Paul Monjarret, dit Polig Monjarret, est un musicien et collecteur français né le à Pabu et mort le à Ploemeur. C'est un membre du mouvement breton et créateur de la Bodadeg ar Sonerion.
Ses activités se sont aussi portées dans le développement de l'interceltisme, notamment en favorisant la création de jumelages entre des villes bretonnes et des villes irlandaises ou galloises, mais aussi en permettant des échanges culturels via son implication dans le festival interceltique de Lorient ou dans d'autres programmes.
Biographie Enfance et formation Polig Monjarret naît à Pabu en 1920. Il passe une partie de son enfance chez ses grands-parents maternels qui tiennent une cidrerie, et où la langue bretonne est utilisée quotidiennement. Il prend des cours chez les Frères de Guingamp à l'école Saint-Léonardoù il apprend aussi le violon. Il découvre également le scoutisme en 1931 chez les catholiques scouts de France du collège Notre-Dame de Guingamp, et y devient chef de patrouille en 1936. La même année il quitte cette organisation pour rejoindre celle laïque des éclaireurs de France dont il fait partie jusqu'en 1940. Après ses études au collège de Guingamp, il travaille avec son père comme menuisier pendant plusieurs années« Polig Monjarret, une figure bretonne en débat », dans Ouest-France, 10 avril 2011, consulté sur breizh.blogs.ouest-france.fr le 15 avril 2012, avant d'aller étudier à Rennes à l'école de beaux-arts de la ville et où il fréquente aussi le cercle celtique de RennesRonan Gorgiard, L'étonnante scène musicale bretonne, 2008, Éditions Palanstines, .
Seconde Guerre mondiale thumb|Polig Monjarret intervenant lors d'un camp de jeunesse Polig Monjarret pendant la guerre. Au début de l'occupation, il travaille dans un centre de jeunesse à Mordelles, près de Rennes, et apprend à l'époque le breton et le biniou. Il quitte celui-ci en lorsque les dirigeants sont sommés de suivre les idées de la Révolution nationale, consécutif au retour de Pierre Laval au pouvoir en . Il rentre alors chez ses parents à Guingamp, et monte un camp scout clandestin au château de Tonquédec mais celui-ci n'a pas de suite, et il est pour la première fois inquiété par la Gestapo.
Il est approché par Yann Goulet, chef des organisations de jeunesse du Parti national breton, qui y voit une recrue potentiellement intéressante. Son adhésion au groupe lui permet d'échapper au Service du travail obligatoire, et il prend sa carte en . Il adhère même un temps aux Bagadoù Stourm. Il reste inscrit au Parti national breton jusqu'au , date à laquelle il démissionne, à la suite des propos de Yann Goulet dont il dit être « totalement écœuré » . Pendant cette durée, il assiste à cinq ou six réunions du groupe, dirige le groupe de joueurs de biniou, et ne recrute aucun adhérent ; il signe aussi deux articles pour L'Heure bretonne, qui sont, selon lui, réécrits par GouletSans se positionner sur la véracité de cette affirmation concernant la réécriture des articles de Monjarret par Goulet, Kristian Hamon indique que « c'était une pratique courante à L'Heure bretonne »..
Le il prononce à Vannes une allocution lors d'une fête dans laquelle il s'en prend aux politiciens du mouvement breton et appelle à fraterniser avec les Anglais. Il est par la suite recherché par la Gestapo qui lui reproche un « discours anti-allemand et (…) réunion de maquisards », ainsi que d'avoir la majorité de sa famille dans la Résistance. Il se cache dans le grenier de sa fiancée, Zaïg Le Foll ; il l'épouse en cachette le , à Saint-Brieuc et est arrêté deux ou trois jours plus tard. Il est interrogé à Rennes par la Gestapo qui lui demande de donner les noms de membres de sa famille ayant rejoint le maquis et d'intégrer le Bezen Perrot, ce qu'il refuse. Il est alors interné en Allemagne, et arrive à Innsbruck le au bout de 18 jours de transports dans des camions ou des wagons à bestiaux. Il est libéré en et regagne Paris en voiture avec six autres prisonniers ; là il y est démobilisé et prend la route de la Bretagne.
À son retour en Bretagne, il apprend par son père qu'il fait l'objet de recherche par la gendarmerie. Sur le conseil de celui-ci, il se présente le à la gendarmerie de Saint-Brieuc. Il est alors emprisonné à Rennes ; son procès se tient le . Il est relaxé le même jour par la cour.
Après-guerre
Il s’installe avec sa famille en 1947 à Carhaix. Il crée le bagad des cheminots de Carhaix, considéré comme le premier bagad de l’Histoire. En dehors de ses activités liés à la musique bretonne, Monjarret se met en retrait à plusieurs reprises. Il passe ainsi une année à partir d' à Abidjan en Côte d'Ivoire à travailler dans les chantiers de construction navale. À son retour il s'installe à Lorient avant de recommencer peu à peu à s'impliquer dans l'association des sonneurs de binious. À cette époque, ses activités de tapissier l'amènent à travailler pendant quatorze mois à Saint-Nazaire, notamment sur le chantier du France, dont il assure au Havre l'entretien pendant les sept années suivantes des tapisseries, murs et sols.
Il reste échaudé par son expérience politique lors de son passage au Parti national breton pendant la guerre, et reste en dehors de toute politique partisane après celle-ci. Il se montre aussi critique d'autres branches du mouvement breton, déclarant ainsi en 1998 : .
Décès Il meurt le à Ploemeur Polig Monjarret (1920-2003), Bibliothèque nationale de France, consulté sur data.bnf.fr le 19 décembre 2013.
Vie de famille Il a trois filles, Soazig, Gwenola, et Nolwenn. Cette dernière est chanteuse de musique bretonne et a publié plusieurs albums.
Renouveau de la musique bretonne Bagadoù Débuts de la Bodadeg ar Sonerion thumb|Locmaria-Berrien où Monjarret prend conscience en 1942 des spécificités de la musique traditionnelle bretonne. Il acquiert une bombarde auprès du luthier Dorig Le Voyer en 1940 après l'avoir entendu jouer au cercle celtique de Rennes qu'il fréquente à l'époque. Ce dernier lui apprend les bases de l'instrument en se rendant chez lui à Mordelles dans la région de Rennes, et ils forment rapidement un couple biniou-bombarde. À l'occasion d'un mariage en à Locmaria-Berrien, invité par Loeiz Ropars, il prend conscience des différences existantes entre la musique classique qu'il connaît, et la musique traditionnelle, utilisant une gamme naturelle et transmise à l'écoute de musicien à musicien.
Avec Dorig Le Voyer, il commence à envisager la création d'une association regroupant les sonneurs de la région, ce dernier ayant déjà participé à la création d'un groupe semblable dans la région parisienne en 1932La , ou confrérie des sonneurs, dont la création est aussi le fait d'Hervé Le Menn et du membre du Robert Audic.. En il obtient les noms d'une soixantaine de sonneurs et tente de les contacter pour leur faire part de son projet, mais en raison de la guerre ne parvient à en rencontrer qu'un nombre limité. La est effectivement créée en 1943 et officialise son existence à Rennes lors du quatrième congrès de l'Institut celtique de Bretagne le ; Monjarret en devient le secrétaire.
Le développement de l'association doit composer avec les exigences matérielles de la guerre. Début , celle-ci rassemble déjà cent-cinq membres. Monjarret commence dès cette période à se concentrer sur la formation des futurs cadres des groupes, influencé par ses expériences chez les scouts. En il organise ainsi un premier camp-école au Château de Kerriou à Gouezec avec vingt-trois élèves venus de tout le Finistère.
Structuration et développement après-guerre thumb|Le de Glasgow rencontré en 1947 sert d'inspiration pour la création des bagadoù. La relance de l'association se fait dans un contexte compliqué, certaines composantes du mouvement breton ayant participé à la collaboration. L'association est cependant déclarée conforme à la loi de 1901 sur les associations et enregistrée le . Monjarret écrit aux membres que comptait l'association pendant la guerre, n'obtenant qu'une vingtaine de réponses. La BAS se développe et compte plus de trois cents membres à la fin de la même année. En 1947, lors d'un congrès du pendant lequel il est invité à jouer, il voit se produire le de Glasgow qui lui fait forte impression et dont il s'inspire pour mettre en place des bagadoù.
Il déménage à Carhaix en et y fréquente le cercle celtique local. Il propose à ses membres de créer le premier bagad. Il contacte Dorig Le Voyer pour qu'il leur fournisse en priorité ses instruments. Ce premier ensemble rassemble alors des cheminots de la région, la ville étant à l'époque au centre du Réseau breton. Il aide aussi à la création d'autres groupes à l'époque, comme le bagad Kemper en 1949, ou au développement de ceux-ci, comme le bagad de Lann-Bihoué à la fin des années 1950.
Son action se porte aussi sur la création et le développement de concours et de festivals rassemblant ses ensembles. Il aide ainsi en 1947 à relancer le festival de Cornouaille à Quimper qui est alors porté par François Bégot, Pierre Jakez Hélias et Jo HalleguenGrandes fêtes de Cornouaille : 1947-1981, Festival de Cornouialle, consulté sur www.festival-cornouaille.com le 2 aout 2012. En 1953 le festival international des cornemuses est créé à Brest pour fêter le dixième anniversaire de la Bodadeg ar Sonerion dont il est présidentNeuvième édition des Fêtes des Cornemuses à Brest, contexte, Institut national de l'audiovisuel, consulté sur www.ina.fr le 11 juin 2011. Lorsqu'un conflit éclate entre le BAS et la mairie de Brest, il prend contact avec la mairie de Lorient pour y transférer ce festival, ce qui aboutit à la création en 1971 du festival interceltique de Lorient.
Il quitte la BAS en 1982 à l'âge de 62 ans après en avoir été le secrétaire pendant 18 ans, et le président pendant 22 ans.
Collecteur d'airs
Il a laissé une œuvre importante pour le patrimoine musical breton en collectant auprès des musiciens, directement ou via des correspondants locaux, des airs traditionnels. Cette collecte commence à partir de 1946 ; il archive au fil des années près de cinq mille titresPolig Monjarret : après la rue, Quimper lui rend hommage avec une plaque commémorative, Festival de Cornouaille, 29 septembre 2010, consulté sur 2010.festival-cornouaille.com le 2 aout 2012. Les airs qu'il collecte passent par le censeur musical de la BAS, Joseph Le Penven, chargé de départager les airs bretons des autres. Jugeant que celui-ci opère un tri trop rigide, Monjarret conserve rapidement tout ce qu'il collecte. À partir de 1954, il effectue son travail de collecte au moyen d'un magnétophone, suscitant des risques pour leur conservationLes bandes magnétiques qu'il emporte avec lui lors de son année en Côte d'Ivoire sont effacées à la suite d'un orage, principalement dans le Vannetais.
La valorisation de ce patrimoine populaire s’effectue de plusieurs manières. Sa femme Zaïg qui pendant la guerre chante déjà avec ses sœurs dans la chorale de Jef Le Penven en enregistre une partie sur disques, et utilise ce fonds pour son répertoire de chants. Il crée aussi en 1973 le , un concours de chants traditionnels, et participe plus tard à la création du conservatoire de musique traditionnelle à Ploemeur« Polig Monjarret : pose d'une plaque », dans Ouest-France, 17 juillet 2010, consulté sur www.ouest-france.fr le 2 aout 2012. En 1984, il publie , « Musique populaire de Basse Bretagne », recueil de quelque airs qu'il a recueillis en Basse-Bretagne de 1941 à 1953. Un second tome est publié en 2003, réunissant des airs collectés plus tard, ainsi que des airs contemporains et des compositions récentes. Les airs de ce volume sont adaptés au jeu traditionnel par Monjarret lui-même, ainsi que par Josick Allot et par André Le Meut. Des chants de création contemporaines dont les thématiques s'inspirent notamment d'évènements comme la prise de la préfecture de Morlaix, le CELIB ou l'Affaire de Plogoff figurent aussi dans son travail de collecte.
Kendalc'h