Le , un Boeing 747 effectuant le vol Pan Am 103, entre Londres et New York, se disloque au-dessus du village de Lockerbie, dans le Dumfries and Galloway, en Écosse, après l'explosion d'une bombe à bord. D'importantes sections de l'avion s'écrasent sur plusieurs rues résidentielles, provoquant de nombreuses victimes : , seize membres d'équipage, ainsi que onze habitants. Connu sous le nom d'« attentat de Lockerbie », il s'agit de l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire du Royaume-Uni.
À la suite d'une enquête conjointe de trois ans menée par la police locale et le Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis, des mandats d'arrêt sont émis contre deux ressortissants libyens. En 1999, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi remet les deux hommes à la justice après de longues négociations et des sanctions de l'Organisation des Nations unies (ONU). En 2001, Abdelbaset al-Megrahi, officier du renseignement libyen, est emprisonné à perpétuité après avoir été reconnu coupable de de meurtre. Le second accusé, , est quant à lui acquitté par la justice écossaise, faute de preuves suffisantes quant à son implication. En 2009, Megrahi est libéré par le gouvernement écossais en raison de son cancer de la prostate. Il meurt en 2012, seule personne à avoir été condamnée pour l'attentat.
En 2003, Kadhafi accepte d'assumer la responsabilité de l'attaque tout en affirmant ne pas en être à l'origine, et verse des indemnités aux familles des victimes. Cette reconnaissance s'inscrit dans une série de conditions énoncées par l'ONU afin de permettre la levée des sanctions internationales contre la Libye. Cependant, l'affaire reste entourée de nombreuses zones d'ombre, notamment concernant l'éventuelle implication d'autres acteurs. Certaines théories avancent ainsi un rôle de l'Iran, qui aurait commandité l'attentat en représailles à la destruction du vol Iran Air 655 par les États-Unis en , ou encore la participation de groupes palestiniens dans l'exécution de l'opération.
À la suite de l'identification de nouveaux suspects en 2015, les États-Unis annoncent, à l'occasion du de l'attentat en 2020, la mise en accusation d', un ancien officier du renseignement libyen détenu en Libye, qu'ils soupçonnent d'avoir construit la bombe à l'origine de l'attentat. Celui-ci est extradé puis placé en détention aux États-Unis en 2022.
Avion et équipage vignette|L'avion impliqué, sous son appellation d'origine , à l'aéroport international de San Francisco en 1978.|alt=Photo du côté droit d'un avion au sol, légèrement de face, aux couleurs blanches avec une ligne bleue sur le milieu du fuselage, une inscription « Pan Am » à l'avant et le logo circulaire bleu et blanc de la compagnie sur la queue.
L'avion impliqué est un Boeing 747-121 immatriculé N739PA, baptisé après 1979.. Initialement connu sous l'appellation ., il s'agit du Boeing 747 construit et livré en , moins d'un mois après l'entrée en service du premier 747 avec la Pan American World Airways.. . En 1978, sous son appellation d'origine, il apparaît dans , le quatrième épisode de la série documentaire de la BBC .. Propulsé par quatre turboréacteurs Pratt & Whitney JT9D-7A, il cumule de vol au moment de l'attentat. Sa dernière visite de maintenance remonte au , trois semaines avant l'attaque, tandis que sa visite de type C, une inspection annuelle approfondie, est réalisée deux mois plus tôt, le . Selon le rapport de l'Air Accidents Investigation Branch (AAIB), l'avion se trouve .
Le commandant de bord, , âgé de , compte plus de de vol, dont plus de sur 747. L'officier pilote de ligne, , âgé de , cumule un total de de vol, dont plus de sur 747. Enfin, l'officier mécanicien navigant, , âgé de , totalise plus de de vol, dont près de 490 sur 747. L'AAIB résume que .
En plus des trois pilotes, treize membres de l'équipage de cabine sont présents à bord et ..
Déroulement du vol Départ vignette|Le à l'aéroport de Francfort-sur-le-Main en 1986.|gauche|alt=Photo d'un avion de Pan Am vu de trois quart face sur le tarmac gris d'un aéroport. L'avion, en gros plan, est stationné et entouré de bâtiments de faible hauteur, d'un autre avion et d'une forêt en arrière-plan.
Le effectue la liaison de Francfort, en Allemagne de l'Ouest, jusqu'à Détroit, aux États-Unis, via Londres et New York. Comme de nombreuses compagnies aériennes à l'époque, Pan Am a pour habitude de changer le type d'appareil en fonction des escales, tout en conservant le même numéro de vol.. Ainsi, le débute de Francfort à Londres avec un Boeing 727, puis la traversée transatlantique du trajet se déroule à bord d'un Boeing 747.
Le , au de l'aéroport de Londres-Heathrow, les passagers et leurs bagages en provenance de Francfort ainsi que d'autres voyageurs partant de Londres, prennent place à bord du . L'appareil arrive de Los Angeles, après une escale à San Francisco, aux États-Unis. L'avion quitte le terminal à , quatre minutes après son horaire prévu, puis décolle de la droite (27R) à , en route pour l'aéroport international de New York - John-F.-Kennedy. Il prend une direction nord, cap , puis atteint d'altitude () au-dessus du village de Bovingdon, près d'Hemel Hempstead, à environ quarante kilomètres au nord-ouest de Londres. À ce moment-là, les pilotes sont autorisés à monter initialement à (), puis à (), altitude atteinte par l'avion à , trente-et-une minutes après le décollage.
Disparition du contact radar
À , le s'approche du golfe de Solway, puis le traverse à .. L'avion vole à sur un cap à , à une vitesse sol de (). À , le centre de contrôle océanique de Shanwick, situé à Prestwick, en Écosse, autorise les pilotes à traverser l'Atlantique, mais aucune réponse ne lui parvient.. Au même moment, l'avion disparaît du radar secondaire du contrôleur aérien, tandis que plusieurs échos correspondant à de grandes sections de débris apparaissent sur le radar primaire. Le contrôleur tente à plusieurs reprises d'entrer en contact avec les pilotes, sans succès. Dans le même temps, un bruit fort est capturé sur l'enregistreur phonique du poste de pilotage (CVR), juste avant son interruption à . Quelques instants plus tard, un pilote de British Airways, aux commandes d'un vol Londres-Glasgow, se trouvant près de Carlisle, signale aux autorités écossaises la présence d'un important incendie au sol..
Désintégration gauche|vignette|Illustration d'artiste de la section avant du après la désintégration.|alt=Image réalisée par ordinateur montrant, en contre-plongée, la section avant déchirée de l'avion ainsi que plusieurs débris comme des conteneurs à bagages tombant du ciel nuit noir.
vignette|Modèle de l'AAIB montrant les lignes de fracture du fuselage, de l'empennage et des ailes, ainsi que les emplacements des débris au sol :
|alt=Représentation de l'avion vu du dessous avec des couleurs et des lignes indiquant les parties fracturées.
L'explosion perce un trou d'environ cinquante centimètres de diamètre sur le côté avant gauche du fuselage. L'effet de la déflagration se retrouve amplifié par l'importante différence de pression entre l'intérieur et l'extérieur, provoquant une soudaine décompression incontrôlée. Quelques instants après la détonation, la section avant de l'avion ne tient plus au reste de l'appareil que par la rangée de hublots (correspondant à la ligne bleue sur la livrée de Pan Am), ainsi que par la structure de la paroi de la cabine située juste au-dessus et en dessous des hublots. Par la suite, la partie principale du fuselage, située derrière la section avant, subit un brusque changement d'assiette en piqué et un roulis vers la gauche. Ce mouvement provoque la rupture de la rangée de hublots sur le côté gauche sous l'effet des contraintes de torsion et de flexion. La section avant dévie alors vers la droite avant de se détacher complètement de la structure au niveau de la deuxième porte passagers. Quelques instants plus tard, la partie inférieure du nez percute le , provoquant son arrachement de sa nacelle. Ainsi, selon les enquêteurs de l'Air Accidents Investigation Branch (AAIB), .
Au cours de la descente, des débris de la section avant percutent l'empennage, provoquant sa destruction partielle. Le fuselage continue ensuite à descendre jusqu'à (), puis entame un piqué presque vertical, au cours duquel les ailes et les trois moteurs restants se détachent de la structure principale..
Impact avec le sol
Des habitants de Lockerbie, dans le Dumfries and Galloway, en Écosse, rapportent que, peu après , .. Le fuselage arrière, des parties de la soute à bagages, ainsi que trois trains d'atterrissage tombent dans le quartier de , dans le centre de Lockerbie... La structure principale de l'aile s'écrase dans le quartier de , laissant un important cratère d'impact où se trouvaient plusieurs maisons. Les de carburéacteur enflammé par l'impact déclenchent des incendies qui détruisent plusieurs maisons supplémentaires.. Le British Geological Survey, situé à vingt-trois kilomètres, enregistre un événement sismique à mesurant 1,6 sur l'échelle de magnitude de moment, qui est attribué à l'impact.
La section avant, notamment composée du poste de pilotage ainsi que du train d'atterrissage avant, s'écrase sur une colline, près de l'église de Tundergarth, à environ quatre kilomètres à l'est du centre-ville de Lockerbie. Au moment de la désintégration, les vents en altitude soufflant depuis l'ouest à () entraînent une grande dispersion des débris, les plus légers étant emportés jusqu'à la côte est du Royaume-Uni sur une distance de , aussi loin que la mer du Nord.
Victimes Passagers et équipage Les et seize membres d'équipage sont tués, ainsi que onze résidents de Lockerbie. Au total, sur les , 189 sont des citoyens américains et quarante-trois des citoyens britanniques.. Dix-neuf autres nationalités sont représentées, avec quatre passagers ou moins par pays.. Trente-cinq des passagers étaient des étudiants de l'université de Syracuse, dans l'État de New York, aux États-Unis, qui participaient à un programme d'échange et rentraient chez eux pour Noël après un semestre à Londres...
alt=Photo agrandie d'une pierre commémorative grise avec des inscriptions.|gauche|vignette|Plaque commémorative au cimetière de Dryfesdale, à Lockerbie, dédiée à Bernt Carlsson.
Parmi les passagers figure également le commissaire de l'ONU pour la Namibie (alors Sud-Ouest africain) Bernt Carlsson, qui devait assister à la signature des accords de New York pour l'indépendance de la Namibie au siège des Nations unies le lendemain.. Le navigateur olympique irlandais , ainsi que le musicien de rock étaient également à bord... , chef adjoint du poste de la Central Intelligence Agency (CIA) à Beyrouth, au Liban, voyageait aux côtés d'un groupe de spécialistes américains du renseignement... Leur présence a donné lieu à des théories du complot, selon lesquelles un ou plusieurs d'entre eux auraient été visés..
Un passager, , aurait dû se trouver à bord, mais étant resté dans un bar de l'aéroport avec des membres de sa famille, il rate l'embarquement de quelques minutes seulement.. Lorsqu'il se présente à la porte, il aperçoit l'avion derrière les vitres du terminal, en plein repoussage sur le tarmac. Après l'attentat, il est rapidement mis hors de cause par la police.
Résidents de Lockerbie
Onze résidents de Lockerbie dans le quartier de sont tués lorsqu'une section de l'aile frappe une maison au à plus de et explose en créant un cratère de quarante-sept mètres de long et d'un volume de . La propriété est complètement détruite et ses deux occupants sont tués sur le coup. Leurs corps n'ont jamais été retrouvés... Plusieurs autres maisons, avec leurs fondations, sont directement détruites par l'impact, tandis que vingt-et-une autres, trop endommagées, doivent finalement être démolies..