La Nandinie, appelée localement sous le nom de Chat-huant, est un mammifère carnivore Féliformes originaire d’Afrique. Originellement considérée comme faisant partie de la famille des Viverridés, d’où son ancien nom un peu erroné de « Civette palmiste africaine », des études génétiques ont démontré que la Nandinie à deux marques (Nandinia binotata) était non seulement la seule espèce de son genre Nandinia, mais aussi la seule espèce de toute sa famille Nandiniidés (Nandiniidae) et aussi de sa Super-famille Nandinioïde (Nandinioidea) faisant de ce mammifère un isolat génétique unique au sein des carnivores.
C’est un animal semblable à un chat ou une civette, possédant une tête ronde surmontée de petites oreilles, de courtes pattes, ainsi qu’un corps allongé, terminé par une queue longue et souple de même longueur. Un individu adulte pèse environ entre 1,7 et
Cet animal, généralement solitaire et nocturne, vit dans les vastes zones boisées situées une grande partie de la partie centrale du continent africain, longent les côtes de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’à l’extrémité orientale de l’Afrique de l’Est, passant par la partie septentrionale de l’Afrique centrale. La nandinie a un régime alimentaire omnivore composé de rongeurs, d’oiseaux, d'insectes, d'œufs, de carcasses et de fruits.
Dénominations Nom scientifique valide : Nandinia bionotata (Gray, 1830) ; Nom normalisé anglais : African palm civet ; Noms typiques et recommandé en français : Nandinie ; Noms vulgaires : Nandinie à deux marques (nom technique), Civette palmiste africaine (erroné) ; Noms vernaculaires locaux : Chat-huant (en Afrique francophone).
Taxonomie et évolution
Histoire de la classification vignette|gauche|Illustration de Paradoxurus hamiltonii dans le deuxième volume de The Indien Zoologie de Thomas Hardwick, entre 1833 et 1834. En 1830, John Edward Gray décrit scientifiquement l’espèce sous le nom de Viverra binotata, la classant alors parmi les Viverridés à partir d'un spécimen du musée de Leyde. En 1832, il déplace l'espèce vers le genre Paradoxurus (Paradoxurus? binotatus), suggérant une parenté avec les Paradoxurinés.
En 1843, Gray propose finalement le genre monotypique Nandinia pour cette espèce. Cependant, durant une grande partie du et du , elle reste rattachée à la famille des Viverridés, soit au sein de la tribu des Paradoxurina, soit dans sa propre sous-famille, les Nandiniinae.
Un tournant majeur survient en 1929 lorsque Reginald Innes Pocock propose la création de la famille des Nandiniidae, dont la Nandinie est l'unique membre. Il fonde sa décision sur des caractères morphologiques distinctifs, notamment la structure du conduit auditif, dont la partie antérieure reste cartilagineuse même chez l'adulte, et la forme de la partie mastoïdienne de l'os temporal. La confusion taxonomique prolongée s'explique par le fait que la Nandinie a conservé de nombreux traits ancestraux de carnivores, à savoir des caractères plésiomorphes, et présente des convergences morphologiques avec les civettes et les linsangs.
Évolution et phylogénie Les analyses de génétique moléculaire moderne confirment que la Nandinie est le carnivore le plus isolé génétiquement. Elle constitue à elle seule une lignée indépendante au sein des féliformes et est considérée comme le groupe frère de tous les autres membres de ce sous-ordre, regroupés dans les taxons Feloidea et Viverroidea.
Sa divergence avec les autres féliformes est estimée selon les études entre 44,5 et 34 millions d’années avant notre ère. La séparation survenue il y a environ 34 millions d’années correspond à une période de refroidissement global majeur à la transition Éocène-Oligocène. Alors que les lignées plus modernes de féliformes se sont adaptées à des végétations plus ouvertes, la Nandinie est restée fidèle à son habitat forestier et arboricole ancestral.
Le cladogramme ci-dessous illustre la position basale de la Nandinie parmi les féliformes :
Génétique Le caryotype de la Nandinie se compose d'un ensemble diploïde de 38 chromosomes (2n=38, FN=66). Des analyses approfondies ont permis de décoder l'intégralité de son ADN mitochondrial, qui se compose de . Ce génome contient 37 gènes typiques du génome des mammifères : 13 gènes codant pour des ARN messagers (protéines), 22 pour des ARN de transfert et deux pour des ARN ribosomiques. Ces spécificités génétiques confirment l'isolement de la lignée des Nandiniidae, qui s'est séparée des autres féliformes peu après l'émergence du groupe des carnivores.
Sous-espèces Selon la coloration du pelage et la répartition géographique, quatre sous-espèces sont distinguées au sein de l'espèce :
Nandinia binotata binotata : la forme nominative est répartie de la Gambie jusqu'à la république démocratique du Congo et sur l'île de Bioko dans le golfe de Guinée. Nandinia binotata arborea : cette sous-espèce vit au Kenya, au Soudan du Sud, dans le nord de la Tanzanie et en Ouganda. Elle se caractérise par des bandes nucales étroites, une partie inférieure du corps dépourvue de taches et des anneaux fins sur la queue. La description initiale de ce taxon a été établie à partir d'un spécimen mâle collecté près de Kisumu, dans ce qui était alors l'Afrique orientale britannique. Nandinia binotata gerrardi : La Nandinie de Gerrard ; cette sous-espèce est présente au Malawi, au Mozambique, dans le sud et l'est de la Tanzanie, le nord-est de la Zambie, l'est du Zimbabwe et sur l'île de Zanzibar. Elle se distingue par l'absence de bandes sombres sur la nuque, un corps seulement légèrement tacheté et des anneaux caudaux très étroits et nettement délimités. Les deux spécimens ayant servi à la description ont été collectés par John Kirk lors de la seconde expédition de David Livingstone. Nandinia binotata intensa : cette forme vit en Angola, dans le sud de la république démocratique du Congo et le nord-ouest de la Zambie. Elle possède un pelage globalement plus roux et plus clair, sur lequel les taches noires ressortent de manière très marquée.
Description
Dimensions, forme et poids 125px|vignette|droite|Paumes de pattes antérieures et postérieures de Nandinie. La Nandinie présente un corps svelte et allongé soutenu par des membres courts et vigoureux. Sa tête est caractérisée par une forme large, dotée d'un museau pointu se terminant par une truffe brun foncé, et porte des oreilles courtes à base large avec des sommets arrondis. Ses yeux possèdent une iris dont la couleur varie du brun à l'orange. L'animal est plantigrade avec des pelotes plantaires bien développées et possède cinq griffes partiellement rétractiles à chaque patte. Elle se distingue morphologiquement de tous les autres féliformes par la pilosité spécifique de la plante de ses pieds située entre les pelotes plantaires et les orteils, ainsi que par un écartement inhabituel entre les pelotes du troisième et du quatrième doigt. Pour la communication et le marquage, elle dispose de glandes odoriférantes situées sur le menton, la plante des pieds et le bas de l'abdomen, ces dernières produisant un liquide musqué jaunâtre.
En termes de dimensions, la Nandinie affiche une longueur tête-corps comprise entre , complétée par une queue mesurant de . Son poids total varie généralement de selon les individus et les régions. Un léger dimorphisme sexuel est observable, les mâles étant globalement plus imposants que les femelles. Ces dernières atteignent une longueur corporelle de pour un poids de , tandis que les mâles adultes mesurent de et pèsent entre .
Anatomie crânienne et dentaire vignette|gauche|Crâne et mandibule de Nandinie collectée par l’expédition du musée américain du Congo entre 1922 et 1925. |238x238px
Le crâne de la Nandinie présente des caractéristiques morphologiques uniques qui le distinguent de tous les autres membres du sous-ordre des féliformes. La particularité la plus notable réside dans la structure de sa bulle tympanique, dont la partie antérieure demeure cartilagineuse, même chez les adultes, alors qu'elle est entièrement ossifiée chez les autres familles de carnivores apparentées. Le conduit auditif n'est pas divisé et se termine également par une structure cartilagineuse, une spécificité qui a historiquement justifié sa classification dans une famille distincte. D'un point de vue structurel, la région du museau est nettement allongée, tandis que les arcades zygomatiques sont relativement larges et la crête sagittale, bien que fines, apparaît surélevée sur le sommet du crâne.
En ce qui concerne sa dentition, la Nandinie possède un total de 40 dents. Sa formule dentaire se compose, pour chaque demi-mâchoire supérieure et inférieure, de trois incisives, une canine, quatre prémolaires et deux molaires. Bien que cette configuration soit la norme pour l'espèce, il arrive que la deuxième molaire soit absente chez certains individus. Les dents sont adaptées à son régime omnivore à forte tendance frugivore, avec une structure crânienne permettant une mastication efficace des matières végétales tout en conservant la capacité de saisir et de tuer de petites proies. Cette combinaison de traits crâniens ancestraux et de spécialisations propres sont des éléments montrant sa position phylogénétique basale au sein des féliformes.
Couleur du pelage vignette|Pelage de Nandinie. Le pelage de la Nandinie est constitué d'un poil court, particulièrement dense et d'apparence laineuse. Sa coloration dominante oscille entre le gris-brun et le brun foncé sur la partie supérieure du corps, tandis que la face ventrale affiche une teinte nettement plus claire, allant parfois jusqu'au blanchâtre. Cette robe offre un camouflage extrêmement efficace, le rendant invisible sur l'écorce des arbres dans son habitat forestier. Bien que l'albinisme demeure une condition extrêmement rare, on note une très grande variabilité régionale et individuelle dans la teinte de fond ainsi que dans la précision des motifs noirs ornant le pelage.
Les motifs de la robe sont caractéristiques, avec un dos marqué de nombreuses taches sombres réparties de façon irrégulière. Le long de la nuque, on observe trois à cinq bandes longitudinales foncées, tandis qu'une tache blanchâtre ou jaunâtre très nette orne chaque épaule, une caractéristique visuelle marquante de l'espèce. La tête porte également une petite marque sombre située derrière chaque oreille. La queue, qui est plus longue que le tronc et très touffue, est ornée de 9 à 15 anneaux sombres qui, dans la majorité des cas, ne sont pas fermés sur leur partie inférieure. Distribution et habitat gauche|vignette|Une Nandinie, couchée sur une branche. La Nandinie occupe une vaste aire de répartition qui traverse la majeure partie de l'Afrique subsaharienne. On la rencontre depuis la Guinée et le Sénégal à l'ouest, jusqu'au Soudan du Sud à l'est, et vers le sud jusqu'en Angola, au Zimbabwe et au Mozambique. Bien qu'elle soit principalement inféodée aux forêts tropicales humides de basse altitude, elle fait preuve d'une grande plasticité écologique. Elle fréquente ainsi une grande variété de milieux boisés, notamment les forêts décidues, les forêts-galeries, les forêts riveraines, ainsi que les savanes arborées et les forêts ayant subi une exploitation forestière. Dans certaines régions montagneuses, comme au Cameroun ou en Tanzanie, l'espèce a été enregistrée à des altitudes atteignant .