats patronaux, selon Henri Weber qui en cède le leadership en 1972 à Daniel Bensaïd.
Considérant que avait été une Daniel Bensaïd et Henri Weber, Mai 1968 : une répétition générale ?, Maspero, 1968. par analogie avec la révolution russe (1905/1917), la Ligue communiste cherche à intervenir sur tous les fronts de la lutte et à multiplier les secteurs d'intervention () pour que s'en dégage le parti d'avant-garde qui mènera la révolution. Daniel Bensaïd soutient alors la et critique l', tandis que Gérard Filoche préconise le et l'entrisme dans les partis ouvriers. Janette Habel et Pierre Rousset proposent quant à eux une position intermédiaire, entre activisme de rue et action syndicale et politique. La Ligue communiste signe par ailleurs un protocole d'union avec Lutte ouvrière en 1970, mais le groupe de Hardy annule celui-ci deux ans plus tard.
La ligne politique est finalement arrêtée dans Le Manifeste de la Ligue communiste, qui considère que la France est entrée dans la phase de , et qu'il faut donc créer une « organisation centralisée de la violence » pour guider le prolétariat. Alors que la Quatrième Internationale - Secrétariat unifié, au sein duquel siègent Alain Krivine et Pierre Frank, a adopté depuis 1969 une ligne guévariste de soutien aux focos révolutionnairesChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 129, la Ligue communiste est alors sur une position proche de thèses insurrectionnelles, n'hésitant pas à défendre, malgré quelques tergiversations, la légitimité de la prise d'otages des Jeux olympiques de Munich de 1972Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 121 et 128, s'opposant sur ce point à la Gauche prolétarienne (maoïste).
La Ligue communiste soutient alors certaines actions de guérillas, notamment celles de l'ERP en Argentine (Jean-Pierre Beauvais et Hubert Krivine alias Sandor se rendent sur place et participent à sa fondation), du FPLP-CG au Proche Orient ou de l'ETA en Espagne. Contrairement au groupuscule pabliste de l'Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), qui a officialisé sa rupture avec la Internationale en 1972, la Ligue communiste est alors relativement hermétique aux nouveaux mouvements sociaux, bien que Françoise Filoche monte dès le début des années 1970 une tendance révolutionnaire (« les pétroleuses») au sein du Mouvement de libération des femmes (MLF), et qui sera très active au sein du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) : elle critique en particulier le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), considérant qu'il fait le jeu de la bourgeoisieChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 492, qui cite Rouge , 6 mai 1972. En , la LCR publie dans son périodique Rouge : Benoît Bréville, « Homosexuels et subversifs », Manière de voir , août-septembre 2011, pages 14-17..