L'église Saint-Lucien est une église catholique paroissiale située à Ansacq, commune de l'Oise. Elle suit un plan cruciforme réduit à sa plus simple expression, et réunit une nef romane à un transept et un chœur de style gothique primitif, le croisillon sud ayant toutefois été rebâti entièrement à la période flamboyante. Il n'y a pas de bas-côtés ni de véritable clocher, et le petit clocher en charpente au-dessus de la croisée du transept est dépourvu de cloche. Hormis les baies flamboyantes des murs latéraux du croisillon sud et du chevet, et les vestiges de multiples transformations des ouvertures, le seul élément remarquable de l'église est son portail monumental roman. Il se caractérise par une triple archivolte surmontée de deux frises et richement décoré de divers motifs, tant dans les voussures, sur les chapiteaux que sur les piédroits. La nef est recouverte par de fausses voûtes en plâtre, tandis que transept et chœur sont voûtés sur croisées d'ogives. Ils se signalent par leur construction soignée. L'église fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .
Localisation thumb|left|Vue depuis le cimetière.
L'église Saint-Lucien se situe en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune d'Ansacq. Le petit village est implanté dans une cuvette, et l'église est bâti à flanc de coteau, à la limite orientale de l'agglomération. Elle est entourée de son ancien cimetière, qui est délimité de la rue par un mur de soutènement. L'on y accède par une vingtaine de marches, et il faut gravir cinq autres marches pour entrer dans l'église par le portail occidental. L'édifice est entièrement dégagée d'autres constructions, mais l'élévation septentrionale de la nef et le bras nord du transept sont enclavés dans une propriété privée, et ne sont que partiellement visibles depuis le domaine public. Le chevet est difficile d'accès du fait des accidents du terrain, et la végétation le cache en s'approchant de l'église depuis l'est. Bien que l'église domine nettement le fond marécageux de la vallée, ses parties orientales sont très humides, car le niveau du sol à l'intérieur se situe jusqu'à environ en dessous du niveau du sol à l'extérieur.
Histoire vignette|upright|Approche depuis l'ouest. vignette|upright|Relevés de la nef par E. Woillez, années 1840. vignette|upright|Relevés du portail par E. Woillez, années 1840. vignette|upright|Nef, vue dans le chœur.
Au haut Moyen Âge, Ansacq est le siège d'un château fort, et le village est relativement considérable, sans égaler toutefois l'importance du bourg voisin d'Angy. À l'instar du bourg voisin de Bury, Ansacq est mis à sac par les Normands au . Une partie des terres dépend de la baronnie de Mouchy-le-Châtel, et l'autre partie du comté de Clermont. Vers 1037, Heilon, châtelain de Beauvais, confère le patronage de la cure au chapitre de la , fondée par lui-même en cette année. Le chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais revendique aussi certains droits de patronage au (peut-être, c'est le collateur primitif, sachant que pendant les troubles du , beaucoup de biens ecclésiastiques avaient été usurpés par des seigneurs laïcs, et sont restitués à l'Église dans le cadre d'un mouvement encouragé par la réforme grégorienne). En 1157, l'évêque de Beauvais, Henri de France, doit juger un différend entre les deux chapitres. L'on ignore ses termes exacts, mais il s'agit probablement d'un compromis, car désormais, le chapitre cathédral nomme à la cure d'avril à novembre, et le chapitre Saint-Barthélemy de décembre à mars, soit seulement quatre mois. Sous l'Ancien Régime, la paroisse d'Ansacq relève du doyenné et de l'archidiaconé de l'Clermont..
L'unique publication pointue sur l'église Saint-Lucien remonte aux années 1840, et concerne uniquement la nef romane, étudiée soigneusement par le docteur Eugène Woillez. Il est suffisamment prudent pour ne pas se prononcer sur sa date, car il s'agit d'une nef-grange non articulée, dont les murs gouttereaux sont assez minces, dépourvus de contreforts et de corniche., et dont les fenêtres ne sont pas décorées (à l'exception de peintures murales en ocre rouge., comme à Cinqueux, Mogneville et Rully, visibles dans les combles). Dominique Vermand, qui a étudié les caractéristiques des églises romanes de l'Oise, insiste sur cette difficulté de datation : en l'absence de toutes particularités architecturales, les seuls indices peuvent être fournis par la position et les dimensions des fenêtres, par le type d'appareil et par le mortier employé, les peintures murales n'étant pas nécessairement d'origine. Au , l'appareil est souvent en partie en opus spicatum, comme à Balagny-sur-Thérain, Cinqueux et Ully-Saint-Georges, ou en pastoureaux, petit appareil cubique, comme à Bresles, Hermes et Montmille. Ce n'est apparemment pas le cas à Ansacq (Woillez veut y voir de lopus spicatum, mais on n'en voit actuellement pas). La nef n'est donc peut-être pas beaucoup plus ancienne que le portail occidental et la fenêtre qui le surmonte. La rupture dans l'appareil autour de ces ouvertures semble indiquer leur postériorité au reste des murs. Elles sont en arc brisé, qui, selon Dominique Vermand, fait son apparition dans la région au second quart du . En même temps, les motifs ornementaux sont encore nettement romans, et le rapprochement avec les portails de Bury, Saint-Vaast-lès-Mello, Nointel, etc., permet d'affirmer que le portail d'Ansacq date bien du second quart du ; ..
Le chœur roman, dont l'on ignore tout, est remplacé par un transept et par une abside rectangulaire à la période gothique primitive, mais le croisillon sud est entièrement reconstruit à la période flamboyante. Sur le croisillon nord et l'abside, les contreforts à ressauts, qui s'amortissent par un long glacis pentu ; les rangs de têtes de clous qui surmontent les fenêtres et la corniche de modillons sont caractéristiques de la seconde moitié du , et ressentent encore l'influence romane. À l'intérieur, les chapiteaux de crochets résolument gothiques semblent indiquer une période plus avancée, et concordent avec le style du premier quart du , tandis que le profil des ogives et les clés de voûte sous la forme de très petites couronnes de feuillages évoquent les voûtes d'ogives de la dernière période romane, comme on peut en trouver à Bury, Cambronne-lès-Clermont, Foulangues, Mogneville, Saint-Vaast-lès-Mello, etc. On peut donc envisager une date de construction peu avant ou après 1200.
Louis Graves écrit que la nef aurait été prolongée d'une travée au ., mais il doit s'agir d'une étourderie, puisqu'elle est délimitée par le portail roman à l'ouest, et par le transept gothique à l'est. L'auteur pense sans doute à la reconstruction de la dernière travée de la nef, qui est plus large que la partie ancienne, et montre les traces d'une vaste baie bouchée au sud. D'autres modifications interviennent après la guerre de Cent Ans. Entre 1480 et 1530 environ, le triplet du chevet, dont les traces demeurent bien visibles à l'extérieur, est remplacé par une vaste baie flamboyante. À la même époque, ou un peu plus tard, les baies à l'ouest et à l'est du croisillon sud sont à leur tour repercées, et munies d'un remplage flamboyant. Si l'on suppose que ce remaniement est entrepris sous la même campagne de travaux que la réfection de la baie méridionale et de la voûte du croisillon sud, il devrait remonter aux années 1540 seulement : la baie méridionale est bien en arc brisé, et le profil prismatique aigu des ogives est bien flamboyant, mais le remplage de la baie fait emploi à des formes en plein cintre comme à la Renaissance, et la clé de voûte, qui est un disque entouré d'une corde tressé, arbore une rosace feuillagée caractéristique de la fin du style flamboyantVoir aussi à ce sujet : ..
D'autres modifications apportées à l'édifice ont déjà été supprimées : Woillez mentionne un porche disgracieux ajouté devant le portail occidental en 1619 (ce n'est pas la travée supplémentaire dont parle Graves, un porche n'étant pas considéré comme travée), une petite porte en plein cintre au début du mur gouttereau sud de la nef, un portail gothique dans le mur gouttereau nord de la nef, déjà bouchée à son époque, et surtout les petites fenêtres romanes d'origine, dont la première est plus petite que les trois suivantes, mais pourvue d'un ébrasement extérieur contrairement aux autres. Antoine-Joseph Warmé a encore vu ces mêmes fenêtres en 1873. C'est donc d'une restauration au cours du dernier quart du que datent les fenêtres latérales actuelles de la nef. À la même époque, le plafond horizontal en bois (qui a été rétabli à Rhuis est remplacé par des voûtes d'ogives en briques, recouvertes de plâtre, et munies de clés de voûte et culs-de-lampe en stuc. Des « embellissements » semblables ont dénaturé plus d'une église de la région, dont Balagny, Nointel, Rhuis et Venette. La dernière travée de la nef, reconstruite au , est elle aussi concernée par l'opération. L'église est inscrite monument historique par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy. La vie spirituelle, quasiment éteinte, se limite à deux messes dominicales anticipées par an, célébrées certains samedis à 18 h 30, pendant la période d'avril à octobre. (il n'y a pas d'électricité dans l'église). S'y ajoutent quelques célébrations particulières à la demande des fidèles.
Description Aperçu général vignette|Plan de l'église.
À peu près régulièrement orientée, avec un axe légèrement dévié vers le nord (de 7°) du côté du portail, l'église est de plan cruciforme et se compose d'une nef sans bas-côtés ; d'un transept largement débordant ; d'un chœur au chevet plat d'une seule travée ; d'une grosse tourelle d'escalier polygonale dans l'angle entre croisillon sud et chœur ; et d'un petit clocher en charpente, se dressant au-dessus de la croisée du transept. Il n'y a pas de sacristie. L'intérieur de la nef mesure de longueur et de largeur, pour une hauteur de près de la façade et de seulement à l'est (par rapport à l'ancien plafond de bois), ce qui correspond à une dénivelée de 0,75 m clairement perceptible. La nef est munie de fausses voûtes d'ogives en briques, recouvertes de plâtre. Il y a quatre voûtes pour la partie ancienne de la nef, et une voûte pour la travée rebâtie au , qui est plus large que les précédentes. Cette travée sert aujourd'hui de chœur liturgique. Le transept et le chœur sont voûtés d'ogives. L'église possède quatre pignons, un à chaque extrémité. L'accès s'effectue par le portail occidental de la nef, ou plus couramment par la petite porte au sud de la nef. Subsiste également une petite porte à l'ouest du croisillon sud.
Extérieur Nef vignette|upright|Façade occidentale . vignette|upright|Portail occidental.