Francisco Ferrer, né en à Alella et mort le à Barcelone, en espagnol Francisco Ferrer Guardia, en catalan Francesc Ferrer i Guàrdia, est un libre-penseur, franc-maçon et pédagogue libertaire espagnol.
En 1901, il fonde l'École moderne, un projet éducatif rationaliste qui promeut la mixité, l’égalité sociale, la transmission d’un enseignement rationnel, l’autonomie et l’entraide. Elle fut la première d'un réseau qui en comptait plus d'une centaine en Espagne en 1907. Elle inspira les modern schools américaines et les nouveaux courants pédagogiques.
En 1909, à la suite des événements de la semaine tragique à Barcelone, il est accusé à tort (notamment par le clergé catholique) d'en être l'un des instigateurs. Condamné à mort le à la prison Model par un tribunal militaire à l'issue d'une parodie de procès, il est fusillé le à Montjuïc. Son exécution provoque un important mouvement international de protestation.
Sa mémoire est réhabilitée en Espagne après la chute de la dictature franquiste.
Biographie
Républicain progressiste et franc-maçon
Né à Alella, une petite ville près de Barcelone, le 10 ou le 14. selon les sources, le treizième des quatorze enfants de viticulteurs. Ses parents étaient catholiques et conservateurs.
Sa scolarité est brève, à l'école d'Alella, il reçoit une éducation religieuse, il étudie ensuite deux ans à l'école de Teia. En 1873, à 14 ans, il est envoyé à San Juan de Provençals, près de Barcelone chez un marchant de tissus pour y travailler.
Il a pour patron Pablo Ossorio, un anticlérical militant, qui exerce sur lui une influence forte et qui l’introduit dans les milieux républicains, anticléricaux et libres penseurs. Francisco Ferrer adhère rapidement à ces mouvements et rejoint la franc-maçonnerie, à ce moment lieu traditionnel de la pensée libérale et de la conspiration politique en Espagne, dans la loge maçonnique Verdad (Vérité) de BarceloneLéo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les anarchistes dans la franc-maçonnerie, éditions Alternative libertaire, 1996, lire en ligne.. C’est dans ces milieux de la Libre-pensée qu’il rencontre et se lie d’amitié avec Anselmo Lorenzo qui participe à son intégration dans la mouvance libertaire. Il étudie notamment Francisco Pi i Margall et les doctrines des internationalistes.
Vers 1878, il prend un nouvel emploi, aux chemins de fer, sous la casquette de contrôleur, sur la ligne Barcelone-Cerbère, ce dont il profite pour être un agent de liaison entre les partisans de Ruiz Zorrilla, leader du Parti Républicain Progressiste dont Francisco est membre et grand maître de la loge maçonnique Verdad (Vérité) dont Ferrer est également membre.
Son rôle dans la tentative Catalane d'insurrection républicaine du général républicain Villacampa en 1884 est peu clair. Responsable ou pas, il est obligé de s'exiler car l'échec de cette insurrection accentue la répression sur les milieux anarchistes et républicains. Il se réfugie à Paris en 1886 jusqu'en 1901. Pour gagner sa vie, il est représentant en vins, puis restaurateur et donne des leçons particulières d'espagnol. Cependant, certains éléments, dont le fait qu'il soit parti 1 an après la tentative d'insurrection tendent à montrer qu'il fuyait plus son mariage avec Teresa Sanmarti Guiu que la police.
Exil en France
Le début de son exil en France qui durera de 1886 à 1901 marque un tournant idéologique pour Francisco Ferrer. L'influence française est très forte sur les milieux républicains catalans en 1875 au moment où se met en place la IIIe république. Ferrer est déçu pendant son exil à la fois par les républicains français qu'il accuse de mener une politique au service de la bourgeoisie et par les républicains espagnols, alliés de Ruiz Zorrilla, qu'il considère comme égoïstes. C'est cependant la question de l'éducation et notamment son aversion pour l'école républicaine française de la IIIe république qui initialise son glissement idéologique vers la mouvance libertaire. Il écrit dans L'Ecole Moderne en parlant de l'école française : .
En , il s'affilie à la Loge Les Vrais Experts du Grand Orient de France à Paris, grâce à cet intermédiaire, il enseigne l'espagnol au sein de l'Association philotechnique de Paris. Il s'investit fortement dans sa loge jusqu'à devenir le premier surveillant pendant plusieurs années.
Son épouse, Teresa Sanmartí, avec laquelle il a eu sept enfants dont seuls trois ont atteint l'âge adulte (Paz, Sol et Trinidad), ne partage pas ses opinions. Elle lui reproche de continuer à fréquenter des militants révolutionnaires en cette période agitée. Sans affinités, très éprouvé par la mort rapprochée de deux enfants, le couple décide de se séparer en . C'est à ce moment que Trinidad demande à son père de rejoindre sa sœur Paz chez le frère de Francisco, José qui avait immigré en Australie. Madame Ferrer supporte mal ces éléments. Elle tente d'abord sans succès de faire arrêter Francisco en tant qu'anarchiste reconnu, puis tire trois coups de revolver sur son mari qui est légèrement blessé à la tête et hospitalisé. La rédaction du Figaro écrit plusieurs articles sur l'affaire.
En 1899, six ans après sa rupture avec Teresa, Francesco Ferrer épouse la Française Léopoldine Bonnard, dont il a un fils, Riego. C'est, selon Sol Ferrer, Léopoldine Bonnard qui a eu l'idée d'ouvrir une école en Espagne.
Escuela moderna - École moderne thumb|upright|Le bulletin de l'École Moderne, décembre 1905. vignette|Soledad Villafranca et Ferrer en 1909
En 1895, Francisco Ferrer donne régulièrement des cours d'espagnol dans plusieurs établissements publics, notamment au lycée Condorcet. Il publie aussi un manuel, L'Espagnol pratique, à la Librairie Garnier dans lequel il insère des textes de propagande républicaine, féministe, anticléricale ou anarchiste.
En 1901, Ernestine Meunier, une de ses anciennes élèves édite son testament pour lui laisser un appartement au 11 rue des Petites-Écuries à Paris, ce qui correspond environ à la moitié de sa fortune. Trois mois plus tard, elle meurt. Francisco Ferrer a alors les fonds nécessaires pour fonder une école au calle Bailen 56 (aujourd'hui le 70) à Barcelone. L'Escuela moderna, ouvre ses portes le . Elle accueille 30 élèves : 12 filles et 18 garçons
Ferrer s'inspire des maisons du peuple belges : ainsi, l'École moderne n'est pas seulement une école. En , il fonde le Boletin de la Escuela Moderna où il promeut les théories d'éducation rationalistes, le bulletin compte 62 livraisons d' à , le dernier numéro ayant seulement été livré en . En parallèle, en 1901, il crée la maison d'édition Publicaciones de la Escuela Moderna qui publiera des ouvrages d'anarchistes français ainsi que d'académiciens. L'école dispense également des cours dominicaux pour les parents, propose une bibliothèque et un lieu d'accueil des associations ouvrières. En 1904, alors que l'école en elle-même compte 114 étudiants, les livres publiés par la maison d'édition sont utilisés dans 14 écoles barcelonaises et 34 provinciales, affectant ainsi beaucoup plus d'enfants. De plus, l'École moderne est une source d'inspiration pour d'autres établissements scolaires qui sont, soit créés, soit réorganisés selon le modèle Ferrer. En 1906, dans la province de Barcelone, il existe 47 succursales de l'École moderne. 120 Cercles et Associations soutiennent également l'École moderne.
En 1902, Soledad Villafranca et sa sœur Angeles postulent en tant que professeur. Ferrer tombe amoureux de Soledad, de 21 ans sa cadette, et les embauche, malgré leur manque de qualifications. En 1905, sa relation avec Léopoldine prend fin, elle part vivre à Amsterdam avec leur fils, Riego.
La fin de l'Ecole moderne, le début de l'Ecole rénovée
thumb|upright|Encadré par la Guardia Civil (juin 1907). Transporté au tribunal pour l'affaire de la tentative d'homicide sur Alphonse XIII, le jour de son mariage, effectuée par son élève Mateo Morral (photographié par Campúa).
Partisan de l'action ouvrière, du syndicalisme révolutionnaire et de la grève générale comme prélude de la révolution sociale, Ferrer subventionne et écrit pour le journal La Huelga General (La Grève Générale) de 1901 à 1903.
Le , le jour du mariage du roi Alfonso XIII, une bombe explose au milieu du cortège, provoquant la mort de 15 à 28 personnes et en blessant une centaine, dont le roi et sa femme.. L'auteur de l'attentat, Mateo Morral était soit l'administrateur de la maison d'édition Publicaciones de La Escuela Moderna, soit un ancien bibliothécaire de l'école, selon les sources. Son appartenance à l’École moderne suffit aux autorités pour ordonner sa fermeture.
Francisco Ferrer est arrêté et accusé d'être complice de ce crime. En dépit de nombreuses protestations, il est emprisonné plus d'un an. Aucune charge n'a pu être retenue contre lui, il est acquitté, le .
À la suite de sa remise en liberté, Francisco Ferrer tente d'obtenir l'autorisation de rouvrir l'École Moderne de Barcelone. Le gouvernement espagnol répond 2 ans après la demande et refuse avec le motif que les livres d'école ne respectaient pas les bonnes conditions. Il décide alors de retourner à Paris et de donner une dimension internationale à son œuvre pédagogique et séjourne dans plusieurs capitales européennes dont Bruxelles.
En 1907, il contribue à la création du rassemblement syndical Solidaridad Obrera et à la fondation de son journal éponyme Solidaridad ObreraÉphéméride anarchiste : Sa création est attribuée à Anselmo Lorenzo avec l'aide économique de Francisco Ferrer. - lire en ligne. (premier numéro le ).
Avec Charles-Ange Laisant et soutenu par Sébastien Faure et Charles Malato, il fonde en la Ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance, dont le président honoraire est Anatole FranceSol Ferrer, La vie et l'œuvre de Francisco Ferrer. Un martyr au , Le Mouvement social (1963). Elle acquiert rapidement une audience importante dans les milieux progressistes européens et le soutien de personnalités dont Aristide Briand, Pierre Kropotkine et Paul Robin. Sa revue, L'École rénovée, est d'abord mensuelle puis hebdomadaire. Elle paraît d' à et compte jusqu'à 900 abonnés. Ferrer a d'autres projets, une maison d'édition, une école de formation des enseignants, ou encore un musée.
Pendant l'été 1908, il prend également le temps d'écrire La Escuela Moderna, texte qui ne sera pas publié avant sa mort.
La semaine tragique
En 1909, au début de la guerre de Mélilla au Maroc, le gouvernement espagnol déclare la mobilisation nationale. À l’époque, seul le versement de 6 000 réaux peut permettre d’échapper à la conscription, une somme extrêmement élevée qu’aucun travailleur n’est en mesure de réunir. 20 000 ouvriers et paysans sont mobilisés.
Le , à Barcelone, des organisations ouvrières radicales dont Solidarida Obrera qui choisit néanmoins de ne pas le déclarer officiellement par peur de la répression, proclament une grève générale pour protester contre la guerre. En quelques heures, la ville est paralysée. Mais, rapidement, le peuple insurgé déborde les cadres des organisations et, dans la nuit du 27, incendie les églises et les couvents. Face à cette révolution naissante, le gouvernement proclame la loi martiale et envoie l’armée pour écraser la grève. Mais une partie des militaires et des gardes civils refusent de tirer sur les grévistes et se mutinent, laissant le gouvernement sans moyens immédiats de mettre un terme à la grève et aux barricades.
Trois jours plus tard, le , le gouvernement de Madrid envoie des renforts militaires et, jusqu’au , réprime dans le sang les grévistes insurgés. Le nombre de morts se situe entre 60 et 110 morts (104 civiles, 4 travailleurs de la croix-rouge, 3 membres du clergé et 4 à 8 policiers), 296 civils et 124 policiers sont blessés, 1725 personnes sont arrêtées, 21 à 61 églises et 30 couvents sont incendiés.
Un simulacre de procès