Jean de Tournes (1504, Lyon – 1564, Lyon) est un imprimeur lyonnais du milieu du . Parfois appelé Jean I de Tournes ou Jean de Tournes l’Ancien pour le distinguer de son fils et de son petit-fils appelés Jean de Tournes également. Ces derniers seront respectivement nommés par commodité Jean II de Tournes et Jean III de Tournes. Toutefois cette homonymie conduit à des confusions dans la littérature historique et bibliographique, certains auteurs attribuant parfois à Jean I de Tournes des activités ou des ouvrages relevant de ses descendants Samuel de Tournes-Cannac, Notice sur Jean de Tournes, Ier de nom et Notice sur Jean de Tournes 2nd de nom (1803), édité dans Les Jean de Tournes imprimeurs lyonnais, éd. Marius Audin, dans Revue du Lyonnais, t. 13, 1924, p. 5-43, spécialement p. 25 et 27..

Cette confusion est aussi sociale, une distinction s'est établie entre Jean I de Tournes et Jean II de Tournes. Jean I de Tournes est principalement présenté comme imprimeur et libraire actif à Lyon, tandis que Jean II de Tournes est davantage associé aux activités éditoriales et intellectuelles de la maison de TournesAdrien Baillet, Jugemens des savans sur les principaux ouvrages des auteurs, revus, corrigés et augmentés par M de La Monnoye, C. Moette (Paris), 1722, p. 376..

Histoire Issu d'une famille venue de Noyon, son père est orfèvre et vit rue de la Saunerie dans le quartier Saint-Paul. On ne sait pratiquement rien de sa jeunesse, mais le Bulletin du bibliophile de 1856 apporte des éléments complémentaires sur la jeunesse de Jean de Tournes, indiquant qu’il aurait reçu une éducation soignée et développé un goût pour les belles-lettres et les langues étrangères, ce qui l’aurait conduit vers la profession d’imprimeur, alors considérée comme une activité savanteGustave Revilliod, Notes sur la famille des de Tournes et en particulier sur Jean Ier et Jean II, les deux typographes, d’après un manuscrit conservé dans la famille de Genève, dans Bulletin du bibliophile, 12e série, sept. 1856, p. 917-930, spécialement p. 917-918..

Jeune, il est peut-être apprenti chez les frères Trechselnotice BNF de Gaspard Trechsel et notice BNF de Melchior Trechsel., et commence sa carrière de manière certaine chez Sébastien Gryphe. Il y compose notamment l'impression des œuvres de Luigi Alamanni..

En 1542, Jean de Tournes fonde son atelier typographique où il publie plus de cinq cents ouvrages jusqu’à sa mort et entretient des relations étroites avec les milieux littéraires lyonnais. Longtemps qualifié d’« imprimeur-humaniste », il est aujourd’hui considéré comme un artisan du livre et entrepreneur éditorial ayant contribué à la diffusion des textes humanistes grâce à ses collaborations avec des auteurs et correcteurs savants.

Il a travaillé avec les plus grands poètes lyonnais de son époque : Antoine Du Moulin (qui préside à la publication de nombreuses œuvres dans son atelier), Maurice Scève, Louise Labé, Joachim du Bellay, Charles Fontaine ou encore Olivier de Magny. Il publie aussi des traductions d'auteurs latins et italiens, ainsi que l'édition latine du récit de Guillaume Le Sueur de l'affaire Martin Guerre (en 1561).

On lui doit également la première publication des célèbres "portes" de Sebastiano Serlio en 1551 (Livre extraordinaire de l’architecture… Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de divers ordres. Et vingt autres d’oeuvres délicates en diverses especes), dont la traduction, selon David ClotDavid Clot, « Sebastiano Serlio et la littérature ». Communication présentée lors de la IVe journée d’études sur l’actualité de la recherche en histoire de l’art italien, École pratique des hautes études, Paris, 17 octobre 2003., est alors assurée par Jean de Vauzelles. Ainsi que la première édition critique française, traduite du latin par Guillaume Philandrier du De Architectura de Vitruve en 1552.

Il travaille en collaboration avec l'illustrateur Bernard Salomon, dont les gravures décorent les plus grands succès commerciaux de Jean de Tournes : les bibles illustrées et les Métamorphoses d'Ovide. en 1557 avec La Métamorphose d'Ovide figurée. Cette édition est particulière car elle est accompagnée de 178 gravures sur bois réalisées par Bernard Salomon et de 78 huitains composés par le poète Barthélemy Aneau. Elle se distingue par l'importance accordée à l'illustration, qui accompagne le texte et facilite sa compréhension. Les gravures de Bernard Salomon marquent donc une révolution dans l'histoire du livre illustré car elles vulgarisent par l’image le texte ovidienMaurizio Busca, « La mise en recueil des Métamorphoses d’Ovide aux xvie et xviie siècles en France », Pratiques et formes littéraires [Online], 17 | 2020..

Concernant les traductions des Métamorphoses, Clément Marot a traduit les livres I et II, publiés respectivement en 1534 et 1543; Barthélemy Aneau poursuit ce travail avec la traduction du livre III, publié en 1556 aux côtés de la traduction marotique des deux premiers livres.

Cette édition de Jean de Tournes s’inscrit dans une démarche éditoriale visant à rendre le texte accessible à un public peu féru de latin. Son projet s'inspire de modèles visuels et symboliques, venant d’œuvres comme les Figures de la Bible ou encore les recueils d'emblèmes, très présents sur le marché du livre lyonnais au milieu du XVIe siècle.

En 1558, Jean de Tournes revendique le titre d'« imprimeur du roi »Voir le privilège du 13 avril 1558, Jean Froissart, Le Premier Volume de l’Histoire et Cronique de Messire Jeban Froissart, Jean de Tournes, 1559, fol. 1. à Lyon, attesté dans certaines éditions issues de son atelier.

Il meurt de la peste, qui sévissait à Lyon, en .

Son fils, Jean II de Tournes, persécuté pour sa religion protestante, finit par quitter Lyon pour Genève en 1585. Il est à l'origine une dynastie de libraires qui subsistera jusqu'à la fin du .

Publications Les connaissances relatives à l'ensemble des ouvrages édités par Jean de Tournes demeurent partielles, en raison du caractère incomplet des catalogues des livres anciens. Des travaux bibliographiques ultérieurs ont toutefois permis de mieux documenter cette production, notamment La Bibliographie des éditions des de Tournes, imprimeurs lyonnais. Cette bibliographie publiée par Alfred Cartier permet de cartographier l’ensemble des ouvrages imprimés par cette famille lyonnaise.

Au début du XIXe siècle, un descendant de la famille des de Tournes, Samuel de Tournes-Cannac rédige un mémoire et contribue ainsi à renouveler l'image de Jean de Tournes, en le présentant non plus seulement comme un imprimeur, mais comme un « homme de savoir ». Cette interprétation est reprise et approfondie par les travaux de Michel Jourde, qui soulignent l'importance de cet imprimeur lyonnais au XVIe siècleVoir les articles de Michel Jourde,"Comment Jean de Tournes (n’)est (pas) devenu un imprimeur humaniste", dans Passeurs de textes. Imprimeurs et libraires à l’âge de l’humanisme, Paris, École nationale des chartes, 2012 et "Intertextualité et publicité : publier selon Jean de Tournes" (1542-1564), dans French Studies, LXV, No. 3, 315-326, Ecole normale supérieure de Lyon. .

L'atelier typographique de Jean de Tournes On ignore les modalités de financement concernant la fondation de son atelier typographique puisque les archives n'ont pas survécu aux pillages de 1562 et 1567 ainsi qu'au départ de son fils pour Genève en 1585.

Un acte notarié daté du 21 février 1540Cet acte notarié a été découvert par Natalie Davis. Voir Natalie Zemon Davis, « Women in the crafts in sixteenth-century Lyon », dans Feminist Studies, t. 8, 1982, p. 46-80. mentionne cependant la donation d'une maison à sa femme par sa belle-famille, ce qui pourrait avoir facilité l'installation de son activité.

Son atelier se distingue par une production éditoriale variée et particulièrement soignéeHuchon Mireille. "Dé-Tournes-ment". In: Seizième Siècle, N°10, 2014. Genèses éditoriales, sous la direction de Anne Réach-Gnô . pp. 105-126. DOI : https://doi.org/10.3406/xvi.2014.1095. . Jean de Tournes publie aussi bien des ouvrages savants en latin que des éditions littéraires françaises, des textes religieux et moraux ainsi que des œuvres issues de la tradition humaniste et pétrarquiste. Son activité éditoriale se caractérise également par l'attention portée à la typographie, à l'illustration et à la mise en page des ouvrages, notamment les pages de titre, caractéristiques de l'imprimerie lyonnaise.

Son catalogue comprend également plusieurs œuvres écrites par des femmes. Jean de Tournes joue un rôle central dans la diffusion des autrices de la Renaissance, notamment Louise Labé, dont il publie les Euvres en 1555. gauche|vignette|Page de titre les Marguerites de la Marguerite tres illustre royne de Navarre (1547) vignette|Page de titre de la Suyte des Marguerites de la Marguerite des princesses, tres illustres royne de Navarre (1547)|393x393pxLa publication des œuvres de Marguerite de Navarre par Jean de Tournes constitue également un exemple significatif de sa politique éditoriale. En 1547 paraissent chez Jean de Tournes les Marguerites de la Marguerite des princesses ainsi que la Suyte des Marguerites de la Marguerite des princesses.

La composition des pages de titre, marquée par la répétition du prénom "Marguerite", une mise en page élaborée, et une iconographie soignée, participent à la mise en valeur de l'autrice ainsi que son statut princier. Cette présentation travaillée témoigne de l'attention portée par Jean de Tournes à la mise en page et s’inscrit plus largement dans une démarche visant à promouvoir l’écriture féminine au XVIe siècle.

Installé à Lyon, son atelier bénéficie également d'un contexte intellectuel et religieux différent de celui de Paris puisqu'il est à l'abri de la censure de la Sorbonne. Cette situation favorise la circulation d'écrits et contribue à faire de son atelier un lieu attractif pour les auteurs.

Notes et références

Annexes Bibliographie . .

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Articles connexes Lyon à la Renaissance Histoire de l'imprimerie à Lyon

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