thumb|Parade de cavaliers allemands devant le Palais royal à Bruxelles, peu après l'invasion (mai 1940). L’occupation allemande de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale () a débuté le quand l'armée belge a déposé les armes face aux forces allemandes et jusqu'à la libération par les Alliés de la Seconde Guerre mondiale entre et . Il s'agit de la deuxième occupation de la Belgique par l'Allemagne en trente ans.

Après la réussite de l'invasion, une administration militaire fut établie en Belgique, mettant le territoire sous le contrôle direct de la . Des milliers de soldats belges furent faits prisonniers de guerre et beaucoup ne furent pas libérés avant 1945. L'administration allemande avait pour tâche de combiner deux objectifs concurrents : maintenir l'ordre tout en extrayant les minéraux du territoire afin de soutenir l'effort de guerre. L'administration était assistée par le service public belge, qui estimait qu'une coopération limitée avec l'occupant réduirait les dommages aux intérêts belges. Les partis fascistes belges en Flandre et en Wallonie, établis avant la guerre, collaborèrent plus activement avec les occupants en aidant à recruter des Belges pour l'armée allemande et occupèrent même le pouvoir vers la fin de l'occupation. La nourriture et le pétrole étaient fortement rationnés et toutes les nouvelles officielles étaient censurées. Les civils belges vivant près des cibles potentielles, comme les croisements de voies ferrées, vivaient sous le danger des bombardements aériens alliés.

À partir de 1942, l'occupation devint plus répressive. Les Juifs subirent des persécutions systématiques et étaient déportés dans des camps de concentration alors que des mesures étaient prises contre une opposition politique potentielle. En dépit de fortes protestations, les Allemands déportèrent des civils belges afin qu'ils travaillent dans des usines en Allemagne. Parallèlement, la résistance intérieure belge, formée en 1940, prit de l'ampleur. Dès 1944, les SS et le parti Nazi gagnèrent plus de contrôle en Belgique, notamment après que le gouvernement militaire soit remplacé en juillet par une administration civile nazie, le . En , les forces alliées arrivèrent en Belgique et traversèrent rapidement le pays. En décembre, le territoire fut incorporé de jure dans le Reich allemand bien que les dirigeants collaborationnistes étaient en exil en Allemagne et que le contrôle allemand sur la région était devenu virtuellement inexistant. La Belgique fut considérée comme pleinement libérée en . Au total, , dont la moitié étaient juifs, ont été tués durant l'occupation et le produit intérieur brut du pays avait diminué de 8 % par rapport à son niveau d'avant-guerre.

Contexte L'Allemagne lance son offensive générale sur l'Ouest le , mettant ainsi fin à la drôle de guerre. En dépit de sa neutralité, les Allemands envahissent la Belgique. Les forces belges sont rapidement vaincues et celles-ci capitulent le . La Belgique est dès lors placée sous l'administration directe des forces d'occupation allemande tandis que le gouvernement belge exilé en Grande-Bretagne décide de poursuivre la guerre.

Administration Fonctionnement

thumb|droite|Territoire de l'administration militaire 1940. Peu après la reddition de l'armée belge, l'Administration militaire de la Belgique et du Nord de la France fut établie sur la Belgique et les deux départements français du Nord et du Pas-de-CalaisLa région du Nord-Pas-de-Calais (dont la population s'élevait à trois millions de personnes) tombait sous la juridiction de l’Oberfeldkommandantur de Lille et donc de l'administration militaire basée à Bruxelles . Alors que la région faisait toujours de jure partie du Régime de Vichy, toutes les lois françaises devaient être approuvées par les Allemands avant d'être mises en œuvre. La structure administrative française fut préservée. Ses frontières avec le reste de la France, le long de la Somme, étaient scellées à tous ceux n'ayant pas d'approbation officielle. L'unification des Flandres françaises avec la Belgique faisait partie d'une tentative idéologique de réunir le Comté de Flandres historique .. L'administration fut basée à Bruxelles. L'Allemagne nazie annexa les cantons de l'Est une région germanophone de la Belgique qui lui a été donnée par le traité de Versailles de 1919. Le gouvernement militaire était placé sous le commandement du général Alexander von Falkenhausen, un aristocrate et soldat de carrière. Sous son commandement, l'administration allemande avait deux unités militaires à sa disposition : la (qui faisait partie de la ) et la Gestapo (qui faisait partie des SS). Le département du gouvernement qui traitait des affaires civiles, le , commandé par le SS-Gruppenführer Eggert Reeder, était chargé des questions économiques, sociales et politiques du territoire.

Avant de quitter le pays en 1940, le gouvernement belge avait installé un ensemble de hauts fonctionnaires, le Comité des secrétaires-généraux, pour administrer le territoire en l'absence de ministres élus. Les Allemands retinrent le Comité durant l'occupation : il était responsable de la mise en œuvre des exigences faites par l'administration militaire. Le Comité espérait remplacer les Allemands dans la gestion des affaires quotidiennes du territoire, permettant ainsi au territoire de maintenir un certain degré d'autonomie. Le Comité espérait également empêcher la mise en œuvre de politiques allemandes radicales, telles que le travail forcé et la déportation. En pratique, le Comité a eu peu d'effet et ne put que mettre en œuvre les politiques demandées par l'Allemagne, ce que, à défaut du Comité, l'administration militaire aurait fait par la force.

En , l'administration militaire fut remplacée par un gouvernement civil (), mené par Josef Grohé. Le territoire était divisé en , augmentant considérablement le pouvoir du parti Nazi et des SS sur le territoire. En 1944, les Allemands furent progressivement forcés de partager le pouvoir et l'administration quotidienne fut peu à peu déléguée aux autorités publiques et organisations belges.

Léopold III

Politiques allemandes Persécution des Juifs

À partir de l'été 1942, la Solution finale est mise en œuvre en Belgique. Pour ne pas braquer l'opinion publique, les Allemands ne s'en prennent habilement qu'aux seuls Juifs étrangers, et exemptent, provisoirement, les Juifs belges de la déportation. Or plus de 90 % des Juifs présents en Belgique en 1940 sont des immigrés. Recevant directement leurs ordres d'Heinrich Himmler, Ernst Ehlers et Kurt Asche organiseront la déportation en Belgique et pour le Nord de la France alors rattaché à leur juridiction.

Les ordres allemands sont relayés au sein de la communauté juive par le biais des représentants de la très controversée Association des Juifs en Belgique, dont ils ont imposé la création (). Les SS profitent aussi de la passivité des secrétaires généraux (chargés de l'administration, en l'absence des ministres partis à Londres), qui n’ont jamais protesté contre les déportations sauf à l'été 1943 lorsque les Allemands raflent et forment tardivement un convoi de Juifs belges (Convoi n° 22B du 20 septembre 1943). Ne disposant eux-mêmes que d'effectifs dérisoires, les Allemands ont besoin pour appliquer leur politique de l'aide des autorités belges. La ville d'Anvers accepte de distribuer les étoiles jaunes obligatoires et prête sa police aux rafles de l'été 1942. Inversement, le bourgmestre de Bruxelles, Jef Vandemeulebroek refuse fermement de collaborer à la persécution, ce qui entraîne son arrestation et sa déportation (dont il reviendra en 1945). Succédant à Vandemeulebroek, Jules Coelst devra, à son tour, s'effacer au moment où les dix-neuf communes de Bruxelles sont unifiées par le gouverneur allemand de la Belgique, Alexander von Falkenhausen, sous un bourgmestre collaborateur de l'ennemi, Jan Grauls. Les conséquences de la résistance bruxelloise à la déportation des juifs sont visibles par comparaison avec la situation dans d'autres villes: entre autres à Anvers, 65 % des Juifs de la métropole sont déportés, contre 37 % de ceux de Bruxelles.

En 28 convois, Juifs de tous âges ont été déportés à Auschwitz-Birkenau depuis le camp de transit installé par les SS à Malines dans la caserne Dossin, l'antichambre de la mort. victimes ont été gazées dès leur arrivée, dont les enfants déportés, les vieillards, les invalides inaptes au travail forcé et une majorité de femmes. Les autres déportés, condamnés à la mort lente par l'enfer concentrationnaire, ont succombé au travail forcé, aux traitements inhumains, à la faim ou aux marches de la mort. À la fin du Reich en , seuls 1203 déportés juifs de Belgique sont encore en vie, soit à peine 5 % de ceux qui sont partisArticles "Déportation", "caserne Dossin" et "Question Juive", in Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, op. cit..

En à peine deux ans, les Juifs de Belgique ont ainsi été exterminés à 44 %. Par ailleurs, le , les nazis déportent depuis Malines 351 Tziganes de Belgique et du Nord-Pas-de-Calais français : 15 seulement reviennent d'Auschwitz-Birkenau. C'est ainsi 70 % de la communauté rom qui a été anéantie d'un seul coupIbidem, article "Tziganes"..

De nombreux résistants juifs et de nombreuses familles belges se dévouèrent pour sauver des Juifs et notamment pour cacher des milliers d'enfants menacés de déportation et d'une mort certaine. À cette heure, la Belgique compte environ 1500 Justes parmi les Nations reconnus par l'Institut Yad Vashem.

Opposition politique

Prisonniers de guerre

Population belge durant l'occupation Rationnement

Les vraies restrictions entrèrent en vigueur le . Les Belges pouvaient alors recevoir par jour de pain, de pommes de terre et de viande. Cela représente 1350 calories, au lieu des 2700 d’avant-guerre et des 2000 jugées nécessaires. Les Belges, privés de pain se rabattirent sur les pommes de terre. Cependant, celles-ci vinrent à manquer à cause, entre autres, des prélèvements organisés par l’occupant.

À cette époque, les gros problèmes alimentaires ne se faisaient pas trop sentir. En effet, les fruits et le sucre étaient encore abondants.

Pour pallier le besoin des plus démunis, le « Secours d’hiver » fut créé le .

Après un certain temps, le rationnement devint un souci majeur. La pénurie se faisait sentir. Cette situation donna naissance à un marché parallèle où le Belge qui en avait les moyens pouvait trouver de quoi compléter des rations insuffisantes. Au marché noir, on pouvait trouver : de la viande à 100 ou 150 BEF le kg (35 BEF au cours officiel) ; du sucre à 50 BEF (7,90 BEF au cours officiel) ; du beurre à 120 BEF (41 BEF au cours officiel) ; un pain à 50 BEF (2,88 BEF au cours officiel) ; de pommes de terre à 11 BEF (2,45 BEF au cours officiel).

Le salaire moyen de l’époque était de 2500 à 3000 BEF par mois.

Il y eut plusieurs sources à ce trafic : ceux qui avaient droit à des rations supplémentaires et qui les revendaient, les trafiquants qui copiaient ou dérobaient des tickets de rationnement, les entreprises qui offraient des primes en nature, etc. Les agriculteurs et les éleveurs furent également une cause importante du marché noir. Ceux-ci revendaient (à prix d’or) leur surplus de marchandises. Les promenades à la campagne devinrent donc régulières pour les citadins.