Ferdinand-Philippe d'Orléans, né le à Palerme et mort le à Neuilly-sur-Seine, duc de Chartres puis (1830) duc d’Orléans et prince royal de France. , est le fils aîné de , roi des Français et de Marie-Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles.
Biographie Naissance vignette|gauche|Portrait de Ferdinand-Philippe, âgé de huit jours (1810).
Né à Palerme pendant l’exil de ses parents, il est prénommé Ferdinand, prénom inusité dans la maison d’Orléans, en hommage au roi de Sicile, , son grand-père, et porte à sa naissance le titre de duc de ChartresDans le cercle de famille, il sera toujours appelé Chartres..
Adolescence vignette|redresse|gauche|Le Duc de Chartres tenant un cerceau,Horace Vernet, 1821.Collection privéePortrait par Vernet.
Le jeune prince, qui a trois ans au moment de la chute de , vient en France pour la première fois en 1814 et s'y installe définitivement en 1817. Son père le confie d’abord aux soins d’un précepteur, . À cinq ans, ses facultés intellectuelles semblent plus développées qu'elles ne le sont ordinairement : il parle et écrit en français et allemand, a des notions d'arithmétique, d'histoire et commence le latinArchives nationales, 300 AP 173, notes de la reine Louise, 7.Duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, Souvenirs 1810-1830, texte établi, annoté et présenté par Hervé Robert, Genève, Librairie Droz S.A., 1993, 13.. Puis son père le place au en 1819, voulant qu’il reçoive une éducation libérale, sur le pied de la plus complète égalité avec les autres élèves. Parmi eux, Alfred de Musset et Georges-Eugène Haussmann, avec qui il se lie d’amitié.
Colonel des Hussards thumb|gauche|upright=0.75|Jean Auguste Dominique IngresLe duc d’Orléans (1830),musée national des beaux-arts de Cuba.
Après un voyage en Angleterre et en Écosse en 1819, il va rejoindre à Lunéville le de hussards, dont il vient d’être nommé colonel par (1824) et qui prend pour l’occasion la dénomination de hussards de Chartres.
En 1828 entre dans son administration Adolphe Asseline, son futur secrétaire qui deviendra celui de la duchesse d'Orléans et le conseiller de ses deux fils.
Un prince libéral et populaire En 1830, le prince, qui n'a pas encore vingt ans, est en garnison à Joigny pendant les Trois Glorieuses. Il fait arborer la cocarde tricolore à son régiment, le de hussards (Hussards de Chartres) et l’amène en toute hâte au secours des Parisiens insurgés. Arrêté provisoirement à Montrouge, et bientôt relâché, il entre le dans Paris à la tête de ses hussards de Chartres.
Avec l'avènement de la monarchie de Juillet, il prend le titre de duc d’Orléans et devient prince royal. Son père le fait entrer au Conseil. De tempérament bouillant, le duc d'Orléans critique vertement le temps perdu à écouter palabrer les ministres (appelés familièrement babasses dans le cercle familial) et a de fréquents accrochages avec les doctrinaires, qu’il n’aime pas et vis-à-vis de qui il se veut l’interprète des sentiments de la jeunesse révolutionnaire. C’est pourquoi Casimir Perier exige, lorsqu’il accède à la présidence du Conseil en , que le duc d’Orléans soit exclu du Conseil, auquel il cesse dès lors de participer.
En novembre 1831, le prince royal est envoyé, aux côtés du maréchal Soult, pour réprimer l’insurrection ouvrière de Lyon. Il s’acquitte de cette tâche difficile sans violence et parvient à apaiser rapidement les oppositions. Il y gagne une popularité certaine, que renforce son attitude lors de l’épidémie de choléra de 1832. Il n’hésite pas à se rendre auprès des malades les plus contagieux à l’Hôtel-Dieu, prenant des risques réels puisque Casimir Perier, qui l’accompagne, contracte quant à lui la maladie et en meurt.
Aux yeux du peuple et de la presse, il passe dès lors pour un prince généreux, sincèrement préoccupé du sort des plus démunis, et devient une sorte d’icône pour l’opposition dynastique d’Odilon Barrot, qui voit en lui le seul prince capable de concilier les aspirations démocratiques de la France moderne et l’héritage du passé monarchique.
Une brillante carrière militaire thumb|La prise de la citadelle d’Anvers aux Hollandais en décembre 1832 est l'un des deux principaux faits d’armes du duc d’Orléans. thumb|gauche|Le Duc de Chartres en uniforme de hussard,Horace Vernet (1832).
En 1831, le duc d’Orléans part avec son jeune frère le duc de Nemours, pour aller faire ses premières armes sous les ordres du maréchal Gérard ; cette campagne ne fut guère qu’une promenade militaire. Entrés en Belgique en 1831, les princes s'empressent de visiter la plaine de Jemappes, où leur père a combattu en 1792.
L’année suivante, le duc d’Orléans rentre en Belgique avec le commandement de la brigade d’avant-garde de l'armée du Nord. Le , il est devant la citadelle d'Anvers ; il commande la tranchée dans la nuit du 29 au . À l’attaque meurtrière de la lunette Saint-Laurent, il s'élance sur le parapet au milieu d’une grêle de projectiles de toute espèce pour diriger l’action et stimuler le courage des soldats.
En 1835, lorsque le maréchal Clauzel est renvoyé en Algérie comme gouverneur général, le duc d’Orléans demande à son père comme une faveur de l'accompagner pour combattre l’émir Abd El-Kader. Il participe avec l’armée de Clauzel à la bataille de l'Habrah, où il est blessé, à la prise de Mascara en décembre 1835, puis de Tlemcen en janvier 1836. Il rentre à Paris tout auréolé de gloire militaire.
thumb|240px|En mai 1840, le duc d’Orléans est commandant en chef lors de la bataille du col de Mouzaïa qu’il remporte contre l’émir Abd el-Kader.
À l’automne 1839, le duc d’Orléans repart pour l’Algérie pour réaliser, avec le maréchal Valée, la prise de possession par la France de la partie intérieure du pays, entre Constantine et Alger. Partie de Constantine le , trois jours après le deuxième anniversaire de la prise de la ville, la fameuse chevauchée gagne Alger le en passant par Sétif et le défilé des Portes de Fer. Abd el-Kader y voit une violation du traité de Tafna et déclenche la guerre sainte contre les Français. S’enclenche ainsi une escalade qui aboutira à l’occupation totale de l’Algérie par la France.
En mars 1840, le duc d'Orléans part encore une fois pour l'Algérie, emmenant avec lui le duc d'Aumale, son jeune frère, dont il dirige les premiers travaux militaires. Aux combats de l'Affroun, de l’Oued'Ger, du bois des Oliviers, il est chargé de diriger les dispositions d’attaque à la prise du Teniah de Mouzaïa. Il est rappelé en France après cette campagne.
Ce passé militaire brillant ne fait qu’accroître la popularité et le prestige du duc d’Orléans, qui consacre également ses soins à la réorganisation et à l’agrandissement des forces militaires du pays ainsi qu'à l’amélioration physique et morale des soldats. Il est notamment le fondateur des bataillons de chasseurs en créant à titre expérimental le , avec l'aide de Charles d'Houdetot, une unité d’infanterie spéciale, pour expérimenter de nouvelles tactiques d’infanterie légère, la "Compagnie de chasseurs d'essai", casernée au Fort de Vincennes à Paris d'où leur autre dénomination de "Chasseurs de Vincennes" ou "Tirailleurs de Vincennes". L'essai étant concluant et cette unité ayant fait ses preuves lors de la conquête de l'Algérie, dix bataillons de chasseurs à pied non enrégimentés sont créés le . À la suite de la mort prématurée de Ferdinand-Philippe d'Orléans, leur parrain, tous les bataillons de chasseurs à pied sont renommés le 1842 en "chasseurs d’Orléans", dénomination qu'ils garderont jusqu’à l’avènement de la Deuxième République, en 1848, où ils reprendront celle de "chasseurs à pied".
Ferdinand-Philippe d'Orléans jette aussi les bases d’une Histoire des Régiments, entreprise par ordre du ministre de la guerre, et écrit lui-même en partie celle de deux régiments qui s’étaient trouvés sous ses ordres : Le de hussards (Hussards de Chartres) et le Bataillon des chasseurs de Vincennes.
Le mariage du duc d’Orléans thumb|Franz Xaver Winterhalter, La duchesse d’Orléans tenant son fils, Philippe, comte de Paris (1839), château de Versailles.
Le mariage du duc d'Orléans avait été l'une des grandes affaires politiques de la monarchie de Juillet. . Ce projet ayant naturellement échoué en raison de la chute de la branche aînée et de l’« usurpation » (aux yeux de celle-ci) de la branche cadette, Louis-Philippe est littéralement obsédé, à partir de 1835, singulièrement après l’attentat de Fieschi, par l’établissement matrimonial de son fils aînéSeule duchesse de Maillé a pressenti, dans ses Souvenirs, l’erreur de stratégie dynastique commise par le roi. En effet, observe-t-elle, si le duc d’Orléans vient à mourir jeune après avoir donné naissance à un héritier mâle, la jeune monarchie de Juillet devra affronter les incertitudes politiques d’une régence ; pour elle, la sagesse consisterait à marier d’abord le troisième fils, puis le quatrième, puis le cinquième, et les laisser assurer la descendance, tout en laissant autour du trône plusieurs hommes pour prendre la relève en cas d’accident., alors dans sa vingt-cinquième année.
C’est aussi le moment où la monarchie de Juillet se cherche de nouveaux alliés en Europe, qui lui permettraient de ne pas dépendre trop exclusivement de l'Angleterre (voir l’article : Politique extérieure de la France sous la monarchie de Juillet). Talleyrand, qui vient de renoncer à son ambassade de Londres, brouillé avec le secrétaire d'État britannique des Affaires étrangères Palmerston, pousse en ce sens.
Il envisage d’abord un rapprochement avec la Russie par l’intermédiaire du Wurtemberg. En effet, le roi , veuf de la grande-duchesse Katarina Pavlovna de Russie, a deux filles à marier, les princesses Marie (née en 1816) et Sophie (née en 1818). Mais Dont la sœur a déjà fait un mariage français peu avantageux en épousant Jérôme Bonaparte. décline la proposition, refus d’autant plus humiliant que la princesse Marie contractera une union morganatique en épousant en 1840 le comte Alfred de Neipperg« Nous voyons de singulières choses, écrit à cette occasion la reine Louise à ses parents. Il n’était guère dans les probabilités que cette fille, que le roi de Wurtemberg n’avait pas voulu donner à Chartres, de crainte de lui voir finir ses jours en Amérique, finirait par épouser un misérable petit officier autrichien sans illustration et d’une naissance fort ordinaire ». Alber von Neipperg était le fils d'Adam-Albert, et le beau-fils morganatique de l'impératrice Marie-Louise..
Louis-Philippe envisage ensuite une alliance avec l'Autriche, qui pourrait offrir l’archiduchesse Marie-Thérèse, fille de l’archiduc Charles, née en 1816. La reine Marie-Amélie est très favorable à ce mariage car elle est elle-même fille d’une archiduchesse d’Autriche, la reine Marie-Caroline de Naples. L’archiduc Charles n’est pas opposé à un tel mariage, mais celui-ci se heurte en revanche à deux adversaires déterminés : le prince de Metternich, qui ne veut pas rééditer l’erreur qu’il a faite en négociant le mariage de l’archiduchesse Marie-Louise avec , et l’archiduchesse Sophie, princesse bavaroise, belle-sœur du nouvel empereur , qui domine la cour de Vienne de sa forte personnalité en attendant que son fils, le futur François-Joseph, monte sur le trône impérial.
L’ambassadeur de France à Vienne, le comte de Sainte-Aulaire, qui a été spécialement chargé de préparer le terrain pour le mariage autrichien, ne dissimule pas la difficulté de l’affaire, sans la juger cependant tout à fait impossible. Le nouveau président du Conseil, Thiers, rêve de la conclure et d’apparaître, tel un nouveau Choiseul, comme l’artisan d’un spectaculaire renversement d’alliances en Europe.