Pierre Fresnay est un acteur et metteur en scène français né le à Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine.
En quarante ans sur les plateaux de tournage, il joue sous la houlette de grands réalisateurs de l’époque, de Maurice Tourneur et Abel Gance à Jeff Musso, en passant par Marc Allégret, Alfred Hitchcock (dans la première version de L’Homme qui en savait trop en 1934) et Henri-Georges Clouzot.
Outre son rôle de Marius dans la Trilogie marseillaise (écrite par Marcel Pagnol), ses compositions dans La Grande Illusion (1937) où il incarne Boëldieu, un aristocrate fier et nostalgique, dans L'assassin habite au 21 (1942) où il campe l'ironique et subtil commissaire Monsieur Wens, ou encore dans Le Corbeau (1943) sont restées dans les mémoires.
Biographie Jeunesse et débuts Né le dans le arrondissement de ParisActe (vue 25/), registre des naissances de l'année 1897 pour le arrondissement sur le site Paris-Archives., Pierre Fresnay — Pierre Jules Louis Laudenbach pour l'état civil — est le fils de Jean-Henri Laudenbach (né en 1855), professeur de philosophie, et de Désirée Claire Dietz (1870-1960).
Il monte sur scène pour la première fois à quatorze ans. Grâce à son oncle maternel Claude Garry, ex-pensionnaire de la Comédie-Française et acteur en vogue de l’époque, il joue un petit rôle dans L’Aigrette, au théâtre Réjane. C'est à cette occasion qu’il choisit son premier nom de scène, Pierre Vernet.
En 1914, il fait son entrée au Conservatoire national de musique et de déclamation, dans la classe de Paul Mounet et de Georges Berr. Un an plus tard, il est engagé à la Comédie-Française. où il interprète le rôle-titre dans Britannicus de Racine. Il fait parallèlement ses débuts au cinéma en 1915 dans France d’abord d’Henri Pouctal.
La Première Guerre mondiale lui fait quitter la scène pour l'uniforme pendant plusieurs années. Incorporé dans l'infanterie le , il sert au front successivement au sein des 156e, 79e et 112e régiments d'infanterie. Nommé caporal puis sergent en , il est promu aspirant le . Détaché à la mission en Haute-Alsace le , il y est employé au service du renseignement civil. Nommé sous-lieutenant à titre temporaire en juin suivant, il est mis en congé illimité de démobilisation le Archives de Paris, D4R1 1984, 3e bureau de recrutement, classe 1917, feuillet matricule n°909 de Pierre Jules Louis Laudenbach..
Carrière Devenu sociétaire de la Comédie-Française en 1924, il en claque la porte en 1927 pour entamer avec Un miracle une collaboration fructueuse avec Sacha Guitry qui s'achève de façon tumultueuse cinq ans plus tard, Fresnay entamant une liaison avec la femme de ce dernier, Yvonne Printemps, sa partenaire sur Frans Hals ou l'Admiration de Guitry.
vignette|gauche|Pierre Fresnay et Marc Allégret en 1931. Il s’illustre notamment dans La Chienne aux yeux de femme, Cyrano de Bergerac, Bloomfield, Cette vieille canaille, Jean III, L'Hermine, L’Idée fixe et Visitation. En 1931, il interprète son premier rôle majeur au cinéma dans Marius, premier volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol créé deux ans plus tôt au théâtre de Paris et transposé à l’écran par Alexander Korda. Il reprend ce rôle dans Fanny (1932) et César (1936).
vignette|Pierre Fresnay et Erich von Stroheim dans La Grande Illusion (1937). En 1934, il joue Armand Duval au côté d'Yvonne Printemps, fraîchement divorcée de Sacha Guitry, dans La Dame aux camélias de Fernand Rivers. Sa diction incisive lui confère dès lors des rôles d’hommes de commandement : officier dans La Grande Illusion de Jean Renoir (1937) et Alerte en Méditerranée de Léo Joannon, en inspecteur dans deux adaptations des romans de Stanislas-André Steeman, Le Dernier des six (1941) et L'assassin habite au 21 (1942), en marquis dans Les Aristocrates (1955). Il interprète aussi des journalistes (La Bataille silencieuse de Pierre Billon, en 1934 et Le journal tombe à cinq heures de Georges Lacombe, en 1942), un bagnard dans Chéri-Bibi, un médecin dans Le Corbeau, un homme d’église dans Dieu a besoin des hommes (1949) et Le Défroqué (1954) et même en saint Vincent de Paul dans Monsieur Vincent (1947). En 1946, il joue un avocat au lourd passé dans Le Visiteur qui revient dans son ancien collège et un gangster qui revient dans le village natal de celui dont il a usurpé l'identité dans Fille du diable. Il est le pasteur et médecin Albert Schweitzer dans Il est minuit, docteur Schweitzer (1952) et professeur devenu concierge d'hôtel dans L'Homme aux clés d'or (1956) aux côtés d'Annie Girardot.
En 1939, il passe à la réalisation avec Le Duel, toujours aux côtés d'Yvonne Printemps. Le film ne sort qu'en 1941. Le couple apparaît à de nombreuses reprises à l’écran et triomphe notamment dans l'adaptation de l'opérette d'Oscar Straus, Trois Valses (1938), créée l'année précédente au théâtre des Bouffes-Parisiens. Ils prennent également la direction du théâtre de la Michodière qu'ils conserveront jusqu'à leur mort.
Sa carrière artistique ne met pas un terme à son parcours d'officier de réserve. Promu lieutenant en 1926, Pierre Fresnay est rappelé sous les drapeaux pendant douze jours en 1938 lors de la Crise de Munich. Promu au grade de capitaine de réserve en , l'acteur est rappelé par l'ordre de mobilisation générale de septembre 1939 et rejoint la place de Metz. Le capitaine Laudenbach est finalement affecté au service militaire des chemins de fer de la 6e région le .
Seconde Guerre mondiale et régime de Vichy Sous le régime de Vichy, Pierre Fresnay adopte une attitude complaisante vis-à-vis de l'occupant allemand. Il prend la direction de la première sous-commission du Comité d'organisation de l'industrie cinématographique (COIC), instance de décision financière et de censure du cinéma au sein du Comité d'organisationS. Added, Le Théâtre dans les années Vichy : 1940-1944., Ramsay, Paris, 1992, .. Cette instance était sous la supervision de la Famille professionnelle des spectacles, organe de contrôle et de développement de l'industrie du spectacle prévu par la Charte du travail dans le cadre de la politique corporatiste voulue par le régime de Vichy. Des collaborateurs notoires, comme Léo Joannon exercent un rôle actif au sein du COIC.
À la Libération, les films qu’il avait tournés sous l’Occupation pour le compte de la firme allemande Continental Films dirigée par Alfred Greven, et sa décoration de la francisque lui valent un séjour de six semaines au dépôt de Paris3, quai de l'Horloge à Paris.Charles Ford, Pierre Fresnay: gentilhomme de l'écran, Paris, France-Empire, 1981 (extraits sur Google livres., jusqu’à ce qu’il soit blanchi pour absence de preuves. George Adam, journaliste communiste écrit alors dans Les Lettres françaises du :
Cette sympathie pour le régime de Vichy semble ne pas être du simple opportunisme lorsqu'en 1950, il adhère à l'Association des amis de Robert Brasillach., homme de lettres connu pour son engagement politique à l'extrême droite et fusillé à la libération.
L'après-guerre Avec en France, Monsieur Vincent de Maurice Cloche, sorti en 1947, reste son plus gros succès au cinémaMonsieur Vincent sur JP Box-Office (consulté le 2 juin 2010).. Campant des personnages sérieux, voire édifiants, dans des films de portée secondaire, dont trois nouveaux films de Léo Joannon, Pierre Fresnay passe au registre comique dans Les Affreux (1959) et dans Les Vieux de la vieille (1960). Il abandonne le cinéma au début des années 1960, pour se consacrer exclusivement au théâtre, principalement dans son théâtre de la Michodière aux côtés d'Yvonne Printemps.
En 1954, il publie ses mémoires, Je suis comédien.
thumb|Tombe de Pierre Fresnay et d'Yvonne Printemps au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 1). En , Pierre Fresnay est victime d'une crise cardiaque qui le plonge dans le coma. Il meurt des suites de problèmes respiratoires à l'âge de 77 ans, le à Neuilly-sur-SeineMaximilien Pierrette, Biographie de Pierre Fresnay, Allociné.fr (consulté le 24 février 2018)..
Dans son autobiographie (My Name Escapes Me), l'acteur britannique Alec Guinness rapporte que Fresnay était son acteur favori Alec Guinness, My Name Escapes Me: The Diary of a Retiring Actor, Penguin, 1998, p.65. ..
Vie privée Pierre Fresnay épouse le Rachel Berendt (1893-1957), condisciple au Conservatoire et comédienne de l’Odéon ; le couple divorce le . Il se remarie le avec Berthe Bovy, comédienne d’origine belge (1887-1977) de dix ans son aînée, rencontrée à la Comédie-Française ; le couple se sépare quelques mois plus tard mais leur divorce ne sera prononcé qu'en 1932.
Il devient ensuite le compagnon d’Yvonne Printemps (1894-1977), de 1932 à sa mort. Ils sont enterrés ensemble au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (division 1).
Pierre Fresnay est l'oncle de l'éditeur Roland Laudenbach (1921-1991), fondateur de La Table ronde, et de l'acteur Philippe Laudenbach (1936-2024).
Théâtre Comédien Comédie-Française Entrée à la Comédie-Française en 1915 Sociétaire de 1924 à 1929 sociétaire
Il apparaît également dans les pièces suivantes entre 1915 à 1927 : Horace de Pierre Corneille, Le Baron d'Albikrac de Thomas Corneille, La Bonne Mère de Florian, L'Insinuation et Ruy Blas de Victor Hugo, Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, Le Dépit amoureux, Les Fâcheux, Les Précieuses ridicules, L'Avare, Le Médecin malgré lui, Tartuffe, Les Femmes savantes et Psyché de Molière, Les Caprices de Marianne, La Nuit de mai, La Nuit d'octobre et La Nuit de décembre d'Alfred de Musset, L'Aventurière d'Émile Augier, Gringoire et Le Baiser de Théodore de Banville, La Marche nuptiale d'Henry Bataille, L'Anglais tel qu'on le parle de Tristan Bernard, L'Hérodienne d'Albert du Bois, Le Luthier de Crémone et Pour la couronne de François Coppée, Mademoiselle de Belle-isle d'Alexandre Dumas, La Princesse Georges d'Alexandre Dumas fils, Primerose de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet, Sans lui de Marcel Girette, Le Joueur d'illusions de Marcel Girette, Le Voyage de monsieur Perrichon d'Eugène Labiche, Le Marquis de Priola et Le Prince d'Aurec d'Henri Lavedan, Les affaires sont les affaires d'Octave Mirbeau, Le Flibustier de Jean Richepin, Mademoiselle de La Seiglière de Jules Sandeau et Les Marionnettes de Pierre Wolff.
Hors Comédie-Française
Metteur en scène 1930 : La Ligne de cœur de Claude-André Puget, théâtre Michel 1935 : Margot d'Édouard Bourdet, musique Georges Auric et Francis Poulenc, théâtre Marigny, avec Yvonne Printemps 1937-1939 : Trois Valses de Léopold Marchand et Albert Willemetz, théâtre des Bouffes-Parisiens puis théâtre de la Michodière 1938 : Le Valet maître de Léopold Marchand, théâtre de la Michodière 1946 : Auprès de ma blonde de Marcel Achard, théâtre de la Michodière 1946 : Le Saint Bernard de Claude-André Puget, théâtre des Bouffes-Parisiens 1947 : Savez-vous planter les choux ? de Marcel Achard, théâtre de la Michodière 1948 : Du côté de chez Proust de Curzio Malaparte, théâtre de la Michodière 1948 : Les Œufs de l'autruche d'André Roussin, théâtre de la Michodière 1951 : Le Moulin de la galette de Marcel Achard, théâtre de la Michodière 1953 : Le Ciel de lit de Jan de Hartog, théâtre de la Michodière 1954 : Les Cyclones de Jules Roy, théâtre de la Michodière 1958 : Père d'Édouard Bourdet, théâtre de la Michodière 1964 : Rebrousse-Poil de Jean-Louis Roncoroni, théâtre de l'Œuvre 1966 : Laurette ou l'Amour voleur de Marcelle Maurette et Marc-Gilbert Sauvajon, théâtre de la Michodière 1967 : Voltige de Philippe Hériat, théâtre de la Michodière 1969 : La Tour d'Einstein de Christian Liger, mise en scène avec Julien Bertheau, Théâtre royal du Parc puis théâtre de la Michodière
Filmographie Cinéma
1915 : France d'abord d'Henri Pouctal 1915 : Quand même d'Henri Pouctal