thumb|250px|right|La cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux de Moscou.

L'Église orthodoxe russe (en / Russkaïa pravoslavnaïa tserkov) ou patriarcat de MoscouAutre nom officiel de l'institution : УСТАВ РУССКОЙ ПРАВОСЛАВНОЙ ЦЕРКВИ / Официальные документы / Патриархия.ru (en / Moskovskiï patriarkhat) est la juridiction canonique autocéphale de l'Église orthodoxe de Russie et, de fait, d'une partie de la diaspora russe.

Le chef de l'Église porte le titre de « patriarche de Moscou et de toute la Russie » (ou « de toutes les Russies », cette expression remontant à l'époque des principautés russes : il y avait alors plusieurs « Russies » au pluriel, constituant le territoire primaire du patriarcat). Sa résidence est au monastère Danilov à Moscou. Le titulaire depuis le est le patriarche Cyrille. Le Patriarcat de Moscou a choisi de rompre avec le patriarcat de Constantinople et, de ce fait, avec les autres églises orthodoxes qui y sont rattachées lors du Schisme orthodoxe du .

Histoire

Moyen Âge

L'Église orthodoxe russe fait remonter son origine au baptême du prince de Kiev en 988. La légende raconte que Vladimir, voulant choisir une nouvelle religion, envoya des ambassadeurs chez plusieurs peuples pour voir comment ils adoraient Dieu. Le choix se serait porté sur le christianisme byzantin à cause de la beauté du culte. En fait, ce choix avait des raisons politiques et stratégiques. Le siège métropolitain de Kiev fut créé vers 991 sous la juridiction du patriarcat de Constantinople qui nommait le primat. Iaroslav le Sage, le fils et successeur de Vladimir, permit le développement de la nouvelle Église en encourageant la création de nouveaux diocèses et en faisant construire des cathédrales, et surtout des monastères

Du temps des dominations de l'Empire mongol jochides, la hiérarchie orthodoxe russe s'est montrée très conciliante ce qui lui a valu d'être protégée, avec de substantiels avantages financiers,fonciers et d'accéder au titre de tarkhanMarie Favereau : La Horde, 2023, Éd. Perrin, .

Malgré les controverses et les « hérésies » (mouvements protestataires comme les doukhobors, moloques, khlysts, soubbotniks, scoptes ou philippoviens), l'Église russe se consolide au cours des siècles suivants, grâce notamment à l'essor de la vie monastique. Elle marque de plus en plus son indépendance vis-à-vis du patriarcat œcuménique de Constantinople. Ainsi, Jonas est nommé métropolite de Moscou et de toute la Russie en 1448 sans le consentement de Constantinople.

Temps Modernes En 1589, le régent Boris Godounov mène une politique d'indépendance de la Russie et crée le patriarcat de Moscou : l'Église orthodoxe de Russie devient alors autocéphale.

Fédor Romanov, devenu patriarche de Moscou en 1619 gouverne de facto la Russie pendant le règne de son fils , premier tsar de la dynastie des Romanov. Cette dyarchie fait que tous les actes de l'État sont signés par le patriarche et le souverain. Pierre le Grand réinstaure la primauté du politique en supprimant le patriarcat en 1721 (très Saint-Synode)Michel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2015, Éd. Tempus Perrin, .

Époque contemporaine Le patriarcat est rétabli en 1918 à la suite de la chute du tsarisme, car l'Église manifeste un fort désir d'émancipation, mais après la mort du patriarche Tikhon, il faut attendre 1943 pour que le patriarche Serge soit élu. Dans les années suivant la révolution russe de et le coup d'État bolchevik d'octobre, le pouvoir adopte une position clairement anticléricale. On brûle alors des églises et des reliques. La saisie des biens de l'Église est ordonnée en 1934, officiellement pour lutter contre la grande famine. Pendant plus de soixante-dix ans, les autorités politiques de l'URSS ont tenté d'éradiquer la foi orthodoxe, tenue pour responsable de l'aliénation des masses et coupable d'avoir soutenu, durant des siècles, l'empire tsariste. Cependant, la position des autorités soviétiques ne fut pas immuable. Avec la Grande Guerre patriotique qui commence par l'opération Barbarossa en 1941, la politique soviétique vis-à-vis de la religion orthodoxe change : pour souder la population autour du régime, il ne s'agit plus de persécuter, mais d'instrumentaliser l'Église. Celle-ci connaît un nouveau départ avec l'élection d'un nouveau patriarche (le dernier n'avait pas été remplacé à sa mort). Staline s'adresse à la radio aux citoyens en utilisant non plus le terme de (товарищи) mais celui de (братья). Certes, l'emprise de l'Église sur la société reste limitée par rapport à ce qu'elle était autrefois. Mais pratiquer l'orthodoxie ne conduit plus au Goulag et même des membres du Parti et de la Nomenklatura finissent par s'y adonner, notamment après l'instauration de la (гласность : glasnost) et de la (перестройка : perestroïka) en 1985.

Depuis 1990, la foi orthodoxe a repris souffle malgré les conflits auxquels sont confrontées les Églises, longtemps inféodées au communisme, notamment en collaborant parfois directement avec le KGB ("les kaguébistes en soutanes"), puis au nationalisme de la NomenklaturaWalter Laqueur : La renaissance orthodoxe in "Histoire des droites en Russie", , Paris, éd. Michalon, 1996 ..

Près de vingt ans après la chute du régime soviétique, qui rétablit une totale liberté de culte, des milliers d'églises ont été construites ou reconstruites et de nombreux citoyens des pays ex-communistes retournent à la religion. À côté d'une recherche spirituelle, beaucoup d'Orthodoxes voient sans doute dans la religion un retour à leurs racines historiques, l'affirmation d'une culture millénaire des pays slaves de l'est et du sud et des pays roumains, qui n'a pas été effacée par la police politique. Le est fondée la chaîne de télévision Spas (Cпac) dont le principal propriétaire est le Patriarcat de Moscou.

Le titulaire actuel est Cyrille depuis le .

Le mardi , le président Dmitri Medvedev annonce avoir signé la loi sur la restitution des biens de l'Église. La loi prévoit de rendre à l'Église orthodoxe de nombreux monastères et églises souvent transformés en musées. Ce transfert concerne religieux.

En , à la suite de la mobilisation partielle de civils russes le patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou exhorte ses fidèles à rejoindre l'armée pour combattre en Ukraine.

La tradition orthodoxe Convertie à la fin du au christianisme byzantin, la Russie a établi ensuite une tradition religieuse qui est devenue, au fil des siècles, un élément déterminant de son « être au monde ». Une acculturation réussie, une liturgie somptueuse et une spiritualité originale ont contribué à faire de cet héritage un « marqueur d'identité » dont la renaissance est aujourd'hui bien visible, après les sept décennies de persécutions endurées sous le régime soviétique. Les Russes se perçoivent comme appartenant à une « civilisation d'héritiers ». De Bulgarie, ils ont reçu au cours du l'alphabet cyrillique inventé par les Bulgares, saints Naum et Clément d'Ohrid et c'est ainsi qu'ils sont entrés dans la « civilisation du livre ». Les traductions - non seulement celles des œuvres liturgiques mais aussi celles des chroniques et des ouvrages scientifiques - se multiplient ensuite. C'est donc à partir de l'héritage byzantin que les Russes inventent leurs propres concepts politiques, culturels et religieux.

De même que Constantinople ne peut être considérée comme une capitale en rupture avec Rome, Kiev continue vers le nord la tradition byzantine, ce qu'exprime son métropolite HilarionHilarion, auteur du Sermon sur la Loi et la Grâce, devient le premier métropolite d'origine russe. en 1049-1050, probablement à l'occasion de la dédicace de la Cathédrale Sainte-Sophie de Kiev (en , Sobor Sviatoï Sofii ou , Sofiïsky sobor), quand il proclame que celle-ci dans la mesure où elle prolonge Constantinople dans ces trois directions. Une idée reprise lors du transfert du siège métropolitain de Kiev à Vladimir en 1299 puis à Moscou en 1328En 1395, L'icône de la Vierge de Vladimir est transférée à Moscou qui pourra dès lors s'affirmer comme la « troisième Rome »Dans une lettre en 1511, à , le moine de Pskov, Philothée qualifie Moscou de « Troisième Rome ».après que la première sera tombée sous les coups des Vandales au (autre version : tombée pour hérésie en 1054), la deuxième sous ceux des Turcs ottomans un millénaire plus tard.

thumb|Christ en gloire, Évangile du monastère d'Andronikov à Moscou, env. .

Moscou s'inscrit alors dans une perspective eschatologique pour assumer la Révélation. Ce concept est aujourd'hui bien vivant dans la Rome russe qui a retrouvé sa place et sa mission de conduire le peuple de Dieu jusqu'à la Parousie. Les événements de l'Histoire, comme les soixante-dix ans de la période soviétique, sont lus dans le plan humain, ce ne sont que des avatars, comme l'ont été les multiples crises qui ont agité l'Empire byzantin. Le plan de Dieu est ailleurs ; il est dans l'éternité et dans le temps qui verra la Croix « Victorieuse et Vivifiante ». L'orthodoxie devint donc, dès l'origine, l'élément d'identification de la jeune Russie. Dans ce pays dépourvu de limites naturelles, sur cette vaste plaine matrice de la terre russe, de la russkaya zemlia, seule l'orthodoxie a permis de conserver l'unité de cette « terre russe » sacralisée par les représentations collectives qui se sont imposées au fil des générations. Qu'elle soit partagée entre des pouvoirs différents et hostiles, qu'elle soit occupée par des envahisseurs venus des steppes ou de l'Occident, la « terre russe » demeure une car elle est orthodoxe ; elle est pravoslavnaya.

L'art et la liturgie Cette unité de la « terre russe orthodoxe » s'exprime aussi dans un art et dans une liturgie. Dès l'origine, la chrétienté russe a adopté la théologie de la lumière alors condamnée à Constantinople. Tout au long des , le morcellement féodal et la naissance des principautés favorisèrent la création d'évêchés dans chacune de ces entités politiques. Le plan byzantin de la croix inscrite dans un cercle et surmontée de la coupole fut partout adopté, mais l'originalité russe fut de monter des coupoles sur de hauts tambours percés de fenêtres pour permettre à la lumière d'investir le sanctuaire et de participer à la transfiguration du croyant par la lumière divine. La liturgie de saint Jean Chrysostome. la plus répandue, était accompagnée des célèbres chants mélismatiques inventés à Kiev au . Une autre innovation de l'orthodoxie russe est l'Iconostase. La multiplication des églises en bois - dépourvues initialement d'espaces susceptibles de recevoir les icônes dont le culte avait été rétabli en 843 - s'accompagna de l'apparition d'un vaste mur de bois sur lequel on installa peu à peu, à partir du , sept rangées d'icônes. L'iconostase séparait ainsi l'espace divin, réservé aux clercs, de l'espace laïc ouvert aux fidèles. La liturgie se résume alors à un dialogue spirituel entre les fidèles, à la tête desquels se trouve le diacre, et le prêtre célébrant. Elle assure dès lors la liaison nécessaire entre la spiritualité individuelle de chacun et celle de la communauté des croyants dont la prière est portée à Dieu par sa Mère, qui « fait le pont entre le Ciel et la Terre ».

thumb|left|Icône de Notre-Dame de Kazan, 1649 an.