Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum () dit Voline (), né le à Voronej (Empire russe) et mort le à Paris, est un poète et militant libertaireDomenico Tarizzo, L'anarchie: histoire des mouvements libertaires dans le monde, Seghers, 1978, , 207, 224, 240, 322. russe, théoricien de la synthèse anarchiste.

Lors de la révolution russe de 1905, il est parmi les fondateurs du premier soviet de Saint-Pétersbourg. En 1918, il est mandaté par la Confédération des organisations anarchistes d'Ukraine pour rédiger un programme visant à réunir les communistes libertaires et les anarcho-syndicalistes. En 1919, il combat les bolcheviks dans les rangs de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne de Nestor Makhno, avant d'être condamné à mort par Trotski puis finalement banni par le nouveau pouvoir soviétique.

Avec Sébastien Faure, il élabore le concept de synthèse anarchiste qui vise à réunir dans une même organisation les courants pluriels du mouvement : communiste libertaire, anarcho-syndicaliste et individualiste. En 1934, il publie Le fascisme rouge où, prémisse de la critique des totalitarismes, il n'hésite pas à comparer le régime stalinien aux régimes fasciste ou nazi. Il est enfin connu pour avoir rédigé en français l'ouvrage La Révolution inconnue, qui retrace l'histoire révolutionnaire russe de 1825 à 1921.

Enfance Il est le fils d'un médecin de zemtsvo, Mikhaïl Eichenbaum (1853-1917), baptisé avant son mariage en 1880 A.N. Akinchine, Boris Eichenbaum: entourage familial et amical à Voronej. Son grand-père, (1796-1861), partisan du mouvement haskala, est inspecteur d'écoles rabbiniques à Kichiniov, Odessa et Jitomir. Sa mère, Nadejda Dormidontovna Eichenbaum, née Glotova (1858-1914), élève de Peter Lesgaft, est l'une des premières femmes médecins russes. Elle est la fille d'un officier qui prend sa retraite avec le grade de général. Vsevolod a un frère cadet, le futur philologue Boris Eichenbaum. Tous les deux parlent couramment français et allemand dès leur jeune âge. Ils passent leur enfance à Voronej où ils sont élèves au lycée classique de la ville.

Le Dimanche rouge de 1905 Le tsar Alexandre règne sur la Russie quand le futur Voline naît dans une famille aisée (son père et sa mère sont médecins). Après le lycée classique, il poursuit des études de droit à Saint-Pétersbourg. Il parle couramment le français et l'allemandLéo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, Éditions Alternative libertaire, 1996, texte intégral..

Sympathisant avec les idées révolutionnaires, il rompt en 1904 avec sa famille et abandonne ses études pour rejoindre le Parti socialiste révolutionnaireJohn Simkin, Vsevolod Eikhenbaum (Volin), Spartacus Educational, 1997, texte intégral.. Il donne des cours et s'occupe de la formation des militants révolutionnairesSylvain Boulouque, Voline, Itinéraire, une vie, une pensée, , 1996, .. Selon Paul Avrich : « Voline investit toute la force de sa nature idéaliste dans sa nouvelle cause. Il organise des groupes d'études pour les travailleurs, fonde une bibliothèque, et élabore un programme de formation, tout en donnant des leçons privées pour gagner sa vie. »

Le , il est avec les manifestants, en majorité ouvriers, qui marchent sur le palais d'Hiver en réclamant la libération de tous les révolutionnaires emprisonnés, de meilleures conditions de travail, la cession des terres aux paysans et la suppression de la censure. L'armée, dépassée par l'ampleur de la manifestation, ouvre le feu : les chiffres officiels font état de 96 morts et 333 blessés, des chiffres non officiels avancent le nombre de . Cette répression sanglante reste sous le nom de Dimanche rouge, elle contribue au déclenchement de la révolution russe de 1905 préfigurant celle de 1917.

Le , il est parmi les fondateurs du premier soviet de Saint-PétersbourgL'Éphéméride anarchiste : texte intégral. constitué pour venir en aide aux victimes. Il en refuse la présidence, estimant que cela doit revenir à un travailleur et non à un intellectuelVolin (Eichenbaum, Vsevelod Mikhailovich) aka Voline, libcom.org, 2011, texte intégral.. C'est à cette époque qu'il prend le pseudonyme de Voline.

En , il prend part à une insurrection dans l'île de KronstadtL'Éphéméride anarchiste : texte intégral.. Il est arrêté, emprisonné à la Forteresse Pierre-et-Paul, puis condamné à la déportation perpétuelle en Sibérie. En 1907, il s’évade pendant le transfertLe Libertaire, , 5 octobre 1945. et parvient à rejoindre la FranceDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (1914-1939), tome XLIII, Éditions ouvrières, 1993..

Paris - New York

En 1908-1909, à Paris, il fréquente les cercles socialistes-révolutionnaires russes.

En 1911, il rencontre les milieux libertaires et adhère au groupe créé par , proche des idées de Kropotkine. C'est à ce moment qu'il découvre les œuvres de Pierre-Joseph Proudhon, Bakounine, Kropotkine et devient anarchiste.

En 1913, il est membre du Comité d'action internationale contre la guerre et fait de la propagande antimilitariste.

En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, il s'opposeMichael Confino, Anarchisme et internationalisme. Autour du "Manifeste des Seize". Correspondance inédite de Pierre Kropotkine et de Marie Goldsmith, janvier-mars 1916, Cahiers du Monde russe et soviétique, vol.22, , 1981, EHESS, page 231. avec notamment Errico MalatestaErrico Malatesta, Réponse au manifeste, texte intégral., Alexandre Berkman, Rudolf Rocker ou Ferdinand Domela Nieuwenhuis au Manifeste des Seize, rédigé par Pierre Kropotkine et Jean GraveHem Day, Seize (le manifeste des), Encyclopédie anarchiste, texte intégral. qui prennent parti pour le camp des Alliés et contre l’agression de l'Allemagne.

Sous le coup d'un mandat d'arrêt pour son opposition à la guerre, il fuit clandestinement vers les États-Unis, sans sa femme et ses quatre enfants.

Il adhère à l'Union des ouvriers russes et collabore à l'hebdomadaire anarcho-syndicaliste Golos Truda (La Voix du Travail) dont il a été le correspondant parisien. Orateur talentueux, il donne des conférences, notamment sur le syndicalisme à Detroit, Pittsburgh, Cleveland et Chicago.

En , à New York, il croise Trotski qu'il a déjà rencontré en Russie et en France, d'où il a été expulsé comme lui en 1916Daniel Guérin, Ni Dieu ni maître. Anthologie de l'anarchisme, volume III, Éditions Maspero, 1980, ..

Retour en Russie et opposition aux bolcheviks En et à la suite de l'annonce de la révolution de Février, il revient en Russie. La rédaction de Golos Truda s'installe à Petrograd. Le journal devenu quotidien après la révolution d'Octobre, est l'organe de l’Union pour la propagande anarcho-syndicaliste et Voline en est le rédacteur en chef.

Après la révolution d'Octobre, Voline est très critique envers le nouveau gouvernement bolchevik. Il écrit dans Golos Truda : « Les bolcheviks, une fois consolidé et légalisé leur pouvoir, en tant que socialistes étatistes qui croient en la direction centralisée et autoritaire, commenceront à diriger la vie du pays et du peuple du sommet. […] Les bolcheviks développeront une autorité politique et un appareil d'État qui écraseront toute opposition avec une poigne de fer. » Il fait valoir l'idée que le slogan « Tout le pouvoir aux soviets » signifie en fait « Tout le pouvoir aux dirigeants du parti. »

Violemment opposé au traité de Brest-Litovsk, il part combattre l’Armée des volontaires de Denikine en Ukraine.

À son retour, il passe quelque temps à Moscou où il décline l'offre des bolcheviks de prendre la direction de l'éducation.

Il retourne en Ukraine où il participe à la fondation de la Confédération Nabat dont il prend en charge la rédaction du journal du même nom (Le Tocsin).

Du 12 au , à Koursk, il participe à la première conférence générale de la Confédération d'organisations anarchistes d'Ukraine. Il y retrouve entre autres, Piotr Archinov, Aron et Fanny Baron, Sénia Fléchine, Mark Mratchnyi, Grigori Gorelik, Nikolaï Dolenko, Efim Yartchouk et Olga Taratuta. Le programme de Nabat peut se résumer par le rejet des groupes privilégiés (non-travailleurs), la méfiance envers tous les partis, la négation de toute dictature (principalement celle d'une organisation sur le peuple), la négation du principe de l'État, le rejet d'une période « transitoire » et l'auto-direction des travailleurs par des soviets libres. Il est chargé de rédiger une synthèse anarchiste, déclaration commune qui pourrait réunir toutes les tendances syndicaliste, collectiviste et individualiste au sein d'une même organisationL'Éphéméride anarchiste : texte intégral.

Du 2 au , à Elizavetgrad (actuelle Kropyvnytskyï), il participe au premier congrès de Nabat. Les délégués y dénoncent la mainmise des bolcheviks sur les soviets et l'organisation purement militariste de l'Armée rouge. Ils se prononcent pour une « armée de partisans révolutionnaires » organisée spontanément telle qu'elle agit en Ukraine sous le nom de MakhnovchtchinaL'Éphéméride anarchiste : texte intégral..

Responsable du Conseil militaire insurrectionnel de la Makhnovchtchina thumb|right|« Mort à tous ceux qui s'opposent à la liberté des travailleurs ! », le drapeau de la Makhnovchtchina.

En Daniel Guérin, Ni Dieu ni maître. Histoire et anthologie de l'anarchie, volume III, chapitre 2, Éditions de Delphes, 1965, extraits en ligne., lorsque la liberté de la presse est supprimée par les bolcheviks, il rejoint le quartier général de Nestor Makhno. Il organise la section culture et éducation de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienneSylvain Boulouque, Les Anarchistes, Ni Dieu ni maître ! (anthologie), Le Monde, 2012, page 155.. Voline donne 400 réunions pédagogiques durant cette période. En août, il est nommé responsable du « Conseil militaire insurrectionnel ».

En , malade du typhus il se rend à Moscou pour s'y faire soigner, mais il est arrêté en route par l'Armée rouge : « Me considérant comme un militant "de marque", les autorités avisèrent Trotski de mon arrestation […] La réponse, par télégramme […] arriva, rapide, laconique, nette : Fusiller immédiatement. Je ne fus pas fusillé, uniquement grâce à un concours de circonstances particulièrement heureuses et tout à fait fortuites ». Il est finalement livré à la Tchéka le . Malade, il doit la vie à un geôlier qui, le connaissant de longue date, le soigne et le sauve.

En , une trêve est conclue entre Nestor Makhno et Léon Trotski, lorsque le général Piotr Nikolaïevitch Wrangel et son Armée blanche lance une offensive majeure en Ukraine. Trotski propose de libérer tous les prisonniers anarchistes en échange d'une action militaire conjointe contre Wrangel. Voline est alors libéré.

Le , il est arrêté une seconde fois à Kharkiv, ainsi que tous les responsables de Nabat (dont Aaron et Fanny Baron, Olga Taratuta, Sénia Fléchine, Mark Mrachnyi, Dolenko-Chekeres et Anatolii Gorelik), à la veille du « Congrès panrusse des anarchistes ». Trotski donne l'ordre de le fusillerClaude Faber, L'anarchie, une histoire de révoltes, Milan, 2002, p. 28..

En , il est incarcéré à la prison de Riazan où les conditions de détention sont extrêmement dures. Il est parmi les treize détenus anarchistes qui entament une grève de la faim au retentissement international grâce à la présence, à Moscou, de délégués syndicalistes venus participer, en observateurs, à la troisième conférence de l'Internationale syndicale rougePaul Avrich, The Russian Anarchists, 1967, texte intégral.. L'affaire est évoquée à la tribune, dès l’ouverture des débats, par la délégation française conduite par Henri Sirolle. À la suite de ces pressions syndicales et de celles de Victor Serge, le , il est parmi les dix militants bannis et expulsés d'URSS dont Vorobiov, Mratchny, Mikhaïlov, Grigori Maksimov, Ioudine, Iartchouk, Gorelik, Feldman et Fedorov. La peine de mort sanctionne tout retour éventuel.

Propagandiste, traducteur et éditeur