Émile-Antoine Bordelles, dit Antoine Bourdelle, né le à Montauban et mort le . au Vésinet, est un sculpteur français.

Biographie Émile-Antoine Bordelles naît sous ce nom le à Montauban (Tarn-et-Garonne)Archives départementales de Tarn-et-Garonne, acte de naissance 462 du .. L'artiste écrit dans une lettre de 1909 : Site mchampetier.com, page sur Antoine Bourdelle, consulté le 9 avril 2025.. L'artiste lui-même signe Dossier de l'ordre de la Légion d'honneur d’Émile Antoine Bordelles, base Leonore..

L'enfance (1861-1874)

Son père Antoine Bourdelle (1820-1906) est menuisier-ébéniste, et sa mère est Émilie Reille (1840-1888), fille de tisserand.. Dès son plus jeune âge, Émile-Antoine préfère le dessin à l'étude, ce que comprend son instituteur. Dès 1874, à l'âge de , il est apprenti dans l'atelier d'ébénisterie. de son père.

Les années de formation (1874-1893) Antoine Bourdelle « fils » développe une précocité étonnante dans la réalisation de ses premiers ouvrages sculptés en bois. Son talent est rapidement repéré par un banquier, Hippolyte Lacaze, qui lui octroie une bourse d'études à l'académie des beaux-arts de Toulouse en 1876.

En 1883, il participe au concours triennal des grands prix municipaux de la ville de Toulouse qui permet au lauréat d'obtenir une bourse pour continuer ses études à Paris. Le sujet imposé est : Télémaque reçu à Pylos par Nestor. Antonin Clau gagne le premier prix face à Bourdelle ; mais convaincus du talent du jeune Bourdelle, les professeurs de l'école des beaux-arts intercèdent auprès des élus de la ville pour lui allouer une bourse : Bourdelle peut ainsi s'installer à Paris à la fin de l'année 1883 ou au début de l'année 1884.

En 1884, Bourdelle est reçu deuxième au concours d'admission à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris avec son Télémaque reçu à Pilos par Nestor. Il entre alors dans l'atelier d'Alexandre Falguière qui lui enseigne une pratique académique et libre. Malgré son premier envoi au Salon des artistes français avec le Buste d'Armand Saintis, il reste indépendant vis-à-vis du système et de ses récompenses.

Membre de la bande à Schnegg, il est l'ami de Gaston et Lucien Schnegg, François Pompon, Jane Poupelet, Léon-Ernest Drivier, Jules Desbois…

En 1885, il exécute plusieurs allégories dont Première victoire d'Hannibal qui reçoit une mention honorable, saluée par la critique au Salon des artistes français. Il décide alors de quitter l'enseignement académique et l'École des beaux-arts ainsi que l'atelier Falguière en 1886.

Il loue un atelier modeste au 16, impasse du Maine à Paris dans lequel il travailla jusqu'à son décès. Cet atelier, après plusieurs extensions, est devenu l'actuel musée Bourdelle.

Pour gagner sa vie, il dessine et vend ses dessins au bureau des vendeurs d'arts parisiens Goupil & . Il travaille aussi chez Théo van Gogh, le frère de Vincent. Sa création prend alors une orientation saturnienne, teintée de mélancolie. Ces œuvres à caractère symbolique, seront exposées lors des manifestations rosicruciennes de 1892 et 1893.

Cependant, le décès de sa mère en 1888 l'affecte particulièrement. Sa grand-mère et sa tante Rose le rejoignent alors à Paris pour pallier cette absence. thumb|Tête d'Apollon, musée d'Orsay.

Les années Rodin (1893-1907) thumb|Bourdelle dans son atelier avec la danseuse américaine Grace Christie en 1925. En arrière-plan, la tête de La France. En 1893, il entre comme praticien dans l'atelier d'Auguste Rodin et participe au concours pour le Monument aux morts de la guerre de 1870 à Montauban, sa ville natale. La première maquette de ce monument, Monument aux combattants et défenseurs du Tarn-et-Garonne de 1870-1871, est présentée en 1896. Mais pour la première fois, Bourdelle fait face à la critique. Les membres du comité chargé du projet l'accueillent très défavorablement. La composition choque car elle rompt avec un académisme figé. Finalement, il obtient cette commande en 1897 grâce à l'intervention de Rodin. Cette même année, il expose aussi pour la première fois à l'étranger, notamment à Nashville dans le Tennessee aux États-Unis.

L'année 1900 est un tournant décisif dans l'œuvre et la carrière de Bourdelle. Elle est marquée par sa participation à l'Exposition universelle. Il exécute également une première version de la Tête d'Apollon, se détachant ainsi de l'esthétique de Rodin et de son inflexion vers la modernité. Avec des surfaces saillantes, des plans nets et une frontalité sévère, il s'inscrit alors directement dans l'héritage de la Grèce archaïque. Il fonde avec Rodin et Jules Desbois une école libre d'enseignement de la sculpture, mais elle ne vivra que très peu de temps.

En 1903, l'arrivée de Cléopâtre Sévastos à Paris, et plus précisément dans son atelier pour y apprendre la sculpture, va bouleverser sa vie sentimentale et artistique.

Il épouse, le , Stéphanie Van Parys (1877-1945), avec le grand critique d'art Élie Faure et Auguste Rodin pour témoins. Leur union donne naissance à Pierre Bourdelle (1901-1966), qui deviendra sculpteur et décorateurPierre Bourdelle, sur ladepeche.fr. et fera carrière aux États-Unis.

La première version de Pénélope, épouse d'Ulysse dans la mythologie grecque, est réalisée en 1905. Plusieurs versions suivront par la suite jusqu'en 1912. Pénélope emprunte les traits de Stéphanie Van Parys pour le visage et la silhouette de Cléopâtre Sevastos. L'œuvre est présentée par la famille Bourdelle-Sevastos comme le témoignage des conflits entre les deux époux, causés par les infidélités de Bourdelle. D'autant que Cléopâtre Sevastos devient en 1905 le modèle explicite de L'Offrande.

Cette affirmation se fonde sur la vie privée du sculpteur et sur un dessin daté de 1908. Dénommé Sevastos devant les Hindous, il représente la jeune élève de Bourdelle déhanchée et un bras sous le menton.

Un dessin similaire daté de 1906, et renommé il y a quelques années Etude pour Pénélope, est également présenté comme une source d'inspiration pour la pose de Pénélope. Or, la première version de Pénélope (Pénélope au fuseau), de1905 présente le contrapposto et la position des bras qui seront repris avec des variations (robe avec ou sans poche, suppression du fuseau) dans les versions suivantes de Pénélope et dans les dessins représentant la jeune maîtresse du sculpteur.

Antoine Bourdelle père disparaît en 1906. Émile-Antoine adopte alors son prénom et en fait le portrait sur son lit de mort. À la suite de cet événement dramatique, Cléopâtre aurait supplanté Stéphanie Van Parys dans le travail et le cœur de l'artiste. Selon les documents du musée Bourdelle, Stéphanie Van Parys a pourtant continué de poser pour son mari après cette date. Le divorce ne sera prononcé qu'en 1910.

Auprès de Rodin, il rencontre Camille Claudel et en 1926, il écrit ces vers en souvenir de son visage :

L'affirmation de son style à la consécration (1907-1924)

De 1907-1909, sollicité à l'étranger, Bourdelle voyage à Genève, Berlin, Varsovie, Prague, et reçoit la commande du Monument à Mickiewicz, sur lequel il va travailler jusqu'à sa mort. Il exécute le buste dIngres, Beethoven dans le vent, Beethoven aux deux mains et le Bélier couché. Mais cela lui permet, surtout en 1909, de terminer ses études autour de la Tête d'Apollon et de réaliser son œuvre principale : Héraklès archer. L'œuvre est auréolée l'année suivante d'un succès public et critique qui vaut à l'artiste la nomination de chevalier de la Légion d'honneur. thumb|Portrait de Stéphanie Van Parys assise, musée Ingres-Bourdelle. En 1910, année de son divorce avec Stéphanie Van Parys, il participe au projet de construction du théâtre des Champs-Élysées (aujourd'hui, au numéro 15 de l'avenue Montaigne), lancé quelques années plus tôt par Gabriel Astruc. Pendant deux ans, il s'occupe de la décoration intérieure et extérieure de ce temple consacré aux arts. Il y mêlera sculptures, bas-reliefs et, pour la première fois dans toute l'Histoire, des fresques directement appliquées sur du béton armé. Pour l'occasion, il se réinvente un peu architecte, achevant les plans abandonnés par Henry Van de Velde. L'inauguration du théâtre, en , représente aux yeux de l'artiste le mariage heureux et durable de l'architecture et de la sculpture.

L'année 1917 est marquée par le décès de son maître et ami Auguste Rodin à Meudon.

Il épouse Cléopâtre Sévastos (1882-1972), le à Saint-Cloud. Ils ont une fille, Rhodia (1911-2002), épouse de Michel Dufetdocantic.com..

Il mène une activité d'enseignement dans l'atelier qu'il dirige à l'académie de la Grande Chaumière, où il a notamment, parmi ses élèves, Germaine Richier, Alberto Giacometti et la sculptrice roumaine Margaret Cossaceanu, qu'il engage ensuite comme collaboratrice dans son atelier de l'impasse du Maine, lui faisant exécuter des agrandissements de certaines de ses œuvres, comme sa Sapho.

Promu officier de la Légion d'honneur en 1919, il réalise au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Vierge et l'Offrande pour un industriel alsacien. L'œuvre a pour modèle son épouse Cléopâtre tenant Rhodia, leur fille, dans ses bras.

Il est le créateur, avec Albert Besnard, et le vice-président du Salon des Tuileries qui ouvre en 1923. Il y expose son Monument à Carlos María de Alvear, érigé à Buenos Aires à la mémoire de l'homme d'État argentin. En 1924, est élevé au grade de commandeur la Légion d'honneurLes insignes de commandeur lui sont remis par Albert Besnard...

Sculpter le mouvement, Bourdelle et Isadora Duncan: La façade du théâtre des Champs-Élysées

vignette|Projet pour la façade du Théâtre des Champs-Élysées Antoine Bourdelle voit Duncan à la Gaîté-Lyrique, où elle se produit en 1909 sur Iphigénie en Tauride de Gluck. Le jour suivant, Bourdelle a déjà réalisé plus de cent-cinquante croquis d’elle : c’est une révélation esthétique, un coup de foudre artistique. Il la prend en modèle pour la façade du théâtre des Champs-Élysées à Paris, réalisée entre 1910 et 1912. Le sculpteur réalise plusieurs bas-reliefs en partie basse de l’édifice, de gauche à droite, cinq allégories des arts : La Sculpture et l’Architecture, la Musique, la Tragédie, la Comédie et La Danse. En partie haute, Bourdelle exécute un ensemble sculpté avec au centre La méditation d'Apollon, encadré de deux panneaux en symétrie : Les Muses accourent vers Apollon. Dans la réalisation de cette commande, le sculpteur prend le théâtre comme un "Temple des Arts" sous la protection d’Apollon, entouré des neufs muses des arts libéraux.alt=La méditation d'Apollon, Les Muses accourent vers Apollon, 1910-1912, Antoine Bourdelle, bas-relief, Théâtre des Champs Elysées, Paris|vignette|292x292px|La méditation d'Apollon, Les Muses accourent vers Apollon, 1910-1912, Antoine Bourdelle, bas-relief, Théâtre des Champs Elysées, ParisLe théâtre des Champs-Elysées est d’ossature de béton mais les bas-reliefs sont en marbre, matériau noble et de prédilection pour les réalisations d’architectures antiques, que Bourdelle garde blanc comme les vestiges qui nous sont parvenus (le Parthénon, le Temple d’Apollon à Bassae...). Il reprend également l’adaptation des figures au support en circonscrivant l’action afin qu’elle demande peu de hauteur mais une longueur importante. Bien que considérées comme un tout, les trois scènes sont séparées par des reliefs non sculptés, mettant en avant la tripartition de l’espace. Cette réalisation est quelque peu hybride puisque s’il s’agissait d'une reprise des métopes de la frise dorique, on aurait attendu des triglyphes plutôt que des reliefs lisses. Bourdelle se place en fin amateur de la Grèce antique et comme Duncan, il réinterprète l’antique à ses fins propres et modernes.